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 Sus au patriarcat !

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Elis n'aimait pas les histoires de ce bas-monde. Celles des autres dimensions, des autres univers, étaient bien plus passionnantes. La dernière-née d'Austar Sihvonen conchiait savamment la politique, crachait sur les tracas économiques qui rongeaient les humains, se moquait même de ces histoires de Secret qui inquiétaient tant son père. Seule importait cette science unique qui faisait évoluer les humains par-delà leur condition. Seul comptait d'aller au-delà du regard. Seule comptait la magie qui courait dans leurs veines, agrandissait le monde.
Elis ne savait pas exactement pourquoi et comment elle en était arrivée à rejoindre ce groupe facebook féministe, mais il était au final sa seule raison de trainer sur le réseau social. Et elle y allait. Sans comprendre ce qui l'attirait, ce qui l'intéressait, ce qui la poussait à lire les articles jusqu'au bout. Curiosité malsaine ? Aimait-elle les détails des femmes violées, frappées ? Il ne lui semblait pourtant pas… Pourquoi là où elle n'aurait dû voir que des futilités, elle avait la sensation de paroles de sagesse qui la touchaient, personnellement, revêtaient un grand intérêt pour elle ?

Depuis peu, elle en craignait la réponse. Elle la craignait depuis qu'elle avait osé se regarder dans le miroir, enroulée dans sa serviette de bain comme dans une élégante robe de soirée. Elle la craignait depuis qu'allongée dans son lit, les yeux rivés vers le noir du plafond, elle se posait les mêmes questions, sans réponses. L'internet n'avait aucune réponse pour elle. Aucun site, aucun forum, aucune page facebook. Parce qu'aucun coin de l'internet ne répondait à la question "et si on s'appelle Elis Sihvonen, qui est-on ?". Alors les questions restaient là, dans sa tête, la troublant durant ses leçons, ses lectures, ses prières, et autres passe-temps de bon aloi (comme glisser une musaraigne décédée dans les bottes de Kaveh, et accuser Miw).

C'était peut-être ces questionnements qui, finalement, l'avaient fait accepter de rejoindre les camarades féministes lors d'un événement qui se déroulait ENFIN à Last End, et pas à Londres. A l'université, une rencontre avait été organisée. Une sorte de mini-conférence qui avait notamment pour but l'échange de questions, à la fin.
Elis n'avait jamais mis les pieds à l'université. Les enfants Sihvonen avaient des précepteurs. Pour un lieu de l'Endroit, il avait son côté impressionnant. Ce n'était pas tant une question d'architecture (surtout pour qui vivait dans un Fort), plutôt d'ambiance. La jeune sorcière n'avait jamais vu autant de jeunes de presque-son-âge en un lieu. C'était… Bizarre. Leur aisance était bizarre. Leurs habitudes étaient bizarre. Ils vivaient véritablement dans deux réalités bien distinctes. Ces jeunes-là suivaient certains effets de mode par leur langage, du vocabulaire dont Elis n'avait jamais perçu l'intérêt. Etait-ce nécessaire pour s'intégrer ? Elle ne vit que peu de solitaires. Elle n'était pas à sa place, ici. Comme une créature sur un territoire qui n'était pas le sien. Elle s'estima heureuse, pour le coup, d'avoir hérité de la stature finlandaise de ses ancêtres. Cela aidait sans doute un peu à ne pas faire tache… Du moins, pas trop. Où était Nora ?

Elis commençait à comprendre l'intérêt de trouver un groupe, et l'éclair de génie qu'elle avait eu en décidant de ne pas venir seule, d'en profiter pour découvrir cette Nora à qui elle parlait de temps à autre, qui avait pris le temps de faire sa féminéducation. La culture du viol et le patriarcat n'avaient plus de secret pour elle, grâce à Nora ! Enfin, si, toujours, mais moins ! Restait à trouver où était ladite Nora. Un coup d'oeil à son téléphone, et Elis se décida à l'appeler, pour le protocolaire "t'es où ?" lié à toute IRL.
Elle put la retrouver, et aller à sa rencontre, la saluer d'un sourire jovial, sa tête légèrement penchée faisant reposer ses cheveux d'or sur son épaule. Elle était mimi, il fallait l'avouer. Et la tenue très sobre qu'elle avait mise, manteau noir à ceinture et bottes de pareille couleur, lui allaient très bien.

"- C'est la première fois que je viens ici. Je ne sais pas trop par où on doit aller…"

Sur la page de l'événement, c'était indiqué "Pascal 120". Mais où était ce bâtiment Pascal ? Il n'y avait pas un seul panneau, ici !

"- J'espère que je n'aurais pas l'air trop stupide, avec mes questions… Cela vous ennuie si je vous les pose avant, avant de les poser aux autres ?"

Elle parlait avec aisance, cherchait à voir comment réagissait et parlait Nora. Mais concrètement, ses pensées n'étaient pas trop à de telles futilités. Elle savait ses questions, elle se sentait à son aise, et plus discrète, maintenant que sa solitude n'était plus. Qui disait discrétion disait Honneur à Loki. Il ne lui restait plus qu'à trouver comment mêler l'amour de sa divinité à ces instants, sans se faire prendre.

Mar 1 Nov - 16:59
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Nora pris une énième épingle reposant sur sa commode, un œil sur Christina qui jouait doucement dans son coin, elle se pencha pour faire balancer sa tignasse vers l’avant, puis la prendre et la rouler dans une espèce de chignon latéral. Elle n’était pas certaine d’avoir inventé ça, c’était plutôt facile à faire lorsqu’on savait comment et elle n’aimait pas garder ses cheveux las trop souvent. Exceptionnellement, elle enfila une paire de jeans, son haut presqu’entièrement brodé arrivant au centre de son ventre, et ce par-dessus avec des motifs dont elle ne saurait nommer qu’elle portait toujours pour peindre. À peine eût-t-elle terminé d’enfiler ce dernier morceau qu’elle entendit la porte sonner, Nora alla ouvrir à la jeune fille qu’elle avait engagé comme baby-sitter. Habituellement, elle pouvait emmener sa fille dans les évènements de l’association étudiante, mais pour cette fois, elle rejoignait quelqu’un qu’elle avait rencontré sur les réseaux sociaux et préférait donc se faire une idée avant de lui présenter son enfant.

« Il y a du riz sauté dans le frigo, elle va au lit à neuf heures et le code du wifi est écrit dans le cahier là. Oh, et tu peux utiliser mon lit si tu veux dormir. » Expliquait-t-elle rapidement en attrapant sa veste, son petit sac et sa boîte de cigarette, en sortant une du lot avant même d’être sortie de l’appartement. « Si tu as besoin de quelque chose tu peux m’appeler. Bonne soirée ! »


Mettant rapidement les pieds dans ses bottes, la cigarette éteinte entre les lèvres, elle embrassa Christina avant de quitter pour aller vers l’université à la marche. C’est lorsqu’elle fut presqu’arrivée qu’elle reçut l’appel d’Elis, lui expliquant qu’elle arrivait sous peu à l’entrée principale. Nora se fendit d’un sourire en rencontrant Elis, pour la première fois, oui évidemment qu’il y avait des photos facebook pour se donner une idée de l’apparence de la personne, mais elle aimait bien son style et ses cheveux, petites mèches blondes allant un peu où elles le désiraient sur ses épaules.

« C’est normal, l’université c’est construit par des intellectuels un peu trop prétentieux. Parfois on se demande si quelqu’un n’a pas dessiné les plans en se disant que ce serait plus original de n’Avoir aucun ordre logique entre les numéros des locaux et les noms des ailes. »
L’artiste n’assistait pas à des cours ici, mais elle était venue à des portes ouvertes pour se renseigner sur les programmes et elle posait souvent pour les cours de dessins de représentation. Avec un salaire de 75$ la séance, ça valait la peine. Les écoles étaient des endroits sécuritaires pour trouver du travail en tant que modèle, aucun risque de tomber sur un pervers, et les professeurs étaient souvent très humains, s’assuraient que le modèle n’avait pas froid et était confortable.

« Oh, tu peux me tutoyer…d’ailleurs, je peux te tutoyer ? »

Demanda-t-elle, un peu soucieuse. Elle n’avait pas l’habitude de vouvoyer une personne plus jeune qu’elle. « Ne t’inquiète pas pour les questions, si tu en as pendant la conférence et que tu es trop timide pour les demander, j’ai emporté un cahier pour les écrire, tu pourras l’utiliser et je les demanderai pendant la période de discussion. La maladresse peut faire peur, mais croit moi, on voit de tout dans ce genre d’assos… Tu ne peux rien demander qu’elles n’aient déjà vues. »

Nora avait participé, un peu, quand elle était aux études en Norvège. Mais elle avait surtout regardé les imbécilités qui avaient été dites sur les pages facebook des associations dès qu’un évènement non mixte était fait. Les masculinistes devenaient féroces virtuellement, mais ils ne pointaient pas le bout de leur nez aux conférences.
« Pour ce qui est de pascal 120, c’est en fait le local du café étudiant. » conclut-t-elle en se mettant à marcher vers le second bâtiment. Cela ne prit que quelques minutes avant de trouver le dit-endroit. C’était plutôt petit, mais suffisant pour un café. Quelques chaises supplémentaires avaient été sorties, chacun tentait de trouver une petite place, sur une chaise, ceux qui arrivaient le plus tôt avaient droit aux places de confort sur les sofas, généralement, c’était les plus impliqués. Dans un coin, à droite, les filles du comité féministe s’asseyaient directement au sol, les unes à côté des autres, quelques-unes derrière elle. L’une des filles jouait dans les cheveux d’une camarade assise devant elle, quelques tresses étaient visibles dans la chevelure blonde.

Nora sourit doucement, regardant autour d’elle, cherchant une place libre, elle défaisait sa veste sans se presser. La jeune peintre s’approcha du comptoir, sachant que le café était gratuit. Elle attrapa un verre en carton qu’elle remplit là où la cruche était. Un regard furtif vers l’affiche qui montrait que la bière était servie pour quelques dollars, elle s’arrêta, café entre les mains, puis reprit son sourire en regardant Elis. « Tu veux un café? » lui demanda-t-elle. En posant le gobelet sur le comptoir pour y ajouter sucre et lait.

Lun 7 Nov - 20:34
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"- Mais je peux poser des questions malvenues."

De celles qui s'entendaient beaucoup trop, dont la réponse était évidente pour les femmes. Celles qui faisaient perdre leur temps, quand un simple coup d'oeil à un article, ou une simple réflexion plus approfondie suffisait. Mais qu'il était difficile pour celle qui avait grandi entouré de privilèges d'imaginer, parfois, le quotidien de ses semblables reconnues féminines ! Si ennuyer les conférencières n'était pas un grand souci, les ennuyer ET avoir l'avoir stupide en était un. Elis restait fille de Sihvonen, avec un certain égo, et l'envie d'une certaine réputation. Loki était réputé pour la finesse de son esprit, il fallait lui faire honneur.

Elis était persuadée que Loki aimait bien les féministes. Renverser un système, bousculer ceux qui se croyaient invincibles sur leurs trônes, rire de leurs travers… Ouais. Si ce grand fou avait pu être présent, sans doute se serait-il bien amusé, tout en approuvant le camp choisi par son élue. La fille d'Austar doutait que sa déité soit suffisamment accrochée à son genre pour ne pas comprendre le combat que menait ce peuple, lui qui s'était tant travesti.

Faisant confiance à sa guide improvisée, la fille de la glace et du feu la suivit, un peu pensive, observant la vie humaine qui grouillait ici, ces attitudes qui différaient tant de celles qui habituellement l'entouraient. Elle aurait presque pu grandir ici, ou du moins s'y rendre plus souvent… C'était un nid à discorde. Ce devait être si aisé, ici, de jouer sur les mouvements de foule, mettre à mal les systèmes organisationnels humains, briser l'harmonie ambiante et renforcer les clans sous-jacents, pour enfin les voir s'affronter. Elis reviendrait. Elle honorerait le Discordieux, le Farceur d'Asgard.

Dans le café, à nouveau la protégée des Nordiques se sentit en un lieu qui n'était pas sien. Suivant le regard de Nora, elle vit ce groupe de jeunes femmes, dans un coin, par terre… Eut-elle osé agir de la sorte, Austar lui aurait fermement exprimé son désaccord. Ils étaient vikings, mis ils étaient nobles, se devaient d'agir en conséquence. Quelques mots, qui n'étaient siens, passèrent au milieu de ses pensées: "qu'elles agissent comme bon leur semble". Elis n'aurait su leur reprocher cette différence. Leur destin leur appartenait et, mieux encore, il était l'argile qui forgeait le terrain de jeu. Les différences créaient les dissensions, les dissensions la discorde. Il en était ainsi, dans le monde de l'Endroit. Forcément, à ne pas vivre avec des Trolls, des lycans, des vampires, et autres cochonneries, ils ne pouvaient que passer à côté des liens forts qui unissaient pourtant les membres de leurs espèces.

Elles agissent comme bon leur semble, mais leur sourire a quelque chose de fascinant. Un bonheur en elles, étrange. Et les tresses… Elle s'en faisait, parfois. Sa mère… Elle ne souvenait pas qu'elle lui en ait fait. Elle aurait pu. Si le temps lui avait été laissé. Les lèvres d'Elis pâlirent sous une morsure discrète, tandis qu'elle armait son coeur de courage, se forçait à détourner le regard de ses pensées d'aussi lourds sanglots.Ses doigts vinrent dans ses propres cheveux, commençant à les tortiller, les mêler. Elle enviait quelque chose, dans l'attitude de ces jeunes femmes…
Nora lui parla à nouveau. Elis revint d'une longue distance mentale pour lui répondre: "plutôt un thé." Mais elle le demanda, seule, à qui de droit. Chez les Sihvonen, tout se méritait, tout s'obtenait par soi-même. La cadette d'Austar attrapa une chaise, un tabouret assez haut, et s'y installa. L'instant suivant, elle pointait une direction à Nora, lui désignant de ce fait un groupe de femmes, adultes, qui venait d'entrer.

"- Ce sont elles, non ?"

Il y avait de tout, et du beau monde. Des présidentes d'associations, du personnel de santé, physique ou mentale, des militantes. Elis reprit son téléphone en main, feuilleta les noms inscrits, pour les mettre sur les visages. Il y eut, de leur part, une sorte d'introduction. Une femme avec un petit badge expliqua le but de la rencontre, présenta ses collègues. Elis se figea, pâle. Enfin, plus que d'habitude. Droite comme un I, un peu tendue, elle ne quitta pas des yeux cette femme, noire, avec son regard de biche et son sourire tout doux. C'était elle. La docteure transgenre. Elle l'avait su, mais… Face à face, c'était vraiment… Comme… Comme une première rencontre avec une licorne. C'était impressionnant, émouvant, et cela changeait radicalement une façon de voir les choses. C'était la preuve d'une existence, c'était…
Réel ? Ce n'était donc pas qu'un mythe, et il était vraiment possible d'être autrement ? Elis ouvrait et fermait la bouche, comme un poisson hors de l'eau. Le regard de Nora, ou ce qu'elle perçut de Nora, lui fit comprendre que cela se voyait et que, pour le coup, cela ne reflétait pas vraiment son intelligence.

Envolé tout le reste de ses préoccupations, il n'y avait plus que cette femme, et un souci anodin, et pourtant si crucial… Si elle voulait pouvoir avancer, ne plus avoir ce doute qui la torturait quand elle réfléchissait, il fallait s'occuper de ce sentiment dans sa poitrine. Maintenant, ou jamais. Mais comment faire ? Par où commencer, quand les mots étaient si durs à trouver, quand elle ignorait elle-même quel fil devait suivre ses pensés ? Peut-être que Nora savait, ou qu'elle avait la réponse. Elis reprit un peu de contenance.

"- Nora, quel effet cela vous a fait la première fois que vous avez rencontré… Des LGBT ?"

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"Le patriarcat va pas se détruire tout seul" - Nora Edvardsen

Sam 12 Nov - 21:04
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Inutile d’utiliser un couvercle, ce n’était qu’un gaspillage supplémentaire de plastique, alors Nora hocha la tête et s’assied, près du tabouret qu’Elis avait choisi. Bon elles auraient pu se prendre une chaise, avec tous les gens qui s’annonçaient être présents, ce ne serait pas forcément facile de tout suivre depuis le comptoir. La jeune Sihvonen se servait toute seule, Nora aurait aimé lui offrir, mais ce n’était que quelques centimes après tout. La peintre laissait son regard se détourner vers les jeunes filles qui se faisait des tresses, elle reconnaissait quelques visages d’étudiants qui l’avaient dessiné, certains trop timides pour croiser leurs regards, d’autres visiblement s’étaient fait à l’idée sans soucis. Il y avait vraiment deux types de personnes…Cela l’amusait, mais elle passait sous silence les sourires afin de ne gêner personne.

Elle avait remarqué la fixation d’Elis sur les jeunes filles, les amitiés d’étudiantes engagées créaient souvent des liens assez enviables. Mais Nora ne comprenait pas comment les gens faisaient pour avoir autant d’amis et garder contact avec tout le monde. C’était toujours les plus jolies qui se retrouvaient ensemble, soudées et qui semblaient si heureuses, relâchées. La modèle tourna les yeux, souriant brièvement à la directrice de l’association étudiante. Elle la connaissait, un peu, mais elle n’eut le temps de la saluer avant qu’une femme prenne la parole.

C’est lorsqu’elle vit Elis qu’elle retint un rire, mais son regard la trahissait et son sourire tout autant. Elle faisait une tête assez étrange comme ça, Nora avait oublié que la femme était trans, elle se retourna pour la regarder à nouveau, constatant que maintenant qu’elle se souvenait, c’est vrai que ça paraissait un peu. La jeune peintre ne retint pas son gloussement à la question de la Sihvonen. Ah, les voilà les questions malvenues dont elle parlait. Mais Nora préférait qu’elle lui demande à elle, plutôt que de se ridiculiser devant les autres.


« Et bien, lorsque je me suis rencontrée pour la première fois ... Je voulais me venger de l’homme qui me trompait en allant voir celles avec qui il faisait ça. Mais tu es trop jeune pour que je te raconte cette histoire. »


Souriante, elle reposa les coudes sur le comptoir avant de prendre une gorgée de son café.
« Plus sérieusement, il y avait cette drag queen à Paris que j’ai embrassé. Je crois que c’était la première, mais honnêtement je ne me souviens plus. Avec le temps on est plus tellement étonné… »

Bon cela faisait plus d’une vie, elle ne savait plus vraiment quelle réaction elle avait eu à l’époque, ça datait littéralement de la dernière guerre mondiale. La jeune femme fit pivoter son sac pour le poser sur ses genoux et en sortit un petit carnet. L’ouvrant, on y voyait quelques croquis, un peu de poésie improvisée et qu’elle n’assumait pas vraiment mais qu’elle faisait quand même. Parait qu’elle écrivait bien, elle qui n’avait jamais qu’écris des esquisses pour ses croquis, ses lettres et ses titres. « Pourquoi avoir des jambes pour marcher quand j’ai des ailes pour voler » était le titre de ce cahier. Elle l’ouvrit à une page vierge, le posant entre elle et Elis, elle plaça le crayon entre les pages.
« Il y aura une période de question à la fin, si tu veux écrire celles qui te passent par la tête et ne pas les oublier. »

Elle s’appuya contre le comptoir et écouta la femme qui était montée sur la petite scène se présenter, ouvrir son diaporama et commencer à énumérer les différentes parties de sa conférence. Théorie du genre, transitions, non binarité, petit résumé du nombre de genres qui peuvent être trouvé sur le spectrum ainsi que les différentes orientations sexuelles. Elle avait parlé un peu de l’histoire des mouvements, que les premières à effleurer le sujet étaient la première vague de féministes, puis Simone de Beauvoir et d’autres un peu moins populaires qui remettaient en question l’éternel masculin et féminin. Puis les mouvements se sont fait plus spécifiques et certains existaient même à nier l’utilité des féministes si le genre pouvait être aboli, théorie questionnable selon la spécialiste.

La conférencière avait effleuré la théorie de l’existence, ou plutôt la non existence du genre biologique, mais le sujet ne pouvait vraiment être abordé de manière catégorique. Elle avait été arrêtée quelques fois pour expliquer à certaines personnes qui posaient des questions-alors que la période de question n’était pas commencée- sur la différence entre l’orientation sexuelle et l’identité sexuelle. Tout était à recommencer pour eux, mais ils avaient fini par comprendre et à suivre un peu mieux ses propos. Nora jetait parfois un coup d’œil à Elis pour voir si elle avait écrit quelques questions et si elle allait bien. Elle regarda le gobelet de café qui s’était vidé dans la dernière heure, se releva lorsque la docteure annonça la période de questions, voyant que tout le monde se permettait de se dégourdir un peu. Elle vit les mains se lever, pourtant elle n’avait pas vraiment de questions, elle avait déjà beaucoup lu. La peintre se dirigea vers la cruche de décaféiné puis revint vers son siège.
« Ça va ? Pas trop d’infos à absorber ? »

Dim 20 Nov - 22:38
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Elis se mordit subtilement la lèvre. Deux femmes ou deux hommes qui s'embrassaient, cela ne la choquait pas. Mais entendre parler aussi facilement de la découverte de son identité… Cela la déstabilisait. Si c'était aussi simple pour Nora, pourquoi n'était-ce pas le cas pour elle ? Est-ce que c'était encore autre chose, qu'elle ignorait, pire encore, et qui l'attendait ?
Avalant une gorgée de thé, la fille d'Austar s'essaya à reprendre un peu de contenance, comme si le liquide pouvait remplir ses questions de réponses. Ce n'était pas vraiment le cas.

"- Il n'y a bien que les adultes pour croire qu'à seize ans, on est trop jeunes !"

Les adultes avaient peur de s'imaginer leurs enfants matures. Ils avaient peur d'entendre de leur bouche des mots qu'ils se réservaient, avaient peur de découvrir qu'ils constataient leurs erreurs et immondices autant que leurs secrètes passions. Ils avaient peur de découvrir combien ils leur ressemblaient, loin d'être ces êtres parfaits auxquels ils avaient aspiré à leur création. Pourtant, les faits étaient là, et à l'âge des hormones et des combats, les jeunes gens se laissaient aussi bien attirer par les ombres et la violence que par la chaleur de leurs congénères. Si Elis avait bien trop de tracas, d'éducation et d'occupations, pour vraiment y plonger, elle avait avec elle la lecture de l'Edda, de mythes sanglants et d'étreintes hors normes, pour lui enseigner le monde des adultes. Elle avait grandi élue d'un dieu qui forniquait avec les animaux. Etait-elle vraiment trop jeune pour une histoire entre humains ? Ces dernières n'étaient pas aussi succulentes que les histoires magiques, et moins choquantes encore.

La conférence commença, ramenant le trouble en elle. Rien en l'Edda ne préparait à ces questions, si ce n'était le détachement de Loki par rapport au changement de sexe. Il en changeait comme de chemise, pas inquiet pour un sou. Mais Loki, personne ne lui avait jamais fait la moindre remarque à ce sujet. Les dieux étaient donc bien supérieurs aux Hommes, par-delà ces considérations. Être d'un autre sexe, ou d'un autre genre, chez les humains, s'était subir la confrontation avec ses congénères, incapables de supporter que l'on brise leur petit monde binaire, adapté à leurs esprits étriqués.
Et si ce n'était que cela qui l'effrayait, la retenait ? La peur de ce combat à mener ? Des difficultés qui allaient s'imposer ? Ou la peur de… Se tromper ? La conférence continuaient, les mots et les images défilaient, et le questionnement ne cessait pas. Se tromper… Aurait-ce été grave ? Le spectre des différents genres apparut, au bon moment, comme pour la pousser un peu plus du bon côté de la réflexion. L'idée d'être une femme sans avoir besoin de chirurgie enlevait bien des soucis, mais… Est-ce que c'était vraiment ça ?

Elle ne savait pas. Elle savait juste qu'elle se sentait étrangement bien quand, se fourvoyant, les gens lui donnaient du féminin. Elle en voulait davantage. Imaginer son père l'appeler "ma fille" au lieu de ce médiocre "mon fils". Elle voulait entendre parler d'elle en tant que "sorcière". Elle était n'était pas un guerrier, elle était une valkyrie.
Mais c'était si difficile à admettre pleinement, quand quelques semaines plus tôt tout cela n'était encore que légendes inaccessibles (pourtant, l'Envers sait rendre tout réalisable). Elis sentait son petit coeur la pousser vers l'acceptation, sachant bien avant elle le souffle de liberté qui les attendaient. Mais elle sentait également le poids d'un conditionnement bien cisgenre, bien normé, et bien conservateur, peser sur sa décision, essayer de la tirer en arrière et lui opposer toutes les barrières possibles. Mais elles s'effondraient, une à une, aidées par les mains bienveillantes des féministes. C'étaient elles, les valkyries. Elles qui savaient combattre, sans connaître la peur. L'Edda avait encore une fois raison, et l'esprit combattif n'était pas l'apanage des mâles.

Loki poserait son regard sur elle, et il verrait à nouveau sa ferveur dans sa volonté de lui ressembler, méprisant les avis de ses congénères pour mieux se rapprocher d'Asgard. La fierté et le sourire de sa déité valaient toujours le coup. Elle devait donc admettre… Et le dire. Le dire une fois, pour voir ce que cela faisait. C'était le moment ou jamais: elle avait avec elle la compagnie idéale pour cela.
Pendant la conférence, elle avait eu l'air songeuse, ou intéressée, selon les moments qui l'intéressaient ou non, les moments ou elle réfléchissait ou non. Mais toujours elle avait eu cette mine troublée, et il n'avait pas été rare de la voir jouer avec le crayon prêté par Nora, sans oser encore écrire. La fin vint, et elle fixait le carnet, la main un peu tremblante, comme si les mots pouvaient être l'origine d'une incantation. C'était un peu le cas. Nora la sortit de ses pensées.

"- Ca va. J'avais déjà beaucoup lu."

Sa voix était pâle, presque maladive. Elle mordait à nouveau sa lèvre lorsqu'elle détourna le regard de Nora, pour écrire, le coeur battant. Puis elle poussa le carnet vers elle. Sur la première page, il y avait écrit, d'une belle écriture arrondie et scolaire, avec ses pleins et ses déliés:

"Je suis une femme."

Elle tourna la page, lorsqu'elle vit que Nora avait lu, pour que s'affiche la question qu'elle n'osait poser:

"Comment peut-on être sûr-e de sa place au sein du spectre du genre ?"

Elle ne regardait pas Nora dans les yeux et, à l'instant, rêvait de pouvoir se terrer dans un trou de souris.

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"Le patriarcat va pas se détruire tout seul" - Nora Edvardsen

Sam 26 Nov - 19:17
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Elis avait raison, elle n’était pas trop jeune, mais Nora elle se sentait trop vielle. Combien d’années avait-t-elle accumulé sur cette terre ? Une soixantaine, voir soixante-dix… Elle n’avait pas vraiment envie de raconter à une jeune personne comment elle était parvenue à ramener une femme dans sa chambre en 1940. De plus qu’elle ne pourrait raconter vraiment les détails, au risque d’expliquer quelque chose de totalement flou et inintéressant.

C’était Elis, qui dans son écoute à moitié évasive, un peu troublée, semblait pensive. Nora n’était pas totalement attentive, certaines choses se répétaient, mais dans un contexte éducatif, c’était logique d’assumer que certaines personnes ne connaitraient simplement rien à la théorie. C’était simple, de comprendre, lorsqu’on s’y attardait un peu. L’artiste n’aurait peut-être pas eu autant d’ouverture dans le passé, dans sa dernière vie, la conception de ce qu’était un homme et une femme étaient tissés de manière serrée dans une binarité qu’elle défiait pourtant, inconsciemment, ou plutôt sans y voir de l’importance. Le féminisme à ce moment c’était se battre contre la violence envers les femmes et cela, n’était pas terminé malgré les pensées de certains. Mais n’était-t-elle pas coupable elle-même d’avoir passé sa vie avec un homme aussi macho, qui n’avait que peu de respect pour elle ? Frida l’avait défendu, elle continuerait de le faire s’il était possible qu’on lui demande des explications aujourd’hui. Lorsqu’elle aimait, elle perdait ses convictions. C’était source de culpabilité, mais aussi de rage. Mais elle avait grandi dans ce monde un peu plus ouvert à nouveau et elle avait accepté ces nouvelles idées, parfois réticente, puis progressivement militante. Il fallait s’ouvrir et Nora n’avait jamais aimé le conservatisme.

Posée, elle sourit à une Elis un peu déstabilisée, s’asseyant sur sa chaise lorsqu’elle eut son café en main. Parfois, elle oubliait cette obsession des anglais pour le thé, préférait-t-elle le café parce que ses origines, même difficilement visibles, étaient différentes ? Norvégienne, mexicaine, c’était difficile de s’en tenir à un accent, mais il y avait longtemps qu’elle n’avait pas parlé espagnol et il semblait que le norvégien prenait le dessus, peut-être par habitude.

La tasse se posa sur le comptoir et la tête de la modèle se tourna vers la Sihvonen qui s’était décidée à écrire. La jeune femme posa ses yeux sur la phrase, courte, non ce n’était pas une question. Elle eu un léger haussement de sourcil, ses yeux restant neutres, ça ne sortait pas tout à fait de nulle part, mais elle ne s’était pas vraiment attendue à un coming out immédiat. Un hochement de tête se fit avant qu’elle ne voie elis qui la fuyait du regard. La page se tourna et là, elle voulut y répondre elle-même. Un mince sourire aux lèvres, Nora pencha la tête en laissant la conférencière terminer sa précédente question. En regardant Elis, la peintre faisait dos à celle qui parlait. Une marque de support avant de se retourner, elle posa sa main sur l’épaule de la Sihvonen. Elle ne voulait pas envahir son espace personnel, mais elle ne voulait pas la laisser toute bredouille et dans le calme, elle la lâcha pour lever la main en posant les yeux sur la femme à l’avant. On lui fit signe qu’elle était la prochaine et la jeune femme reposa ls mains sur ses genoux en attendant son tour. « Comment peut-on être sûre de sa place au sein du spectre du genre ? »
Prononça-t-elle.

Un sourire, la docteure eut une seconde de réflexion avant de répondre « Comment les gens cis sont certains qu’ils sont des femmes, ou des hommes ? Je crois que ça se sait, simplement. Tout comme les gens de différentes orientations sexuelles vous répondront qu’ils connaissent leur attirance, sans avoir besoin de se questionner. Et il y a d’autres personnes qui vous répondront qu’ils ne sont pas sûrs et ce n’est ni grave, ni nécessaire. C’est pour cela que le mot ‘'queer '' est utilisé, mais dans tous les cas, même s’il ne s’agit pas de non binarité, se tromper n’est pas quelque chose d’aussi dramatique que les masculinistes voudraient nous faire croire. »

Nora souffla un merci avant un hochement de tête, elle aurait peut-être répondu plus personnellement, si Elis lui avait demandé, à elle. Mais c’était très bien dit, puisqu’elle s’adressait à un groupe de personnes. Les questions continuaient ainsi et bientôt, la femme sélectionna quelques dernières personnes et mit fin à la soirée. Certains étudiants restaient pour discuter un peu, on voyait que les discussions sur les associations étudiantes étaient majoritaires, mais la bière disponible au comptoir-à condition de rester dans le café étudiant- gardait les gens présents un peu plus longtemps. C'était le moment pour les filles de lâcher leurs cheveux et leurs tresses et de profiter de la dernière heure pour discuter.

« Tu veux rester? Il y a des personnes à qui tu veux aller parler?»

demanda-t-elle à l'attention de la sorcière.

Mer 11 Jan - 16:58
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Cette histoire de trou de souris devenait de plus en plus attrayante, vraiment ! Peut-être que si Elis continuait à observer les petits défauts du comptoir, un trou allait finir par s'y creuser, suffisamment grand pour qu'elle puisse s'y blottir, être certaine que personne, vraiment personne ne voie qu'elle était à l'origine de cette question, qu'elle jugeait déjà aussi maladroite que révélatrice.

Au sein de la réponse, il y avait une bienveillance au-delà de la médecine, au-delà des serment de soins. Une bienveillance quasi parentale, de ceux qui voulaient voir leurs aimés s'épanouir à l'image des fleurs au soleil. Sur un tel sujet, pour quiconque avait connu la rudesse des familles traditionalistes, c'était une bouffée d'air frais inespérée. Une autorisation et une bénédiction, celle qu'il manquait, celle qu'Elis attendait de ces gens qui la fascinaient. Oh, elle aurait pu se l'offrir, elle aurait pu, peut-être, se dire qu'elle n'avait besoin de l'avis de personne. Mais l'entendre de quelqu'un, c'était… Bouleversant. Son petit coeur ne savait plus où donner du battement, et son âme se perdait devant cette liberté toute neuve. Les barrières tombaient, et leur habitude autant que la beauté qu'elles révélaient étaient comme insoutenables pour qui ne les avait connues. Pouvait-ce vraiment être réel ? N'oubliait-elle pas quelque chose, quelque détail qui rendait à nouveau cela impossible ?

Non. Elle le savait, elle le sentait, au fond d'elle. Une certitude solide, de plus en plus. Une certitude qui hurlait de joie à l'idée de voir enfin le jour. C'était bien peu, peut-être même que cela n'allait rien changer à son existence, mais… Il le fallait. Il fallait cette barrière en moins. Mais il manquait encore une chose, quelque chose que les sociétés modernes, moldues, oubliaient beaucoup. Ce petit quelque chose qui allait permettre d'embrasser la liberté, et ne plus en douter, ou la penser hors d'atteinte. Le mot vulgaire pour cette chose était "rituel", et pouvait prendre bien des aspects.

Elis fit mine d'écouter d'une oreille distraite les dernières questions. Elle entrevoyait déjà l'allure de son rituel, dans chaque instant où elle reprendrait les gens, ses proches parfois, sur les pronoms. Elle le voyait dans ces moments qu'elle passerait à expliquer, ceux où elle essuierait les insultes et reproches, à demi-mots ou à coeurs ouverts. Il y allait avoir cela, mais pour l'heure, il fallait d'autres éléments…

"- Je veux bien rester encore un peu. Nora, me feriez-vous des tresses ? juste, deux, là… qui se rejoignent pour faire comme une couronne."

Et, maintenant qu'elle était prête à assumer sa féminité, n'allait-elle pas pouvoir assumer d'être la plus mignonne élue de Loki ? Il allait être si fière d'elle ! Est-ce qu'elle lui plairait ?
Elis ramena son thé, froid, à ses lèvres. Elle ne s'engageait pas sur un chemin facile. Elle rejoignait le camp des Valkyries, elle rejoignait celles que le patriarcat opprimait. Elle allait connaître d'expérience ce que les siennes racontaient. Elle se jurait d'utiliser cela pour guider ces foutus mortels sur au moins une voie: celle qui poussait les femmes à botter le cul de ceux qui les emmerdaient. Chez les Sihvonen, l'égalité des sexes était une valeur quasi historique. Chacun jugeait au mérite plutôt que sur tout autre critère. C'était toujours surprenant d'ensuite ouvrir les yeux sur le monde et ses penchants vides de sens. Sur le ton de la confidence, d'une voix posée, mesurée, elle avoua à Nora, qui devait visiblement avoir signé pour le rôle de psychologue involontaire:

"- J'imagine que je vais devoir apprendre à me battre, maintenant. C'est mon père qui va être content, qu'enfin je m'y mette…"

Et n'était-ce pas révélateur qu'un changement de place dans la société impliqua cet apprentissage ? Révélateur, et un peu triste. Pensive, la petite joua avec le sachet de son thé. Bien sûr, son père l'avait déjà entraînée, un peu. Il l'avait déjà emmenée à la montagne, aussi, pour l'endurcir. Alors, elle y était toujours allée à reculons, ne comprenant pas l'intérêt, pour qui se vouait aux sciences magiques. Maintenant, elle comprenait. Il y avait toujours des combats à mener, et certains arrivaient sans prévenir. Elle comprenait aussi le désarroi que devaient ressentir bien des femmes, devant les combats en question. Cette impression de découvrir, de n'être pas préparée, ne pas avoir les armes suffisantes…
Mais Elis, elle savait. Elle savait que les femmes valaient autant que les Hommes, et qu'elles avaient les armes pour se battre. Elle avait vu les femmes Sihvonen s'entraîner, les avait vues tenir tête aux Hommes. Elles avaient une force que seul leur sang et leur éducation savait offrir. Une force qu'Elis avait refusée alors, qu'elle commençait doucement à regretter. Et elle se disait que s'il lui suffisait sans doute de demander gentiment à son père pour rattraper le temps perdu, nombre de ses consoeurs ne pouvaient avoir cet avantage…

"- …Je pense que les femmes manquent d'entraînement. On ne leur donne pas assez l'opportunité de voir ce dont elles sont vraiment capables, de voir que leur voix peut être entendue, que leur force peut avoir un impact." Une gorgée de thé. "Last-End manque d'un club de self-defense qui leur prouverait cela." Elle était sûre d'elle, sûre de ce qu'elle avait vu et expérimenté auprès des siens.

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"Le patriarcat va pas se détruire tout seul" - Nora Edvardsen

Mar 24 Jan - 20:29
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La peintre se levait pour prendre entre ses doigts les mèches blondes de la sorcière, faire des tresses, c’était un jeu d’enfant. D’un sourire en coin, elle hocha la tête, drôle de réflexe, ou plutôt triste, que de croire que les femmes devaient savoir se battre. L’artiste croyait pourtant que les femmes aujourd’hui avaient bien plus d’opportunités et d’accessibilité à apprendre les arts martiaux. Ça n’avait pas plus à sa mère que le père de Frida lui fasse faire des cours de boxe. Elle avait pourtant bien aimé, mais cela ne lui avait pas servi, hormis remettre sa jambe en état…si on pouvait vraiment dire que ça avait fonctionné.


« Il y a des endroits où les problèmes de violences envers les femmes sont…montent à des nombres inimaginables. J’avais vu un club avec des cours d’autodéfenses gratuits pour les femmes handicapées, ou aveugles au népal. Il y avait aussi les endroits pour les femmes victimes d’agression d'attaques d’acide au visage. Ce n’est pas aussi nécessaire qu’ailleurs, mais ça ne peut pas faire de mal. »
Haussement de sourcil et courte pause, dans un sourire narquois. « Du moins, pas à ceux qui ne le méritent pas. » C'est dans ces moments qu'elle avaie envie de récupérer sa toile sur la femme qui avait été poignardé minimum quarante fois par son mari qui se défendait en plaidant une ''petite correction’’ monsieur le juge…


« C’est possible d’arranger un tel projet. Avec les fonds nécessaires, un partenariat avec quelques assos et une page facebook, les choses sont plus faciles. Je peux voir ce que j’ai comme contacts, si tu es vraiment sérieuse, même si je débarque encore tout juste à last end, le bouche à oreilles ce n’est pas trop difficile. J’ai fait de la boxe plus jeune, mais ça fait assez longtemps, je ne pourrais pas être instructrice. Il faudrait trouver des gens pour enseigner aussi…»


Nora utilisa l’élastique qu’elle avait autour du poignet et des épingles qui trainaient dans son sac pour attacher les tresses. Elle ne pouvait pas s’empêcher de mettre du sien, et de faire de toutes petites tresses qui passaient ici et là dans la couronne.  
« Se battre, ça ferait un peu d’action, et ça changerait du discours répétitif et des discussions de groupe…parler c’est bien mais une fois qu’on connait la rengaine... » Elle roula les yeux et sortit son téléphone et prit une photo des cheveux d’Elis, pour les lui montrer en revenant devant elle.
« Ça te plait ? Je me faisais beaucoup de tresses quand j’avais ton âge. Je pourrai t’en montrer des différentes si tu veux. »
Elle avait l’habitude de faire des coiffures qui étaient difficiles à apprendre mais qui tenaient très bien.

Lun 6 Fév - 22:57
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Elis avait fermé les yeux, se laissant faire sous les doigts de Nora, essayant de se détendre malgré son coeur qui battait la chamade. Ce n'était pas de la peur. Plutôt de l'émotion. C'était son premier acte de femme assumée, ces tresses. Le premier pas dans l'eau, à tâter le fond, avant d'y glisser. Bientôt, elle le savait, elle oserait réclamer le pronom qui lui allait de droit. Elle avait hâte. C'était exactement comme les témoignages qu'elle avait pu lire: l'impression de naître une seconde fois, redécouvrir le monde. Comme si ne pas être soi mettait un voile entre devant toutes les perceptions reçues du monde, interdisant de le découvrir.

Elle avait envie d'engager son premier combat. Nora était une bonne professeure de féminité, l'encourageant sur cette voie. Oui, c'était possible… Elles allaient apprendre aux femmes de Last End à botter des culs. Et Loki serait fier de voir le patriarcat trembler en ces terres. Et même les familles fondatrices ne sauraient que faire ! Et ce seraient grâce à elles ! Ah, ils allaient avoir l'air malins, les dirigeants, tous anxieux à l'idée de voir leurs jolis petits culs bousculés de leurs trônes par des femmes. Chez les Sihvonen, c'était déjà plus ou moins femme. La famille jugeait au mérite plus qu'au sexe. Mais il n'y avait qu'à voir les Earl, par exemple…

C'était une vision plaisante. Elis sentait déjà la main de Loki sur sa tête, la tapotant d'un air de dire "c'est bien, brave fifille, tu as bien foutu le berdol". Un tapotage qui valait bien tous les sacrifices du monde. Y compris les sacrifices humains. D'ailleurs, ça faisait longtemps qu'aucun humain n'avait été sacrifié. Dommage, ça mettait toujours un peu d'ambiance.
Les actions diverses et variées sur ses cheveux cessèrent. Elis sortit son téléphone pour pouvoir s'admirer, prenant une photo de l'arrière de sa tête, usant de l'appareil comme miroir. Ouais ! Elle se plaisait, ainsi ! Elle était carrément mignonne, et elle se reconnaissait bien. Alors elle se retourna vers Nora, avec le sourire rayonnant de la happy-mini-trans.

"- Ca me plait énormément ! Vous savez vraiment bien les faire. J'ai déjà essayé, mais il y avait toujours plein de cheveux qui dépassaient, et la tresse était trop lâche, pas assez équilibrée… La tresse à trois brins." La base de la base, quoi. Elis joua avec le bout de sa tresse, passant ce petit plumeau le long de sa mâchoire, de son menton. "Vous aurez l'occasion de m'apprendre, je pense, si nous voulons mettre en place le…" Elle eut un bref instant de réflexion, avant d'annoncer, fièrement: "Le WOFC !" Torse bombé, grand sourire. "Le Women-and-Others-Fight-Club !" On aurait dit que c'était la trouvaille du siècle. Ah, les enfants… "Obtenir des contact n'est pas compliqué, pour qui porte mon nom. Je peux m'en charger également. Ma famille doit connaître de bons instructeurs. Faites-moi confiance là-dessus. Mais pour les financements, effectivement, nous aurons sans doute besoin de facebook." Elis se souvenait très bien du jour où Freyja et elles avaient oser porter à l'attention de leur père l'idée d'argent de poche. Il avait rien bien plus que cela se faisait pour qui ne veut pas que ses enfants se sentent profondément stupides. Si les filles Sihvonen voulaient de l'argent, elles devaient le gagner. Aussi Elis avait lâché l'affaire rapidement, se disant qu'elle vivrait très bien sans. Autant dire qu'il ne valait mieux pas compter sur elle pour gérer quoi que ce soit de monétaire.

"- Ca va le faire. Je suis sûr que c'est plus simple qu'il n'y parait. Mais dites-moi, plutôt… Vous êtes allée en Inde ? Où donc, en Inde ? Vous avez visité beaucoup de pays, comme ça ?" Avoir des témoignages était toujours enrichissant. Les gens d'autres pays avaient souvent des visions du monde différentes… D'où le chaos sitôt qu'elles se heurtaient à d'autres. C'était ce qui était bon. Pour celle qui n'avait connu qu'un cocon douillet, où l'acide ruisselait sur le bouclier des sorcières, ce ne pouvait qu'être intéressant.

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Jeu 9 Fév - 16:24
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À l’âge d’Elis, Frida se faisait deux tresses et les ramenaient ensemble sur sa nuque. Puis elle avait commencé à faire cet espèce de chignon en largeur, qu’elle n’avait pas peur de reproduire aujourd’hui même si ce n’était pas tellement à la mode, elle, savait comment le faire tenir. Elle n’hésitait pas à y mettre des tresses, des fleurs, une épingle. Mais avant, c’était plus facile d’y mettre des roses, quand elle avait son jardin. Sa maison, bordée par les colombes, était devenu un musé. Il restait à peine de sa vie privée, tout ce qu’elle avait possédé et accompli ne lui appartenait plus. Mais elle aimait ces moments, où elle se souvenait de ces petites choses qu’elle n’avait jamais cessé d’aimer. « Ce n’est qu’un peu de pratique, à la longue, on finit par bien les faire et à mieux connaître nos mèches de cheveux rebelles. »

Elle gloussa devant cette jeune fille qui parlait comme si elle venait d’avoir l’idée du siècle. Elle était mignonne, à être toute enthousiaste comme ça et Nora n’avait pas envie de lui enlever, alors si ce projet était vraiment possible elle lui laisserait garder ce nom-là. C’était quand même drôle de penser à fonder un fight club, mais vrai que c’était nécessaire.

« Si ça fonctionne, on a besoin d’un endroit, d’instructeurs, de l’argent pour les payers ou de bénévoles, puis d’élèves. Il parait que Go fund me est pas mal si on as un minimum d’amis. »


C’était ridicule de croire que les gens allaient donner comme ça, il faut un peu de popularité pour que ça fonctionne. N’est-ce pas idéal que Nora avait déjà pris positions quelques fois au travers de ses toiles ? « Non… » gloussa-t-elle, souriant en s’asseyant à nouveau. Et pourquoi pas un autre café ? « Je suis née en Norvège, je suis allée au Mexique, en Allemagne, en France, oh et aux états unis, y’a longtemps. Et ici, récemment. » Elle aurait aimé revenir au Mexique, définitivement, ne plus le quitter mais ça n’avait plus rien de ce que c’était avant. Il n’y avait plus de définition de sa maison que sa famille : Christina. « Je n’ai pas eu le temps d’aller partout où j’aurais voulu. Mais j’ai été un peu irresponsable, parce que avoir un enfant il y a quatre ans ne m’as pas empêché de voyager pour exposer. On dit souvent que si un artiste ne saisit pas les premières opportunités il ne les reverra pas. » Et Nikolaïs lui avait offert les contacts pour exposer et se faire un nom.

« Au sud de l’inde, beaucoup d’hommes utilisent de l’acide pour humilier, défigurer et torturer des femmes qui oseraient les rejeter ou refuser un mariage. C’est une pratique que certaines tentent de prévenir en montrant des techniques d’autodéfense, mais une fois que la bouteille est ouverte, difficile d’éviter une telle agression. »
Une attitude à la si je ne l’ai pas personne ne l’aura, pointé d’un goût désagréable pour la cruauté et d’un égoïsme à vomir. Les hommes avaient aussi besoin de comprendre que les femmes ne leur appartenaient pas. « Mais tout ça je ne le dois qu’à internet. »


Lun 20 Fév - 5:44
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Des "amis", Elis n'en avait pas vraiment. Mais elle devait pouvoir faire jouer son réseau: avec l'appui d'Austar et de Freyja, rien n'était impossible. C'était du moins ce qu'elle s'imaginait, elle qui n'avait que peu expérimenté ce monde, lui préférant sa dimension magique, lui préférant les secrets des sanctuaires, dans la continuité du travail maternel. Le fonctionnement de ces deux entités était loin d'être identique - elle le découvrirait assez tôt.

"- Faites-moi confiance, je m'occupe de tout !"

Et pour ce qui nécessitait une personne majeure, il y avait la famille. Et si la famille n'acceptait, elle songerait à envoyer un mot doux à Nora. Des Endroits, il y en avait partout. Des instructeurs… Elis pouvait faire instructrice, et retransmettre les cours de son père, dans un premier temps. Elle ne doutait pas de la présence d'élèves: les femmes de ce monde devaient bien sentir le besoin d'être plus promptes à botter des culs. Il y en avait même qui y prendrait sans doute plaisir, y retrouvant la douce libération qu'apportaient parfois les jeux video assez violents.
Elis opina du chef, un peu impressionnée, à l'énumération des pays visités. Pas mal ! Ca devait faire beaucoup de paysages différents. Un jour, elle aussi elle énumèrerait les sanctuaires qu'elle avait visité. Mais ça serait bien plus impressionnant ! Car à travers chaque nom, il n'y aurait pas qu'un sage billet d'avion payé nonchalamment. Non, il y aurait l'acte de patience, persévérance, intelligence et courage, de parvenir jusqu'audit sanctuaire.
À l'évocation de l'enfant, Elis haussa les épaules. Elle avait un instinct maternel un peu… Particulier. Un instinct maternel d'élue de Loki, quoi. Elle voulait bien mettre au monde, mais par la suite, le marmot avait intérêt à se débrouiller. Elle n'avait pas de temps à lui consacrer. Ce n'était encore que de lointaines histoires, mais elle savait qu'il n'était pas exclus que son rôle au sein du Concordat la pousse à livrer à ce monde un rejeton de son être. Pauvre bête…

"- Il n'y a rien d'irresponsable. Ca a dû être cool pour elle de voyager."

Elle écouta parler de l'Inde, opinant, songeuse. Elle avait vu, elle aussi, les photos de ces femmes défigurées, dans un monde où elles n'étaient parfois jugées que sur leur apparence. Les mâles manquaient tant d'éducation… Mais il y avait une autre théorie, qu'Elis aimait bien, qu'elle énonça avec un sourire narquois aux lèvres.

"- Ils ont peur de nous. Ils paniquent. Ils savent que peu à peu, on obtient nos droits, et qu'on saura démanteler leur petit système. Rien ne leur fait plus peur qu'une femme avec un livre… Qu'une femme qui s'émancipe."

C'était plus ou moins les mots de la Grande Malala. Une gamine qui avait une sacré paire d'ovaire, et surtout, d'hémisphères de cerveaux. Dommage qu'elle ne fut pas de l'Envers. Elle aurait assurément offert aux déités une meilleure défense que cet homme-hétéro-cis-blanc qu'était le Réanimateur.
Le café étudiant n'allait pas tarder à fermer. Elis suivit Nora vers l'extérieur. Il faisait froid, encore… Et cela ne la dérangeait pas. Elle aussi était sortie, nue, dans la neige de Yule. Elle lui assura une dernière fois sa volonté d'oeuvre pour le WOFC, lui assura qu'elle s'en occuperait au plus vite. Papa Austar allait être si content ! Normalement, en quelques semaines, tout cela pouvait être réglé. A moins que quelque chose de complètement dingue ne les sépare, l'une de l'autre, l'une d'une monde.

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Mer 22 Mar - 17:52
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Sus au patriarcat !
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