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 Our decades in the sun [Mary]

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"- Mère !"

Le cri avait déchiré les ténèbres et raclé toute la gorge d'Elis, comme une lame venue de ses entrailles pour défaire la mort elle-même. Mais la mort n'avait que faire de l'arsenal des mortels. Le cauchemar revenait encore, et la brève étreinte échangée avec l'être tant aimé laissait place à un désespoir profond, à un vide qui paraissait avaler toute la tendresse et la bienveillance du monde, tous les espoirs fous qui avaient alimenté la flamme du Nord pendant quelques instants. Il n'y avait plus rien, que cette image honnie d'une mère réduite à l'état de cadavre, que l'idée persistante que le retour en arrière n'était plus possible. Comme un coup de masse pour enfoncer le couteau dans la plaie, il y avait ce fragment de conscience en Elis qui lui rappelait le pire: c'était la réalité.

Recroquevillée dans les ombres mouvantes et inconsistantes d'un rêve qui se moquait bien de créer un environnement, la fille d'Austar peinait à pleurer, cette démonstration d'émotions n'étant pas dans la nature des Siens. L'émotion se coinçait dans sa gorge, lui arrachait des spasmes douloureux qui hachaient sa respiration, la faisant ressembler à des sanglots. Ses mains tiraient sur sa jolie crinière blonde, dans une vaine tentative de mutilation, instinctive. Comme si cela pouvait faire quoi que ce soit. Comme si cela pouvait faire cesser les images et idées qui revenaient sans cesse. C'était impossible, et les cauchemars la condamnaient à cet état d'impuissance, où même sa propre délivrance était hors d'atteinte.

Ses bras passèrent finalement autour de ses genoux, ses ongles s'enfoncèrent dans la chair de ses cuisses à travers le tissu de son pantalon. À travers ses espèces de hoquets de douleur, le mot "mère" se reconnaissait parfois. Son état empira lorsqu'elle entendit sa propre voix prononcer le même mot, en finnois. Dans cette langue qui leur était réservée. La langue des souvenirs, des beaux mensonges dits avec le sourire, des sourcils froncés devant une bêtise. Jamais plus.

Elis crut entendre une voix autre que la sienne. Elle cessa de parler, comme si cela pouvait la maintenir cachée. Mais sa peine étouffait sa curiosité. Il fallut que le son revienne plusieurs fois pour qu'enfin ses pseudo-larmes se calment, pour que son attention parte enfin vers ce qui l'entourait.
Les ombres mouvantes n'étaient plus. Elles avaient des formes, désormais. C'était une maison… Elis ne la connaissait ni d'Ask ni d'Embla. C'est qu'en-dehors des demeures du Concordat, la fille de la discorde n'avait pas vraiment pu visiter de plus humbles habitats. Une bonne odeur composait le fond de l'air. Une odeur pleine de nostalgie, d'amour, et de fruits. L'odeur semblait venir d'une autre pièce. Une pièce où de petites voix appelaient "maman".

Papillon attiré par la lumière, Elis se remit maladroitement sur ses frêles et longues pattes arrières, pour se diriger vers le centre du rêve. Ils en avaient, de la chance, les piailleurs. Et elle était quasiment certaine qu'ils ne s'en rendaient pas compte. Ingrats, comme tous les marmots. La jalousie perlait en son sein, lorsqu'elle passa la porte de la cuisine.
Ses grands yeux bleus pétillèrent devant les montagnes de pâtisseries qui s'amoncelaient ici. Des tartes, des choux, des flans, des gâteaux, aux fruits et/ou au chocolat. Un instant elle eut peur d'attraper un diabète par cette seule vision. L'instant suivant, elle se disait que les pâtisseries avaient l'air d'en valoir le coût. Elle s'approcha, sans vraiment le réaliser, hypnotisée par tout ce sucre, jusqu'à ce que son coeur fasse tourner son regard dans une direction bien plus intéressante (exceptée pour son estomac et ses papilles).
Elle ne ressemblait pas à sa propre mère. Elle avait les cheveux roux, et rien dans ses traits ne pouvait laisser présager d'une ascendance Sihvonen. Pourtant, il était évident que c'était "maman". Pas sa vraie mère, non, rien ne remplacerait celle-là. Mais c'était une "maman". Un être qui portait les petits dans leurs feux. Le premier lien avec Midgard. Elle était ce qui lui avait été arraché avec la mort de sa mère. Elle ignorait totalement qu'il était possible de ressentir cela à nouveau. Médusée, les yeux rougis et la lèvre inférieure tremblante, Elis l'admirait comme une sorte de miracle.

"-…Maman ?"

Aucun autre mot n'aurait convenu. "Mère" était réservé, à une personne qui gardait une place brûlante de glace en elle. Elis avait besoin d'un service que seule cette femme, avec son pouvoir extra-ordinaire, pouvait lui rendre. Elle seule pouvait briser la solitude d'un monde sans Mère et sans Loki.
Sans plus réfléchir, Elis prit dans ses bras l'inconnue de ce rêve, cachant ses yeux contre son épaule. Elle tremblait.

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"Le patriarcat va pas se détruire tout seul" - Nora Edvardsen

Sam 17 Juin - 18:03
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John avait encore raconté une histoire à dormir debout. Il avait connu les bas fonds de l’humanité, celle qui raclait le sol avec de la violence et du désintérêt. Ses aventures semblaient sortir tout droit du pire scénario catastrophe qu’une vie puisse offrir et le horrible dans tout cela, c’était que c’était vrai. Alors un soupir marquait le bout de ses lèvres maltraitées par le froid hivernal. Il frottait ses épaules par dessus son épais manteau et allait s’emmitoufler dans la chaleur d’un lit de camp. Elle avait eu une enfance heureuse, elle. Le haras de son père avait fait le bonheur de ses jeunes années, loin des tracas de la maltraitance et horreurs des mauvais quartiers. Elle avait, dès lors, quelque chose d’encore innocent en elle, cette force de conviction incroyable que la joie et la plénitude les attendraient au bout du chemin, le goût d’un paradis sur Terre défait des êtres à la magie néfastes. Elle n’avait toutefois pas conservé son innocence aveugle, il y a quelques années, dévorée par un loup-garou ivre de violence lunaire… A qui elle avait appris à accorder la pardon. Elle lui avait offert la libération et la miséricorde. Plus que de vouloir détruire ce monde corrompu de l’Envers, elle espérait encore qu’il soit possible d’en sauver une partie.

Instinctivement, ses pensées s’en furent vers sa progéniture et son époux. Ses jumeaux, restées au Vatican, manquaient à ses yeux, à ses bras, mais demeuraient encore bien au chaud dans le fond de son cœur. Elle ne les oubliait pas et les rejoignait chaque nuit, dans ce Capharnaüm, pour se rappeler ce pour quoi elle se battait : pour l’avenir des enfants. Pas seulement les siens, mais pour chaque petit être sur la planète, encore bien trop jeune pour avoir vécu et avec trop peu de jours à respirer pour la fin du monde qui les rejoignait à grands pas. Elle avait grandement culpabilisé. Probablement était-ce la raison d’être de ces montagnes de pâtisseries qu’elle produisait avec beaucoup de ferveur et d’amour dans leur cuisine à Last End. Quand elle y pensait, sa petite cuisine, et le cocon familial qu’elle avait aménagés avec son compagnon devaient être à présent rongés par la glace. L’avenir serait différent ; sa stabilité, ses habitudes dans cette ville hantée par le Secret trépassé n’étaient plus qu’un lointain souvenir dans les abysses de la destruction. Tant de ces amis, ces commerçants chez qui elle appréciait se rendre pour obtenir les ingrédients de ses pâtisseries… Y en avait-il seulement encore un de vivant ?

Ses enfants se régalaient, et elle, elle les mirait avec toute l’affection d’une mère. Il y en avait pour chaque goût. L’un des deux préférait plus les fruits, l’autre le chocolat. L’un aimait pas la pâte feuilletée, l’autre en raffolait. Elle fit sauter une crêpe dans la poêle, avec une dextérité acquise soigneusement Aussi lorsqu’elle se retourna, sa spatule à la main et qu’elle se fit enlacer par la grande blonde, Mary écarquilla les yeux sans comprendre et remercia le destin de ne pas lui avoir laissé la poêle chaude dans la main, sans quoi Elis en aurait assurément pris un coup pour l’intrusion inattendue. Bon, OK, l’exorciste avait bon cœur, mais… On rentrait chez elle comme dans un moulin ? Ça devait être la goule qui avait oublié de fermer. Les Earls avaient décidément mal élevé celle-ci. Pas étonnant qu’elle se soit laissée capturée comme un docile pokémon. Pas étonnant qu’elle se retrouve avec cette fille chez elle à présent. N’était-ce pas une sorcière de la famille Sihvonen ?

Bras ballants, écartés, Mary mit quelques secondes avant d’accepter qu’on l’ait appelée Maman, avant de finalement se mettre en mouvement « Oh Seigneur... » Elle posa maladroitement sa spatule sur le rebord de la table en si précaire équilibre qu’elle ne tarda pas à l’entendre choir au sol. Elle posa ses mains sur les épaules de la demoiselle : « Hm… Euh… Je… Je ne crois pas que... » Elle frotta instinctivement les épaules de l’enfant qui la dépassait en hauteur. Hm… Discuter un peu lui éviterait de faire un impair : « Tu t’appelles comment ? Tu ne serais pas de la famille Sihvonen ? » Famille fondatrice de la ville où elle s’était installée, Mary n’avait pas pu passer à côté de cette lignée. Pas plus que des Earls. Il s’agissait de figures indéniablement incontournables. « Qu’est ce que tu aimes en pâtisserie ? Sers-toi un bout à manger, il y en a largement pour trois pers… La crêpe ! » La protégée de Gabriel fit volte-face pour saisir la poêle et sortir la crêpe légèrement roussie. Au moins, ça n’avait pas brûlé. Elle en profité pour couper le feu avant de faire, à nouveau, face à la demoiselle. « Pourquoi m’appeler Maman ? »

Mer 21 Juin - 18:48
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Seigneur ? Depuis quand les gens dans les rêves d'Elis étaient monothéistes ? Habituellement, son univers onirique était constitué, au choix, de créatures de l'Envers ou de sorciers. Ce n'était pas grave. Elis allait penser très fort que cette dame n'était pas vraiment chrétienne, et qu'elle adorait Loki autant qu'elle, et tout se passerait bien. Déjà, le masque symbolique du dieu de la discorde commençait à habiller les murs de la pièce. Voilà qui était mieux. Voilà qui rassurait la petite.
Écartée du câlin, face aux hésitations de sa mère adoptive, Elis se surprit à papillonner des yeux, tant pour effacer de potentielles larmes que pour convaincre la dame de ne pas la repousser totalement. Elle n'allait tout de même pas la laisser seule ? Elle était toute choupie ! Et juré, elle ne faisait presque jamais de bêtises ! L'adopter était vraiment une bonne idée. Austar pouvait témoigner. Avec toute l'innocence du monde, Elis répondit:

"- Si. Je suis Elis Sihvonen."

Il y avait en ce rêve bien des points sur lesquels elle voulait mentir, mis pas celui-là. Ce dont elle avait besoin ne se recevait qu'à certaines conditions, et offrir son véritable prénom en était.
La jeune sorcière commençait à réfléchir, parmi toutes les pâtisseries qu'elle aimait, à celle qui lui ferait le plus plaisir. Elisaimait le sucre, bien que nul ne sut jamais ce que son organisme en faisait. Et les pâtisseries… Elles étaient toutes merveilleuses. Pas autant que Loki, et pas autant qu'un voyage touristique au sein de sanctuaires. Mais presque. Les tartes aux fruits étaient fabuleuses: ruisselantes de sirop, avec leurs fruits amoureusement posés sur la crème pâtissière. Les flans étaient adorables, avec leur texture moelleuse qui s'effaçait devant les dents, mais dévoilait tout son goût sur la langue. Les choux étaient des dons des dieux, avec leur pâte qui protégeait si agréablement leur coeur de crème, avec leur glaçage, et leurs décorations. Et il y avait toutes ces pâtisseries un peu originales, ces fragments d'imagination qui venaient défier la réalité, par les pouvoirs secrets de la chimie. Blocs de chocolats abritant des fruits fondants, de la génoise, gâteaux qui mêlaient douceur et croustillant… Tout ce beau monde valait la peine d'être mangé. Elis se sentait d'humeur généreuse, prête à les manger tous, n'ayant plus qu'à faire son choix. Surtout qu'ils avaient, tous, ce petit truc en plus, ce qui rendait la cuisine si chère au coeur de ceux qui en profitaient, et l'élevait au rang d'art: tout était fait par une personne aimante. C'étaient des fragments d'amour qui prenaient forme, apportaient leur énergie et leur plaisir.

Peut-être que des crêpes lui iraient. Ou des éclairs au chocolat. Oh, oui ! Oh mais une bonne crêpe chocolat-banane… Ou avec de la crème de marron… indécise, Elis n'eut pas le temps d'apporter sa réponse. La crêpe risquait déjà sa vie. Fort heureusement, la très attentionnée humaine vint à son secours. Elle avait vraiment une voix, une intonation, et des manières de maman. Pas de Mère. Juste de maman. Elis se glissa à table, toujours un peu secouée par la précédente partie de son rêve. Son coeur était à vif, ses émotions à fleur de peau, et sa peine sur le bout de ses lèvres, le bord de ses cils. Seule Maman et sa poêle magique pouvaient l'aider… Ou l'achever.

"- Bah… Parce que tu es ma maman."

Elle avait parlé sur le ton de l'évidence. Son esprit tentait de pousser un peu le rêve dans la bonne direction. Elle ne comprit pas exactement qu'elle usait de sa magie liée aux mensonges -ou du moins, essayait. Elle avait besoin que maman la croie. Pas qu'elle doute, et pas qu'elle se fie à des histoires de sang et de noms de famille.

"- Tu sais faire les pâtisseries. Tu sais t'occuper des enfants. Tu sais leur apprendre à grandir, et à vivre à travers leurs âges. Tu sais mêler ta vie à la leur, et dépenser ton amour même à travers les gestes les plus durs. Tu sais leur apprendre à se consoler, tu les aides à aller de l'avant, tu…"

Les contours du rêve s'obscurcirent un bref instant. Chaque mot ramenait à Elis une image, un fragment de souvenir, et le rappel de son inaccessibilité. Un frisson la saisit, violemment, et Elis porta ses mains sur ses bras, comme pour se réchauffer. Elle avait froid, et mal, et elle voulait un câlin, et du chocolat, et un bon lit bien chaud, et une histoire avec des gens qui se tapent dessus. Lorsque le frisson disparut, elle se tourna légèrement vers maman, pour demander d'une petite voix:

"- Je pourrais avoir une crêpe, s'il-te-plait ? Avec du chocolat."

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"Le patriarcat va pas se détruire tout seul" - Nora Edvardsen

Jeu 22 Juin - 18:12
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