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 Curiosity may killed the... dog !?

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L'étrange sous la normalité : La Bête du Gévaudan
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La journée s'achevait par un ciel gris et bas sur la ligne d'horizon, le vent froid charriant le parfum d'une neige mouillée à mesure que la température chutait. L'hiver était à son apogée, au cœur de ce mois de Janvier. Pour chaque minute, la bourrasque se renforçait, se drapant de rubans éphémères à la poudreuse cristalline. Les empreintes de pattes s'estompaient rapidement, gommées par la brise et sa griffe hivernale, rendant au manteau neigeux toute sa virginité. Bientôt la trace des loups ne serait plus qu'une chimère dans le blizzard qui s'annonçait, avec les lamentations lacées depuis les branches des arbres, grincements et sifflements en concert de plaintes déchirantes. La forêt paraissait sinistre là où les landes justifiaient leur titre par ce spectacle inquiétant d'abandon et de sauvage.

L'odeur musquée des loups s'estompait elle aussi, emportée par le râle du vent d'hiver, mélangée à celle de la résine des pins, aux baies gelées. La piste se croisait à celle des lièvres, des biches et de tous les gibiers des landes qui vivaient et s'effarouchaient au passage des prédateurs fantomatiques. Car oui, la meute ne semblait être qu'un mirage aux sens des curieux. A la file indienne, les loups marchaient dans les traces du premier de tête, ne laissant qu'un seul jeu d'empreinte alors qu'ils étaient probablement une petite douzaine. Ils n'étaient que des ombres aux arrêtes effilées des massifs rocheux, à peine des silhouettes à la périphérie d'un regard. Silencieux, prudents, ils n'approchaient jamais des habitations ou des troupeaux de moutons. Intelligents, vifs, jamais ils ne se prenaient dans les pièges ou les collets. La viande empoisonnée ne trompait pas leur flaire et les chasseurs du coin s'interrogeaient.

La piste disparaissait, donc. Mais elle menait au cœur de la forêt. Celle qui était la plus dense et la plus sombre sur les landes. Celle qui surplombait les immenses falaises, au Nord-Ouest de Last End. Celle qui faisait peur aux enfants et intimidait les randonneurs. A l'intérieur de cette forêt, sous les jupons des sapins aux épines charnues et aux branches voilées de neige, l'odeur des loups se retrouvait par épars insolites. Ici une touffe coincée dans une écharde sur le tronc d'un pin. Là l'urine d'une femelle au couvert d'un buisson épineux et mal recouvert par un feuillage détrempée de l'automne dernier. Ou encore, aux pieds de cet étrange menhir gravé de runes celtiques, l'empreinte givrée dans la boue d'une patte énorme de lupin. Digne d'un sabot de cheval, la marque s'enfonçait profondément dans ce plâtre fait de boue et de neige fondue qui, au contact d'une nuit glaciale, s'étaient solidifié en un moule parfait.

Dum. Dum.
La pulsation étrange du menhir résonne sur la trame magique comme un écho sur la surface d'un lac. A la façon d'onde, elle s'étendait en l'écho mélancolique des baleines de son point d'origine à l'immensité de la forêt. Puis, à quelques pieds de sa position, un tintement fugace alors que l'onde percutait un autre menhir qui, à son tour, envoyait une onde harmonieuse tout autour de lui. L'illusion ne touchait que ceux de l'Endroit, montrant ce que les locaux définissaient comme une barrière pour la mystérieuse réserve animalière d'un quelconque groupe écologique. Un grillage de trois mètres avec des barbelés et des indications de prudence ou de menace en cas d'intrusion. Mais pour ceux capable de s'harmoniser avec la magie, nulle illusion ou répulsif pour les empêcher de continuer.

L'intérieur du premier cercle de défense s'ornait d'odeurs plus fortes et franches de la part des loups. Ici, ils n'avaient pas besoin de se dissimuler. Ici, il s'agissait de leur territoire. D'ailleurs, les balises olfactives et celles de phéromones s'appliquaient sur des arbres ou des rochers. Il y avait probablement huit mâles et quatre femelles. Dans les arbres, quelques corbeaux croassaient et observaient les alentours à la douce chaleur de leurs nids. Protégés du vent, ils gonflaient les plumes pour se les lisser, leurs yeux sombres et leurs becs ornés de gris disparaissant parfois sous une aile frémissante. Ce bois était terriblement dense et pourtant ? Pourtant son sol était dépourvu de toutes les ronces et les fougères qui pourraient nuire au bien être des arbres ou même des habitants de son plancher. La neige poudrée se tatouait d'empreinte multiples que ce soit des lièvres, bécasses, faisans, sangliers, renards, hermines... un véritable refuge !

Puis, à l'approche du cœur de la forêt, l'air semblait s'alourdir et le silence s'intensifiait. A présent, la présence des corbeaux n'était plus exclusive aux cimes dégarnies des arbres. Les veilleurs sombres étaient posés un peu partout, branches basses, rochers, troncs renversés et souches pourrissantes. Ils ne disaient rien et se contentaient d'observer. D'étudier ce qu'il se passait autour d'eux. Aucun oiseau ne chantait et aucun des loups ne grognaient. Oui, les loups. Ils étaient là, amassés en un cercle parfait et suivaient, déambulaient au rythme paisible de quelques foulées élastiques. Parfois ils disparaissaient au détour d'un tronc, pour réapparaître plus loin, leur fourrure d'argent, de gris, de roux et de blanc les camouflants comme autant de spectres.

Un grésillement se fit sentir dans la trame magique. Des dolmens miniatures, pas plus haut qu'un muret, se présentaient en cercle autour d'un immense tertre. Le lichen était pâle, frisotté et perlé d'eau cristallisée comme si la chaleur des runes magiques faisait éternellement fondre les flocons qui venaient folâtrer sur leur surface. La magie en ce lieu était bien plus puissante, presque lancinante dans ses notes mélancolique. Elle datait d'une autre époque, s'harmonisait à l'endroit comme si elle avait toujours été ici. Le chêne à l'intérieur de la clôture magique surplombait le tertre et ses branches nues pour cet hiver mordant, se paraient de lanières nouées sur des ossements et des colifichets celtes qui cliquetaient et tintaient sous la brise.

Les loups s'étaient immobilisés, fermant la marche en une assemblée silencieuse. Les corbeaux se perchaient sur les branches hautes, figures immobiles. Même les arbres semblaient légèrement ployer, attentifs et grinçant. L'unique entrée pour accéder au tertre se trouvait plus loin : deux grand menhir flanquaient l'ouverture, rompant la courbe des dolmens sur près de deux mètres. Et cet espace pourtant, ne contenait ni portail, ni grillage. Il n'y avait que des fils rouges qui s'entrecroisaient. Enfilés comme des perles, des galets gravés d'ogams dansaient mollement sous le vent. Les fils s'enroulaient aux menhirs, formant une toile abstraite au tissage complexe de magie, bien plus dense que tout le reste.

Le vent s'était arrêté. Le silence gagna en intensité, presque aussi épais que le manteau de neige. Tout aussi froid. Emplis d'attente et de sourdes mises en gardes. Tous attendaient. Tous observaient. A l'ombre du tertre, au fond du couloir de roche bordée de gazon pâle, deux grands yeux luisaient d'un éclat vert.

Dim 11 Sep - 15:58
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Les landes ne nécessitent plus de présentation pour qui en arpenter le sol est de l'ordre de l'activité familière. Et pourtant, pour qui possède une certaine sensibilité, elles révèlent encore des surprises, au détour d'une souche, d'un sentier sauvage.

Le museau du dogue se tend de ci, de là. Si le blanc du pelage du gros animal se marie fort bien avec celui de la neige, ses tâches noires passent difficilement pour de la verdure... Mais la créature ne semble pas se targuer de discrétion, préférant plutôt guetter l'indiscrétion d'autres êtres à la faveur de ses oreilles mobiles et de son flair de canidé. Curieux spectacle que ce chien sans laisse, à une époque où ses semblables compensent les faibles sens des êtres humains.

Sa marche tranquille prend une autre tonalité alors que ses pattes hésitent, suspendent le pas. Que voir ? Du passage ensorcelant et mystique ou de la barrière de grillage et d'interdit. Sans doute le premier car, après un temps d'hésitation, d'observation, l'animal avance de nouveau, allant au devant de cet espace où la réalité s'est vue vêtir d'un autre manteau. Les géants de pierre comme végétaux habitent les lieux, de même que les restes encore plein de vie des seconds. Entre tous ceux-ci, le pisteur trottine.

Comment ressentir la magie puissante qui règne, l'accord tacite et curieux entre les êtres vivants ici ? L'animal domestique y fait pâle figure, troublant l'animalité des lieux par la main de l'homme que son apparence ne peut qu'évoquer. Ce possible sentiment d'intrusion est-il responsable de la tension du dogue, de la vigilance de son regard hivernal ? Il n'en avance pas moins sous la surveillance dérangeante et muette des ailes noires, sous le poids de l'ancienneté du 'domaine' enchanté.

Après toute cette progression, pourtant... Le dogue fait halte. Face aux multiples yeux lupins, aux innombrables petites pierres suspendues, à la dernière mise en garde que représente la gueule du tertre, et de l'être qui en occupe les tréfonds. Dans cet espace comme hors du temps, caché loin du moindre chemin de joggeur, le chien tourne sa longue tête à droite et à gauche. La perplexité s'y lit enfin sous la forme d'un insondable questionnement à la candeur digne de celle d'un chiot, malgré la maturité évidente du spécimen. Alors seulement il semble être intimidé par ce qu'il voit, comme si le fait que tout ceci s'éloigne fichtrement d'une balade de santé ne lui est pas venu plus tôt à l'esprit. Le problème est cependant résolu quand il laisse tomber son arrière-train sur la neige, fixant pensivement l’entrelacs, comme ayant oublié la présence des innombrables vigilants.

Après un temps, son regard cherche le scintillement vert, par delà les fils rouges, au creux de l'obscurité et il est mi-glapit, mi-baragouiné, mi-marmonné, mi-beaucoup de chose qui différencie la voix de celle d'un être humain sans pour autant la rendre incompréhensible, tout ceci avec une certaine bonhommie :

- Pas trop compliqué pour sortir ?


HRP:
 

Dim 18 Sep - 23:16
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Le silence pesait. Le silence perdurait. Les souffles se confondaient dans le gémissement du vent au travers des branches dénudées. La brume opaque enveloppait les gueules entrouvertes, troublait les regards attentifs. La neige perlait sur les plumes de lustre d'obsidienne, mouchetant les sculptures sinistres perchées aux cimes ployées de givre. L'attente était cependant paisible, calquée sur le calme de l'intrus dont la posture qui jamais ne glissa dans l'agressive tenue. En conséquence, une certaine patience, de celle posée sur un enfant, pouvait parfois se lire dans les yeux chamarrés des loups. Certains baillèrent, d'autres s'allongèrent. Un corbeau ébroua son plumage dans un bruissement à peine audible.

Les yeux d'émeraude continuaient de luire au fond du Nemeton. Impavides, ils observaient le chien avant de s'éteindre au son de sa voix. Il pu s'entendre le mouvement d'une grande masse, l’exhalation d'un souffle lourd et vaguement amusé. Puis, émergeant au regard curieux de l'animal, une bête invraisemblable se présenta. Aussi grande qu'un cheval de trot, bien plus massive et puissante cependant, le loup qui approcha possédait toute la grâce régalienne d'un prédateur se sachant au sommet de la chaîne alimentaire, du moins en son territoire. Ses pattes frôlaient la terre gelée et l'herbe givrée en une marche nerveuse et élastique, la bête avalant la distance en quelques foulées souples. Il s'arrêta au seuil de l'entrée, museau à quelques pouces des fils carmins perlés d'ogams. Le vent faisait ondoyer une fourrure sombre et dense comme la nuit qui dissimulait à peine la musculature noueuse et harmonieuse gainant son ossature massive.

Un moment immobile, nuque arquée pour que sa gueule se perde dans le collier de poils ornant sa gorge, poitrail gonflé d'un souffle profond, régulier, l'immense loup finit par détendre une fois de plus sa silhouette et vint franchir les fils comme s'il ne s'agissait que de songes délités. Ils s'estompèrent en brumes ocre, parsemée d'étincelles de magie ancienne puis, quand la bête eut passé la barrière pour venir contourner le chien, les fils se reformèrent à la façon d'une onde essoufflée à la surface d'une flaque. Surplombant l'intrus, sa haute silhouette pesait dans le décors comme une anomalie et pourtant... pourtant il semblait que les arbres tendaient vers lui et que le vent s'engouffrait dans la fourrure comme une amante alanguie. Les rubans de poudreuse immaculée jouaient à ses pattes comme des enfants turbulents.

« - Que disais-tu ? »

Le son de la voix provenait de la gorge et non de l'esprit, roulement rocailleux et rêche à la profondeur caressante et séculaire. Babines retroussées en l'esquisse d'un sourire acide, oreilles droites bien qu'une se courbe légèrement vers l'arrière en l’ersatz d'un haussement de sourcil, la prononciation était parfaitement humaine et masculine. De même que ce regard singulier qui clouait le métamorphe sur la neige gelée avec autorité. Nulle couleur canine, nul iris mangeant l'orbe tout entier de cette chaleur insondable. Il n'y avait que le blanc et l'orbe humains, comme si ce loup n'était que le masque d'une mascarade étrange. L'odeur de la bête était loup, mais elle était bien plus. Elle était magique et maudite, elle sentait comme les fables et les époques oubliées.

« - Qui es-tu et que désires tu en ces lieux ? Tu n'es certainement pas ici en exile. Ni en désire d'obtenir refuge ou nouvelle meute. »

Il s'éloigne pour approcher les loups et frotta son museau à certains d'entre eux en une salutation sobre mais pleine d'affection. Lorsqu'il reporta son étrange et détonnant regard sur le dogue, il coucha un peu des oreilles et souffla :

« - Est-ce le Cénacle qui t'as mandé ici ? »

Mer 12 Oct - 14:52
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