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 Disgrâce | Pryam

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L'étrange sous la normalité : Enfant cadet du Patriarche Earl, il est un héritage refusé, s'extrayant de la nécrose gangrénée de sa famille.
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Soir du 30 mars 2016


Cela fait presque un mois que Morghann évitait soigneusement son père. Ne plus résider au château aidait pour beaucoup mais n’était pas un gage de ‘jamais’. Pourtant, Pryam ne l’avait pas convoqué à ses côtés. Il n’était pourtant pas dupe, le Seigneur de l’Envers. Le cadet se doutait qu’il avait parfaitement compris ce qui s’était passé au début du mois : les paroles du fils, le réveil miraculeux d’Howard. Tout tendait vers une seule explication et tout autre que son propre fils aurait brusquement disparu de la circulation pour qu’on ne retrouve la dépouille que dans quelques semaines, torturé et mutilée pour l’affront. Morghann s’était attendu à devoir s’expliquer mais son père semblait bien décidé à le faire mariner dans son jus. Ou bien n’avait-il aucune idée de la manière dont il se devait de réagir en pareille situation. Ou bien il ne faisait que réfléchir à quelle sentence il pouvait lui infliger. Les trois en même temps, ou rien de cela.

La nuit était sombre en cette veille de bataille si bien que les hautes tours de ténèbres du château se fondaient dans l’obscurité ambiante dans la moindre difficulté. Il expira l’air de ses poumons, un nuage de buée se formait. L’hiver perdurait anormalement. Et il n’aimait pas cela parce qu’il savait d’où cela provenait. Il était tant que ceci se termine et c’était dans l’incertitude du lendemain qu’il se présentait au domaine Earl. On le laissa entrer, on prit son manteau, ses gants, son écharpe. Lorsqu’il demanda où était son père, on lui indiqua l’un des salons de la demeure. Devant écuyers et domestiques, il engagea un pas ferme, droit, noble et décidé. Mais lorsqu’il arriva à proximité du dit-salon, sa démarche avait ralenti jusqu’à s’arrêter devant la porte. Il aura fallu être fou ou inconscient pour ne pas avoir peur et si Morghann savait faire preuve de ces deux traits, il ne l’était pas à ce point. Venir jusqu’ici n’avait pas été psychologiquement facile, mais frapper à la porte et entrer lui parut d’autant plus ardu.

Après avoir refermé la porte derrière lui, ses chausses tapèrent le parquet dans un rythme lent et un son faible alors qu’il avançait pour se porter à la vue de son père installé seul dans le canapé. La pièce n’avait que pour éclairage la cheminée brûlante et il lui semblait que les ténèbres se faisaient oppressantes malgré tout. Comme si la danse des flammes se sauraient amadouer l’obscurité. « Bonsoir, Père. » Sa voix était effacée, dénuée de fierté. Ses noires prunelles s’accrochèrent à celles de Pryam. Il n’y avait rien sur le visage de marbre du Patriarche. Ni haine, ni colère, ni jubilation. Aucun sentiment, comme toujours. Si Morghann le savait, il n’avait jamais trouvé cela aussi déroutant que ce soir. Le silence sembla s’éterniser longuement avant qu’il n’entrouvre les lèvres : « C’est moi. » commença-t-il. Mais c’était une évidence et Pryam le savait. « C’est moi qui ait vendu votre âme à Eurynome. » Mettre des mots sur son actes n’était pas aisé. Il ne les assumait pas et c’était pourtant ce qu’il avait fait. Le cadet révélait le nom du démon auprès duquel le pacte avait été contacté et par la même occasion, par ce nom honni prononcé, il s’assurait de repousser les oreilles du Prince-Démon hors de cette pièce. Cette espèce n’appréciait guère qu’on évoqua leur nom éternel de vive voix.

« Je n’en tire aucune fierté. » Bien au contraire, il se dégouttait. Pryam restait son père malgré la distance qu’il s’évertuait à maintenir entre eux. C’était l’aveu qu’il formulait entre les lignes. « Je ne soupire nullement après votre pardon. » Non pas qu’il refusait de se mettre à genoux pour l’implorer, mais il estimait ne pas le mériter quoiqu’il puisse faire. Il ne saurait obliger son paternel à le pardonner. « Mais cela ne doit pas signifier que vous n’êtes pas légitime à recevoir des excuses. Je vous les présente. » Mains nouées dans son dos, le fils ne bougeait pas, comme s’il craignait qu’au moindre mouvement, il se fasse dynamiter. Il affrontait sa crainte avec courage. Howard n’aurait probablement pas approuvé la venue du cadet ici. « Je pense que vous n’ignorez la raison de mon acte. » Prétendre le contraire aurait été prendre Pryam pour un imbécile et le Seigneur de l’Envers était très loin d’être cela. « Elle est légitime, je suis certain que vous m’agréez quand bien même je suis à blâmer des conséquences. Je ne regrette pas le passé. »

Il ne regretterait jamais d’avoir sauvé Howard, ce pacte avait représenté sa seule issue qu’importe ce qu’il avait coûté. « Je regrette l’avenir et ne souhaite que l’altérer. J’ignore seulement comment je dois m’y prendre. » Ses mots se faisaient plus fermes, il serrait les mâchoires l'une contre l'autre.

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Mer 26 Oct - 11:05
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Patriarche Earl
Le repos forcé du Lord touchait bientôt à sa fin. Demain était le grand jour. Peut-être son dernier, s'il avait mal joué. Mais ce dernier point ne changeait pas beaucoup des autres jours. Après avoir passé de longues semaines à se préparer, à préparer ses alliés, ses plans, tout en s'occupant des dossiers habituels, il dépensait ces derniers jours en préparation physique. Pas question d'arriver devant son fils tant-aimé en ayant mal dormi, par exemple. Le patriarche suivait un régime de vie plus strict encore qu'à son habitude.
Plus strict, mais plus agréable aussi, il fallait l'admettre. Surtout dans un bon canapé bien confortable, quoi qu'un peu anthropophage, devant une bonne cheminée crépitante, avec sa chaleur rassurante et protectrice, inspirant les effluves d'une bonne infusion fruitée, un livre en main, un chat ronronnant près de lui. À côté de lui. Et le Seigneur de l'Envers faisait bien attention à ne point le caresser, n'oubliant pas qu'il possédait une forme humaine, et qu'il n'aurait pour rien au monde caressé cette dernière. En revanche, il appréciait la présence discrète de l'assassin. Il était une oreille attentive, une protection supplémentaire. Depuis l'assassinat d'Hécate, le Lord accordait davantage sa confiance au chaton des Amasis, qu'il avait récompensé comme il se devait. Pas de cible ce soir, pour l'assassin. Lui aussi avait tout intérêt à être en forme, demain.

Ce repos cessa avec la voix de Morghann. Pourquoi, de tous les soirs, avait-il choisi celui-là ? Etaient-ce les Anti qui l'envoyaient ? La question méritait d'être posée. Pryam savait pertinemment que son fils ne venait pas lui apporter des carrés de chocolat, ni lui lire une histoire pour qu'il s'endorme. Il ignorait, en revanche, la raison exacte de sa venue. Surtout à cette heure-ci, surtout avec ce calme. Ce ne pouvait être l'annonce du début des hostilités…

Le Lord écouta. Patient. Silencieux. Son visage de marbre, tant par habitude que par une once de fatigue. Il écouta sagement, et sans la moindre once d'empressement. Il écouta jusqu'à ce que le silence s'impose de lui-même, jusqu'à ce que la demande vienne comme un point à la fin d'une phrase. Là encore, il écouta, le silence, comme si par avance il éprouvait la nostalgie de ce dernier. Il ne le rompit que pour énoncer, sobrement:

"- Miw, j'aimerais être seul avec mon fils."

L'ordre avait été lent, calme, aussi doux que cela était possible pour le Lord sans tomber dans le mielleux. Nul besoin de forcer sa voix pour être ouï de Morghann: elle portait, naturellement, par les notes graves qui étaient siennes.
Il attendit que le cliquetis des griffes sur le parquet lui indique que Miw était désormais hors de la pièce.

"- Assieds-toi, Morghann."

Là où il le voulait. Cela n'avait pas d'importance. Le Lord eut néanmoins l'intuition que la place libre près de lui, sur le canapé, allait rester vacante, mais que le fauteuil allait se trouver occupé. Le silence qui entourait le patriarche se faisait lourd, un plomb sur les épaules.
Peu à peu, ce silence se fit plus oppressant. Les menaces qui le composaient le faisaient gagner en densité. Pryam Earl prit grand soin de déposer ses affaires sur le guéridon, afin qu'elles n'en soient abîmées. Les ténèbres de son regard jaugèrent Morghann, lorsque ce dernier se fut immobilisé. Ce gamin aux bras ballants, ce gamin face à ses méfaits… Il attendait. Craignait-il la réaction de son père ? Les mots vinrent, sur un ton que le cadet des Earl devait connaître. Le ton d'un grondement de tonnerre, avant son fracas.

"- Il faut que tu saches quelque chose. Que tu sois conscient de tes privilèges."

Les lumières parurent peiner à pourfendre l'obscurité qui émanait du Seigneur de l'Envers, étranglés par d'invisibles griffes. À moins que… ce ne soit vraiment le cas. Qu'un quelconque sort plonge Morghann dans les ténèbres. Que ce sort le plonge dans une immense solitude, où seul le battement de son propre coeur pouvait lui tenir compagnie. Que son souffle se fasse plus complexe, comme si l'air lui-même avait disparu. Le sort dura juste assez longtemps, du point de vue du Lord. Lorsqu'il en eut assez, lorsqu'il estima que son fils, plus que de raison, saurait d'émotions ne point reproduire son erreur, il mit fin au sort, à sa façon.
Morghann put ressentir la gifle siffler près de son oreille, pour claquer contre sa joue. Elle n'était pourtant que magie, de cette magie d'outre-tombe qui était la leur. Pryam savait son fils plus fort qu'il en avait l'air: il n'avait pas ménagé son geste, désirant au moins laisser une marque temporaire.

"- Sache que tout autre que toi ne profiterait de ma clémence."

Un long soupir ponctua cette phrase. Le Lord se pencha en avant, venant poser ses coudes sur ses genoux, et masser ses tempes. Il laissa à Morghann le temps de devenir attentif, à nouveau, avant de reprendre, plus calme, comme apaisé:

"- Mais tu es mon fils, et le passé est ce qu'il est." Inutile de trop lui infliger. Le but était de le vacciner, point de le blesser ou de s'en faire un ennemi. Et surtout… Donner au moins l'illusion d'être ennuyé par cette vente d'âme. Oh, Pryam l'était… Un peu. Ce pouvait être gênant, en effet, de finir dans le gosier de ce maudit Eurynome. Ce n'était néanmoins pas le destin qu'il s'était choisi, et le démon pouvait attendre un moment avant de parvenir ne serait-ce qu'à lui ôter son âme. Elle était déjà promise, à bien plus obéissant que lui. "Puisqu'à l'avenir tu veux te vouer, il va falloir t'y préparer. Afin que tu ne réitères pas pareille…  Sottise." Le dernier mot avait été prononcé avec tout le mépris dont le Lord était capable. Ce devait être sa façon d'être vulgaire, sans doute. "Ce que je puis te proposer…" N'était assurément pas de s'occuper de réparer ses bêtises. Oh non. Il n'avait pas assez confiance en lui pour cela, au moins sur ce point. "Est de travailler ton point faible le plus évident. Le négoce." Un regard appuyé, lourd de reproches, vint faire comprendre à son rejeton qu'il ne plaisantait pas. Du tout. "Je puis te confier quelques missions qui te permettront de t'y essayer." Sans se retrouver à vendre des âmes familiales, et de façons à ce que le Lord puisse réparer les pots cassés derrière. "T'apprendre ce que je sais. Si seulement tu es prêt désormais à suivre mon enseignement."

Mer 2 Nov - 22:26
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Le regard du nécromancien quitta son père pour se poser sur le chaton, arquant un sourcil face au comportement de l’animal. Depuis quand son père avait une affinité avec les animaux au point de se faire de la sorte obéir ? Le félin était sorti la pièce mais l’enfant cadet lui aurait volontiers concédé une intelligence… Humaine. Morghann se recentra sur Pryam et à l’invitation, il vint prendre la place du chaton, dans le canapé. Ses prunelles d’obsidienne fixaient le Patriarche et lorsqu’il sentit les ténèbres l’engloutir, il ferma les paupières, étouffé par la solitude. Son âme venait se loger au creux de celle de son jumeau. L’isolement ne lui avait jamais fait le moindre bien mais dans la tempête, Howard était un phare rassurant, apaisant. L’obscurité  profonde grandissait, dévorait son cœur, son être tout entier. Il s’accrochait à son frère, comme s’il était son dernier espoir, des dernière notes d’une musique à la mélodie adorée que ses lèvres, au trépas, murmureraient. Il avait peur, il était terrorisé et son jumeau le fustigerait d’avoir engagé une telle entreprise. Lèvres closes, son souffle s’était fait plus long, plus profond, plus difficile. L’air lui-même l’asphyxiait… Probablement était-ce parce qu’il avait cessé de respirer. Si son esprit ordonnait, son corps refusait l’esclavage et s’amoindrissait. Ses pensées ne voyaient plus que la ligne finale d’une mort trop côtoyée. Peut-être était-ce cela que son père avait attendu : qu’il vienne pour le lui faire payer et de mort le draper.

L’air entra de nouveau dans ses poumons sans précipitation malgré l’urgence macabre de son état. Le froid fit place à la douce chaleur de la cheminée. La claque vibra dans les os de sa mâchoire alors qu’il ouvrait les paupières. Ses yeux étaient rougis comme s’il avait pleuré mais aucune larme ne s’était écoulée, physiquement interdite. Sa vue était trouble et le flou ne se dissipait que très lentement. Les traits du visage paternel se dessinaient. Les premiers mots avaient du mal à faire vibrer ses tympans sans toutefois que Morghann n’en comprenne le sens. Il avait saisi la menace. Tout autre que lui serait alors défunt à cette heure. Le cadet en avait effleuré les contours sans opposer la moindre défense. A bien y songer, quel bouclier aurait-il pu lever que son père n’aurait explosé s’il l’avait vraiment voulu ? « Je vous remercie de votre clémence. » Sa réponse n’avait été qu’un souffle, le murmure bas d’un enfant égaré. Sa vue se brouillait, vertiges insolents, il fermait à nouveau les yeux et passait une main sur ses paupières. Il avait été seul, quand Howard s’était retrouvé dans le coma, aussi était-il à présent mal à l’aise, les nerfs tendus face à la disgrâce. Le regard vague, dans le vide, il avait parfaitement entendu la proposition de son père. Le silence perdura entre les deux hommes. Morghann voulait répondre, mais sa voix ne voulait exprimer la moindre parole, la gorge nouée. Aussi murmura-t-il à nouveau : « Il serait plus opportun de destiner votre enseignement à Howard. Je ne suis pas dévolu à cela. Vous le savez. »

Enfant, Morghann avait souvent quitté les leçons, affrontant les sermons paternels qui suivaient. Il avait encore moins été destiné à ramper dans cette fosse aux serpents depuis que son jumeau l’en avait éloigné. Pour le protéger. Le cadet s’en désintéressait. « Et… Mon problème n’est pas le négoce. C’est Eurynome. » Il savait très bien négocier quand il le voulait. Mais pas avec ce démon-là. « Il m’a ôté les voix des défunts. Celles que j’entendais depuis ma naissance. Ces présences auxquelles j’étais habitué. C’était le silence... » Un horrible silence. Une solitude dévorante, déstabilisante. Une drogue brusquement absente et la crise, le manque s’était fait rapidement sentir. « Et… Je n’aime pas sa manière de tourner autour d’Howard. De nouer sournoisement ses chaînes… Mais… Il était ma seule solution. Le seul moyen. » Le sorcier avait détourné le regard et son ton calme, bas, hésitant et butant parfois sur les mots, presque vibrant, sonnait comme la scène de confidence d’un fils à son père. Nul doute que Pryam ne devait pas être habitué à cela et s’en trouverait dérouté. Aussi découvrait-il sûrement combien son dernier fils avait grandi loin des coutumes nobles de sa famille. On ne se permettait pas de tels instants chez les Earl.

Les paroles de Morghann transpiraient la sincérité candide et trahissaient toute la fragilité de son être à un père qui n’avait jamais appris à la manier avec toute la délicatesse dont il était besoin. Le sort de Pryam l’avait ébranlé et il peinait encore à se recadrer malgré tout les bienfaits que lui apportait la proximité de l’âme gémellaire. « Quand Howard s’est réveillé, j’ai passé plusieurs jours et plusieurs nuits à l’hôpital, avec lui. Il était si fragile que mes premiers mots l’ont soufflé tel un château de cartes… Il était détruit. » Il fixait à présent Pryam : « Littéralement détruit. Chaque organe de son corps, chaque cellule avait pourri de l’intérieur. » Ses yeux vinrent se perdre dans les flammes, comme s’il revoyait devant lui cette scène immonde à l’hôpital. « Ça avait été broyé, dévoré. Il ne restait de lui qu’une enveloppe endormie, maintenue en vie par je ne sais quelle magie mais… Il n’y avait plus rien. Son… Âme avait été rongée… Ce qui faisait son humanité était sur le point de disparaître, il ne demeurait qu’une parcelle minuscule. Et son esprit... » Il serra les mâchoires pour déglutir, sa voix tremblait à l’écho de ses souvenirs : « Si vous saviez comme il hurlait… »

Il inspira et tâcha de se recomposer, de repousser au loin le douloureux souvenir. Howard allait mieux à présent, il se reconstruisait. Son visage vint se parer d’un calme froid, comme s’il reposait sur son faciès le masque des Earl qu’il avait brièvement ôté. « Je sais que… Qu’il n’est pas coutume d’échanger sur… Cela dans notre famille. On nous enseigne le paraître pour placer aux loin nos faiblesses mais… » Morghann n’était pas ainsi, lui. Il n’avait pas appris à se comporter de la sorte. Ou si peu. « Même si vous ne le témoignez, je pense que vous pouvez… L’entendre et le comprendre. » Il releva ses prunelles noires vers son père, cherchant un instant si Pryam allait véritablement concevoir le sens de ses mots et ce qu’ils pouvaient représenter pour lui : « Ce n’est pas le sang qui fait d’Howard et moi des frères. C’est l’affection qu’on porte l’un pour l’autre. J’aurais accepté de brûler vif si cela avait pu l’extraire de… ça… » C’était une faiblesse terrible que de pareils sentiments, surtout aux yeux des Earl, mais aussi une très grande force. « Aucun autre Earl n’aurait accepté ce que j’ai consenti pour sauver Howard. Ceux de son sang l’ont regardé s’éteindre en ignorant tout de son agonie. Pire… Ils ont détourné le regard pour ne pas voir. Comme s’il était la gangrène de la famille, comme si sa mort signifierait qu’il n’était pas assez fort, qu’il ne méritait pas de vivre. »

Ça lui était inconcevable, pour Morghann. Pas plus qu’il n’était concevable à ses yeux de laisser l’âme de son père se perdre sans rien faire. « Le temps allait me prendre mon frère dans les heures qui suivaient. J’ai scellé ce pacte… Et je n’avais aucune marge de négociation. Je n’avais pas un mot à dire, seulement à accepter. Alors… Qu’auriez-vous fait ? » demanda-t-il. Si sa négociation était précaire, Pryam saurait probablement lui dire en quoi. La vérité, c’était que sa négociation s’était réduite à l’acceptation car il avait refusé de regarder mourir Howard. Mais il n’y avait rien eu de discutable en état. « Vous auriez négocié pendant que s’égrainait le temps ? Pendant qu’il vous arrachait votre enfant ? » Il secoua la tête de gauche à droite. Pryam n’avait rien fait d’utile et si on s’était attendu à une action de sa part, c’est sur la tombe gémellaire que le cadet aurait rendu son dernier souffle, ivre de douleur. « Anthony… M’a dit qu’il nous avait jalousé Howard et moi de l’attachement que vous nous portiez. En vérité, je ne sais pas ce qu’il jalouse exactement. » Quelque chose qui n’existait pas. Du moins, que Morghann peinait à voir eu égard des maigres actions de la famille Earl devant l’état alarmant de leur héritier. « Vous épargnez ma vie. Vous ne lui infligez le trépas mais si vous saviez comme je vous l’aurais laissée si vous aviez su sauver celle d’Howard. » Qu’espérait-il lui faire comprendre à ce père au cœur froid ? A cet Earl ?! Il balaya la conversation d’un : « Savez-vous comment rompre la dette contractée sur votre âme ? » Car c’était tout ce qu’il voulait savoir. Il n’avait pas envie de voir ou d’entendre combien son père était un Earl jusqu’au bout des ongles. Il voulait sa solution pour l’adopter et se défaire de cette conversation à sens unique… Car il ne faisait aucun doute que Pryam n’ouvrirait son cœur autant que Morghann l’avait fait.

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Sam 12 Nov - 23:46
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Patriarche Earl
Un bref instant le patriarche avait imaginé que quelqu'un ait pu briser son fils, lui ôter cette flamme rebelle qui le différenciait si bien de son jumeau. Il ne s'était pas attendu à son remerciement. Avait-il frappé si fort que cela ? Mh. Ce n'était pas bon. Il devait s'économiser. Il avait un autre "fils" à frapper, bien plus fort.
Néanmoins, presque habilement, Morghann esquiva le sujet de l'enseignement. Impétueux gamin, si prompt à ne voir que par les oeillères de ses émotions. C'était cela, surtout, qui manquait à son éducation. De la simple mais vitale sagesse. Les traits du patriarche se firent de marbre alors qu'il offrait sa grande patience à celui qui était un pu lui, un peu Victoria. Ses réflexes le poussaient à essayer de décrypter Morghann, chercher des intentions par-delà ses mots. Qu'attendait-il de lui ? Pourquoi ramener ce sujet sur la table, pourquoi maintenant ? Voulait-il jouer de ses nerfs ? Lui rappeler quelque angoisse pour qu'il soit davantage épuisé pour la bataille à venir ? Le Seigneur de l'Envers avait bien de l'aisance à se défaire d'émotions, l'acte n'en demeurait pas moins complexe lorsque des êtres aussi précieux que ses fils étaient touchés. Et Morghann parlait, encore et encore, des mots que nul en ces lieux ne prononçait, comme interdits. Pourquoi se mettre ainsi à nu ? Pourquoi devant lui ? Dire que, gentiment, son père lui avait offert un psychologue… Il ne savait vraiment pas s'en servir.

D'où lui venait cette facilité ? Elle n'était ni Earl, ni Sihvonen. S'ils n'avaient été seuls, le Lord se serai sans doute senti gêner à le voir ainsi effeuiller son âme. D'autant plus que cela révélait, à nouveau, une faille de son éducation. Le nom d'Anthony fut prononcé, faisant mentalement grincer les dents de celui qui, hélas, avait engendré ce monstre, bien plus que les outrageuses accusations. Si Morghann croyait pouvoir s'en sortir en revenant au sujet initial, après une aussi longue tirade… Il se fourvoyait. Sur certains points, son père pouvait se montrer têtu. Il avait appris à se souvenir de chaque point d'une conversation, et les garder précieusement auprès de lui.

"- Oublie cette dette, Morghann." C'était un ordre. Aussi dur qu'un ordre prononcé par Pryam Earl. "Je saurai m'en défaire. Je ne suis pas né nécromant pour craindre la mort." Il était né pour flirter avec elle, pour jouer de leurs communs attraits, pour s'enivrer de ce parfum interdit aux siens. Il était né pour faire chier Eurynome.
Le patriarche ne s'était pas défait de sa posture, les coudes appuyés sur les genoux. "Nous ne pouvons revenir sur le passé. Mais pour ton avenir, voici ce que tu dois savoir." Il n'eut pas même besoin d'un geste. Morghann put sentir autour d'eux se former une sphère de silence, qui les isolait de tout. Oui, son père était paranoïaque à ce point. "Tes émotions sont une faiblesse. Il est déjà plus qu'aisé de deviner le lien entre ton frère et toi. Ce n'est pas une raison pour l'afficher à ceux qui chercheront ton point faible comme une cible évidente. Crois-tu que vous ne m'êtes pas précieux, ton frère et toi ?" Ses poings s'étaient serrés. Sa voix se teinta d'un soupçon de colère, pour aller avec ce qu'il allait évoquer. "J'ai sacrifié des hommes et des femmes sur l'autel de l'Envers, mais je serais incapable d'y mettre ne serait-ce qu'un de vos ongles." Pas même la jambe inutile d'Howard. Sans sous-entendu aucun. "Voilà ce qu'Anthony vous envie. Ce qu'il a refusé que je lui offre." Rancoeur. Ses mains vinrent se joindre, ses doigts se croiser. "Tu n'es peut-être pas l'aîné, tu n'es peut-être pas destiné au pouvoir… Tu n'en demeures pas moins un Earl. Que tu le veuilles ou non, le noir de tes yeux te désigne comme ennemi pour ceux qui me haïssent." Mais il espérait que ces derniers étaient bien trop occupés à le viser pour s'intéresser à ses fils… Ou bien trop occupés à suivre les idées neuves de ces derniers.

Il n'en demeurait pas moins que ses fils ne l'intéressaient pas que pour l'héritage qu'ils représentaient. Ils étaient des sorciers, des Hommes… Il aurait aimé leur apprendre davantage, pour élever l'âme de ces hommes-là, comme ses ancêtres avaient élevé la sienne. Saurait-il seulement le leur dire ? Non. Il ne savait pas prononcer ces mots, comme Morghann le faisait. Son fils pouvait peut-être percevoir, lui qui le connaissait, cette subtile hésitation, avant qu'il ne reprenne: "Sais-tu que je peux mourir, demain ? Serez-vous prêts, Howard et toi, dans ce cas ?" Son ton se durcit, ses yeux reprirent cette lueur abyssale, menaçante, tandis qu'un ultime ordre fusait: "Ne vous avisez pas, dans tous les cas, de partir avant moi."

Mar 15 Nov - 22:56
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Morghann avait balayé leur conversation entamée d’une pragmatique question qui allait droit au but et son père ne l’aidait pas, refusait que son fils ne s’intéresse à la question honnie. Comment le pouvait-il ? Comment le sorcier pourrait-il faire fi de ce qu’il avait consenti pour sauver Howard ? Comment pouvait-il accepter de ne pas subir l’entière responsabilité de son acte vicié et obéir à son père ? L’ordre de Pryam Earl était clair en ce sens, aussi tranchant qu’un éclat de diamant, aussi brut et vivant. Un ordre souverain devant lequel Morghann reculait par obligation plus que par choix. Il détourna son regard des flammes de la cheminée pour observer ce masque de marbre qui ornait toujours le visage paternel. Howard en avait aussi porté un auprès de lui et le cadet avait voulu lui arracher autant qu’il avait envie de griffer celui-ci jusqu’à ce que sa vraie nature fasse surface mais... Maintenant, il ne savait que trop bien combien cela ne nécessitait que de la patience et de la confiance plus que de la violence et de l’acharnement. Retirer celui de son jumeau n’avait pas été aisé et pourtant d’une facilité déconcertante en comparaison du Patriarche. L’espoir lui était-il permis ? Le cadet était un enfant plein de passions, d’émotions et de sentiments. L’espoir le hantait déjà avant même d’y avoir songé, malgré lui. Howard l’avait pourtant prévenu du poison que cet homme était. Et s’il se trompait comme il se trompait au sujet d’Anthony ? Pouvait-il encore accorder le bénéfice du doute au Seigneur de l’Envers si controversé ?

Il cilla à la sensation de la bulle de silence qui les enveloppait à présent. Son père était paranoïaque pour agir de la sorte dans son propre château… Mais soit. Si cela pouvait l’aider à se dévoiler et lui parler avec franchise. Les mots qui s’enchaînaient lui firent entrouvrir légèrement les lèvres. Il avait été trop habitué aux silences de son jumeau pour comprendre et déchiffrer les émotions et les ressentis qui existaient derrière le masque. Les inflexions de colère, les poings qui se serrent, les instants d’interruption et d’hésitation. Autant de signaux qui trahissaient ce qu’il y avait de sous-jacents. Était-ce les mots du fils cadet qui avaient fait perdre de la sorte le si impeccable contrôle de Pryam Earl ? Et lorsque le dernier ordre fusa, sec mais pas moins dénué de sens, les lèvres de Morghann se fermèrent et s’étirèrent en un fin sourire plein d’une tendresse triste. « Etiez-vous prêt lorsque le vôtre vous a quitté ? » Non, il était bien trop jeune pour cela, aussi mature et Earl avait-il pu être. La question n’était pas si innocente qu’elle le paraissait. Pryam était à présent un roi contesté et… En définitive, n’était-ce pas là une façon pour Pryam de refuser que ses fils aient à subir les mêmes lacunes dont il avait lui-même pâti en son temps ? S’il avait été entouré, il n’avait guère eu l’exemple d’un père et avait commis ses propres erreurs plutôt que de les avoir appris d’un aîné.

Morghann resta à l’observer quelques secondes de plus, silencieux. « On me tuera, Père. Un jour ou l’autre. Non pas pour ce que je suis, pas pour ces yeux noirs mais pour ceux auxquels je suis lié par de sincères sentiments. Pour pouvoir les toucher et leur faire du mal. » Il baissa les yeux, cillant comme frappé. Mais il n’y pouvait rien et l’avait accepté. « Je suis parti avec Howard à l’étranger. Nous vivons ensemble à présent. Je n’ai su manger ou trouver le sommeil durant son coma et mon corps en a été marqué. » Il reprenait des forces, peu à peu. Johan savait se montrer très insistant. « Vous avez raison. Il est aisé de deviner ce qui m’unit à mon frère. Ai-je encore des raisons de le cacher ? Sur qui marcherait ce mensonge ? Qui accepterait de croire à cette soudaine indifférence ? » Sourire triste, abattu et puis il redressait ses prunelles sombres sur celles si semblables de son père. « Nikolaïs Werner a ouvertement menacé ma vie auprès d’Howard pour lui ‘montrer ce que c’est de perdre ceux qui lui sont chers’. Ce n’est qu’un parmi tant d’autres. Pourquoi porterai-je ce masque que vous chérissez tant alors que je suis déjà condamné ? Pour qu’il m’étouffe avant que Werner ne me transperce par Longinus ? » Nouveau sourire triste et résigné. Si ça n’était pas lui, ce serait un autre. « Je ne suis pas né nécromant pour craindre la mort. » reprit-il. « Lorsqu’elle viendra je l’accueillerai. Et si ma vie doit être courte… Je vous serai gré de ne pas vous échiner à vouloir m’éduquer comme un Earl. J’ai trop dévié de l’enseignement de notre famille pour accepter de m’y conformer sans heurt. Vous courrez droit vers la déception. »

Il y avait dans la lueur de ses prunelles un sentiment désolé. Il était ce qu’il était devenu. Ce que son père l’avait laissé devenir en lui permettant de partir avec Howard à l’étranger. Peut-être était-ce que Pryam avait voulu sans jamais parvenir à l’avouer ou même se l’avouer. « Vous ne mourrez pas demain. Ce n’est pas ce qu’Anthony veut. Votre mère s’est assuré de le détourner de ce projet. » Oui, sa mère. Celle qui était morte. « Mes sentiments me condamnent à mort. Mais ils ont sauvé mon frère. » Et il lui avait dit qu’il aurait accepté de brûler vif qui cela avait permis à son aîné de renaître. C’était ce qu’il faisait en quelques sortes. « Je ne peux pas oublier cette dette, Père. Elle est la conséquence des choix que j’ai acceptés. Vous ne m’apprendrez pas à être prêt en me dépossédant des retombées de mes actes. C’est à moi de les assumer et de les affronter. » La demande était sincère et probablement n’insisterait-il pas d’avantage. Si Pryam refusait de le guider, Morghann chercherait par lui-même car il ne pourrait se regarder en face tant que cette dette existerait par sa faute. Il poussa un soupir en se laissant retomber dans le fond du canapé et en se frottant les yeux, fatigué. La journée de demain allait être longue et il avait besoin de repos… mais il avait aussi besoin de son père. Le silence se fit durable et profond alors qu’il observait la cheminée puis le Patriarche. « Que s’est-il passé avec Anthony ? Comment en êtes-vous arrivé à... Demain ?» demanda-t-il finalement dans un murmure, sans jugement pour une fois, comme s’il voulait laisser l’opportunité à son père de lui narrer sa version des faits. Celle d’Anthony était pleine de subjectivité et il ne doutait pas qu’il y en aurait tout autant dans celle de Pryam. Avec elles deux, il pourrait peut-être se faire une idée plus précise des tords et des souffrances de chacun.

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Sam 19 Nov - 21:17
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Patriarche Earl
Le Seigneur de l'Envers se sentit vieux. Morghann ne comprendrait pas. Il ne pouvait pas comprendre. Il aurait fallu qu'il vive son existence, pour comprendre. Le Seigneur de l'Envers s'installa plus profondément dans son canapé, son regard se détournant de son fils. Est-ce que tous les pères vivaient la même histoire, à l'exception de ceux qui n'en avaient le temps ? Les idées et impressions passèrent, sans qu'il puisse les exprimer. Le pouvait-il seulement ? Ce n'étaient pas des mots qu'il connaissait bien.
Ses fils étaient nécromants. Ils n'étaient pas nés pour craindre la mort. Ils étaient nés pour vivre, sur ordre de leur parents. Rien qui ne soit contradictoire. Pryam avait suivi ce double-chemin; la vie embrassant la mort. À sa mémoire revenaient les premières images des jumeaux, ces deux petits nécromants encore fragiles, ces immenses potentiels dans de minuscules corps. Il se souvenait exactement de touts les pensées qui l'avaient traversé, de la longue et prodigieuse existence qu'il avait tant rêvée pour eux. Que lui, le père, meurre, c'était là l'ordre des choses. Il était plus âgé, qui était la cible des lances, pour avoir trop agi. Quiconque prenait en main les aléas du temps s'exposait à cette menace. Mais Morghann n'avait pas le droit à la mort. Trop jeune, il n'avait pas même découvert ce qu'était la royauté dont il avait hérité. Sa mort aurait été un blasphème auprès de la grande famille qu'ils servaient, auprès des symboles, auprès de son père qui l'avait créé, auprès de sa mère qui l'avait façonné. Il n'avait pas le droit…

La puérile remarque concernant son propre père, Pryam l'avait balayée d'une pensée distraite. Oui, oui, lui-même n'avait pas été prêt… Morghann n'imaginait-il pas qu'il puisse souhaiter à ses fils de ne pas répéter ses erreurs ? Il devait s'en douter, mais ne chercher qu'à lui tenir tête, comme tous les jeunes hommes. Néanmoins cette certitude qu'il avait dans sa mort à venir était inacceptable. Werner allait mourir. Le Lord veillerait à ce que sa mort soit à son image, répugnante. Il veillerait à ce que sa mort ne l'emmène à nul endroit d'où il puisse revenir. Nul ne menaçait ses enfants. Nul ne les résignait  ainsi à un destin qui n'était pas le leur.
Immobile, son visage de marbre et ses prunelles brillant tout juste de la haine et de la rancoeur contenue, Pryam ignorait totalement comment exprimer cela à son fils. Il sentait que c'était un argument, ignorait comment le formuler. Comment lui dire que d'autres voies étaient possibles, qu'il avait ouvert les yeux sur le monde pour y passer du temps, y exploiter sa puissance, avant de partir. Il n'y avait pas de mot. Pas qui soient raisonnables et convaincants. Pas qui ne soient dénués de cet amour fou que l'on nommait paternité.

Il n'eut pas à le faire. Morghann le détourna de cela, ramenant un peu de jeunesse à l'esprit de son père. Il le laissa parler, puis le laissa se taire, ramenant son intention vers le feu qui crépitait. Paisible, calme, mais si dangereux pourtant. Il intégra ces nouvelles informations. Lui qui avait cru pouvoir se reposer un peu… Il ne connaîtrait jamais plus le repos. Il aurait dû le savoir, sitôt qu'on lui eut appris, sitôt que l'on eut prononcé face à lui "MyLord, votre père n'est plus";
Il s'en souvenait. Il s'en souvenait très bien. Lui, droit comme un i, déjà, face à cet adulte qu'il ne regardait pas vraiment. Il se souvenait de cet horrible pressentiment au premier mot, de ce refus mêlé de colère au dernier mot. Il se souvenait être resté digne, car son père l'aurait ainsi souhaité. Il se souvenait de ses pas claquant sur la pierre du château, et de ce soin qu'il avait mis à sculpter son visage de marbre. Fureur, résignation… Et, tout de suite, le sens du devoir, comme si celui de son père l'avait rejoint à sa mort.

Morghann le questionna. Allons bon… Ne lui avait-il pas déjà expliqué ? Les choses répétées plaisent, disent le proverbe. D'autant plus que les circonstances n'étaient pas les mêmes. Dans la chaleur et la solitude, son fils serait sans doute plus sensible aux confidences.
Alors, lentement, d'une élocution claire, d'une voix grave, le patriarche rappela:

"- Anthony est né sans magie. Il aurait été malheureux auprès de nous. La famille entière en aurait pâti. Je l'ai confié aux Evans, sachant qu'il y serait bien traité. J'allais le voir, régulièrement, pour m'en assurer. Puis… J'ai songé à l'intégrer d'une autre façon parmi nous. Je lui ai tendu la main. Il pouvait nous rejoindre, sans porter notre nom. Il a refusé… J'ai su qu'il avait changé."

Leurs rencontres s'étaient faites différentes. Plus acerbes, plus menaçantes. Pryam avait gardé espoir, avait essayé de l'attirer en lui faisant mirer la belle vie que menaient ceux qui, à son contraire, été nés plein de pouvoirs. Il avait évoqué son envie de faire des recherches sur les Oubliés, mais Anthony ne l'avait pas écouté. Dommage. Cela aurait pu lui éviter la surprise, enfermé dans les sous-sols Earl, les mains liées sur cet autel. Cela… Pryam ne comptait pas le raconter. Encore une fois, il n'aurait pas été compris, lui qui voulait seulement épargner aux sorciers les soucis qu'apportaient les Oubliés.

"- Je ne voulais pas accentuer son ressentiment. J'ai cessé d'aller le voir, mais continué à le faire surveiller. Demain, Morghann, est un jour nourri par la jalousie et l'envie. Je pourrais presque comprendre, tu sais, qu'il veuille nous exterminer en retournant l'Envers contre nous. A trop voir les merveilles de la magie sans pouvoir les atteindre. Si les précédents Oubliés ne sont pas arrivés jusque-là, néanmoins, c'est pare qu'Anthony a quelque chose que les autres n'ont pas. Il a l'orgueil. Il est persuadé de pouvoir le faire, là où les autres auraient cédé à leur sentiment d'infériorité."

Ses mains s'étaient jointes, doigts croisés, alors qu'il s'était légèrement penché vers le feu.

"- Il a fait ses choix. Je regrette qu'il n'ait compris que détruire l'Envers ne lui ramènerait pas ses pouvoirs… Qu'il n'ait pas compris que notre camp lui aurait permis de connaître les délices de l'Envers.

A nouveau, il se tourna vers Morghann. Il lui laissa un peu de temps, pour ingérer ces informations, et bien les retenir. Il ne lui laissa néanmoins pas le temps d'enchaîner:

"- Maintenant, dis-moi… Est-ce toi qui a conduit ma mère auprès d'Anthony ? Me caches-tu encore de nombreux plans, ainsi, quand je pourrais t'aider à en faire un usage optimal ?"

Sam 10 Déc - 20:56
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Le silence de son père fut pesant. Il n’était pas étonnant et Morghann avait appris, en ce château, que le néant était tout aussi riche, sinon plus, que les paroles forgées de mots choisis et pesés. Peut-être que si Howard avait appris à écouter ces silences, il n’aurait pas conclu à la gangrène de leur lignée, mais ni plus ni moins que la réserve à laquelle leur noblesse et leur rang les soumettaient. Du moins était-ce l’espoir qu’il se faisait, lui, le cadet qui n’avait que trop connu d’autres façons d’exister pour admettre aveuglement que, de sentiments, son sang ne puisse être doté. Il observait son père comme s’il s’attendait à ce que quelque chose sorte enfin, mais la carapace était terriblement rude. Il pouvait deviner… Mais était-il seulement dans le juste ? Ne désirait-il pas tant que son père lui accorde ces sentiments pour les imaginer sans qu’ils n’existent ?

Le silence couvrit également sa demande de le guider pour que le Patriarche puisse être épargné de la dette que le fils avait contracté sur l’âme. Il n’insisterait pas d’avantage toutefois, si son père le refusait, alors  il chercherait seul. Mais que Pryam ne croit pas un seul instant qu’en nonobstant la demande, il avait réussi à faire changer d’avis son enfant.  Morghann savait être une tête de mule redoutable, surtout lorsque ça lui pesait sur les épaules. Il ne détourna pas le regard à ce que son père lui répétait, comme un texte appris, une version peaufinée qui ne laissait entrevoir aucune faille. Bien entendu cette version le plaçait en être parfait, ayant agi avec mesure et raison. Anthony devenait un être névrosé et vicié. Le sorcier ne s’était pas vraiment attendu à autre chose, son frère aîné lui avait servi le même genre de descriptif mais inversé, placé en victime d’un tyran paternel écœurant.

L’un et l’autre semblaient avoir beaucoup à se reprocher. Il savait aussi les explications de son père, à nouveau, détournée, voilant tout un pan de la vérité que Morghann ne parvenait à percer, tournant autour du pot et se heurtant à ses mensonges et des non-dits. Son regard de ténèbres se flouta, ses émotions retombant lourdement dans une déception renouvelée. Peut-être devrait-il aller droit au but. Pryam l’éclairait sur un point toutefois, un point qui ne faisait qu’accentuer sa déception. La faute dont Anthony n’avait pas voulu lui parler était donc celle-là. Il avait refusé par orgueil de n’être qu’un écuyer à la botte de Pryam. Il avait engagé cette croisade blanche et pure par orgueil. Ses sentiments n’étaient pas nimbé de lumière. Si Anthony l’avait prévenu, mettre le doigt dessus était douloureux. Son père le tira de ses pensées et il redressa ses prunelles troublées vers lui, répondant à ce qu’il y avait de plus simple en premier : « Les fantômes… Les esprits auxquels je suis lié bénéficient d’une certaine autonomie. Annabelle… Lady Earl, votre mère, est à mes côtés depuis mon enfance. Elle est capable d’initiatives propres et indépendantes de ma volonté. Je suppose que défendre son fils était... » Quelque chose de naturel ?

Morghann secoua la tête de gauche à droite, le regard se perdant lentement dans le vide. Il laissa son dos se poser au fond du canapé et tâcha de rassembler ses esprits. Le silence s’étira à nouveau, il retenait ses mots, il n’aurait probablement pas survécu à ces vérités crachées au visage de son père… Et ça n’aurait pas été remercier son début d’honnêteté que de le faire aussi cruellement. « Les secrets me semblent être des membres à part entière de notre famille. Beaucoup naissent par orgueil, parce qu’avouer des faiblesses ou des erreurs seraient une honte. J’aimerais… Je voudrais tellement vous aider… Et vous faire comprendre que je n’ai pas besoin d’un père qui soit irréprochable, parfait. Vous avez le droit de vous tromper. D’avoir des défauts. Des penchants. » Sourire, triste, alors qu’il relevait les yeux vers Pryam, sachant pertinemment que son père pourrait très bien prendre cela comme une offense. « Si nous étions tant l’image des Vertus, le Vatican ne nous ferait pas tant la guerre, ne croyez-vous pas ? » Morghann avait ses propres vices tout autant. « Je veux croire que vous avez agi pour son bien et pour le bien de notre famille. Je veux croire que vous lui avez tendu la main, que ce n’était la fin heureuse qu’il espérait, mais que vous avez consenti à un compromis qu’il a refusé. Je vous admire pour ce que vous avez fait, ce que vous avez tenté. »

Le geste n’avait pas du être des plus aisés. Quand on est sorcier et qu’on attend la naissance d’un fils, le bonheur est extrême car tellement rare. Découvrir qu’Anthony était un Oublié avait du être une épreuve difficile pour l’orgueil et l’honneur de son père. « L’orgueil ne naît sans raison, toutefois. » Il lui fallait un terreau. Et Pryam lui avait dit lui-même : les Oubliés étaient des êtres inférieurs. Le comportement de Patriarche avait du toiser un Anthony enfant, l’écraser… Et plus que cela. Anthony lui avait parler de ce que ‘Pryam lui avait fait’ sans jamais en évoquer le contenu mais dont la terreur dans ces yeux rappelait à bien des égards celle des femmes violées qu’il entendait pour acter en justice, tout médecin légiste qu’il était. Il se leva du canapé. Mieux valait mettre un terme à cet entretien, il ne pouvait pas se permettre d’insister d’avantage. « Quoique vous ayez fait… » Il finirait par le savoir, les secrets finissaient par éclater tôt ou tard et demain serait probablement un instant crucial. « J’aurais préféré l’apprendre de vous. Tout comme j’aurais préféré apprendre d’Anthony ce qu’il vous a refusé. »

S’il devait partir à la chasse aux informations à tout instant… Soit. Dans ce cas,  il disposait.

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Sam 17 Déc - 20:41
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Patriarche Earl
"- Morghann."

Dans l'ordre tacite de rester se cachait un soupir. Il maudissait la curiosité de son fils. Elle lui serait sans doute profitable, un jour, mais il aurait préféré qu'elle ne le concerne pas. Par malheur, son fils n'était plus un enfant. Par malheur, il ne pouvait plus jouer au père invincible et omnipotent. Par malheur, ce n'était plus ce que Morghann attendait de lui. Qu'il avait grandi vite...
Il était temps, donc, de changer de rôle. Si quitter la vision d'un Morghann encore enfant et innocent était douloureuse, s'imaginer pouvoir parler à coeur ouvert avec lui, et enfin peut-être renouer les liens estompés, valait bien ce sacrifice. Le jeune homme avait eu les bons mots, de la bonne façon. Il avait proposé à son père l'exact souhait que lui-même n'aurait su prononcer. Peut-être n'était-il pas perdu, bien plus fin qu'il avait pu parfois s'en donner l'air.

Le Lord allait tout lui dire. Pour lui, pour ce fils qu'il aimait tant. Pour qu'à nouveau il ose vers lui s'avancer. Inconsciemment, et lentement, le patriarche commençait à entrevoir ce qui avait pu éloigner de lui ses précieux jumeaux. Grande était la peine qu'avait cette pensée à prendre forme, consistance, tant il était difficile d'admettre la part de culpabilité qu'il y avait. Il avait échoué, n'avait pas su se défaire de ses enseignements au bon moment. La leçon viendrait, elle lui serait sans doute profitable. Il lui fallait seulement un peu de temps.
Il allait tout lui dire, ou du moins ce que lui pouvait savoir. Comme Morghann l'avait si bien évoqué, il n'était cette perfection qu'il recherchait. N'étaient-ce que les actions d'Annabelle… Il avait le sentiment amer qu'une partie de ses raisons lui échappait. Ce ne pouvait pas être aussi simple, ce ne pouvait pas être du simple amour quand elle s'était donnée la mort par sa faute. Le Lord serra les poings à cette pensée. Par la Faucheuse, il devait survivre à ce mois de Mars. Que Morghann ne connaisse pas, comme lui, le départ de ses parents, sans y avoir été préparé. Le temps allait lui manquer, peut-être… Le patriarche voulut pouvoir s'adresser à sa mère. Prendre le temps d'une conversation à coeur ouvert, à l'image de celle qu'il voulait avoir avec son fils. Si de telles situations le rendaient, hélas, nerveux, il était certain que ce ne serait vain.

Lord Earl s'enfonça davantage dans son support, comme pour en apprécier le confort, et redresser son dos, s'offrant un port noble quand les mots ne le seraient. Son regard ne quitta pas les flammes qui dansaient pour eux.

"- Je voulais éviter à ceux qui me suivraient d'avoir à connaître ce que ta mère, Anthony et moi-même, avons pu connaître avec la naissance d'un Oublié. Je voulais voir d'où provenait cet Oubli, comment... Quand il a refusé la main que je lui tendais, je voyais encore en lui un potentiel outil… Le consentement en moins." Il ne craignait pas vraiment de choquer Morghann. Ce dernier devait savoir, comme bien d'autres, les méthodes de son père. En bon fils d'Earl, il devait savoir qu'il agissait pour des raisons au-delà de la souffrance d'un homme. "Je l'ai utilisé pour des expériences en ce sens, pour éviter à d'autres de connaître notre sort. Puis je l'ai utilisé pour d'autres expériences encore, veillant toujours à lui laisser la vie sauve." Anthony avait pu flirter avec la mort, avait pu hurler les douleurs qui dépassaient le corps, avait vu son esprit violé, fouillé, décortiqué, privé de cette intimité et intégrité sacrée, pour qu'enfin son corps ne soit plus entièrement sien, marqué au fer rouge d'un pacte qui le faisait objet de ce père qu'il exécrait.

Et puis, il y avait ces autres supplices, que Pryam avait infligés plus ou moins consciemment, par colère autant que par cruauté. Ces instants où il avait soigneusement fait lorgner à Anthony l'enfance dorée dont ses cadets bénéficiaient, eux, les mages, les biens-nés, ceux de son côté. Douce torture… Qu'il ne considérait pas en tant que telle. Quand bien même elle l'aurait étée, Morghann n'avait pas besoin de plus. Il avait eu les raisons qu'il réclamait.

"- Tu sais la vérité. Je n'ai pas toujours été tendre avec lui. Voilà pourquoi Anthony veut que nos Hommes s'entre-tuent demain." Enfin, il observa son fils. Sa réaction. Dégoût ? Déception ? Cela lui passerait sans doute. Lui aussi, un jour, serait amené vers ces ombres. "Qu'Howard nous entendre ne m'ennuie point. Je le sais plus prompt m'en tenir rancoeur, mais il est tout aussi légitime à savoir. Puisque tu désirais une dette, Morghann, je puis t'en proposer une: que les secrets des Earl demeurent au sein des Earl. Convaincs ton frère comme cela t'es possible, ce sera là tout ce que je te demanderai."
Sans expression, toujours, et pourtant dans l'inflexion de sa voix, sa façon de se tourner vers lui, il y avait quelque chose en plus. Quelque chose qu'il n'avait jamais présenté à ses enfants, qu'il présentait pour la première fois à l'adulte que l'un d'eux était devenu. Une attente d'approbation, et mille questions muettes, qui ne se posaient pas.

Mar 27 Déc - 22:26
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Son nom prononcé lourdement mit un terme à son départ. Morghann figea sa posture dans le silence qui s’était reformé à nouveau entre eux. Il ne s’était pas attendu à ce que son père le retienne. Une part de son esprit avait brusquement peur de ce qu’il pourrait entendre, comme s’il avait toujours su,  en lui, ce qui s’était passé, et qu’il refusait d’y mettre des mots par crainte que cela ne le rende trop réel pour être supportable. Aussi avait-il opposé à son père sa propre lâcheté, son refus d’accepter l’horreur dans toute sa noirceur là où tout autre y aurait vu la vérité prononcée à demi-mot dans ces silences. Howard l’avait vue. Il n’avait eu de cesse de lui parler de la gangrène qui rongeait leur famille, les atrocités qu’elle commettait dans le plus grand des secrets, sans la moindre punition pour tant de pêchés. L’héritier refit face à son père et redressa sa posture comme l’avait voulu ses années d’éducation au château. Il savait qu’il allait recevoir un coup rude, il s’armait pour l’encaisser.

Et il l’encaissa. Au début, Morghann avait fixé le profil de son père alors que les mots s’écoulaient de sa bouche sans repos. Pour une fois qu’une vérité sortait d’entre ses lèvres, le fils aurait voulu qu’elle soit moins douloureuse. Il l’écoutait et l’observait parler et lorsque son père tourna son regard vers lui, il détourna le sien, visiblement pas prêt à l’affronter. Il avait mal, autant que si on lui avait planté une lame entre les entrailles et qu’un l’avait remuée pour en déchirer chaque organe, chaque morceau de chair, ne laissant que des lambeaux sanglants pour plaie. Il aurait voulu pleurer ou hurler mais rien ne parvenait à sortir. Le souffle coupé, son esprit s’asphyxiait de douleur. Il serrait les poings et inspira finalement, aussi longuement qu’il lui pouvait dans cette situation, mais malgré ses efforts, il ne lui était pas aisé de cacher sa détresse. Il revint s’asseoir près de son père, sur le canapé, ses jambes ne l’auraient pas tenu très longtemps dans de pareilles conditions.

Il ne le regardait toujours pas, incapable qu’il était à faire, pour l’heure, la part des choses et il ne voulait pas infliger à son père un regard rude et haineux quand celui-ci s’était enfin décidé à être honnête avec lui. « Howard ne nous entend pas. » fit-il d’une voix étouffée et brisée par les aveux : « Il m’a demandé de ne pas lui dire ce que j’avais payé pour le sauver. Comme il s’agissait de notre discussion initiale, je ne voulais pas qu’il soit le spectateur de cette conversation… Je voulais respecter sa volonté. Je crains toutefois qu’il n’ait les yeux plus ouverts que les miens sur la nature de vos actes pour qu’il ait besoin d’être éclairé d’avantage. » Il déglutit difficilement, fixant ses mains nouées entre elles par nervosité. Pryam se trompait, Howard ne serait pas le plus prompt à lui en vouloir pour cet acte là, c’était Morghann qui en soufrait bien d’avantage. Son jumeau n’avait pas l’attachement que Morghann portait à Anthony.

« Je ne dirai rien, Père. Ne croyez nullement qu’il s’agisse d’une dette à payer ou d’un secret à préserver. C’est une discussion entre vous et moi, je n’ai besoin d’aucun spectateur à nos propos, quelque soient leur nature. » Il marqua une pause, le temps de relever les yeux vers son père, des prunelles rongés par la douleur. « C’est de la confiance. C’est la certitude non pas que le secret soit gardé quoiqu’il en coûte, mais qu’il ne sera jamais utilisé pour faire du mal à ceux qui nous sont proches. C’est à cela que sert une famille. C’est cela que nous construisons, Howard et moi. » Même si cela était difficile, même s’il avait envie de verser des larmes tant cela le tiraillait, tant il avait envie de laisser une chance à ce père qui pourtant l’écœurait. Il baissa à nouveau les yeux sur ses mains. « Je sais qu’il a cessé d’être votre fils au moment où il a refusé la main que vous lui tendiez… Mais il a commencé à être mon frère lorsque nous nous sommes retrouvés après son évasion, à la fin du mois de décembre. Vous et moi ne saurons trouver un point d’accord à son sujet mais… Si je n’agrée ce que vous lui avez fait, cela ne signifie pas que je ne puisse comprendre votre colère, votre déception et tout ce qui a pu vous pousser à… Cela. » Probablement était-ce parce qu’il était médecin légiste qu’il était capable de faire la part des choses : il avait entendu tant les victimes que les criminels.

Il porta ses prunelles sombres dans celles de son père, l’observant un instant si long qu’on aurait pu croire que le fils transperçait l’âme du père : « Je vous remercie de m’en avoir parlé. J’apprécie votre honnêteté. » Même si elle lui faisait du mal. Il fallait parfois couper des racines gangrenées pour pouvoir y refaire pousser un nouvel arbre. Cela prendrait du temps mais Morghann avait un semblant d’espoir à présent. Il hésita puis vint poser sa main sur celle de son père, serrant brièvement son étreinte avant de se retirer… Avant que son père ne le prenne mal. « Je… je peux vous laisser si vous souhaitez vous reposer pour… Demain. » Il hésita un instant avant de proposer : « Ou bien je peux… Rester un peu et… Faire quelque chose ensemble… Je ne sais pas… Une partie d’échec. » La première chose qui lui était passée par la tête : « Howard joue bien mieux que moi mais… Mais je vais tâcher de faire en sorte que la partie dure un peu plus de deux minutes. » Il était nerveux et ne savait pas par quel bout prendre son père sans commettre d’impair tout en parvenant à  le regarder en face et en acceptant de faire table rase un instant avec lui. Une chose était certaine : il y plaçait beaucoup d'efforts.

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Mar 3 Jan - 22:43
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Patriarche Earl
"- Oublie les échecs. Je passe mes journées à y jouer."

Il ne trouvait d'intérêt à ce jeu que face à des adversaires. Il permettait alors de discerner la formation de leurs plans, la logique de leurs pensées. Combien de mouvements calculaient-ils, planifiaient-ils ? Quelles étaient leurs procédures et habitudes ? Au final, ce n'était pas vraiment un divertissement, pas vraiment une coupure dans ses activités, encore moins un repos. Il était censé se reposer, même si une partie de cette utopie s'était enfuie avec l'arrivée de son fils.

La main de ce dernier sur la sienne, il l'avait sentie. Le Lord avait beau être à la limite de l'anti-tactile, il comprenait l'importance que cela avait pour son fils. Malgré cela, il ne put s'empêcher de songer que c'était le geste de prédilection d'un médecin accompagnant un mourant, ne put s'empêcher d'imaginer la trahison derrière les tendres mots, tout comme il avait pu prononcer de mortelles sentences dans une voix de velours. Morghann parlait de confiance, son père ne connaissait que la prudence. Il regrettait la présence envahissante de cette dernière autant qu'il l'en remerciait. N'était-il pas parvenu à un âge honorable ? Du moins, à un âge plus avancé que son père…
"Piège, piège", lui murmurait cette maudite prudence. C'était si simple de l'inviter à abaisser ses barrières, pour qui avait le visage d'un de ses fils chéris. Mais il avait tant envie de les avoir à nouveau auprès de lui, de rattraper le temps perdu, leur prouver qu'ils pouvaient survivre et s'élever comme leurs ancêtres avant eux. Parcourir les couloirs du château, et pouvoir tomber par hasard sur l'un d'eux, encore occupé à une quelconque bêtise… Le Lord pouvait-il faillir pour un tel voeu ? Tel un César, voir ses fils, poignard en main, se tourner vers lui ? Non. Mais peut-être pouvait-il mesurer les risques, prendre ceux qui l'intéressaient. Le voeu en valait la peine.

Sa main se posa brièvement sur celle de Morghann, dans une imitation correcte, défaite de la maladresse qu'il aurait pu avoir. Une façon de lui dire qu'il avait compris, qu'il était prêt à rentrer dans son jeu, autant que cela lui serait possible. Qu'il n'avait pas à considérer son refus de jouer aux échecs comme une volonté de l'écarter. Pour une fois, il avait été sincère !

"- Si tu le souhaites, je te laisse donc aller repêcher l'âme que tu as vendue. Je considèrerai nos discussions et échanges comme… De la confiance réciproque. Mais fais-moi un ultime plaisir: n'y perds pas ta vie. Si je ne puis accrocher ton existence à ce monde, considère au moins l'opinion de ton frère à ce sujet."

Il retira sa main. Son visage n'avait affiché aucune expression, ses traits scellés dans le marbre et l'obsidienne. Pour l'heure, Anthony protégeait sa mort. Mais quid du futur ? Peut-être valait-il mieux s'assurer une seconde sécurité, au final. Peut-être valait-il mieux laisser Morghann jouer un peu, sans craintes, que d'ignorer ce qu'il s'apprêtait à faire.
L'horloge sonna de sinistres et graves coups, arrachant un soupir au patriarche. Il attendit patiemment que les coups se soient achevés, n'ayant pas l'envie de forcer sa voix. Alors il eut un regard pour ce fils qui avait su bien jouer de ses erreurs. Pas tout à fait perdu… Vendu à Anthony, certes, mais bien plus Earl qu'aucun d'eux ne saurait l'admettre.

"- Il va être temps pour moi de me retirer." Ces derniers temps, son emploi du temps était plus strict et froid qu'une machine. "Je te remercie d'être venu, Morghann. Je te remercie de ton honnêteté, de ta discrétion… De ta loyauté. Quoi que tu en dises." Cela ressemblait presque à un ordre, avec implication émotionnelle sous-jacente. C'était plus fort que lui. Une façon comme une autre de l'insuffler subtilement en lui. Il songerait à ses mots, peut-être, à l'instant prochain où le choix lui serait laissé entre trahison et loyauté. "Fais signifier à ton frère qu'il garde également une place en ces lieux." Au bon frère. A celui qui le haïssait, mais ne l'avait encore provoqué.

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Jeu 12 Jan - 13:51
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Disgrâce | Pryam
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