Partagez | 
 

 Un cri dans la tempête [Prudence]

avatar
L'étrange sous la normalité : Sous mon masque froid, je suis immortelle. Mes mains si délicates sont plus puissantes qu'elles ne le semblent. La magie m'habite et j'habite la magie.
PROFESSION : Membre du Conseil d'Administration d'un groupe bancaire et directrice du musée des civilisations
Crédits : Diana de Luin-Tinuviel (Deviantart), graph de Meri
Messages : 204
Points : 591
Il faisait sombre, de cette couleur étrange oscillant entre gris, noir et blanc, tandis que se levait le vent. Un souffle violent et colérique, qui bientôt sans doute briserait les branches et apeurerait chats, chiens et humains. Un temps où le commun des mortels disait parfois qu’il s’agissait de l’affaiblissement des frontières entre le monde des défunts et celui des vivants. Les nuées s’étaient massées comme une foule en colère au-dessus de la ville, audacieux patchwork de cendre et de craie qui semblait presque n’être qu’une prolongation du bitume sombre qui pavait la route. Les maisons semblaient reculer dans l’ombre des murs qui les entouraient, les volets se refermaient doucement par peur d’une vitre brisée, les portes se claquaient tandis que chacun s’enfermait où il pouvait. Déserte, la rue devenait silencieuse si ce n’était le sifflement languissant des rafales qui la parcouraient. Dénudée oui et pourtant il y avait une torche vive encore, un éclat sauvage et indomptable, une longue flamme rousse qui s’agitait sous le froid souffle. Levant la tête, Mórrígan respira à pleins poumons cet air frais, cette douce odeur de liberté, ce parfum de tempête. Samhain approchait et elle se sentait revigorée, comme dominant un monde qui approchait de sa fin. Une journée merveilleuse, ou plutôt une splendide fin de journée.
 
Un hurlement déchira la trame de son univers ; un cri aigu et long, d’une créature sans nul doute surnaturelle et dont la simple existence échappait aux humains. Un sourire passa sur ses lèvres et l’irlandaise ferma à demi les paupières, se concentrant sur son ouïe pour deviner la provenance de ce son si particulier. Là, elle sentait presque la vibration de l’air autour d’elle tandis que se poursuivait l’appel. Elle reprit sa marche, marchant jusqu’à pouvoir s’isoler et se transforma rapidement en une louve agile. La traque serait bien plus aisée sous cette forme. La promenade semblait prendre une tournure bien plus intéressante qu’elle ne l’avait tout d’abord pensé…
Truffe tantôt en l’air tantôt au sol, oreilles aux aguets, le canidé traça rapidement sa route au travers des rafales de vent et des feuilles mortes qui voletaient devant lui. Ce frisson qui parcourait son corps lui insufflait de continuer, encore, toujours, passant les branches brisées qui jonchaient le sol tels de pitoyables cadavres oubliés et oubliant les lapins blottis au chaud dans leurs terriers. La créature n’était plus une louve, elle était avant tout la déesse celte en quête de l’anonyme être se prétendant être une Bean Sidhe. Car cette plainte tourmentée ne pouvait provenir de nulle autre créature que celle-ci.
 
Là, elle était là, cheveux blancs se déroulant sauvagement dans les rafales, les embruns du rivage, en dessous, fouettant son visage pâle. Aucun doute sur son identité, il s’agissait probablement de celle qu’elle avait déjà aperçue, près de la demeure des Earl, et qui l’intriguait tout en l’agaçant. Pourtant, elle retrouvait chez elle ce même sentiment d’apaisement, d’être prêt de ce qui devait l’entourer, bien que cette mélodie soit noircie par une fausse note.  Elle n’était pas l’une de celles qui étaient tout à la fois ses servantes et ses… collègues de travail, non, celle-ci échappait à son emprise et elle ne ressentait rien à sa proximité. Elle était tout à la fois fausse et… vraie. Telle une reproduction parfaite à laquelle il ne manquerait que l’âme du modèle. Fascinant, dérangeant, intriguant. Immobile elle aussi, la louve redevenue femme observait ce mystère tout près d’elle, et elle attendit que son cri ne s’achève pour s’adresser à elle. Sévère, mais dénuée de toute agressivité, avec cette étrange douceur qu’elle gardait pour ceux qui provenaient de son monde. Après tout, celle qu’elle avait près d’elle pouvait être l’une de ses suivantes égarées.
 
Quelle mort cherches-tu donc à annoncer, Bean Sidhe ? A moins que là ne soit pas ton rôle, toi qui sembles être ce que tu n’es pas vraiment ? 

_________________

"Vous portez en vous-même le secret de l’éternité des hommes,
A laquelle vous n’aurez plus jamais droit si vous n’y prenez garde.
"

Mer 29 Juin - 20:59
Voir le profil de l'utilisateur • • • • • •
Invité
Invité
Il y avait ces instants d'intense solitude où Prudence osait enfin mettre le nez en dehors du domaine des Earl. Ces moment où l'humain restait cloîtrer chez lui par fatigue mais surtout lorsque la météo était capricieuse. Ces rares moments, elle les chérissait avec tendresse, car c'était les seul où elle pouvait s'exposer sans craindre les regards, les moqueries, la méchanceté mais surtout, sans que l'on se questionne sur l'étrange apparence dont elle était doté. Il aurait fallu creuser rien qu'un peu, être en proie à la superstition pour découvrir son secret... Et mettre le Secret lui-même en péril. La tempête qui faisait rage était mauvis signe pour la majorité des gens, pour elle, c'était doux comme un jour d'été et sans une once de remord, elle quitta les murs protecteur du château pour aller prendre l'air. Le vent qui fouettait son visage était revigorant tendit que ses pieds nus glissaient dans l'herbe fraîche, foulant la boue sans se soucier un instant de l'effet de saleté que cela pourrait avoir. Il y avait bien longtemps à présent que la femme ne se souciait plus de grand chose. Apart peut-être encore le regard d'autrui. Oui... Assurément, c'était une chose dont elle souffrait et dont elle n'arrivait pas à se défaire. Vu comme une abomination, comme un être malade ou bien une chose non naturel, abject. Pourquoi donc le monde se donnait ainsi tant de mal pour briser l'estime de soit des autres ? Sans doute Prudence était-elle trop vieille à présent pour avoir envie de comprendre. C'était une perte de temps que d'accorder ton attention à des idiots qui auraient été incapable de comprendre la raison même de son existence.

L'air marin faisait un bien fou alors que les embruns la heurtait de pleins fouet. Cela était dangereux que de rester ici, au bord de cette falaise à fixer l'horizon. Alors qu'un éclair zébra le ciel, c'est la voix aiguë de la Banshee qui surpassa le grondement de l'oracle. Le son, strident, brisait  les lois de la nature. Oui, c'était la magie qui était à l’œuvre au plus profond de son être pour créer un son aussi horrifique. Crispée face à l'orage qui déchaînait sa force sur les Cornouailles, Prudence n'avait pas sentit la créature dans son dos. Ce fut seulement quand une voix s'éleva, douce et froide, que la créature réagit. Non pas vivement, mais avec calme. Qui donc osait ainsi remettre en question son existence... Une fois encore ? Lentement, la pâle créature pivota sur elle-même, trempée de la tête aux pieds et posa son regard sur l'inconnu à la chevelure flamboyante. Tout juste vêtu d'une robe d'un gris délavé, celle-ci li collait à la peau, offrant la vue d'un corps affreusement mince et presque rachitique. La créature porta sur sa comparse un regard vide pourtant teinté d'une lueur de défis avant que sa voix s'éleva, accompagné d'un nouveau grondement de l'orage.

« Une chance pour toi, ce n'est pas ta mort que j'annonce. »

Rétorqua t-elle sans réellement répondre à la question posé. Pourquoi devrait-elle le faire ? Devait-elle quelque chose à cette sombre inconnu ? Celle-ci semblait pourtant en savoir long sur la chose glabre qui se tenait au bord de la falaise. Le faciès amincit de Prudence se crispa dans une moue de méfiance tendit que la créature face à elle semblait avoir deviner qu'elle n'était pas une Banshee pure... Non en effet, elle ne l'était pas, ce n'était pas sa nature première... Devait-elle en avoir honte ? Non, en revanche ce qui la mettait en rage, c'était de voir cette femme qui qui mettait en doute ce qu'elle était. Prudence resta dos à la falaise avant de faire un pas en avant puis un second, se rapprochant lentement mais pas trop.

« Et qu'est-ce qui te fait dire que je ne suis pas vraiment ce que je paraît être... ? Mais si tu te présente, peut-être assouvirais-je ta curiosité.... »

Un échange de bon procédé, non ? Il était hors de question de dire à cette femme qui était-elle sans rien à voir en retour. Après tout, Prudence était curieuse elle aussi, la jolie rousse était bien la première personne qu'elle voyait en six siècles de vie, à voir qu'elle n'était pas né ainsi.

Sam 2 Juil - 17:59
• • • • • •
avatar
L'étrange sous la normalité : Sous mon masque froid, je suis immortelle. Mes mains si délicates sont plus puissantes qu'elles ne le semblent. La magie m'habite et j'habite la magie.
PROFESSION : Membre du Conseil d'Administration d'un groupe bancaire et directrice du musée des civilisations
Crédits : Diana de Luin-Tinuviel (Deviantart), graph de Meri
Messages : 204
Points : 591
- En effet, puisque tu ne le pourrais même pas.
 
Sa mort ? A elle, Mórrígan ? Annoncée par une bean sidhe ? Voilà une idée tout à fait incongrue. Impossible aussi. Devrait-elle s’amener elle-même au Sidh ? Amusante pensée que celle-ci. Mais les divinités ne périssaient pas comme les humains. Elles n’avaient pas d’âmes qui puissent se transporter en d’autres contrées, dans l’Autre Monde. Qui donc pourrait entreprendre ce trajet pour elles d’ailleurs ? Grotesque, assurément.
Pourtant, cette soirée s’annonçait réellement des plus intéressantes. La tempête grondait toujours, le vent hurlait sa colère, le ciel gris semblait frémir l’envie de déverser sur terre des trombes d’eau et… cette créature qui se prêtait être ce qu’elle n’était pas, son incapacité à reconnaitre l’arrivante… Devrait-elle s’en offenser ? Non point, car la rencontre pouvait s’avérer réellement passionnante, et la celte désirait en savoir plus sur cette hurleuse au visage triste. Si elle ressemblait à une véritable bean sidhe, il était désormais indéniable qu’elle n’en était pas une, Moïra en était certaine. Pour autant, cela ne répondait pas à la question qu’elle se posait : comment, pourquoi était-elle cette hybride ni humaine ni bean sidhe mais les deux à la fois ?
 
-  Ceart go lore. Je suis Mórrígan, déesse celte de la Mort et de la Guerre ; les bean sidhe sont mes messagères et viennent annoncer aux vivants que je viendrais cueillir l’un des leurs. Si tu es ne serait-ce que de façon infime ce que tu prétends être, tu devrais me connaitre.

Elle s’arrêta un instant, tournant ses yeux verts pensifs vers la créature pâle, sourire paisible aux lèvres et pourtant sévère dans son jugement. Cette petite ne la croirait peut-être pas, mais les faits étaient là. Il fallait dire qu’elle ne s’attendait probablement pas à croiser précisément celle qui était la mieux placée pour connaitre les annonciatrices de mort. Pour autant, cela ne changeait rien à cette étrange situation. De par son statut, son rôle aussi, la divinité se devait d’en apprendre plus sur celle qui empruntait l’identité de l’une des créatures les plus honorables, connues et craintes du monde celtique. A cela se joignait aussi, elle ne pouvait le nier, le besoin de résoudre ce mystère qui la mettait si mal à l’aise. Enfin, elle n’ignorait pas non plus que sa propre curiosité la poussait à en savoir davantage.
Elle retourna le visage vers la mer, plus loin, qui s’agitait furieusement, lançant ses tentacules fluides se lancer à l’assaut des rochers sans réussir à les écarter de sa route. Tranquillement, elle reprit la parole, d’une voix qui pourtant bravait les sifflements des rafales qui les entouraient, sans même se préoccuper de savoir ce que pourrait avoir à répondre la blafarde femme à ses côtés. Si celle-ci lui demandait des explications, il lui faudrait les écouter jusqu’au bout.
 
Mais toi, tu n’es pas une des leurs. Je ne ressens nul lien qui nous rattache et pourtant, je perçois que tu leur es proche par ta nature. Tu me sembles familière sans pourtant l’être.


C’était vrai. Difficile d’expliquer ce lien, ou cette absence de lien, qu’elle ressentait ; ces sentiments mitigés qui semblaient les unir sans qu’elles n’aient d’attaches, ce vide qu’il y avait là où il y aurait dû il y avoir un respect et une connaissance mutuels, naturels même. Il y avait quelque chose chez elle qui la faisait reconnaitre comme une Bean Sidhe, sans en être vraiment une. Comme si, voulant jouer dans un orchestre, elle fredonnait la mélodie sur une hauteur différente de celle des autres, que seule une oreille exercée pourrait reconnaitre. Ce n’était ni bien, ni mal. Mais ce ne pouvait demeurer ainsi, sans explication, sans chercher à intégrer totalement ou exclure cette note discordante.
 
A présent, peux-tu répondre à ma question ? Ou cherches-tu d'autres réponses aux tiennes ?

_________________

"Vous portez en vous-même le secret de l’éternité des hommes,
A laquelle vous n’aurez plus jamais droit si vous n’y prenez garde.
"

Sam 9 Juil - 23:39
Voir le profil de l'utilisateur • • • • • •
Invité
Invité
Mórrígan, déesse celte de la Mort et de la Guerre... Quelle étrange coïncidence que voilà. N'était-ce pas ironique que la Mère des banshees se trouve là, pile où elle se tenait elle aussi ? Prudence ne put retenir un léger sourire qui ourla ses lèvres fines et d'une pâleur excessive tout en gardant son regard darder sur la déesse. C'était presque du défis qu'il y avait dans le regard de la créature alors que le vent et la pluie collait ses cheveux contre son faciès. Durant un instant,n elle n'avait plus rien de cette douce petite créature qui tenait compagnie au morts et prenait soin des enfants de ses descendant. Voilà donc où était le problème, la déesse se sentait sans doute insulté, frustré peut-être, de voir une créature similaire au sienne mais sans attache. Une pâle copie sans doute, mais Ô combien efficace. Si Prudence n'était pas né comme tel, elle n'en restait pas moins une banshee  qui prenait son rôle à cœur et se donnait pleinement dans le travail qui pesait sur ses épaules.

« Je sais ce qu'est une banshee. J'ai eu près de sept siècles pour le découvrir.»

Rétorqua froidement Prudence pour couper net à l'explication de la déesse. Son sourire fondit alors que son faciès se figea dans une expression de froideur. Elle se fondait à merveille dans le paysage hostile qui les entourait. Prudence s'avança à nouveau, d'un pas seulement, ses orteils s'enfonçant dans la boue qui maculait le sol, abreuvant la terre et les végétaux qui déjà, se préparait à l'arrivée de l'hiver. Dans ce décor triste et austère, la rage du temps semblait n'avait aucune emprise sur Prudence qui laissait la Mórrígan s'exprimer avant de finalement reprendre la parole à son tour, dans un souffle mielleux.

« Vous ne ressentez nulle lien parce qu'aucun ne nous lie, Mórrígan. Je ressemble à tes filles plus que tu ne l'imagine... Je leur ressemble parce que je suis comme elle, quoi que tu en penses. Je ne suis juste pas né comme tel... cependant, ma renaissance a été fait... Comme tel. »


Une naissance, une mort, une renaissance. Pourtant sa seconde naissance n'avait pas été fait de la façon la plus naturelle qui soit. Elle n'était pas passé entre les cuisses d'une mère souffrance... C'était la mort qui l'avait recraché car tel l'avait décider son père, Cordell après s'être frotté de trop près au prince de la mort, démon venu des enfers. Un nouveau sourire passa furtivement sur les lèvres de la banshee qui s'approcha finalement de Mórrígan et releva vers elle son visage émacié, inquiétant par sa pâleur et la fragilité qui s'en échappait. Elle comprenait la curiosité de la femme à la chevelure flamboyante. Elle avait devant elle une copie des créatures auquel elle avait donné naissance mais n'avait aucun pouvoir sur elle. Cette absence de contrôle devait lui déplaire et cela était justifié. Elle s'impatientait la délicieuse déesse, réclamant des réponses à ses questions, désireuse de connaître la vérité derrière ce mystère qui n'était pas à son goût.

« Mon nom est Prudence. Un jour je fus, je suis né et j'ai vécu.... Avant que la mort ne m'emporte. Je me suis offert à elle avant qu'elle ne vienne me faucher... Elle m'a offert une nouvelle vie, différente mais Ô combien importante. On m'a incombé d'une tâche qu'il m'est impossible de refuser, qu'il est impossible de déléguer. Je surveille et je protège, morts et vivants, de la lignée dont je suis né. »

sa voix mourru dans le grondement du tonnerre alors que lentement, son corps efflanqué ne pivote et que son regard triste ne se porte à l'horizon, sur une imposante bâtisse qui surplombait une des nombreuse falaises de Last End. Le château des Earl trônait fièrement à travers les noirs nuages de l'orage, ses pierres sombres bravant le temps depuis des siècles et plus encore. Lentement, le bras de la banshee se lève et d'un geste son doigts se tend, désignant le château alors qu'un éclair zèbre le ciel et que sa voix ne résonne à travers le bruit de la pluie.

« Je suis née et je suis morte là-bas... Autrefois mon sang était celui de ces landes. A présent je sers mes descendant, j'honore la mort.... Je sais ce que je suis Mórrígan., je sais pourquoi j'existe... Il n'y a nul secret dans ma raison d'être. Tu n'as aucune réponse à m'apporter... Je ne suis ton enfant, je suis la leur à eux, aux Earl. Il te faudra l'accepter, aussi dur cela puisse être.»

Mer 13 Juil - 16:14
• • • • • •
avatar
L'étrange sous la normalité : Sous mon masque froid, je suis immortelle. Mes mains si délicates sont plus puissantes qu'elles ne le semblent. La magie m'habite et j'habite la magie.
PROFESSION : Membre du Conseil d'Administration d'un groupe bancaire et directrice du musée des civilisations
Crédits : Diana de Luin-Tinuviel (Deviantart), graph de Meri
Messages : 204
Points : 591
-Je l’espère pour vous.
 
Réponse distraite, presque, comme si cette réplique abrupte ne l’intéressait guère. Mais en sept années d’existence, il était heureux que cette créature ait réussi à savoir ce qu’elle était. Regard impavide vers la blanche femme, haussement de sourcils désabusé. Elle ne comprenait pas, de toute évidence, ce qui lui murmurait la déesse. Elle ne parlait pas d’un lien tangible, de l’existence réelle d’une connexion entre elles comme ce pouvait être le cas avec les véritables annonciatrices de la mort. Non, mais par sa simple existence, il y avait forcément entre elles quelque chose, puisque ces créatrices étaient apparues pour la seconder dans sa tâche.
Et dans l’absence totale de respect que la fausse banshee montrait à Morrigan, celle-ci percevait l’abysse dans lequel s’enfonçait tout le genre humain, et même sa propre dégradation. Amertume, rancœur, il n’y avait plus que l’agacement pour faire face à l’incompris, et chacun oubliait que de messages, il en existait des non-dits. Un instant, un soupir impatient s’attarda sur ses lèvres, mais elle le contint avec l’aisance que procure l’habitude ; la guerrière farouche se cachait aujourd’hui derrière une jeune femme distinguée.
 
-Crois-le donc, mais ta nature même te fait nous lier, bean sidh. Non comme une fille à leur mère – ce que ne sont d’ailleurs pas tes semblables originelles – mais plutôt telle une parenté éloignée.
 
Qu’elle le rejette ne changerait rien à la tangibilité des faits. Ce qu’ignorait toujours la déesse, c’était l’étendu de ce lien infime. Or du fait de sa constitution même, elle ne pouvait se résoudre à éliminer la pâle demoiselle sans de mûres réflexions et pourtant, si l’importance de sa différence avec ses sœurs originelles était par trop grande, son élimination totale devrait avoir lieu. La souillure des races, des espèces, peuplant cette terre martyre était déjà par trop élevée. Devrait-elle donc accepter de voir ses plus proches collaboratrices insultées par une imitation trop grossière ? Pourtant, son sujet d’observation présentait de très proches caractéristiques avec les véritables banshee. Physiques, indéniablement, mais aussi dans cette étincelle douloureuse et solitaire qui scintillait en son sein, dans ces mots de glace qui distordaient ses lèvres cadavériques.
Immobile, Moïra observait, ainsi qu’elle l’avait toujours fait, ses cheveux de feu se mêlant quelques instant aux blanches mèches de son interlocutrice ; Eclat gelé contre flamme dansante.
 
Les Earl. Un instant, l’émeraude se teinta d’un éclat d’acier tandis qu’à son tour la rousse irlandaise tournait son regard vers la bâtisse qui transperçait les nuages sombres, tel un noir présage des temps à venir. Eux, encore, cette famille aux obscurs secrets, dont les membres lui semblaient autant admirables que méprisables, eux qui dans la lumière sous laquelle ils se présentaient au commun des mortels dissimulaient leurs zones d’ombre et d’infamies. Dangereux, imprévisible clan.
 
-La lame brisée peut être reforgée, l’épée abandonnée peut changer de main.
 
Un murmure pensif que le vent emporta avec lui, tandis que le visage blanc demeurait fixé sur les tourelles noires. Si cette dénommée Prudence était donc une Earl, elle était d’autant plus une menace à prendre en considération, mais sa mort devrait être soigneuse, minutieuse. La famille de sorciers était non seulement influente, mais également puissante. A moins qu’elle ne parvienne à en faire une véritable banshee ?
 
-Je vois. Tu es donc la gardienne des tombeaux autant que celle des habitants de ce manoir.
 
Elle demeura silencieuse un instant, ingérant cette information. Quel intérêt cette famille pouvait-elle bien avoir à faire de l’une de ses siennes, fut-elle consentante, une banshee ? Un vivant aurait sans nul doute pu faire ce travail, alors pourquoi avoir ainsi brisé la vie d’une humaine pour la transformer en une créature bâtarde ?
 
-Nul secret dans ta raison d’être, dis-tu ? Tu es peut-être l’une des rares créatures à ne pas en avoir. Pourquoi t'avoir créé ainsi pour veiller sur des tombeaux ? Quels sombres secrets s’y dissimulent ? Ni toi ni moi n'ignorons la puissance des Earl, ils sont bien aptes à se protéger eux-mêmes.
 
Questions rhétoriques s’il en était, car quoi que la divinité fût sincèrement intriguée par ces mystères, elle n’attendait nulle réponse de la froide Prudence. Simplement mettre en avant ce qui pour la blanche dame semblait évidence et qui pourtant demeurait énigmes pour tant d’autres.

_________________

"Vous portez en vous-même le secret de l’éternité des hommes,
A laquelle vous n’aurez plus jamais droit si vous n’y prenez garde.
"

Mer 27 Juil - 19:42
Voir le profil de l'utilisateur • • • • • •
Contenu sponsorisé

• • • • • •
 
Un cri dans la tempête [Prudence]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» En pleine tempête [PV Ezylryb et Volt]
» « La mer est aussi profonde dans le calme que dans la tempête. » [Rebecca]
» Tempête dans les Vastes Plaines (PV Marcus Archéon)
» Quand le vent souffle, la tempête se déchaîne
» contre et dans la tempète... Que de plaisir... [PV Drake et libre ]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Weird Tales ::  :: Refuges aux pensées :: Autres Archives-