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 Blanc souillé (PV Imrinn)

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L'étrange sous la normalité : Lorsqu'au matin, je serai humaine,
Je n'aurai pas rêvé, ni sommeillé,
Mes actes ne seront plus qu'une idée,
Aucun souvenir ne traversera mon esprit.
Ne pas savoir est ma malédiction,
Regretter est ma rédemption.
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L'Altruiste
11 décembre 2015
Nemeton, pleine lune

Les pattes blanches s’enfonçaient dans la neige, la fourrure pale se distinguait entre les arbres, elle ne passait pas tout à fait inaperçu même dans un paysage blanc. La bête s’était égarée, mais elle ne cherchait pas, elle se contentait de courir et de tuer ce qu’elle trouvait d’encore apte à respirer. Sur les crocs, les dents de l’immense gueule, le sang s’écoulait, séché, frais, il y avait bien plus que le sang d’un humain. Peut-être un peu du sien, mais aucune blessure sur le corps monstrueux, seul l’argent pouvait empêcher la louve de se régénérer.

Les taches écarlates avaient coulé le long de la gueule, elles avaient souillé les griffes et le pelage. Des morceaux de chairs, trop petits pour être visibles entre ses griffes et un regard enragé que personne n’avait le temps de voir suffisamment longtemps pour se demander s’il prenait parfois répit. Non, elle avait cet air, inlassablement destructeur et elle avait toute l’énergie dont elle voudrait disposer. Meade n’avait jamais épuisé la bête, mais vouloir l’enfermer était un acte qui la rendrait plus puissante lorsqu’elle viendrait à ressurgir. La pleine lune était inévitable, mais la petite Meade qui s’opposerait à cette bête si elle le pouvait n’était qu’illusoire devant ce lycanthrope. Ses airs innocents, son visage aussi pâle que sa tignasse, allures juvéniles trompeuses. Meade n’était plus, il n’y avait qu’un monstre blanc, non presque blanc et rouge. Mais qui avait réellement le temps de remarquer la nuance des couleurs de son pelage ? Ceux qui mourraient sous ses griffes ne pouvaient que croiser son regard en panique et hurler, ayant le réflexe de fermer les yeux, le plus souvent, ou de les ouvrir beaucoup trop grand pour voir quoi que ce soit ?

Haletante, elle s’arrêta, reniflant, à la recherche de l’eau, d’une proie, d’étancher sa faim et sa haine qui ne pouvait venir que de cette malédiction. Mais ce n’était pas un territoire que la louve connaissait, peut-être la bête n’avait-elle pas la conscience de sentir la magie de l’endroit, mais elle avait l’instinct de se savoir dans un endroit inconnu et la crainte se mélangeait au désagrément. Odeur, de loups, pas un lycantrophe, ni l’un des siens, ni un maudit. La bête pâle se retourna, ses yeux rencontrant les prunelles étrangement humaines. Renifla, puis s’approcha, s’éloigna, tourna autour de cette figure inconnue. Mais il avait cette odeur d’alpha, maudit qui plus est. Contradiction et peurs parvinrent à l’instinct, non l’esprit n’était plus lorsque la louve s’élança, griffes et croc premières vers ce loup inconnu.

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" parfois pour avancer il faut sortir de sa zone de confort et laisser son corps derrière"
- Meade Camille Alexander, 2016

Lun 19 Sep - 5:26
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L'étrange sous la normalité : La Bête du Gévaudan
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L'approche n'était pas passée inaperçue. Depuis la mise à nue de la femelle jusqu'à son velours de magie corrompue et rance, des centaines d'yeux observaient la créature naître sous l’œil laiteux de l'astre nocturne. Et si la nuit était encore juvénile, comme les pas qui portaient ce monstre au devant de sa futur domination, appâtée par la fugace senteur d'un congénère, la faim qui tenaillait ses tripes était séculaire. Elle était aussi insatiable. Il s'agissait d'une malédiction tenace, comme les relents de mort et de sang qui collaient à cette gueule béante, à ce poitrail essoufflé. Depuis les cieux, les ailes sombres des corbeaux domptaient déjà les vents glacés, surveillant la progression hésitante de cette silhouette aberrante qui, malgré sa toison immaculée, tranchait sinistrement sur la toile virginale de neige qui tendait les Landes de son linceul de silence.

Un spectacle envoûtant, fascinant et honteux qu'était cette bête mi-humaine et mi-louve. Cette attirance morbide pour l'extraordinaire, pour l’anormal, pouvait saisir les cœurs à sa vue terrifiante. Certains s'y attardaient trop et trouvaient la mort. Mais ce n'était jamais assez. Et bientôt le sang coulerait et les pleurs retentiraient encore. La mort et la souffrance laboureraient l'épaisseur cotonneuse, s'éclaboussant du théâtre d'une lute féroce entre deux forces inouïes. Le fluide carmin ayant déjà coulé dans le sillage du monstre éphémère, il laissait des corps démembrés, brisés comme autant d'éclaboussures sur une peinture spasmodique, erratique et violente.

Au sommet des sapins courbés de givre, le bec du messager s'ouvrit en un croassement puissant, alertant son maître de l'approche du prédateur maudit. L'écho de l'appel résonna avec fatalité, le piège se fermant autour de la femelle souillée sans qu'elle ne le remarque. Le prédateur prédaté, encerclé de silhouettes furtives d'une meute de loup nerveux mais déterminés, galvanisés par la présence de leur alpha. Et voilà qu'elle descendait une cuvette naturelle au cœur de la forêt, découvrant celui qui avait tracé pour elle ce sentier olfactif. Aussi noir qu'elle était blanche. Immense loup se tenant au centre de cette arène improvisée, babines retroussées sur des crocs ivoirins il ne cachait pas sa colère. Dos à lui, les parois de roche formaient un mur haut de plusieurs mètres, surplombés de buissons et d'enchevêtrement aux racines des arbres penchés vers le gouffre. La pente douce, unique accès à cette profondeur dont une partie se couvrait d'eau gelée, miroir reflétant l'astre à l’œil de cette crevaison dans la frondaison des arbres amassés, s'accompagnait du tronc d'un arbre déchu.

Le regard d'émeraude luisait comme deux lacs irréels, enchâssés dans un écrin de ténèbres. A la hauteur d'un cheval, la créature inconnue possédait des muscles puissants et noueux qui roulaient sous une fourrure rêche et drue, poudrée d'un reste de neige et de givre. Poitrail en avant et oreilles dressées, queue recourbée sur les reins en un panache régalien, collier dense autour de la gorge et pattes bien écartées dans la mélasse de neige fondue, de boue et de feuilles mortes, la Bête du Gévaudan toisa la lycanthrope avec un mépris et une haine profonde. Un profond grondement roulait depuis sa gueule entrouverte, semblable à l'éboulement de galets sur le rivage d'une colère ancestrale.

Il ne voyait pas la femelle encore doté de sa fourrure de louveteau. Il ne voyait pas sa posture inquiète et nerveuse, il ne sentait pas sa peur et son incompréhension. Il n'entendait pas son souffle retenu ou les battements de son cœur précipité. Il ne voyait que le reflet de sa propre malédiction. Il ne voyait que la source de toute sa peine et de sa perdition. Il voyait la raison de sa faute, l'ampleur de sa déraison de jadis. Et il détestait ce qu'il voyait. Son sang se mit à bouillir et la peau qui l'enfermait dans cette apparence bâtard ce mit à frémir d'excitation. La fourrure du maudit qu'il avait écorché, la conscience animale qui rongeait son âme pour en faire ce noyau instable et improbable venait à frémir et à s'impatienter.

Aussi, lorsque la femelle vint à bondir vers lui, le loup immense se précipita à sa rencontre avant d'effectuer un dérapage à la dernière seconde. Refoulant ses instincts primaires, préservant une étincelle d'intelligence humaine, Imrinn profita du plongé aveugle de son adversaire pour se glisser sous elle. Il sentit le corps hybride frôler son échine et amassa les postérieurs dans la neige pour venir se contorsionner plus aisément. Gueule grande ouverte, il tourna la tête vers l'arrière et vint happer le jarret gauche du lycantrope à la moitié de son bond. Affirmant sa prise d'un sursaut nerveux des mâchoires, et ce avant qu'elle ne retombe au sol, il usa de l'inertie de sa charge pour pivoter et d'une ruade balancer la femelle contre la paroi rocheuse derrière eux.

La violence de l'impact fit pleuvoir une gerbe de neige accompagnée de quelques gravas. Se redressant, l'immense créature resta silencieuse et présenta son flanc droit, gueule rabattue sur sa gorge pour la préservée. Il savait que la morsure apposée sur son adversaire se refermerait le temps qu'elle se redresse, mais le goût ferreux sur sa langue excita plus encore ses envies de saccage. Gonflant la fourrure, crête hérissée le long de ses vertèbres, oreilles couchées en arrières et babines retroussées au point de laisser voir le carmin de ses gencives, la Bête du Gévaudan gronda encore. Elle attendait, dotée d'une patience troublante. Elle jaugeait son adversaire, cherchait probablement à le fatiguer avant d'attaquer à son tour. Il espérait sur l'inexpérience de la maudite et sa jeunesse pour vaincre, sachant qu'à l'aube elle perdrait sa puissance alors que lui... ô lui, depuis quatre longs siècles, ce n'était ni l'absence de lune gibbeuse ni la chaleur timide du soleil qui saurait laver sa malédiction.

Mer 12 Oct - 13:11
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Irréfléchie, sans stratagème, elle s’élançait, douleur inhabituelle un peu plus haut que la patte, étais-ce son sang qui coulait du jarret ? Sa victime n’était pas encore sous ses pattes, à pleurer, geindre, crier. Elle les déchirait facilement, les humains, il ne suffisait que de planter sa gueule dans la chair laisser ses dents s’acérer jusqu’aux os et d’un coup, arracher un membre, une tête, les entrailles parfois. Mais son corps frappait la pierre, douleur aigüe, puis atténuante, il ne restait bientôt que le souvenir d’un instinct qui avait appris d’une erreur. On ne pouvait parler de conscience, Meade n’était pas et la bête n’avait pas la conception d’une mémoire, pas semblable à celle d’un humain. Mais elle savait, à présent, que cette douleur était le résultat d’un saut aveugle.

La bête s’était accroupie, haletante, sa tête s’était relevée rapidement, ses yeux se plantant dans ceux de son adversaire. Sur ses gardes, elle attendait silencieuse la guérison de sa blessure avant de se relever, la louve renifla, faisant quelques pas pour s’éloigner du rocher. Et puis elle reculait, ne quittant pas du regard cette grande bête noire.

Les grandes pattes se mirent à courir, sans immense saut cette fois, elle ne s’arrêta pas et de tout son poids, se rua sur la silhouette canine, agrippant d’abord d’une griffe la patte lorsqu’il fut à sa portée pour ne pas perdre sa proie d’une esquive. Les humains avaient une silhouette si facile à dominer, leur cœur était à découvert, leur gorge aussi. Un loup protégeait son corps par sa position naturelle et il semblait que dans le mouvement pour atteindre la gorge d’Imrinn, l’inexpérience déviait la gueule vers l’omoplate. Elle enfonça ses crocs, au risque d’y rester trop longtemps dans le débat, plus puissant que celui d’un homme, devoir dévier sa mâchoire dans laquelle elle sentait une certaine douleur, qui s’effaçait progressivement.

Les oreilles se relevèrent d’avantage lorsque son odorat, mêlant sang à alpha, mais pas le sien, reniflait. Il y avait plus d’un loup, toute sa meute était présente et si son regard ne voulait quitter le loup noir, ne voyait pas, elle sentait, sans vraiment pouvoir compter, elle savait plusieurs loups autour d’eux.

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" parfois pour avancer il faut sortir de sa zone de confort et laisser son corps derrière"
- Meade Camille Alexander, 2016

Dim 6 Nov - 18:03
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De profil, gueule plaquée contre son poitrail afin de protéger sa gorge, il continuait de présenter son flan en une invitation trompeuse. Queue relevée en panache sur son échine, pattes écartées pour pouvoir encaisser la charge qui se préparait, l'immense Bête continuait de gronder et de marmonner quelques mots en un gaélique ancien, usité. Il ne désirait pas céder à l'animal en lui, mais sa haine pour les lycanthropes ne participait guère à lui rendre ce service. Le sentiment bouillonnait en lui comme de l'acide et les effluves engourdissaient son esprit comme le plus fort des alcools. Céder à la passion, à la rage serait un doux palliatif à toute sa frustration. Pourtant, derrière le masque blanc de cette louve, il y avait une enfant qui se réveillerait avec la culpabilité de tous ses meurtres. Il devait savoir si elle était réellement coupable ou s'il ne s'agissait que d'une victime de plus.

S'accrochant à cette maigre perspective, essayant d'oublier sa rancœur et ses émotions, le loup géant ferma les yeux lorsque la masse de fourrure et de muscles le percuta de plein fouet. Ce fut comme encaisser un char et il recula de plusieurs mètres, les pattes s'enfonçant dans la boue gelée et la neige poudreuse en gerbes souillées qui volèrent au dessus de leur silhouette imbriquées. Le souffle lui manqua, ses os grincèrent sous la pression et ses articulations vinrent à le maudire. Un éclat, capté du coin de l’œil, lui fit rapidement pivoter ses assises, quand bien même l'une de ses pattes était prisonnière des griffes de son adversaire. Ainsi, au lieu de sa nuque ou de sa gorge, Imrinn présenta le garrot et les épaules.

La douleur vint à exploser dans son épaule tandis que la chair s'éclatait comme un fruit trop mûr et que le sang riche de magie s'écoulait en flot poisseux et chaud. Un sourd grondement inhumain vint à émerger des babines retroussées de la Bête alors que l'émeraude du regard s'assombrissait d'un voile d'ambre rouge. Le blanc virait au noir alors que la part humaine du loup géant s'estompait au profit d'une colère immense, bestiale. Le sang appelait le sang. De son museau entrouvert d'un souffle erratique, brisé par les râle de souffrance, la langue se rétracta au fond de la gorge et les crocs ivoirins se déployèrent en une gueule béante.

Il aurait pu saisir la gorge offerte de la jeune lycanthrope. A sa position actuelle, massé sur lui même pour soutenir le poids de son adversaire, garrot sacrifié et l'échine courbée, il avait une vue imprenable en contreplongée du prédateur blanc. Il pourrait saisir aisément son cou et la secouer jusqu'à lui rompre les vertèbres, pour autant la Bête du Gévaudan n'en éprouvait pas le désir. Non... Elle voulait déguster une chair humaine et encore jeune. Elle voulait se repaître d'entrailles chaudes et de viande juteuse. Les babines s'ourlèrent en un sourire démentiel, plissant des yeux à présent rouges et noirs, déshumanisés. Ce ne fut qu'un éclat fugace, la réflexion d'une fraction de seconde avant que la créature ne vienne refermer ses crocs sur la hanche de la louve.

Il y avait moins de fourrure. Les canines s'enfoncèrent sans mal dans la chair pour la percer. Elles déchirèrent les muscles avant de racler sur l'os liliaque et de s'y accrocher à la courbe faisant la jonction avec le fémur. Plusieurs tonnes de pression se refermèrent ainsi sur sa proie alors qu'il verrouillait sa mâchoire de toutes ses forces. La respiration sifflante, museau encombré par la chair et le flot de sang, il tentait de souffler par la truffe, élevant des volutes de buée opaque en même temps qu'il s'ébrouait. Combien il serait facile de repousser la lycanthrope avec son bouclier, combien il serait plaisant de la démembrer avec sa télékinésie et pourtant... pourtant le sorcier avait abandonné son humanité ce soir. Il voulait combattre, se défouler. Mais il ne tuerait pas. Non. Il n'avait qu'à attendre.

Dans un sursaut accompagné d'une ruade pour tenter de faire lâcher prise son adversaire, la Bête du Gévaudan lâcha sa prise et chercha à mordre plus haut. Il visait clairement son abdomen, voire le creux de la taille où la chair était plus tendre et où il aurait une meilleure prise. Il ne doutait pas que l'autre reculerait et c'était ce qu'il escomptait afin de pouvoir soigner sa blessure. Il sentait le sang, son sang, ruisseler de son épaule déchirée. Ils étaient tout deux handicapés sur les mouvements à présent ! Il ne restait qu'à voir s'ils s'accordaient le répit nécessaire ou continueraient dans une pugilat carmine.

Mer 23 Nov - 17:55
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La sensation de la chair sous ses dents, qui se déchirait dans la fente que ses dents créaient, le goût du sang, bien différent que celui d’un humain, était satisfaisante. Comme le goût d’un coup réussi, l’œil de la bête voyait le rouge, vif, sur la neige, sur la fourrure. Ses yeux s’écarquillaient, ses dents redemandaient cette sensation, insatisfaite d’avoir dû retirer les crocs aussi rapidement. Mais la seule chose qui occupa sa gueule fut le grognement bruyant dans la douleur vive de la morsure. Une douleur qui ne s’arrêtait pas qui ne faisait qu’empirer, se décupler. C’était les griffes qui s’agitaient, dans la panique, peu importe où elles pouvaient bien frapper, peu importe l’endroit où cela pouvait l’atteindre, tant qu’elle pouvait le repousser, tant qu’il la relâchait, puisque cette pression dans sa hanche était insupportable.

Elle n’avait plus assez de force pour le repousser efficacement, elle griffait, sur la défensive, reculait, tous ses mouvements voulaient l’éloigner, garder cette gueule loin de son corps, ou au moins l’aveugler et le déconcentre suffisamment pour qu’il ne sache où la mordre à nouveau. Sans se retourner, les pattes de la louve pâle allaient vers l’arrière, elle cherchait sa sortie, jamais elle n’avait été blessée à ce point, jamais elle n’avait été habituée à des combats comme ceux-ci. Un humain qui se débattait, ce n’était pas comme la morsure d’un loup et celle-ci était douloureuse. La bête avait comme réflexe de se retirer, dans la panique, elle ne pouvait faire autrement, le prochain coup pouvait être fatal s’il était bien positionné. Après avoir reculé de manière méfiante, ne quittant pas des yeux le sorcier, elle se retourna, handicapée et ralentie, la bête pâle courrait comme elle le pouvait pour fuir ce combat. Il y en avait d’autres, elle les sentait, les suivrait-elle ? Elle était prête à répondre, prête à se défendre, sensible aux odeurs, aux présences. Elle pouvait se retourner et répliquer, si elle le devait.

Lorsqu’elle atteint un endroit où elle se sentait assez éloignée pour pouvoir récupérer de ses blessures, elle s’arrêta, puis comme hyperactive, elle courrait, marchait, s’agitait dans les mêmes mètres, grognant de sa blessure. Griffant et frappant les arbres dans la frustration de ne pas déchirer la chair, elle détruisait ce qu’elle voyait. Jusqu’à s’épuiser, jusqu’à ce que le soleil rencontre sa fourrure souillée, elle tomba, d’un coup d’un seul, puis retrouva le corps qui l’avait quittée la veille. Un corps qui était petit, fragile lorsqu’on venait de voir celui de la louve. Ses mèches blondes tombaient sur son dos, ses épaules, retombant sur la neige, la tignasse était suffisamment longue pour cacher une partie de son visage. Sa peau pâle était tâchée de rouge et des petits morceaux de chair étaient restés coincés entre ses ongles. Les doigts dans la neige, elle avait froid, mais endormie, elle n’en avait pas conscience, malgré la rougeur qui s’emparait du bout de ses doigt. Au réveil, elle devrait trouver un moyen de se couvrir, de se réchauffer, mais pour l’instant, sa conscience était aussi éteinte que lors de cette nuit.

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" parfois pour avancer il faut sortir de sa zone de confort et laisser son corps derrière"
- Meade Camille Alexander, 2016

Lun 9 Jan - 5:06
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L'étrange sous la normalité : La Bête du Gévaudan
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Il ne bougeait pas, flanc toujours présenté et gueule entrouverte qu'il tenait plaquée à son poitrail de sorte qu'aucune attaque n'atteigne sa gorge. Queue dressée, poils hérissés, il fixait son adversaire avec les babines retroussées sur des crocs lustrés d'une bave au rouge délavé, à l'écume rosée. Ses pattes étaient plantées dans le sol boueux à la neige souillée, posture de défis et de domination quant à ce combat primal qui s'achevait par sa victoire.Quelle déception toutefois ! La Bête du Gévaudan aurait voulu terminer cette nuit par la mort de la femelle, son instinct aspirait à déchirer son ventre, à se repaître de ses intestins. Ainsi privée de son festin, la créature gronda férocement tandis que l'autre s'enfuyait, mais Imrinn la regarda déraper sur la pente raide de leur arène improvisée et ses yeux continuèrent à suivre cette silhouette monstrueuse jusqu'à ce qu'elle disparaisse au détour d'un bosquet.

Alors enfin, l'immense loup noir bascula le chef vers les étoiles, il pointa la truffe aux cimes des arbres et ouvrit la gueule à la lune pleine. Une immense inspiration vint à gonfler son poitrail et bientôt il hurla un chant victorieux, à la mélancolie sauvage à l'hymne de sa réussite. Il savait que les fées qui chevauchaient les vents porteraient sa voix jusqu'aux oreilles de la perdante, qu'elles draperaient ainsi sa défaite de honte. Au chant du maître de ces landes, d'autres voix s'élevèrent et bientôt toute la meute entonna à l'unisson ses mélopées nocturnes. Ce furent de longues minutes poignantes où les oreilles néophytes purent trouver la peur, l'angoisse ou parfois la simple nostalgie des temps oubliés. L’écho des aboiements sonnait le glas d'une humanité, appelait au grand Sauvage et célébrait les cycles lunaires, le rythme des saisons ou tout simplement celui de la Terre Nourricière.

Quand les loups se turent, Imrinn bondit hors du renfoncement boueux et s'installa dans la neige fraîche, crissant la poudreuse sous son poids. Il prit le temps d'observer sa blessure, laissa ses compagnons en lécher les lèvres déchirées, lavant le corps de leur alpha avec précaution, s'affairant autour de lui à force de jappements et d'aboiements. La créature ferma les yeux, laissa les gueules soumises mordre son menton, lécher ses babines. Quand il en eut assez, il gronda puis ignora la meute pour concentrer l'énergie de l'Alpha qui coulait toujours dans sa fourrure maudite, canalisant aussi dans l'essence même de son noyau marqué par ses origines de sorcier, les pouvoirs nécessaires à le guérir. Il commença à accélérer la régénération, puis la dirigea vers la blessure. Il veilla à ressouder les nerfs, à recoudre les muscles fibre par fibre et quand ce fut au tour du derme rosé de venir s'étendre sur la chair à vif, il se leva et reprit sa trotte vigilante. Le soleil baignait déjà l’horizon, les étoiles prenaient leur départ alors que la lune s'étendait au delà des arbres, drapée dans un brouillard fugace. Et l'astre solaire s'élevait avec pugnacité, irradiant toujours plus le ciel de parme, d'orange et d'ocre rouge. La neige scintillait, comme si des myriades de diamants couvaient à fleurs de son vélin poudré.

Il ne fallut guère longtemps avant que ses pas ne le mènent jusqu'au nid à l'immaculée brouillée dans lequel reposait la frêle silhouette de l'enfant. A son corps frigorifié, la neige avait d'abord fondu avant de se reformer en givre sur sa peau dénudée. Les extrémités de son corps rougissaient, au sang gelé et aux chairs presque nécrosées. Il était temps qu'il arrive où cette pauvre mortelle aurait laissé quelques bouts lors de son réveil ! Ce fut dans un soupir qui nimba sa gueule de buée, qu'il courba l'échine et vint saisir le bras de la fillette de ses crocs, pression délicate pour ne pas percer le velours de pêche. Il tira le corps léger et d'une secousse ajustée, la percha sur son dos. Après s'être assuré que son paquet était parfaitement disposé, l'immense loup se détourna de la steppe immaculée et gagna le couvert des sapins centenaires. Les corbeaux croassèrent, bruissèrent du chant des plumes et ce, tout autour de l'humaine. Certains venant à se poser à la courbe de ses reins ou sur le galbe de ses épaules, ils l'observèrent ainsi de plus prêt ou, tout simplement, profitèrent du transport inespéré.

Il ne fallu guère de temps avant qu'ils ne passent les premières barrières du Nemeton. Ces illusions pour qu'aucun mortel de l'Endroit ne vienne à transgresser le territoire de la Bête. Des clôtures hérissées de barbelés aux les yeux des humains, mais de simples obélisques gravés aux runes celtiques pour les habitants de l'Envers. Une fois à la sécurité de leurs terres, la meute s'égaya pour espérer trouver, en cette aube frileuse, quelques lapins et mulots engourdis. A cause de l'inconnue, ils n'avaient pas pu chasser de la nuit et à présent que les esprits s'apaisaient ; les ventre venaient à gargouiller. Pour Imrinn, il n'était pas encore l'heure de vagabonder, car le poids sur son dos lui rappelait à chaque foulée combien le temps pressait. Il pouvait sentir la jeune fille grelotter, parfois trembler de spasmes glacés. Il allongea donc ses pas, continua de s'enfoncer au cœur de la forêt jusqu'à parvenir en vue de son refuge. Les dernières barrières n'étaient pas encore achevées, aussi il n'y eut aucun protocole à suivre pour faire admettre l'empreinte psychique de l'enfant en ces lieux sacrés. S'accroupissant, il entra dans ce qui semblait n'être qu'un terrier. Certes adapté à sa taille, mais si grossier pour l'heure, qu'il ne disposait qu'une immense paillasse à l'arrondit opposé de l'entrée. Constituée d'un sommier aux branches de sapins et de noisetiers tressés, l'étrange couche était ensuite échelonnée de crins, de plumes et de paille fraîche afin que le froid du sol ne remonte pas et qu'un certain confort y soit trouvé. Enfin, elle était couverte de fourrures et de plaids en polaire avec d'innombrables coussins et traversin jetés pêle-mêle.

La jeune fille fut ainsi abandonnée au centre de ce nid bien particulier et l'immense créature veilla à noyer la frêle silhouette sous les couvertures et les peaux aux plus douces et plus chaudes de sa collection. Il vint ensuite lécher et mordiller ses doigts autant que ses orteils, s'assurant que le sang vienne de nouveau circuler en ces membres frigorifiés. Une fois qu'il fut satisfait, il s'éloigna afin de composer un feu à la proximité de l'entrée à son refuge, autant pour faire chauffer du lait dans une marmite, que pour empêcher les brises hivernale de se faufiler à l'intérieur. Assis sur son postérieur, museau baissé au dessus du lait, il avait rassemblé à portée de ses pattes quelques bourses de cuir et poches de chanvre. Oreilles dressées en avant, yeux grands ouverts sur la préparation, sa haute silhouette ainsi massée n'avait que peu de rappel à la Bête sanguinaire confrontée plus tôt cette nuit là. Quand le frémissement se fit bouillonnement et que le lait manqua de déborder, il se pencha et fourragea dans les récipients pour venir verser sur la mousse des épines vertes de pins, des noix et des fruits secs, de l'avoine ainsi qu'un morceau de rayon de miel. Malgré sa constitution animale, la créature semblait aisée dans ses gestes, usant parfois d'une télékinésie fugace pour remplir les gestes trop compliqués sans l'aide de pouces opposables.

Il allait pour saisir une cuillère en bois quand il entendit du bruissement à l'arrière de sa position. Ses oreilles se couchèrent et il jeta un coup d’œil par dessus son épaule, avisant la silhouette de son invité remuer à couvert des fourrures et des plaids. Il sembla hésiter à s'approcher, mais le rappel de sa préparation capricieuse lui vint et il s'empressa de touiller le gruaux parfumé avant qu'il ne finisse réellement par verser par delà sa marmite. Si son attention était à la cuisine, ses oreilles continuaient de pivoter vers l'arrière, tressaillant à chaque bruit et souffle de l'humaine. Finissant par se décider, l'immense Loup prit la parole. Sa voix cependant ne sortit point de sa gorge, ni de sa gueule bien trop occupée à touiller sans baver dans le mélange. Non, le son résonna en l'esprit de la jeune fille, comme une caresse chaude, presque étouffante à la façon d'un ruban de fourrure rêche qui caressait l'intérieur des tympans, emplissait le mental d'une empreinte empathique.

<Bon réveil, gamine. Apaise tes crainte, je n'ai aucune intention néfaste à ton égard... tout au contraire.>

Il souffla par la truffe et se redressa pour venir sortir la cuillère du gruaux qui épaississait à petit bouillons paresseux, la surface se cloquant pour ensuite s'aplatir en des sifflements de vapeur. Satisfait, il donna un coup de patte dans les bûches du feu pour en atténuer les flammes et ne laisser que des braises. Ceci fait, il pu se concentrer sur l'humaine et se leva pour l'approcher lentement. S'il était déjà impressionnant en temps normal, au couvert de ce terrier, il semblait immense et prenait un bon tiers de la place allouée. Ses yeux humains dans le fourreau des poils sombres se plissèrent légèrement alors que les babines se retroussaient au simulacre d'un sourire. Décidé à ménager le mental de son invitée, il continua de s'adresser à elle par télépathie :

<Je m'appelle Imrinn. Je suis le Gardien du Nemeton et celui qui veille sur les Landes. Nous nous sommes croisés lors de la pleine lune... et avons eut une petite discussion, si je puis dire.>

Il renâcla l'ébauche d'un rire, davantage proche d'un bref aboiement alors qu'il la jaugeait de bas en haut et approchait sa truffe de ses mains.

<Je suis soulagé de voir que ton corps ne préserve aucune morsure du froid. Je te conseil de draper ta nudité à l'aide des couvertures, du moins pour l'heure. Si tu as faim...>

D'un mouvement de tête, il désigna la marmite remplie d'un gruaux fumant et parfumé. Non loin reposait un bol de bois de très belle fracture, gravé d'entrelacs celtique ainsi qu'une petite cuillère gravée en la même matière. S'asseyant sur ses postérieurs, la créature attendit au calme et dans l'immobilité ce que ferait la petite fille à présent qu'elle avait tous ses esprits.

Jeu 26 Jan - 17:51
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L'étrange sous la normalité : Lorsqu'au matin, je serai humaine,
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L'Altruiste
Ces sommeils étaient toujours sans rêves, rappelant le vide que lui laissait les nuits de pleines lunes, si seulement elle pouvait contrôler ses actions, dompter la rage d’une bête qu’elle n’avait jamais rencontré. Inconnue, mais aussi présente, un peu effrayante, pour cette petite fille qui ne savait comment se sentir face à sa nature, ce qu’elle savait, c’est ce qu’on lui avait appris à être. Fière, insouciante, elle ne pouvait pas s’y résoudre. Il y avait quelque chose d’un peu vide dans ce sommeil, mais elle sentait le froid, mordant, sentait cette pression sur sa peau, l’odeur d’un des siens, la fourrure sur sa peau. Elle voulait se réveiller, clouée par la fatigue, son corps lui criait que le froid était dangereux, mais l’enfant restait assommée, endormie, malgré les frissons et son ventre qui tremblait jusqu’au bout de ses doigts. Puis, retrouvant la sécurité d’une chaleur inconnue, l’esprit de la petite louve sombra à nouveau dans un néant confortable.

C’est sa tête qui bougea en premier, retombant lentement sur le côté, ses mains se déplaçaient en cherchant à comprendre la texture qui était sous ses doigts, à moitié éveillée, Meade daigna ouvrir l’une de ses deux paupières. C’est en emmenant sa main à son œil, dont elle sentait l’odeur forte d’un autre loup, qu’elle put se frotter les yeux pour les ouvrir complètement. Son regard fit le tour du terrier, sans paniquer, elle prit quelques secondes avant de se demander où elle se trouvait. D’un réflexe animal, la petite louve cherchait l’origine de la voix qui lui parlait, sa tête se tourna de tous les côtés avant de poser son regard sur un grand loup, d’écarquiller les yeux, puis ses prunelles fuirent cette vision. Meade ne s’empêcha pas de remuer le nez pour identifier les odeurs qui se trouvaient autour d’elle. Un maudit, il y avait cette odeur de l’un des siens, mais c’était impossible, dans un corps comme celui-ci, au petit matin. D’ailleurs, oh, c’était le lendemain de la pleine lune, non ? La petite louve baissa la tête, les sourcils froncés, dans une expression qui cherchait bien des réponses à ses questions.

La voix qui s’adressait à elle ne venait pas du loup, elle était dans sa tête, cependant Meade était certaine que c’est lui qui communiquait avec elle, peut-être avec de la magie ? La petite louve n’avait jamais vu, ou plutôt entendu une telle chose.  Mais ce que ses instincts la poussaient à sentir, malgré toutes les odeurs qui la faisaient réfléchir, c’était la nourriture qu’elle savait tout près. Elle avait faim, mais jamais elle n’aurait demandé qu’on la nourrisse et la réfugie ainsi. Son visage se décomposa lorsque la bête expliqua qu’il l’avait rencontré cette nuit. Inutile de lui conseiller de cacher sa nudité, la petite louve pudique se cachait déjà des fourrures, refusant d’en sortir.

Elle ramena sa main vers son visage, cherchant les marques du froid auxquelles Imrinn faisait référence. Le regard clair passa du bol au loup, lentement, puis sa main retomba un air un peu inquiet au visage. Elle était silencieuse, comme à son habitude, lors de ses réveils. Elle n’arrivait pas à parler, elle ne voulait pas parler. Pourtant la personne qui était devant elle à son habitude ne comprenait pas ses remords, lui l’avait réfugiée dans cet endroit…pourquoi ? La neige, il l’avait trouvé dans la neige, elle aurait pu être en hypothermie. On la chercherait, bientôt, mais devait-elle vraiment rentrer, elle ne voulait pas, se faire dire qu’elle n’agissait pas en louve, encore, qu’elle accordait trop d’importance aux humains.

Après un moment de silence, sa bouche s’entre ouvra, elle eut du mal à prononcer les premiers mots, esquissant un raclement de gorge avant de prononcer convenablement. « Qu’est-ce que j’ai fait ? » demanda-t-elle honnêtement. Personne n’avait jamais pu lui raconter telle chose, aucun humain ne restait vivant de telle rencontre. Mais lui, n’était pas humain, et qu’était-il exactement ? « Je suis désolé, si j’ai fait du mal, je ne peux pas m’en souvenir. » Fit-t-elle, ressortant le poignet de son nid confortable pour montrer la marque de sa malédiction à la bête. « Je m’appelle Meade. » Dit-elle en reniflant l’odeur agréable, lorsqu’elle regarda attentivement, elle réalisa que ce que le loup avait préparé semblait, très humain, même si ce n’était pas ce qu’elle pouvait retrouver à table habituellement, ce n’était pas un morceau de viande crue. La petite louve Attrapa une couverture plus mince, et donc plus facile à enrouler autour de son corps, qu’elle fit cachée à l’intérieur du nid, pour enfin sortir des autres couvertures et venir se servir. Un sourire passa sur ses lèvres, d’un regard lunatique, elle souffla un « Merci » à la bête, très grande dans ce petit endroit. La petite louve s’asseyait pour manger, appréciant la première bouchée comme il se devait. « Pourquoi avez-vous l’odeur de l’un des miens ? Il me semble que vous pourriez avoir l’apparence de métamorphe, mais d’un loup garou… » demanda-t-elle, piquée par la curiosité.

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" parfois pour avancer il faut sortir de sa zone de confort et laisser son corps derrière"
- Meade Camille Alexander, 2016

Mar 31 Jan - 20:12
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L'étrange sous la normalité : La Bête du Gévaudan
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Les orbes printaniers observaient la petite fille avec l'esquisse d'une tendresse paternelle. Le sentiment fleurait au rivage de sa psyché, créant dans son noyau le conflit de la Bête face à l'Homme. Il comprenait combien il était injuste pour une enfant de porter le fardeau de querelles séculaires, combien le prix était obsolète à présent et qu'il était cruel de conserver une telle marque au delà des générations, mais il ne parvenait pas à éprouver l'exactitude du sentiment demandé à l'empathie de sa situation. Elle était déjà une maudite, portant sur elle le poids de nombres d'innocents tués lors de ses frénésies, tantôt ses ongles s'emplissaient de chair humaine et animale, sa gorge se tapissait de sang et de viscères. Son âme était souillée avant même qu'elle n'en comprenne le principe. Pour autant, à la voir aussi désemparée et frêle, son instinct animal ne pouvait s'empêcher de chercher à la pardonner, voire à la protéger. L'enfant s'ouvrait à lui comme une fleurs déploierait des corolles abîmées d'une nuit à la grêle mordante, s'ouvrant au soleil de son regard avec l'immense candeur de pouvoir grappiller à son couvert quelques réponses, quelque réconfort. Et le son de sa voix, modelant sa toute première question, suffirent à tourmenter la Bête du Gévaudan. Qu'avait-elle fait ? Au réveil de sa pleine lune, de sa folie sanguinaire, sans aucun rappel des cauchemars vécus, elle demandait avec timidité quels étaient ses crimes.

< Je ne saurais te répondre, enfant de la lune. Nos chemins se sont croisés alors que la nuit était déjà bien avancée. >

Il n'avait pas suivi ses pas avant qu'elle ne foule les Landes et n'entre donc sur son territoire. Venait-elle de Last End ou de ses abords, avait-elle était prise en charge jusqu'à perdre sa meute ou s'était-elle éveillée seule au regard de l'astre pour commettre ses meurtres : il n'en savait rien. Silencieux, rongé d'un malaise qu'il ne saurait s'expliquer, il l'observa en couchant très légèrement les oreilles vers l'arrière. Son museau vint à s'enfouir dans le col de poils rêches qui ornait sa gorge, louchant légèrement sur la marque qui lui était présentée. Aux excuses de l'enfant, il su quelle était la raison de son mal être et il ouvrit la gueule pour prendre la parole, cependant incapable de s'exprimer alors que l'enfant se présentait sobrement. Les mots comme le souffle lui manquèrent et il referma le sceau de ses babines, retenant les mots qui s'encombraient à présent au creux de sa gorge serrée. Il comprenait maintenant. Il comprenait pourquoi il se sentait aussi mal depuis son réveil, depuis qu'elle avait pris la parole : impuissant. Il se sentait impuissant face au fardeau qu'elle portait depuis son premier souffle, depuis sa première minute en ce monde. Meade payait le prix d'erreurs passées, d'une rancœur qui ne la concernait plus depuis bien des siècles. Et lui, malgré son âge et ses connaissances, malgré toute la sagesse qu'on lui avait distillé, malgré ses propres expériences. Lui, né Keith Macléod, ne pouvait rien pour elle.

< Nous avons combattu et par les Dieux, que tu es novice à cela. >

Ses yeux la suivirent sans que le reste de sa carcasse ne frémisse d'un seul muscle. Il la regarda disparaître brièvement dans les fourrures pour émerger ensuite drapée d'une robe improvisée. Il huma son parfum quand elle passa près de lui, s’imprégnant de son empreinte avant de continuer à la caresse subtile de son esprit :

< Je t'ai forcé vers l'intérieur des terres. Puis lorsque tu as senti l'approche de l'aube, tu as battu retraite. A partir de là, il ne m'a pas été compliqué de te retrouver pour t'emporter jusqu'au Nemeton. >

Il retint son souffle, vaguement nerveux au fait qu'une tiers personne vienne à déguster l'une de ses préparations. Depuis combien de temps n'avait-il pas partagé sa tanière avec un autre être doué de conscience et de mots ? Il ne savait plus... même lors de son séjour en Groenland, il n'avait jamais partagé la niche des Inuits. Par la suite, lors de sa course effrénée au travers du Nouveau Monde, il n'avait pas eut l'opportunité de s'asseoir à la table de qui que ce soit... surtout pas avec Iscariote ou le Judas ! Un souffle, aisé à confondre avec un pouffe de rire, échappa à la créature qui détourna un peu la gueule et mordit sa langue pour ne pas céder à une hilarité déplacée. Aaah... Le souvenir des farces dont il avait affligé cette pauvre âme lors de leur course poursuite était un bien maigre baume aux chagrins qu'il avait connu à chacune de leur rencontre. La voix de Meade, cependant, vint à le rappeler au présent et il tourna la tête vers elle en dressant les oreilles, le simple mot sonna comme la plus belle des récompenses. Soudain, la nuit passée à combattre et saigner lui sembla bien moins terrible et il hocha la tête en réponse. Hésitant, il regarda vers le panier de fourrures et de branchages, mais décida finalement d'approcher de l'humaine et de s'installer près d'elle. Allongé, il croisa ses pattes avant de sorte à pouvoir poser le museau en leur jonction.

< Je ne suis ni l'un, ni l'autre. >

Comment pouvait-il répondre autrement ? Cette pauvre enfant ne semblait pas encore terrifiée en sa présence, mais certainement le deviendrait-elle si elle apprenait la vérité. Son regard resta rivé aux danses lascives des dernières flammes du foyer, le tapis de braises fourmillant de lueur comme une de ces nouvelles citées à la nuit tombée. Le sombre des charbon formait les bâtiments tandis que les étincelles formaient les lampes et les lampadaires aux rues labyrinthiques de cendre et de bois brûlés.

< Jadis j'étais un sorcier... à présent, je ne suis qu'une créature tourmentée qui espère pouvoir reposer ses vieux os quelque part et trouver un repos qui lui a été longtemps refusé. >

Il pencha légèrement la tête afin de pouvoir la fixer au dessous de ses cils sombres. Les yeux humains semblaient séculaires, usés par des décennies d'errances et de désillusions. Pour autant, quand les orbes frolèrent la fine silhouette, elles se réchauffèrent d'une tendresse paternelle et la bête releva le chef pour venir poser la truffe dans les mèches blondes, grignotant un peu la chevelure emmêlée avec tendresse.

< Tout ce dont tu as besoin de savoir, c'est que je ne te veux aucun mal, Meade. Tu es sauve ici, personne ne te fera de mal et... tu ne blesseras personne. >

Il écarta son museau pour la regarder un instant, l'expression aussi grave que le permettait son faciès lupin, puis détourna davantage encore la gueule vers l'entrée de la grotte, restant un moment silencieux avant de souffler :

< Tout comme toi, je suis maudit. Mais à l'inverse, je suis le seul à m'être infligé ce tourment. Il y a très très longtemps, j'ai pêché d'orgueil et depuis j'erre en ce monde sans plus de raisons d'être. L'humanité a continué son évolution et je suis devenu une chose bien usité, n'est-ce pas ? >

Il reposa le museau au croisement de ses pattes et soupira si fort que l'âtre s'illumina de braises chauffées et ragaillardies par la bourrasque qui en secoua les courbes et les arrêtes. Quelques esquilles s'envolèrent en des tourbillons capricieux, disparaissant à l'éphémère de leur condition pour retomber, ensuite, en cendres tièdes et paresseuses.

< Tu ne devrais pas t'excuser lorsqu'il ne t'est donné aucune matière sur laquelle payer tes fautes. Non seulement n'as-tu aucun souvenir de tes crimes, mais tu n'y avais aucun contrôle. La malédiction qui pèse sur ton sang n'est pas de ton fait, ici tu n'es qu'une victime, Meade... Tu es une victime au même titre que celles qui marquent le sillage de tes pas. Tu as le droit d'être en colère et d'être triste, mais ne te sent pas coupable pour des fautes qui ne sont pas les tiennes. >

Il ferma les yeux.

< La chose qui gratte en toi n'est pas ce qui te définie, cette bête sanguinaire n'est pas ton identité. Tu es bien plus que cela, car sans elle tu ne serais qu'une enfant des hommes parmi tant d'autres... et pourtant bien unique pour ceux qui t'aiment. Comme la rose au Petit Prince. >

Il y eut un silence avant qu'il ne continu à l'intimité de leur esprit :

< Si tu souhaites réellement faire amende de « ses » crimes, confines toi aux pleine lunes. Muselles cette chose et bats toi contre elle de toutes tes forces. Tu ne devrais pas avoir peur d'elle, car c'est elle qui devrait te craindre : tu es le maître de ton vaisseau. Tu es celle qui commande et c'est elle qui devrait t’obéir. >

Cette lutte, ô combien la connaissait-il ! Juguler la Bête en soit, l'empêcher de fleurer à la berge de sa conscience et ce, uniquement à la force de sa volonté. Combien de fois avait-il failli et combien de morts avait-il provoqué ? Mais par son contrôle, par sa force d'esprit, combien d'autre avait-il sauvé ? Sa condition était différente de l'enfant assis à ses côtés, mais par tant de points si similaire ! Voir Meade dans la neige, barbouillée de sang, puis l'entendre s'excuser et la sentir si perdue, si désenchanté sur sa condition, sur son avenir... Imrinn soupira encore, gardant les yeux clos. Il n'avait pas pu ignorer cela et se retrouvait à faire la morale, si ce n'est la leçon, à une pauvre petite fille qui lui avait rien demandé.

Mer 15 Fév - 16:47
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La petite louve esquissa un sourire qui s’élargit progressivement dans un rire, alors qu’elle baissait la tête à la remarque qui gardait une pointe d’humour. « Je préfère être novice alors. » affirma-t-elle. Qu’il lui affirme qu’ils aient combattus, elle n’avait même pas envie de se méfier. Si ce n’était l’odeur qu’il portait, c’était la manière dont il lui parlait qui rassurait la jeune fille. C’était une niche agréable, elle en aimait les odeurs et avoir au réveil, un repas, un échange, autre chose que de l’exaspération, Meade avait envie de rester ici, elle se sentait bien ici. C’est en posant les yeux sur les entrelacs de la vaisselle en bois, portant son attention sur les détails, qu’elle fronçait les sourcils et posait le petit bol. Oh pas qu’elle n’appréciait pas, elle était même reconnaissante de cette nourriture, mais c’est la vision de ses mains qui l’avait refroidie, lorsqu’elle avait réalisé le sang et la chair qu’elle s’empressait d’enlever. La petite louve frissonna avant de reprendre en main son petit déjeuner. Il y avait quelque chose d’humain, à lui permettre de manger dans quelque chose, avec une cuillère. Au lieu de lui rappeler, ou de la traiter comme une bête, il aurait pu. Imrinn, dans sa forme actuelle, aurait pu la traiter comme la louve qu’il avait rencontré, elle ne lui en aurait pas voulu.

Ce serait triste, qu’il disparaisse, pensa-t-elle lorsqu’il parla de reposer son vieux corps, pourtant, elle avait un certain respect pour les créatures ayant un tel désir. Elle avait vu des loups devenir déments de leurs transformations, jamais elle ne leur aurait empêché de trouver repos si c’était leur volonté. La petite esquissa un nouveau rire lorsque le loup se penchait pour mâchouiller ses cheveux, puis repris un calme aussi sérieux que lui avant d’hocher la tête en fixant les yeux verts. Étais-ce un mal, que d’avoir traversé toutes ces années ? Elle entendait et voyait sa fatigue, mais ne pouvait qu’être marquée par sa bienveillance.

La petite louve ne prit pas bien longtemps à terminer ce qu’elle s’était servie. Elle était toujours aussi affamée, les matins après les pleines lunes. Posant à nouveau le bol, n’osant en redemander, elle attrapait une autre couverture pour la poser sur ses épaules et la tenir contre elle pour se réchauffer. Ses jambes se ramenaient contre elle-même, elle était confortable et au chaud. « Je sais, on me dit souvent que je ne suis pas responsable. Mais parfois je ne sais plus si cette bête est vraiment, juste moi…Ou si elle m’habite. Je n’ai jamais osé poser ces questions et nous qualifier de victimes à cause de cette malédiction…On me dirait de me taire rapidement.

Aucun des miens ne peut en parler, faute de souvenirs. Alors qu’est-elle ? une dualité, ou une partie de moi ? Me déteste-t-elle ? Parfois j’ai vraiment l’impression qu’elle pourrait être là, à me narguer, qu’elle pourrait vraiment me dire que peu importe ce que je ferai, jamais elle ne disparaîtra. Et vous allez dire que je deviens folle, comme eux et que cette chose n’est pas dotée de conscience, ni de parole. Mais je ressens sa colère, son agressivité. Ça n’a rien à voir avec des mots. C’est qu’elle me ronge, plus qu’elle ne me parle. Et si lui et eux, deviennent dément, est-ce évitable pour moi ? »


Penchant la tête sur le côté, un air bien soucieux au visage, elle regardait, juste devant elle. Puis sortait de son moment d’absence, regardait cette grande bête couchée près d’elle, bien moins effrayante qu’elle ne pourrait l’être ainsi positionné. « Me museler, je ne sais pas comment je pourrais faire, sans qu’ils sachent. J’ai bien plus peur d’eux que quoi que ce soit d’autre. » La petite louve appuya son menton sur ses genoux, se berçant un peu instinctivement pour se rassurer.

« Et quelque part je trouve injuste de prendre des vies sans en prendre la responsabilité, comme eux le font. C’est là que commencent leur insouciance et leur mépris des humains. Et ma mère était humaine ? Je ne les comprends pas. On ne peut pas juste dire que ce n’est pas important. Je n’ai peut-être pas choisi d’être louve, mais c’est bien moi qui ait fait cela. Et je hais leur manière de me dire que ce n’est pas grave puisque ce ne sont que des humains, que c’est l’ordre normal des choses. »


Ses paroles avaient une certaine ferveur, pourtant elle n’était pas en colère contre Imrinn, ce n’est pas de lui dont elle se défendait, mais elle sentait pouvoir le confier, sans risquer qu’on s’en prenne à elle. « Pardon… » dit-t-elle dans un souffle plus calme, elle ferma ses paupières. « Je suis juste, fatiguée...le petit déjeuner était bon, qu’étais-ce ? » Puis un peu timidement, sans oser relever la tête, elle osa lui demander. « Est-ce que je peux rester ici, un peu, avant de rentrer ? »

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" parfois pour avancer il faut sortir de sa zone de confort et laisser son corps derrière"
- Meade Camille Alexander, 2016

Lun 20 Fév - 7:29
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Il ne s'était pas attendu à un tel épanchement, d'aveux à cœur ouvert et d'angoisses si matures pour un esprit aussi jeune. Oreilles dressées, babines légèrement gonflées et moustaches en avant, l'immense loup observait la fine silhouette avec une mimique surprise. Le raclement de la cuillère en bois sur le fond du bol secoua ses épaules d'un rire silencieux et il l'observa avec davantage de tendresse, satisfait de la savoir repue et comblée par ce maigre repas. Il se fit silencieux de longues minutes même après qu'elle eut sonné le silence de ses propres réflexions. Puis, après une profonde inspiration, Imrinn prit la parole au secret de son esprit troublé et inquiété :

< Tu n'as pas besoin de t'excuser. Il est important de mettre des mots sur les émotions qui encombrent ainsi nos cœurs. Exprimer ses peurs et ses colères, autant que ses joies et ses bonheurs sont des actions qui ne doivent jamais s'excuser, elle doivent seulement s'exprimer aux moments propices. Et je suis heureux que tu estimes ma compagnie comme favorable à ce genre d’épanchement. >

Il retroussa brièvement les babines à l'ombre d'un sourire refoulé, essayant de ne pas paraître trop enthousiaste, désirant garder le visage d'un être à la noblesse composée... bien que sa queue remua doucement de droite et de gauche, comme douée de sa propre conscience et trahissant dès lors ses émotions. A la réalisation de cette farce involontaire, le grand loup se racla légèrement la gorge, bougea une patte postérieure de sorte à coincer la queue sous lui, l'air de rien, et poursuivit :

< Cependant... Ne confonds pas mes propos, fille de la lune. Jamais je ne t'encouragerai à mépriser les vies que le lycanthrope aura brisé. Toute chose en ce monde est d'égale valeur. Je te respecte pour en avoir conscience, mais là n'est pas le point que je voulais aborder avec toi. >

L'avertissement était ferme au laçage de leur télépathie et pourtant la Bête n'affichait aucune hostilité dans sa posture ; regard posé au lit des braises rougeoyantes, il restait confortable sur l'allonge de son flan alors que ses pattes se massaient contre lui. Son souffle paisible soulevait un flanc dont l'échine était marquée d'une unique cicatrice, demie lune de peau blanche dans la densité hirsute d'une fourrure ténébreuse. Il inspira profondément, puis leva les orbes anisés de ses yeux sur le ciel pâle, encore irisé d'un soleil timide en cette saison froide. La buée de son souffle entourait sa gueule, fugace muselière qui s'estompaient une parcelle de givre captive aux poils ras de ses babines. Il suffisait de quelques secondes pour qu'elle fonde sous la chaleur de ce corps, répétant inlassablement un cycle fugace. Le silence fut bref, Imrinn ne souhaitant pas voir la jeune maudite se méprendre sur ses paroles s'il persistait à étouffer le fond de ses pensées quant au sujet évoqué. Le ton télépathique de sa voix se révéla plus doux, empreint d'une patience paternelle et bienveillante alors qu'il expliquait :

< Culpabilité et responsabilité sont deux choses distinctes et la confusion est fréquente, cependant je me dois de la clarifiée. Tu te sens coupable parce que tu prends des responsabilités qui ne t'appartiennent pas. Tu as beau croire le contraire, t'accuser de tuer ces gens, tu dois réaliser que c'est bien plus compliqué. >

Il coucha une oreille et pinça des babines en l'expression déçue qu'un tel comportement,nourri et répandu au fil des siècles, ne se retrouve pas seulement chez Meade, mais sur toute l'humanité. L'être plusieurs fois centenaire n'osait imaginer l'impact d'un tel comportement sur la mentalité globale de ce monde, de ce peuple de sapiens naïf et semblable à des éponges incapables de filtrer correctement le bien du mauvais dans les enseignements qui les gorgeaient. Imrinn blâmait ces boites à images qui vomissaient tant d'informations à la minute, migraines ambulantes qui parasitaient absolument tout : il en voyait dans les rues, dans les maisons et même dans les poches ! Aucun n'écoutait réellement, aucun ne s'arrêtait pour chercher le vrai du faux dans ce déversement empoisonné de paroles creuses et obtuses. Il secoua légèrement du chef, repoussant ses préjugés loin en son esprit courroucé. Meade n'avait pas besoin d'écouter les rancœurs d'un vieux druide dépassé par cette nouvelle époque. Ce dont elle avait besoin, cependant, c'était de conseils quant à la façon d'appréhender ses peurs et ses problèmes actuels. Et ça, Imrinn désirait l'aider.

< Mes paroles de tantôt t'incitaient à ne pas éprouver de culpabilité quant aux actions qui pavent tes nuits de pleine lune, car elles ne sont pas les tiennes. Toi, en tant que Meade, tu n'es pas cette créature assoiffée de sang. Il faut que tu l'acceptes ! Tu ne dois plus t'identifier à la bête. Ce que tu deviens n'est que la conséquence d'une malédiction qui n'est pas et qui ne sera jamais de ta responsabilité. Si tu persistes dans cette voie, tu ne feras que te détruire à petit feu ; baisse d'estime de soi, remise en cause personnelle, auto accusation... voilà des symptômes que tu t'infliges volontairement. >

Il l'observa cette fois et tendit le cou en sa direction, posant une truffe fraîche sur sa tempe en l’ersatz d'un baiser tendre. Il fit chauffer la peau douce de l'humaine de son souffle avant de redresser la tête pour la contempler d'un œil tendre. Il ne voulait pas la blâmer, seulement lui faire prendre conscience des risques qu'elle encourait si elle s'obstinait à se leurrer de la sorte. Que ce soit le fruit de son éducation ou le symptôme de ce siècle, il ne savait pas. Il ne voyait que les résultats : une enfant terrifiée d'elle-même, paralysée à la simple idée de faire ses propres choix.

< Sache que la culpabilité naît de la contradiction entre ce que l'on veut être et le résultat des actions que l'on mène. Cette différence entre l'image que tu as de toi et ce que tu es réellement se révèlent être le vivier de ta culpabilité. Tu es une jeune fille remarquable, Meade, je devine en ton cœur que tu es encore tendre et délicate. Tu désires faire le bien ou au moins ne plus causer autant de souffrance. Cela est ce que tu veux être. Cependant, tu t'attaches à l'image du lycanthrope, de sa violence et de ses meurtres comme s'il était « toi », c'est ta perception de ton être. Elles sont en conflit et c'est cette contradiction qui te pèse et te fait sentir coupable. >

Il attendit quelques secondes, laissant à la jeune fille le temps de prendre la pleine mesure de ses propos car il ne désirait pas encombrer ses pensées déjà confuses, apeurées. Il lui imposait une grande réflexion, mais il était vital -à son sens- que Meade assimile cette perception de soit afin de pouvoir, dans un jour prochain, prendre les bons choix : de ceux qui sauraient la mettre enfin en paix avec elle-même.

< A contrario, la responsabilité est une conséquence intrinsèque à toutes les actions que tu fais -ou feras- et à toutes les réactions que tu as pu avoir ou que tu auras face à un stimulus tiers. N'oublies jamais que tu es l'auteur de ces choix ; tu es la seule maîtresse de tes actes. Cependant, tu dois garder à l'esprit que tu n'es pas responsable des actions ou réactions que les autres auront face à tes décisions... De façon plus concrète : je te demandais de ne pas te sentir responsable des morts car ce n'est pas toi qui les as causé, c'est le lycanthrope. Par contre, décider de museler la bête pour que plus jamais elle ne tue à nouveau, décider de te dresser face à ta meute pour gagner ton indépendance : là sont les responsabilités dont tu peux t'adjuger la seule décisionnaire. Tu es unique, Meade. Et tu n'es pas... tu ne seras jamais le lycanthrope. >

Imrinn se leva et s'étira en étendant ses pattes avant, échine cambrée alors qu'il allongeait le cou à hauteur du sol tout en baillant. Gueule ouverte, langue recourbée vers l'intérieur et oreilles couchées, il s'ébroua un peu et attrapa dans sa gueule la poignée du chaudron pour aller le déposer dans un recoin de la tanière. Il en ferait probablement son repas plus tard. Lorsqu'il revint auprès de la jeune fille, il s'allongea contre elle pour lui faire sentir de façon physique son soutient.

< Meade... Tout être, qu'il soit humain, créature, sorcier, divinité et que sais-je encore ! Tant que le cœur possède la conscience du bien et du mal, du bonheur et de la souffrance : tous ces êtres possèdent alors en eux cette part d'ombre, cet animal. Chacun possède deux loups au fond de lui, l'un est blanc car il est l'amour, la joie, l'honneur, le partage, la compassion... l'autre est noir, car il est la colère, la violence, l'égoïsme, la jalousie et toutes ces émotions qui rongent nos esprits en chaque instant. Les humains ont ces bêtes en eux, il n'y a pas d'exceptions. J'éprouve moi-même cette dualité. La seule différence, enfant de la lune, c'est que tu as le malheur d'avoir la représentation physique de cette part d'ombre une fois par mois. >

Il pencha la tête pour accrocher son regard et vint souffler de sa propre voix grave, rocailleuse, mais chaude comme une caresse :

« - Et crois moi quand je te dis qu'il s'agit là de la seule différence entre toi et les humains. Tu es même meilleure que nombres d'hommes et de femmes que j'ai pu croiser au court de ma longue vie... car tu as conscience de ta dualité, que tu en souffres et que tu cherches à faire amende de ses erreurs quand bien même tu n'en es pas responsable. »

Imrinn frotta sa truffe contre son épaule, les yeux clos et les oreilles couchées en une posture affectueuse, mais inquiète. L'enjoignant à se blottir contre son flanc pour y trouver réconfort et chaleur, il remua légèrement de la queue.

« - Pour ce qui est du petit déjeuner, il s'agissait d'un gruaux d'avoine, de miel, d'épines de pins et de fruits secs. Je n'avais pas de viande séchée à te proposer et je pense qu'après cette nuit, tu aurais davantage des goûts herbivores que carnassiers... »

Il lui lança un petit clin d’œil avant de regarder le soleil percer au travers de la frondaison des arbres. Il ne dit rien quant à sa dernière question, mais se contenta de se resserrer contre elle pour l'envelopper de sa présence, de son aura. Les yeux lentement clos par une somnolence passagère, il gardait les oreilles dressées dans l'écoute de son environnement et plus particulièrement de la jeune fille si jamais elle éprouvait encore le besoin de parler, de se confier. Imrinn ne pouvait s'empêcher d'être volubile, c'était l'essence même de son éducation druidique, mais il savait aussi écouter surtout quand il fallait épancher les peurs et les sanglots d'une enfant aussi douce que celle-ci.

Mer 12 Avr - 14:42
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L'étrange sous la normalité : Lorsqu'au matin, je serai humaine,
Je n'aurai pas rêvé, ni sommeillé,
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Regretter est ma rédemption.
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L'Altruiste
Elle cligna un peu avant de le regarder, les yeux grands, un peu bouche bée pourtant sa mâchoire s’était relâchée et ses lèvres un peu ouvertes. Alors il existait vraiment un être, ici, qui n’allait pas lui dire que les deux choses qu’elle n’avait jamais entendues sur ce loup : Il est mauvais ou il sert nos intérêts. Quelqu’un qui ne l’accusait pas, sans porter une insouciance complète aux humains. Et alors qu’elle s’était habituée à demander pardon, pour tout et pour rien, Imrinn était heureux de l’écouter. Mettre des mots sur les choses, c’était bien ce dans quoi Meade avait des difficultés. Elle restait toujours évasive dans ses phrases, ne mentionnait presque jamais ce qu’elle désirait vraiment dire, à moitié par peur et à moitié par habitude. Le loup semblait avoir compris, malgré ses mots qui s’échappaient et elle réalisait à quel point elle avait eu besoin de ces mots-là. La petite louve aurait voulu entendre cela avant, mais maintenant qu’on lui présentait un avis qu’elle jugeait raisonnable, elle ne savait plus quoi dire. Il avait raison et elle le croyait, peut-être qu’elle savait en fait depuis longtemps. Mais inconsciemment, elle s’était fait du mal, convaincue qu’aucune autre justice ne serait rendue aux vies prises par le loup.

La petite louve se détendit lorsque la truffe se posa près de son front, baissant les yeux comme une enfant grondée. Meade laissa ses jambes se déplier et ses mains vinrent se poser sur ses genoux, elle regardait ses mains, refermant les lèvres. Cet air éternellement perdu était logé dans le regard clair, mais elle écoutait, elle comprenait.

Meade resta figée un moment à la proximité, puis levant timidement la main, elle laissa son front s’enfoncer dans la fourrure. Les doigts se posèrent doucement tout près de la tête, se mêlant entre les poils, elle laissa passer la fourrure entre ses doigts et caressait les mèches, lentement. La louve avait gardé le même regard sans prononcer un seul mot. Sur sa joue, une larme avait coulé et c’est lorsqu’elle prit conscience de sa présence, comme une pluie qui était venue sans prévenir, qu’elle osa poser ses bras autour du cou de la bête, autant que leur grandeur lui permettait. La petite louve ferma les paupières et sentit un nœud dans sa gorge, ouvrant la bouche pour formuler des excuses, mais elle s’arrêta avant de prononcer les mots qui lui venaient. Il lui avait dit, de ne pas s’excuser, mais s’était-il attendu à cette scène-là? Une respiration saccadée relâcha les larmes qu’elle avait retenues, en se demandant s’il lui en voudrait d’agir ainsi. Meade se blottit contre le loup avant de se faire silencieuse, elle baissa la tête d’avantage.


« Ce monde a besoin de plus de choses usitées comme toi. »


Et pourquoi l’écouter, la rassurer, lui offrir sa compassion, son réconfort? Meade était certaine que cet être devait être bienveillant et elle avait cette idée égoïste de ne surtout pas vouloir qu’il s’éteigne, pas tout de suite. En se serrant contre Imrinn, elle souffla : « Si je ne dois pas demander pardon, la meilleure chose à dire est merci. » La petite louve daigna se détacher de la créature et recula un peu pour le regarder en s’adressant à lui. « Et ce n’est pas comme si je n’avais jamais vu les choses comme ça, mais je ne me l’accordais pas et…je ne savais pas si quelqu’un d’autre y croyait. » Meade essuya ses larmes de la paume de sa main. « Me faire dire cela par une personne que je viens de rencontrer alors que j’ai tenté bien que mal de faire comprendre mon malaise à ma famille. Je hais, lorsqu’ils me répondent comme si mes mots n’avaient aucun sens. » La petite louve reposa son front contre la bête en remettant sa main dans la fourrure abondante, elle devait l’avouer, voir cette grosse boule de poil donnait une envie irrésistible de la caresser. Et pour Meade qui se sentait proche des loups, c’était facile d’oublier que la proximité pouvait être inconvenante.« J’aimerais tenter de me museler, mais il faudra que je sois prudente. Je ne peux pas juste les confronter, il faut que je fasse en sorte qu’ils ne se doutent de rien. » [/color]

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" parfois pour avancer il faut sortir de sa zone de confort et laisser son corps derrière"
- Meade Camille Alexander, 2016

Ven 14 Avr - 22:26
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L'étrange sous la normalité : La Bête du Gévaudan
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Sous la fourrure dense, la peau tressaillit de frissons nés depuis les doigts fins qui fouillaient les poils et qui en caressaient l'épaisseur. Les babines s'étirèrent en l'esquisse d'un sourire alors qu'il venait lui frotter la tempe d'une truffe humide et froide, yeux toujours clos pour lui laisser l'intimité de son humeur. Cette enfant éveillait en lui des instincts protecteurs, apaisant autant la Bête sauvage qui résidaient en son Noyau, que ses propres désirs en tant que Druide. S'il n'avait jamais eut d'enfant au temps de jadis, il avait toujours éprouvé cette rancœur et ce regret tout au long de son existence. Aux oreilles dressées, il entendit ses souffles tremblants de sanglots ravalés, mais ne fit rien pour l'encourager à pleurer ou bien à contenir ses larmes : elle seule choisirait sa façon d'épancher ses émois, de verser son soulagement. Lui-même ne s'autorisait plus pareille sensibilité, car elle était la clé à la relève de cette Bête sanguinaire qu'il muselait à chaque instant, mais pour Meade ? Il était important qu'elle expulse tout ce miasme qui rongeait son cœur et son esprit. Il fut toutefois surpris de sentir les bras frêles entourer sa nuque et il baissa obligeamment la tête pour faciliter l'étreinte à sa jeune protégée. Il tourna le chef en sa direction pour que de sa gueule close, il vienne presser au milieu du dos délicat de sorte à lui rendre son étreinte. Meade se retrouva donc serrée entre la gorge et l'épaule de l'immense loup : elle pu s'enfouir dans la fourrure sombre et se gorger de son odeur musquée, agrémentée de celle d'un feu de bois, de neige et d'humus boisé.

« - Tout le plaisir est pour moi, petite fille. »

La voix grave résonna avec douceur et il inspira profondément avant de soupirer de soulagement. Il la laissa s'écarter, venant lui-même relever la tête et croiser ses pattes avant tout en repliant celles de derrière sous lui afin d'adopter une posture plus alerte et attentive. A l'entendre exposer son soucis familial, Imrinn coucha légèrement les oreilles et leva les yeux vers le ciel désormais d'un bleu limpide. Il resta à réfléchir un instant puis souffla de ce même timbre patient et dénué de tout jugement, de tout mépris :

« - Il se peut que les membres de ton clan aient simplement peurs. Connais-tu l'allégorie de la caverne ? Il s'agit d'une philosophie que Platon mit au point de sorte à expliquer, en partie, le déni de la réalité par la peur du changement, l'expulsion de sa zone de confort. »

Il coucha légèrement les oreilles et l'observa longuement. Autour d'eux, le reste de la meute s'éveilla et sortit d'un terrier adjacent au Nemeton ; laissant voir une douzaine de loups aux fourrures grises et blanches, parfois poudrées de roux et de bruns sur les flancs. Les animaux observèrent Meade avec surprise pour certains, méfiance pour d'autres, cependant ils finirent tous par s'égayer aux alentours pour vaquer à leurs propres occupations. Imrinn les contempla avec un air bienveillant puis retourna à la contemplation de l'âtre agonisant, braises de plus en plus languides sous la brise matinale.

« - Je ne connais pas la situation de tes aînés, je ne peux donc pas m'avancer davantage dans cette théorie, je ne voudrais pas arguer sur des stéréotypes ou simplement sur des suppositions. Cependant, je t'encourage à te renseigner sur cette allégorie, peut-être te permettra-t-elle de mieux comprendre leur comportement. Essaie de les appréhender avec compassion, je suis certains qu'ils ont bien plus peur de toi que tu ne devrais en avoir pour eux... tu es prête à changer et à t'accepter, Meade. Tu es différente et depuis la nuit des Temps ; la différence effraie. »

Il se leva pour s'étirer, étendant ses antérieures devant lui, dos courbé et échine relevée, gueule grande ouverte pour bailler, l'immense loup s'ébroua ensuite et regarda en direction du sud, vers l'emplacement approximatif de Last End. Pensif, il revint à la jeune fille et baissa les yeux sur elle.

« - Je devrais te raccompagner en bordure de la forêt... tu peux monter sur mon dos et garder la fourrure, je ne désire pas te voir blesser tes pieds nus dans la neige. Avais-tu une cache avec des vêtements de rechange afin que je t'y conduise? »

Ven 21 Avr - 12:18
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L'étrange sous la normalité : Lorsqu'au matin, je serai humaine,
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L'Altruiste
Elle sourit, ses yeux se plissant sous l’expression joyeuse, son rire était silencieux mais la petite remarque avait son effet de calmer la tension. Petite fille, un qualificatif qui de d’autres aurait été infantilisant, mais il n’y avait pas de connotation péjorative de la part d’Imrinn. Elle se sentait beaucoup plus petite devant lui que devant son frère qui se croyait impressionnant à souligner leur différence d’âge. La petite louve releva la tête et observa les loups, curieuse et les yeux grands, elle eut envie de s’en rapprocher, mais resta assise. Meade n’était pas déçue de leur méfiance, en éprouvant elle-même un peu, mais cet endroit lui faisait sentir en sécurité.

C’était inconcevable, pour Meade, que les maudits aient peur d’elle. Et elle ne comprenait pas ce qui les animait, ni ce qui les motivait. Elle avait vraiment voulu comprendre, elle avait vraiment essayé et cela on ne pouvait lui reprocher. La petite louve n’avait même pas pu faire de conclusion. La malveillance, elle n’était même pas certaine de pouvoir compter sur l’existence de cela. Ça ne pouvait pas être juste cela.

« Il me semble en avoir déjà entendu parler. Je ne sais pas…S’il s’agit de peur, ou de dégout. Mais c’est promis, je vais faire un peu plus de lecture sur l’allégorie de la caverne. »


Et cela impliquait une vérité, absolue, alors que Meade elle-même n’oserait pas prétendre qu’elle l’obtenait. Elle ne savait rien et c’était de là que sa curiosité prenait forme. « Oui, j’en ai toujours une ou deux au cas où je me perde trop…Je ne m’étais pas attendue à me perdre aussi loin. » Tenant fermement la fourrure autour de son corps, la petite louve se releva pour s’approcher de l’entrée du terrier, relevant la tête en fouillant du regard les landes, tentant de s’orienter. Elle connaissait beaucoup de ces chemins et de ces bois, elle les avait explorés et parcourus, craignant les histoires d’horreurs et de chasseurs. Les landes étaient sa maison, autant que Last end. « Si tu me ramène à la forêt, je pourrai te diriger. » Meade se retourna et se rapprocha du loup sombre et posa la main sur son épaule, se tenant derrière lui. Elle se demanda un instant comment elle allait grimper avant d’agir de manière plutôt instinctive, sans réfléchir. La petite louve avait acquis une certaine agilité à force d’apprécier la course. Elle se tint serrée sur son dos, dans ce transport inhabituel qu’elle avait pourtant utilisé une fois sans le savoir. Lorsqu’elle commença à retrouver où elle se situait, elle put guider le loup géant parmi les bois, jusqu’à arriver à sa cache la proche.

La terre était un peu creusée sous la pierre qui formait naturellement un abri par la manière dont elle se courbait. Meade avait exploré la forêt aussi pour trouver ces endroits qui lui permettraient de cacher des choses sans qu’elles soient trouvées ou volées. La petite louve descendit du dos de la bête et s’approcha rapidement de la pierre. Elle soupira de soulagement en voyant que les choses qu’elle avait laissées étaient encore là. Un sac, imperméable, avec un poids suffisant pour le tenir en place, quelques vêtements et de la nourriture impérissable. Meade laissa la nourriture pour un moment où elle en aurait besoin et saisit les vêtements ainsi que les chaussures. Ce ne fût pas très longs qu’elle était habillée, restant dos à Imrinn malgré la conscience de l’absurdité de cette pudeur. Meade attrapa finalement un élastique qui trainait dans le sac et l’utilisa pour attacher rapidement ses cheveux. Elle reprit la fourrure qu’elle avait déposé pour retrouver un peu de chaleur, ses vêtements étant confortables et pratiques, mais pas forcément aussi chaud qu’elle l’aurait espéré.

Elle se retourna, silencieuse un moment, la petite louve pencha la tête sur le côté. Elle fit quelques pas en avant et posa la fourrure sur le dos de la bête sombre. « Aurevoir Imrinn. » Et quelque part, cet au revoir faisait un peu peur. On risque de pleurer un peu si l’on s’est laissé apprivoiser.

Elle sourit, et s’approcha rapidement pour entourer ses bras autour du cou de la bête du Gévaudan, serrant un peu avant de le relâcher et de reculer. Elle allait pouvoir rentrer à la maison, se nettoyer et dormir un peu plus.

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" parfois pour avancer il faut sortir de sa zone de confort et laisser son corps derrière"
- Meade Camille Alexander, 2016

Mar 2 Mai - 3:35
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Blanc souillé (PV Imrinn)
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