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 In the wake of the storm | Kaveh

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L'étrange sous la normalité : Je suis l'Oeil d'Horus
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Entrer chez Kaveh n’avait jamais été trop compliqué pour lui. Les portes humaines avaient tendance à ne pas lui résister. Quant aux défenses magiques, il avait la chance de ne pas être un indésirable en ce lieu et de pouvoir les franchir. Voilà deux semaines qu’il était à Last End. Le temps qu’il fallait pour prendre la cible fournie par Pryam Earl en filature, déterminer le moment le plus adéquat de son attaque et puis frapper. S’il savait se battre de front quand la situation l’exigeait, il n’était pas un héros fougueux des champs de bataille, courant, bannière au vent, glaive à la main et cris de victoire. Son travail était plus lâche, plus sournois. Dans le dos ou dans l’ombre. Le travail nécessitait beaucoup de préparation et le passage à l’acte était éphémère et radical. Ses pas ne faisaient que peu de son sur le sol, sa démarche était feutrée. Il ne cherchait pas à surprendre l’Amasis, c’était plus une habitude, il était même certain que son passage au travers des barrières magiques avait suffi à alerter de sa présence. Il faisait nuit et la ligne lumineuse du phare rasait l’océan par mouvement circulaire, mettant en exergue des écumes plongées dans la noirceur totale un peu plus tôt et un peu plus tard. L’éclat blanc attirait son regard, chat à l’affût du rayon qui se mouvait. Ses réflexes de félins pouvaient devenir très ennuyants par moment, autant que chronophages. Il ferma les yeux, immobile, la respiration si basse qu’on l’entendait à peine plus que les battements de son cœur. Il les ouvrit à nouveau, et ses prunelles sombres parcourait la pièce du regard, ses sens exacerbés à la recherche du danger tapis. Rien de cela. Rien qu’un homme, un sorcier qu’il connaissait bien, assis dans un fauteuil.

Ça n’était pas la première fois que Naseem s’introduisait dans la demeure de l’un de ses princes. Il veillait, protégeait et chacun des Amasis en avait pris l’habitude. Bien souvent, ils dormaient, un chat passait et quittait les lieux après s’être assuré que tout allait bien. Ce soir, tout semblait aller bien. A l’exception de cette absence de fête chez les Amasis. Qui en aurait eu le cœur à quelques heures de la bataille qui s’annonçait ? Dormir et prendre des forces semblait être l’option la plus raisonnable et il fallait croire que ses oiseaux de nuit savaient être prompts à la raison. Parfois. Sauf celui-là, duquel il s’approchait jusqu’à venir lui faire face. « J’aurais du me douter que tu ne dormirais pas... » fit-il, grave, dans un arabe parfait : il avait vu naître et croître cette langue. Une élocution distincte, raide, emprunte d’aucun patois, aucune sonorité tarissant l’accent singulier de la langue maternelle de son interlocuteur. Son propos était une évidence maintenant qu’il n’y songeait. Cet enfant avait connu la guerre, grandi au cœur de celle-ci. La voir approcher ne pouvait être de bon augure pour un sommeil serein. Pour personne d’ailleurs… Mais encore moins pour lui. Le métamorphe se retourna légèrement vers le décor de la baie vitrée et il n’y eut qu’à peine le son du froissement de ses habits sombres desquels recelait les lames avec lesquelles il travaillait. « C’est magnifique, n’est-ce pas ? La violence des vagues contre les falaises. Nous n’avons pas cela en Égypte, la méditerranée est bien plus calme et complaisante. Ici, le grondement est sourd, comme une colère qui veut éclater, mais qui se heurte aux murs d’un littoral réfractaire qui tient bon et pourtant… Subi l’abrasion. L’usure de la roche, même la plus solide, par l’eau chargée de débris… D’infimes débris. Minuscules. Insignifiants. »

Il leva une main gantée de cuir fin pour effleurer la surface lisse de la vitre : « Comment savoir si la falaise va céder aujourd’hui ? Comment savoir si elle ne va pas tenir un siècle encore ? » Son entier discours, bercé par le son chantant de la langue arabe, n’était qu’une allégorie à ce qui était en train de se produire à Last End. Lui, l’éternel, avait cure que la falaise cède aujourd’hui ou dans un siècle. Il serait probablement là pour le voir. Il n’avait aucune hâte, profiterait de l’instant de Secret et celui de son absence. Un soupire marqua la vitre d’une auréole de buée avant qu’il ne s’en détache et pose son regard sur son prince. Un regard qui avait toujours été protecteur. La tête penchée sur le côté, tel un chat qui l’observait et s’interrogeait sur ce qui pouvait bien hanter l’esprit de cet enfant-là. Il le savait, de façon générale. Il s’en doutait. Demeuraient les détails. Son regard insistant appelait à l’attention, à l’expression de ce qui pouvait le tourmenter.

Sam 3 Sep - 22:28
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Le verre logé dans ma main semble aussi lourd qu'un boulet accroché à moi par les chaînes d'un prisonnier auquel je m'identifie. Prisonnier de la situation actuelle, de la guerre, comme si, en fin de compte, je n'avais fais que fermer les yeux dans mon lit, là-bas, à Téhéran, et que je ne faisais que rêver ma vie jusqu'à cette aube-ci qui apporterait un réveil amer. Ce conflit est stérile à plus d'un regard mais personne n'écouterait si je le leur affirmait, l'heure n'est plus à la parole et peut-être ne l'a t-elle jamais été… Personne n'écoutera, même ceux qui affirment venir pour essayer d'entamer le dialogue ne parlerons pas, c'est un mensonge, c'est hypocrite. Et pourtant c'est accepté de tous. Ils préfèrent encore se voiler la face et se mettre des œillères jusqu'au dernier moment, jusqu'à l'instant où la réalité leur explosera à la figure. Ils sont encore plus dangereux que nos dirigeants, ces tyrans qui dorment sur leurs deux oreilles la nuit malgré la souffrance dont ils sont les auteurs. Au moins, ils sont francs, ils ne font pas semblant. L'ignorance est un crime plus grand que l'absolue domination. Et pourtant, des fois, malgré moi, je me dis que je préférerais être ignorant et croire à ces belles paroles. A l'enfer pavé de bonnes intentions. Je soupire, et porte le verre à mes lèvres alors qu'une soudaine présence se fait sentir à mes côtés, discrète, comme toujours, avant de se révéler. La brûlure de l'alcool me tapisse le fond de la gorge, se répand dans mon corps et pendant un bref instant, je me sens bien. Puis le froid revient, le froid de la peur, et je frissonne en observant la fausse apparence humaine du chat immortel. Nos regards se croisent un bref instant, mais je détourne le mien en m'affaissant encore davantage dans mon fauteuil, j'embrasse la vision spectaculaire offerte par la baie vitrée.

« Je n'ai jamais apprécié Last-End. Ni l'Angleterre. Je ne me suis jamais senti bien ici, trop d'obséquiosité, trop de déprime… c'est comme si les habitants se confondaient dans leurs malheurs sans jamais accepter que quelque chose de bien puisse leur arriver »

Ma voix me fait un drôle d'effet… suis-je épuisé à ce point ? Pourtant je me sens capable de tenir cette journée, aussi difficile soit-elle. Dans le pire des cas, je possédais plusieurs doses d’élixir, je n'avais qu'à en boire un peu. C'était autre chose qui me lassait. Cette menace, l'idée de peut-être devoir me battre, en fin de compte. Je me fais sans doute du souci pour rien, les protections du Siège sont fortes, j'ai même aidé à les améliorer au cours du mois qui vient de passer. Ça ne m'empêche pas de craindre, aucun lieu n'est inexpugnable, à part sans doute le hall des ténèbres. Un mouvement, dans le silence, le mien, j'ai secoué la tête et je me suis levé pour approcher du bar, j'ai réellement besoin de boire aujourd'hui. Je ne me soucis même pas d'être ivre, là-encore, j'ai tout ce qu'il faut pour soigner ça rapidement. Je veux encore sentir cette agréable brûlure, je veux encore vivre cet engourdissement léger… c'est presque plus agréable qu'un orgasme. Moins sale, en un sens aussi.

« J'ai l'impression d'avoir passé ma vie entière à fuir la guerre, et qu'en fin de compte, elle me rattrape quoi que je fasse »

C'est un sentiment amer, qui fait remonter de la bile dans ma bouche. Je déglutis par automatisme et descend mon verre, puis je me sers encore une fois. Je ne suis pas accro quoi qu'on puisse en penser, l'addiction est une réaction chimique du corps que nous savons désamorcer depuis longtemps, mais sur l'instant, je me ficherais même de l'être. Qui peut dire si je ne serais pas mort dans quelques heures ? Ou en prison, attendant un jugement qui n'aurait rien d'équitable ? Est-ce ainsi que se sentaient les hauts dignitaires nazi à la veille des procès de Nuremberg ?
… Je viens de me comparer à ces malades ? Oui, apparemment, même moi, ça me surprend. Mon esprit divague vraiment. Non, pourtant, je suis d'une clarté intérieure presque effrayante, je vois mes propres rouages comme si on avait ouvert ma poitrine, retiré la peau et qu'on m'observait avant une vivisection. Je pose finalement le verre, et me passe une main sur le visage.

« J'ai peur Miw. La guerre est laide, hypocrite, vile… Je cherche à construire le futur, pas à condamner ce qui a pu être. Eux tous, là dehors, ils ont l'esprit au passé, un pied dans la tombe et le cœur dans un charnier. Je me sens… moitié comme ce gamin que vous protégiez des bombardements, qui restait éveillé la nuit en regardant le ciel s'embraser du côté de la capitale en priant que ses parents reviennent… et moitié comme un homme qui n'a jamais réussi à apprécier l'hypocrisie tout en étant forcé d'en user »

C'est mon corps qui paraît lourd, d'un coup, je pose une main sur le bois du meuble, entre les bouteilles hors de prix, je me courbe sans le vouloir, mais le monde tourne et mes propres fautes autant que celles des autres me font l'effet d'une barre de métal entre les épaules. J'ai envie de pleurer maintenant. C'est sa faute à lui, à me faire parler comme ça… J'aurais préféré intérioriser. Mes yeux s'embuent et je sais que par stupide fierté je ne me tournerais pas vers lui… alors à la place ? Je me dirige vers la cuisine, passe derrière le comptoir et ouvre le frigo, sort quelques ingrédients. Oui, je sais cuisiner, je ne suis pas mauvais d'ailleurs contrairement à ce que l'on pourrait croire de la part d'un prince. Je ne sais pas encore vraiment ce que je veux faire, mais mes mains bougent toutes seules. Des œufs, du lait… du pain perdu ? J'ai de la brioche, je peux l'utiliser à la place du pain dur…

« J'ai pensé retourner en Égypte… mais on me considérerait comme un traître, c'est ma famille qui en pâtirait plus encore que moi »

Et ça, je ne peux pas l'accepter…

Ven 9 Sep - 16:01
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Un sourire en coin avait marqué, brièvement les lippes pâles du métamorphe. La première chose que l’on pensait lorsqu’on évoquait l’Angleterre était probablement le cynique ‘gris’, une moquerie tant qu’un fait. Quand à l’Égypte, il s’agissait vraisemblablement de ‘soleil’. Il n’était pas étonnant que les deux aient du mal à cohabiter. Iâh l’agréait sur ce point : il préférait de loin le Caire. Il n’en demeurait pas moins vrai que Last End avait ses décors et ses attraits à qui voudrait bien mettre de côté les allures mortuaires que les Earl lui avaient donné, pour y discerner les lumières qui l’habitaient entre les zones d’ombre. Il ne débattrait pas toutefois sur le sujet. Il voulait l’entendre parler et son prince avait répondu favorablement à l’appel, trahissant une voix épuisée qui ne passa pas inaperçu aux sens protecteurs de l’œil d’Horus. Il ne l’interrompit pas. Ses yeux enténébrés d’assassin prolongeaient son observation méticuleuse des moindres faits et gestes du sorcier. La manière dont il fuyait son regard, secouait sa tête, se levait, se consolait dans la brûlure éphémère et bienfaitrice de l’alcool. La façon dont il répondait, les mots qu’il choisissait, leur profondeur et les émotions sous-jacentes qu’ils soulevaient. La main qu’il passait sur son visage, l’alcool qu’il délaissait. Chaque action se gravait sans son esprit rigide et calculateur, et enfin il y eut la peur de la guerre. Les mots eux-mêmes formulés de vive voix extériorisaient ce qui rongeait son petit prince, le conflit intérieur qui se gangrenait et qui devait promptement être désamorcé. Iâh ne répondait toujours pas, persuadé qu’il y avait encore des aveux à tirer en prolongeant son silence. Un silence qu’il honorait et rendait plus profond encore ; sa respiration était si calme qu’elle disparaissait dans les ondes sans clameur aucune. Il était d’un sang-froid devant la tourmente de cette jeune âme. Il avait été tortionnaire, il l’était toujours. Le mutisme était souvent l’arme la plus fructueuse de toutes, la plus terrorisante. Il était le vide qu’un homme qui détient des secrets cherche désespérément à combler, avec le désir que cela fasse répondre son bourreau, oubliant le nombre de pans perdus en babillages. Et lorsqu’il le réalise, de secrets il ne possède plus. Et sa vie, devenue inutile, prenait fin.

La main de Kaveh sur le meuble, la courbe de son dos, un regard qu’il savait gorgé de larmes qui le fuyait… Et son corps tout entier qui choisi l’évasion vers la cuisine. Savait-il qu’il ne pourrait lui échapper ? Que personne n’échappait à ses griffes ? Qu’il pouvait s’esquiver autant qu’il le voudrait, le félin le retrouverait, le traquerait ? Ce d’autant plus que son besoin maladif d’attention s’en trouvait contrarié ? Oh mais il était son prince et il avait tout les droits. Il ravalait ses instincts de prédateur, ils l’aveuglaient. Ce n’était pas d’un guet-apens dont Kaveh nécessitait. Il détacha son regard de l’égyptien, pour se tourner, à nouveau vers l’immense baie vitrée. Il ne l’observait, mais il l’entendait. Les sons de sa cuisine, le rythme de ses gestes, leur fermeté et leur leste. Le cycle de sa respiration. Le désespoir de ses derniers mots. Le couteau qui s’enfonce dans la brioche que l’on tranche. Il n’avait pas besoin d’affronter les yeux ambrés de Kaveh pour savoir dans quel état d’esprit il se trouvait. C’était mieux ainsi. Le sorcier fuyait son regard. Si Miw était tortionnaire et assassin, l’alchimiste n’était ni son prisonnier, ni sa cible. Il n’avait pas à lui faire subir ce qui pourrait le blesser. C’était l’échappatoire qu’il lui laissait, pour ne pas le verrouiller et ne lui laisser rien d’autre que le sentiment d’être pris au piège. Il l’était pourtant. Iâh ne le laisserait pas affronter les heures prochaines avec un fardeau au moins allégé. Mais il ne lui ferait pas sentir cette pression qu’il exerçait contre lui, avec doigté, pour son bien. « J’ai peur aussi, Kaveh. J’ai peur du danger qui rôde près de mes princes. J’ai peur depuis des millénaires car le péril s’accroche plus encore aux grands de ce monde. Et toi, ta famille êtes des pharaons. » Alors la menace avait depuis longtemps élu domicile en la demeure. « J’ai peur Kaveh. Mais pas plus aujourd’hui qu’hier. Ce qui envahira l’aube porte le nom de ‘guerre’ et n’est pas pire que le quotidien. Tes yeux se seraient-ils illusionnés des paillettes qui sertissent tes propres mots ? »

L’ombre de ses prunelles s’accrochait au phare du port, sa tête se penchait sur le côté dans sa contemplation pensive avant qu’il ne ferme les paupières, écoute la respiration de son prince comme s’il s’agissait d’un repère. Il pouvait prononcer bien des mots, il ne parviendrait que peu à enrailler le rythme de ses poumons et tromper son instinct de chat. « La guerre est bienfaitrice, Kaveh. Autant que son alter ego de paix. La guerre… C’est souvent deux Hommes qui se font face, dont l’orgueil de l’un cherche à dépasser celui de l’autre ; la confrontation de deux idéologies, l’une d’un présent trop ancré dans le passé et l’autre d’un avenir si prématuré que gravir la marche créerait une rupture temporelle trop importante pour être acceptable. Dans les deux cas, ces deux Hommes ont tort. Doit-on alors pleurer l’issue salvatrice où au moins l’un de ces deux Hommes qui n’ont rien compris disparaît ? » Se tournant pour moitié vers la cuisine, il observa la silhouette du sorcier par dessus son épaule, poussa un soupir et poursuivit. « La guerre, n’a ni fin ni début. Elle est éternelle et cohabite avec la paix. Ce qui va se passer demain n’est que la partie officielle de la guerre, celle qui sera visible à tous parce qu’elle est intense mais... » Il marqua une pause, une hésitation : « Peut-être aurai-je dû trancher les gorges devant toi pour que tu comprennes qu’entre les bombardements de la capitale qui te faisait frémir, la guerre ne cessait jamais vraiment. » C’était cru et dur. Mais il n’avait pas trouvé plus percutant et parlant pour lui expliquer qu’il l’avait épargné, qu’il avait mis des rideaux devant des pans de la guerre pour le préserver, lui et son innocente jeunesse. Aujourd’hui, il était un homme. Il pouvait bien savoir. Il pourrait en comprendre la profondeur s’il ne s’arrêtait pas à sa désillusion enfantine. Quitte à la blesser, c’était pour son bien. A nouveau, il fermait les yeux s’attardait sur la perception de ses sens. Le crépitement dans la poêle. Les gestes à la fourchette de Kaveh. Ses pas finirent par le mener au sorcier, dans la cuisine qu’il lui avait laissée en territoire d’exil pour se protéger de lui, pour le fuir. Ce n’était que pour mieux se l’approprier à présent. Iâh était plus petit que son prince et sa silhouette se fondait en son ombre. Il devenait invisible et le resta jusqu’à ce qu’il manifeste sa présence. « Je donnerais toutes mes vies pour que tu vives, Kaveh. Je l’ai tant fait par le passé. Je l’ai fait aujourd’hui sans que tu ne le vois. Et je le ferai demain, de manière égale. Demain n’est pas différent d’aujourd’hui. Ce n’est différent qu’à tes yeux car tu sais que cela s’appelle ‘guerre’ mais… Le sang coule chaque jour autant qu’il en est épargné. Ici. Ailleurs. »

Une pause et sa voix se fait murmure, telle la confidence et supplique : « Mon prince, cesse de trembler. » Sa main gantée, contre l’une de ses omoplates, se posait comme la marque d’une protection déjà éprouvée. « L’aube sera chargé des bombardements mais de guerre pas tant. A l’abri, tu seras comme enfant. J’en ai fait, bien avant ta naissance, mon serment. » Lentement, il se déplaçait, sur le côté, cherchant à capter l’ambre de son regard : « Kaveh… » Ton suave, protecteur qui d’un manteau de douceur cherchait à envelopper l’amertume. « Tu es un enfant de la ‘guerre’, tu n’as pas l’oisiveté, la naïveté des enfants de la ‘paix’. C’est justement parce que tu la crains, cette guerre, que tu camoufles ce qui remue véritablement en toi. D’autres naissent en ayant connu les douceurs de la vie et crieront à la face du monde leurs idées, s’affranchiront de l’hypocrisie. Toi, tu ne le peux. C’est ta chance, autant que ton fardeau. C’est douloureux, oui. Vois aussi comme ta clairvoyance te sauve et ne précipite ta famille : tu ne rentreras pas en Égypte. Sois en fier, tu épargnes aux tiens les affres qu’occasionne la sublime franchise. Rien ne sert de porter l’armure blanche si c’est pour la tâcher du sang de tes frères. Revêtir l’habit de ténèbres n’aide pas à… Dormir sans se retourner dans son sommeil mais dort-on vraiment mieux défait de l’hypocrisie ? » Et avec d’autre sang sur les mains, un sang plus précieux, plus proche du sien.

Lun 12 Sep - 1:32
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*Well, that escalated quickly*

Je fus contraint de réprimer l'envie de rouler des yeux autant que de sourire, me faisant violence pour taire ces réactions instinctives provoquées par les paroles de Miw. Je l'aime bien, ce chaton multimillénaires, mais parfois, il prend tant les travers humains que je ne peux que m'en trouver un peu désabusé. Qui ne le serait pas, en voyant une preuve supplémentaire de ce qui ne tournait pas rond en ce monde, quand une créature qui aurait dû être éclairée se trouvait prit dans la nasse de la vision des mortels, étriquée et souvent égocentrique. Quoi que les chats l'étaient également, mais d'une autre façon, et on leur pardonnait. Cela faisait partie de leur charme là où l'égotisme participait du pathétisme de l'humanité. Et je dis cela en toute connaissance de mes propres défauts puisqu'il m'arrive de l'être comme tout un chacun. Mais qu'est-ce que cela peut-être fatiguant parfois. Et absurde. Comme tout ce flot de paroles. Qu'y avait-il là si ce n'était une promesse creuse et un avis aussi biaisé que tous les autres ? Quel était l'écho de tout ceci sinon ce que Miw pensait, et non pas ce que j'avais pu affirmer ? C'était bien un trait humain d'entendre ses propres idées en les mots de ceux qui à vous s'adressaient.

« C'est ton avis, mais j'ai également le mien, comme j'ai mes propres conceptions du monde »

Était-ce trop patient de ma part, que de laisser simplement couler sur cette déclaration ? Sans doute un peu, mais que vouliez-vous que je réponde ? Que je prenne chaque mot prononcé, pour le réfuter et entretenir la controverse ? Je ne suis pas rhétoricien, et je ne suis pas de ceux qui aiment avoir raison à tout prix… et surtout, je suis épuisé. Ces palabres de politiques, je les laisse à ceux que ça fait bander. Moi, je préfère mes recherches et mes soirées. Peut-être se sent-on plus épanouis à jongler avec ce genre de sujets passablement déprimants, mais j'ai vraiment du mal à y croire et pour le coup, la boule de poile a raison, ce n'est pas dans mon expérience de le voir ainsi, je n'y perd pas grand-chose. Je n'aurais pas envie, tel que je suis, de trouver mon compte à débattre des heures de ce genre de choses. Ce serait comme de ne boire que du jus d'aloès en refusant un bon vin.

« Tu me demandais ce qui me rongeait, je te l'ai dis, tout simplement mais je n'attendais pas de toi une réponse… ou une leçon »

Non, surtout pas pour tout cela. Et surtout pas quand on essayait de me bercer d'illusions dépourvues de sens. Cesser de trembler ? Non, je ne cesserais pas de trembler, encore moins simplement parce qu'on me le demandait. Si je l'avais pu, je l'aurais déjà fait, n'était-ce pas évident ? Pourquoi est-ce que je m'infligerais cette souffrance si je pouvais simplement me persuader par la logique que je ne craignais rien ? Un instant, je pince les lèvres, sans pour autant cesser de cuisiner. Mes pensées sont aigres et cinglantes, mais je les mâches sans les cracher car cela n'apporterait rien à personne.

*Tu ferais mieux d'apprendre à connaître ceux sur qui tu veilles plutôt que de te rengorger dans un rôle de garde qui ne t'apporte aucunement le droit de me juger. Tu crois savoir le fond de l'histoire mais tu n'es qu'un acteur de plus de cette pantomime, ni plus ni moins que moi. La seule différence entre nous c'est que j'évite de parler trop vite… Croit-il vraiment que même enfant je ne voyais pas la vérité ? Croit-il que je ne comprenais pas ce qui se passait ? Trancher des gorges devant moi ? Croit-il que j'étais si obtus ? D'où lui toque-t-il subitement de telle stupidités…. *

Peut-être était-ce tout simplement qu'il n'avait jamais demandé. Mais il n'est pas MON garde, et je ne demanderais jamais son exclusivité. Sa présence est celle d'un allié mais pas d'un ami, à l'égal de celles des autres membres du Concordat et de mon entourage. Peut-être ne voulait-il simplement pas connaître, mais en ce cas vouloir me paternaliser n'est sans doute pas la chose à faire. Si cela m'affecte ? Oui un peu, beaucoup même en un sens. Je ne faisais que lui répondre sans rien demander, et je soupe suffisamment de la condescendance des autres tous les jours pour en vouloir davantage de sa part. Et voilà que je me joue encore d'hypocrisie, à rester diplomate quand j'ai envie de le renvoyer brutalement et de faire voix de mes reproches. Mais je suis ainsi. Pour autant, peut-être pour alléger cela, je rajoutais :

« Tu n'as pas de belle minette à courtiser en ce moment ? Tu devrais… ça te décoincerait »

Un sourire, sincère ne vous en déplaise. Je ne peux m'en empêcher, surtout en voyant sa tête… Ce n'était pas sa faute, mais il a l'air d'un coincé, comme les Earls. Et comme je ne peux pas le leur sortir à eux, je le fais avec lui. Lui ne risque pas de me condamner au billot pour insulte à altesse. Mais la gaîté retomba. Je déposais mon petit déjeuné et celui de ma femme dans des assiettes, préparait le plateau…

« Si tu n'as vraiment rien de plus en tête que de me chanter tes propres troubles, tu devrais partir Miw. J'ai assez des miens pour remplir des années... »

Mar 20 Sep - 15:20
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Ce pacifisme passif. Comme il fleurissait, comme il en jouait et pourtant, instinctivement, le chat le sentait, tout ce qui remuait en lui et ne voulait pas sortir. Tout ce qui tremblait, tout ce qui grondait. Qu’avait-il alors à le garder enfermé ? Quel intérêt si tant de mal celui lui faisait ? Surtout devant lui. Naseem n’avait aucun intérêt à colporter sa rage, sauf si son Prince le nécessitait. Mais ce qu’il nécessitait, était surtout de vider son sac. Mais non, cette tête de pioche demeurait poli, bien élevé. Elle enveloppait ses propos d’autant de miel qu’il y avait de fiel contenu. Oh comme il était adorable à ainsi se retenir, attentionné ou trop bien éduqué… Tant bridé par les Hommes qu’il côtoyait. Iâh n’était aucun d’entre eux. Il aurait voulu lui donner l’ordre de se lâcher, d’abandonner les chaînes qui l’entravaient, quelques secondes, quelques minutes, le temps d’hurler, de se soulager, lever la soupape d’un récipient mis sous pression. Mais il se taisait. La patience donnerait un autre cap au vent et sa seconde réplique en témoignait. Il y avait, enfin, ce début de reproche. Paroles encore tendres mais une affirmation en elle donnait l’orientation qu’il espérait. *Oh mais je ne t’ai rien demandé, mon enfant chéri. Tu as parlé tout seul, comme un grand.* railla-t-il en lui même et du sorcier, il attendait encore tant. Il espérait ces mots qu’il retenait, la tourmente, la tempête. Il ne la lui demandait. Il n’en avait pas la légitimité. Mais Kaveh la lui donnerait. Car il l’y pousserait sans lui dire comme il l’avait mené silencieusement à la confidence. Il ne répondait pas plus, son sourire marquait ses lèvres pâles et s’étirait progressivement. Il avait tout son temps. Il avait l’éternité. Si ce n’était ce soir, ce serait une autre fois.

Et la condescendance naissait. Dans ces mots, enfin, les paillettes tombaient au sol comme une pluie abandonnée pour ne laisser à ses mots que le caractère cru d’un homme désabusé. Qu’il s’en prenne à lui si bon lui semblait. Qu’il juge du métamorphe si ça le soulageait. Il n’avait probablement pas idée du mal que cela pouvait lui faire. Mais il lui pardonnait. Éphémère petite chose. Kaveh ne pouvait qu’ignorer à quel point on peut se lasser de ces catins aux cuisses rosées et fesses rossées quand en six millénaires on en avait tant dévoré la chair qu’il n’y avait plus que des os à ronger. Qu’en sentiments il n’avait pu s’étendre, hommes et femmes dansaient et rejoignaient la poussière là où Iâh perdurait. Courtiser des souvenirs, cueillir au berceau l’amour d’une jouvencelle à venir, puis en rides la voir dépérir, ne jamais revenir. Et lui perdurer, à la terre ne jamais retourner, et se gaver de consolations passagères. Comme elle était mignonne la minette de cette nuit avant la bataille. De naissance princière, pleinement masculine, la douceur de sa joue appelait la claque et sa langue fondait en de langoureux baisers de vipères. *Quel fougueux amant ne fais-tu pas, mon Prince.* Le sourire de Miw s’étendait au son d’une hilarité intérieure qu’il n’exprimait, ne trahissait pas autant qu’il aimait le voir feuler, faire ses griffes sur un coussin à défaut de pouvoir arracher le visage de ceux qu’il ne pouvait plus supporter. Il était en bonne voie… Il n’y avait encore d’un pas avant de basculer en cri du cœur… Mais ses espérances retombèrent comme un soufflet lorsqu’il lui désigna la porte. « Oh… Déjà ? » ne put-il s’empêcher de demander, dévoilant une frustration certaine à ne pas le voir sortir tout ce qu’il avait au fond de la gorge. Devait-il plonger une main devant pour les attraper et les mettre au dehors ? Devait-il provoquer son Prince ?

Son sourire s’effaçait lentement alors qu’il baissait les yeux sur le plateau. Sa voix se fit blanche : « Goûter. » Il ne parlait pas du petit déjeuner que Kaveh préparait, mais le sorcier devait bien s’en douter. « Goûter permet de savoir ce qu’on aime et ce qu’on n’aime pas. Tu parles de l’hypocrisie, tu en dévores quotidiennement tant que je veux bien croire que tu sois en mesure de conclure à ton déplaisir mais je ne suis pas persuadé que tu puisse en inférer ta satisfaction à son contraire. Tu ne sais pas ce que c’est. Car même lorsque tu pourrais y goûter en toute sécurité, tu le refuses et me sers soit de la politesse, soit une lâche fuite. » Car il n’avait cessé de fuir depuis leur entretien : son regard, son corps à l’alcool, son être entier à la cuisine, et puis cette soudaine rupture de conversation quand, enfin, il dérapait. Le métamorphe leva son regard vers l’égyptien, une lueur rougeoyante traversa sa pupille gauche comme le rappel d’une protection, d’un pilier de sûreté. Son sourire avait disparu et il ne restait qu’une expression dure et des paroles raides. « Je ne crains pas tes mots, Kaveh. Ni ta rancœur, ni ta colère, ni ta frustration moqueuse. J’ai connu des pharaons à l’ire plus rouge que la tienne. » Une pique. Invective mais légère, pour le provoquer. Le conduire vers ce qu’il semblait tant rechercher. Si d’hypocrisie il désirait s’affranchir, qu’il fasse tant que sans conséquences cela n’avait. Qu’il goûte, qu’il sache si vraiment il aimait, ou s’il se berçait d’un désir illusoire qui jamais, ne le satisferait et qui, pour l’heure, l’irradiait d’inconfort. Un beau gâteau n’était pas toujours bon. Un met exquis se cachait parfois sous les attraits de d’abjectes. Il y avait tant de voies à explorer, tant de nuances de gris. Son sourire renaissait en coin, quand en serpent tentateur, il lui remettait la pomme d’Eden entre les mains : *Goûte, Adam.* Une menace, une incitation, un châtiment, une métaphore.

Mar 20 Sep - 20:51
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Un soupire menace de franchir mes lèvres et de trahir ma lassitude encore plus que je ne le fais déjà. Oui déjà. Je n'aime pas cette conversation, et je n'ai aucune tendance masochiste merci bien, pourquoi voudrais-je poursuivre un échange qui me pèse et ne mène nul part ? Pour les beaux yeux de ce matou ? Non monsieur. Ce n'est pas dans mes habitudes, pas si je peux l'éviter. *Pourquoi accepterais-je de servir tes besoin pervers plus longtemps? Va donc ennuyer ton nouveau maître si tu veux de ces jeux-là, moi je n'en suis pas* Avec minutie, je compose le plateau pour ma femme, pensant davantage à elle qu'à moi. Par habitude, j'ai appris à manger sur un coin de plan de travail, sur le pouce comme on dit, et à m'en contenter, même si je ne dis jamais non aux festins concoctés par ma famille. Mais elle, elle est plus précieuse que moi, c'est une grande dame et elle mérite que je fasse attention à elle. C'est mon devoir envers elle, détaché de mes affects envers sa personne. Je place un verre délicat sur le côté de la plate, ouvre de nouveau le frigo, cherchant parmi les bouteilles.

« Oui déjà »

Une affirmation simple, mais que je veux ferme. Je n'ai pas envie de revenir sur ma décision, car contrairement au Concordat, je peux effectivement lui dire de partir. Je pourrais même l'y forcer, si vraiment je le voulais. Mais je n'aime pas me battre. Je ne sais pas vraiment me battre. Cela m'a toujours fait défaut mais je l'assume en toute connaissance de cause. Certains se questionnent sur l'essence des pouvoirs de notre famille, sur l'utilité de l'alchimie… Ceux-là sont des amours que de bien vouloir nous sous-estimer. Il suffit de connaître un peu Farhad pour comprendre que nous mettre de côté n'est pas une bonne idée. Mais Miw ? Ah, la carne sait parfaitement ce que je pourrais faire, et sait tout autant que je ne suis pas capable de le faire.  Je ne suis même pas certain que j'aurais l'air crédible si je venais à me mettre en colère. L'idée même est ridicule et il en joue.

« Je ne suis pas un pharaon »

Franchement, c'est un titre désuet depuis bien longtemps et qui est à présent totalement vide, creux. Oui, il m'arrive d'en jouer pour le plaisir, mais je ne pense jamais ce que je dis, ce n'est que de l’esbroufe, du bluff, une apparence que je prend. Il n'y a plus de royauté. Personne ne pourrait vraiment y prétendre, si personne n'a jamais pu réellement le faire. Et même si c'était vrai, qu'il existait encore un être capable de porter toute la symbolique du titre, il ne ferait pas partie de ma branche familiale. Il viendrait des élus des dieux, ou de ce qu'il en reste… En un sens, ce serait un moyen pour eux de redorer leur blason, et je leur souhaite de le faire. Je ne m'entend pas toujours bien avec eux, je ne pense pas toujours du bien d'eux, mais ils restent ma famille quoi qu'il en soit et la famille ne se choisit pas.

« Je suis un alchimiste, juste cela. Un chercheur, et un être humain. Pas un fils des dieux, ou un dieu incarné sur terre… et certainement pas là pour guider les hommes d'une quelconque sagesse »

Un sourire me fend un instant les lèvres et je repose le verre plein sur le plateau avant de passer aux coupelles. Tant de petits détails. Je sais qu'elle préfère telle chose, qu'elle n'aime pas telle autre. Je sais quels sont ses gestes au réveil, quand elle est encore ensuquée, étreinte par les limbes dont elle s'arrache péniblement tout en souhaitant y retourner. Elle est humaine elle aussi, parfaite dans cette humanité pleine d'imperfections. Si je lui donne le titre de reine ? Sans le moindre doute. Elle le mérite, au moins par sa tenue de tous les jours, de son rôle, par le fait qu'elle tient sa place et me supporte. Et si elle n'est pas reine du monde, elle l'est pour moi, c'est déjà bien suffisant non ? Je ne crois pas qu'elle s'en plaigne en tout cas.

« Oui, je ne suis qu'un alchimiste, et personne ne m'a jamais craint, tu ne te démarque pas vraiment en cela. Le contraire aurait même été étonnant… »

Je le regarde de nouveau. Ma frustration est encore là, mon aigreur aussi. L'essence de mes sentiments à son égard n'est pas douce, mais je suis un homme, je l'ai moi-même affirmé, et l'être humain est contradictoire, aussi est-ce avec une réelle affection et sans inimité, pourtant présente au demeurant, que je tente de le repousser. Oh non, il ne me craint pas. Sans doute n'a-t-il aucunement tort en cela. Je suis mal placé pour en juger. Mais il n'a nullement besoin de me craindre pour que je décide de ce que je veux lui confier ou non.

« Mais ce n'est pas parce que tu ne crains pas mes mots que tu es la personne avec qui je veux boire cette coupe… déjà entamée, soit-dit en passant »  

Mon petit secret. Lourd secret. Mon propre péché, ma déchéance bien à moi… Celle que je traîne depuis déjà de nombreuses années. J'ai goûté une once de vérité, et elle a bien manqué me détruire. Pourtant j'aspire encore à sa cruelle pureté, tout en sachant que par le formatage que j'ai subis, je ne saurais vivre en elle en paix. J'aspire à ma destruction, peut-être bien, oui, peut-être est-ce que j'appelle de mes vœux quelque chose que je ne peux supporter…. Mais qui a jamais dit que les hommes poursuivaient toujours leur bien ? L'enfer pavé de bonnes intentions en était une ébauche de caricature piquée de véridique.

« Tu voudrais être mon réceptacle ?… Peut-être aurais-tu put l'être auparavant, quand j'étais plus jeune. Aujourd'hui ce ne sera pas le cas. Je suis déjà le jouet de bien trop d'entités, et je ne te le céderais pas. Pas même pour l'affection que je pourrais te porter. »

Je le préférais avant. Est-ce Pryam qui le rend ainsi ? Qui excite des tendances déjà présentes ? Cela ne m’étonnerait même pas. Ces gens sont mauvais, vénéneux, ils transpirent un marasme particulier mais bien réel. Quelque chose les entoure et j'ai l'impression d'être le seul à comprendre vraiment. Ça ne peut pourtant être le cas, si ? Mais je ne vais pas le lui dire, de toute façon c'est trop risqué même s'il ne le répétait pas.

« Je suppose qu'il t'a déjà donné d'autres cibles. Hécate ne lui suffira sans doute pas »  

Mer 21 Sep - 0:30
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Naseem pencha légèrement la tête sur le côté, observant son Prince agir, répondre, se mouvoir. L’inspiration qu’il avait dans la minutie de sa préparation. Il appréciait son caractère. Sa manière de vouloir se montrer ferme, clore leur discussion puis l’ouvrir ensuite à nouveau. S’il désirait le mettre dehors, pourquoi ne le ferait-il ? Parce qu’il espérait tout et son contraire, le métamorphe laissait couler les mots, fluides, pour qu’ils fassent le même cercle. Qu’il le rejette, puis le reprenne. Le chat en avait pris habitude, c’était peut-être ce qui l’amusait chez l’égyptien : sa révolte. Sa révolte étouffée. Ses mots crus à peine prononcés et ensuite enrobés. Oh il voulait des réponses au sujet d’Hécate ? Il en aurait. Mais après qu’il lui ai répondu sur la discussion à laquelle Kaveh avait voulu mettre un terme. « Je ne voudrais pas être ton réceptacle, cher prince. Ce qui hante ton esprit ne pourrait être délectable à partager, les éclats de tes pensées brisées, bridées ne sauraient qu’en violence exploser. Si tu as bu à cette coupe, alors tu le sais et tu ne fais que me confirmer le grondement sourd en toi. Je le sens. Crois-tu que je le veuille ? » Question rhétorique, ponctuée d’un fin sourire, bref, qui s’effaçait à peine né. Un sourire mu d’un semblant de peine à l’égard de l’un de ses protégés.

« Je le dois. Si ce n’est cette nuit, ce sera une autre fois. Tu ne pourras retenir cela éternellement - ou du moins, le contraire est  tout le mal que j’appelle à ta rencontre - et... Je te souhaite, plus que je ne soupire après personnellement… Que lorsque cette heure viendra, je sois ton réceptacle. J’ai été conduis à l’humanité pour cela. Pour protéger. Des autres. De toi-même. » Il n’alla pas plus loin pour cette nuit. Kaveh aurait besoin de l’assimiler, de réaliser le compte-à-rebours qui vibrait en lui comme une bombe qui, tôt ou tard exploserait, aussi vaillamment puisse-t-il lutter. Plus tard il attendrait et plus ce serait douloureux. Probablement était-ce justement ce que Kaveh lui reprochait : ne pas être intervenu plus tôt, lorsque jeune enfant cela avait poussé comme un bourgeon. Le chat l’avait laissée fleurir, cette fleur noire. Elle avait plus d’intérêts qu’il n’y paraissait, dans son manteau de souffrance masochiste. Elle était devenue trop sombre à présent qu’il serait imprudent de la dévoiler sans protection aucune. Elle avait bien grandi, plus vivement que Naseem ne l’avait escompté. Un soupir, les yeux qui se fermaient, la tête qui s’inclinait respectueusement, puis il s’effaçait, lentement, s’éloignait hors de la cuisine. Il contournait le comptoir mais sa main gantée restait dessus, glissait, dans le bruissement du cuir frotté. Cela l’amusait : il était obligé de le faire exprès pour qu’on l’entende se déplacer. Pour qu’on ne soit pas surpris de ne plus le trouver là où le regard l’avait identifié un temps plus tôt.

« Non, il ne m’a pas donné d’autres cibles. » Il confirmait implicitement qu’Hécate avait bien été sa cible. Mensonge ou vérité, lui seul et Pryam le savaient. Si mensonge, le métamorphe n’agissait que dans l’intérêt de ses promesses professionnelles. Celle d’un silence pour que s’instaure la confiance. Tout comme il ne chuchoterait à personne les paroles que son Prince avait tenues. C’était Secret. Son sourire s’étira, un instant, alors qu’il posait un coude sur le comptoir et venait négligemment écraser sa joue dans sa main : « Je pense qu’il est fort occupé à digérer au mieux les fruits amères de l'acte de son propre orgueil en espérant éviter les douleurs spasmodiques. » C’était joliment dit pour parler en vérité des coliques. Il mordit le cuir qui recouvrait le bout de ses doigts pour ne pas rire. Puis à nouveau, son sourire s’effaçait lentement à mesure que ses pensées vagabondaient. « Il est assez doué pour cela. Pour ne plus ressentir le calvaire déchirant de la culpabilité. L’illusion d’agir au mieux de ses intérêts justifie les moyens mis en œuvre. » Iâh lui ressemblait alors beaucoup. Les crimes qu’il commettait au nom de la protection de ses Princes. Une bonne raison, une belle armure. Une mascarade. A la différence près que Miw savait parfaitement qu’il ne s’agissait de rien d’autre qu’une illusion. Que ça l’aidait à avancer, siècles après siècles et ne pas s’arrêter, rongé par les regrets. Avait-il tord de s’entêter ? C’était peut-être ce qui donnait encore un sens à sa vie. Une direction vers laquelle se diriger quand tout lui semblait terne, vide, en cycle perpétuel, en assemblage du beau et du laid. Du bien et du mal.

Il avait fait le tour de bien des choses et rares étaient les instants où il pouvait encore s’émerveiller de ce qui défilait sous ses yeux. « Puisses-tu m’en pardonner. » souffla-t-il en confession de sa faiblesse, des illusions dont il se berçait pour croire que cela avait encore un sens, une direction nouvelle : la fleur ténébreuse lui avait jadis semblé si pleine de lumière qu’il refusait de croire le contraire même si la preuve lui pendait au nez ; le combat qu’il menait encore en quête d’une gloire passée, d’une royauté fanée, protecteur à tout jamais. Qu’il crache son blâme, s’il le souhaitait, Naseem ne l’avait jamais vraiment ignoré. Ses prunelles sombres étaient tombées sur le plateau. Sourire en coin, bref toujours, en contemplant combien Kaveh y mettait du soin. Il releva le regard sur le sorcier : « Désapprouves-tu l’acte ? » Le meurtre d’Hécate, il entendait. Non pas qu’il prenne en compte son approbation dans son jugement, mais le fils des pensées de l’alchimiste l’intéressait. Mais il saurait presque le prédire : l’égyptien fuirait les questions, d’une manière ou d’une autre

Sam 1 Oct - 22:51
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Il pouvait dire ce qu'il voulait, affirmer autant qu'il voulait, mais je n'ai jamais été dupe et la mauvaise foi, je connais bien, j'y suis sujet comme n'importe qui, et je la contemple si souvent que, parfois, elle passe pour de la normalité. Mais je sais la reconnaître, en règle générale, quand je reste doté de cette… dérangeante clarté, de cette objectivité que j'aimerais parfois rejeter et oublier dans un coffre loin de moi. Un sourire m'est arraché et je rétorque, avec un brin de cynisme dans la voix que je fais alors passer pour de la taquinerie : « Oh quelle agréable mélodie tu m'offres là  ». Je ne suis pas fait de violence quoi qu'il en soit, non ce n'est pas moi… moi je me perd dans l'alcool, les rencontres et les fêtes, j'oublie pendant un moment, je m'évade le temps d'une soirée puis je fais fasse et j'assume mon incapacité autant que mes choix. Non, la violence qui couve en moi n'est qu'animalité, elle n'explosera jamais. Il pense que je ne pourrais me retenir, et moi, je pense que je ne saurais pas m'imposer ou m'exprimer. Plus doucement pourtant, je poursuis, incapable de rester sur cette note négative. Décidément, je crois que mon manque de caractère sera un jour ma perte… « Tu n'as pas été conduit à l'humanité pour servir de bouclier. Encore moins pour moi, franchement, quel idiot pourrait en venir à ça  » Ce n'est pas parce qu'il m'agace que je lui souhaite vraiment du mal. Et si je le fais, ce n'est que passager, une faiblesse humaine que je ne peux contenir.

Quoi qu'il en soit, je ne reviendrais pas sur mon affirmation, exprimer tout cela est hors de toute question. Et laisser quoi s'exprimer après tout… Voilà qu'il me montait la tête. Il n'y avait rien à exprimer au fond. Rien du tout. Oui, j'ai des reproches à formuler, oui je suis désillusionné et alors ? Bon sang, ça ne fait pas de moi un danger, pas plus que les autres en tout cas, et sans doute bien moins que beaucoup d'entre eux. Et en même temps, ça lui allait bien de vouloir lui inventer des soucis et des menaces, s'il n'avait pas d'occupations bien à lui… Qu'il aille donc massacrer je ne sais qui pour l'autre grand malade et qu'il arrête de me faire jouer les malades imaginaires. Je termine ce que je suis entrain de faire, et lui jette un coup d’œil en biais. « Encore faudrait-il qu'il sache ce qu'est la culpabilité… Je n'ai jamais eu l'impression que ce fut le cas, et il ne serait pas le premier  » J'élève une main dans un geste qui prête sans doute à confusion, et poursuit « Les daltoniens n'admettent l'existence de certaines couleurs qu'en raison de l'affirmation des autres, de ceux capables de percevoir cette couleur… Mais si personne ne leur avait dit qu'elle existait, elle n'existerait justement pas pour eux. Pryam Earl n'admet sans doute l'existence de la culpabilité que parce que d'autres en souffrent et en parlent…  »

En un sens, je l'envierais presque. Mais alors je me souviens de ce qu'il fait et de ce qu'il supporte et je me dis que je suis très bien à ma place personnelle et que l'herbe n'est définitivement pas plus verte ailleurs. Je retournais à mes préoccupations bassement matérielles pendant quelques instants, satisfait de ma conclusion à cet épineux sujet. Si je blâmais outrageusement Pryam Earl ? Et bien oui, et alors ? D'autres ne se gêneraient pas pour faire de même avec moi après tout, c'était une chaîne sans fin… jusqu'à ce que quelqu'un admette que ça n'avait pas de sens. Mais l'autre boule de poils ne semblait pas vouloir abandonner. Je soupirais. Un silence flotta un moment entre nous, et je refusais de répondre, ne voulant pas du poids qu'il faisait peser sur mes épaules. Qu'avais-je à lui répondre, franchement ? Si je me prenais à répondre d'une quelconque façon, ce serait tomber dans ce que je ne supportais plus en cette soirée… Et puis pourquoi exactement me poser la question, alors qu'il s'en fichait très certainement ? Il continuerait, quoi que je fasse. « Je n'ai pas à te juger, ce n'est pas mon rôle  » Peut-être qu'après cela, il cesserait simplement de s'échiner. « Je m'interroge par contre sur l'utilité de cette décision. Quelle que soit l'idée de Pryam derrière ce meurtre, il m'est incompréhensible. Et ce n'est pas faute de chercher, ou d'y mettre de la mauvaise volonté, je peux te l'affirmer…  »

Non vraiment, je n'ai pas la moindre idée de ce que cette mort est sensée nous apporter. Tout ce que ça a réalisé jusque là, c'est rendre les anti encore plus déterminés… « Et en toute honnêteté… je pense que ce flou, ce manque de signification, sanctionne déjà bien assez tous les participants à cette lubie. Mais ce n'est que mon avis… objectif, ou autant qu'il peut l'être. Au-delà, je n'ai rien à pardonner ou rejeter… tant que tu assumes ton acte  » Comme j'assumais les miens, aussi empoisonnés pouvaient-ils être…  

Lun 24 Oct - 22:28
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Kaveh avait beau faire passer cela pour une plaisanterie, Iâh en sentait tout le cynisme en son plus simple appareil. S’il avait été sous sa fourrure féline, il aurait probablement feulé contre lui, en lieu et place de cela il avait planté son regard sombre dans les prunelles ambrés de son protégé, le silence scellant ses lèvres pâles dans une dignité exemplaire. Lui répondre n’aurait probablement eu aucun impact. Cet homme était bien trop persuadé de détenir la vérité à ce sujet et rechignait à entrevoir la dangerosité de ce qui sommeillait en lui tout en acceptant s’y être déjà fait du mal. Un paradoxe qui n’échappait pas au métamorphe mais Naseem gardait l’espoir que son Prince ouvre les yeux, tôt ou tard. Ce qui lui avait causé du tord par le passé ne pouvait que frapper à nouveau de son sort si d’aventure, Kaveh s’élançait en cette voie. Mentalement il soupirait, mais son corps se refusait à montrer cette lassitude devant tant de mauvaise foi. Par respect pour l’Amasis dans un premier lieu. Par investissement pour l’avenir, ensuite. Dénigrer son Prince n’aurait fait que l’éloigner de lui là où il se devait d’être, au contraire, proche. Le silence était rude à maintenir, mais il s’y efforçait.

La seconde réplique était plus douce, pas moins insultante pour autant. N’importe quel être normalement constitué aurait placé Miw en face de la dénomination d’idiot que Kaveh attribuait à celui qui avait été conduit à l’humanité pour servir de bouclier. Pour lui servir de bouclier. Il ne lui en voulait pas vraiment. Son ignorance était due à son humanité. Il ne pouvait pas comprendre ce qu’était être une créature, ne pas avoir d’âme. Peut-être parviendrait-il à comprendre s’il le lui expliquait ? Mais avant qu’il ne tente le moindre éclaircissement, Naseem se tendit sensiblement à cette main levée, raide et emprunte d’une histoire que le chat n’avait pas envie d’entendre à nouveau. « Ne fais pas ça. » fit-il précipitamment, les souvenirs de son dernier trépas lui revenant soudainement, et avec lui les horreurs du Purgatoire. Le métamorphe avait pris cette main levée en salut Hitlerien involontaire, pour la redescendre calmement. « Cela me... » Stresse. « Qu’importe. » fit-il en secouant la tête de gauche à droite. Et il valait mieux ne pas stresser un assassin. Ou même n’importe quel allié, ne serait-ce que par compassion pour ses peurs. Sa main tremblait légèrement lorsqu’il lâcha celle de Kaveh. S’il se détourna pour lui faire dos et observer la vue de la baie vitrée, il l’écoutait toujours avec attention, chassant progressivement de son esprit les visions cauchemardesques de 1945 et de ce lieu infâme où étaient envoyés les esprits de ceux qui étaient dénués d’âme.

La suite le calma. Entendre les interrogations de Kaveh quand on avait une partie des réponses était parfois embarrassant. Il ne pouvait pas dévoiler les Secrets du Cénacle et obtenir leur confiance par la suite… Mais dans un même temps, les réponses ne tarderaient plus à être un secret. Depuis le 25 mars, les informations se rependaient comme une traînée de poudre et mettre Kaveh dans la confidence ne serait pas vraiment à percevoir comme un crime quand de confidence, il n’existait plus vraiment sur le thème. Il fit quelques pas vers la baie vitrée, observant le phare à présent éteint. Les premiers rayons du soleil balayaient les écumes obscures. « Elle était sur liste noire. » Le silence était retombé comme si cette explication seule suffisait. Nul doute que cela ferait rire jaune Kaveh. Un visage sans sourire se tournait à nouveau vers l’égyptien.

« Je n’ai pas souvenir que tu aies refusé l’aide de l’idiot dans une certaine pyramide ou sous les bombardements. » La langue arabe rendait son propos doux, il n’y avait placé aucune émotion là où tout humain y aurait ajouté cette inflexion dans le ton qui témoignait d’une vexation. Voix blanche, pure, seul son regard appuyé et son silence trahissait le flot de ses pensées. Il reprit d’une élocution lente et posée. « Tu renies ce dont tu as bénéficié. Tu as beau tourner cela en ridicule, tu n’as jamais refusé ma protection. Tu peux jouer l’adolescent rebelle qui se sent capable de vivre sans, lorsque frappe le danger, tu reviens sous mon aile. » C’était une vérité, même si Kaveh le démentirait. Il pouvait faire le grand en l’instant, lorsqu’il se retrouverait (encore) dans une impasse, il accepterait ce qu’il refusait ce soir. « C’est un honneur, Kaveh, que d’être ton idiot car j’ai été conduit à l’humanité pour servir de bouclier. » Un sourire, tendre, revenait sur ses lèvres.

« Tu es humain. Tu suis les affections de ton âme, tu as cette capacité d’entrevoir un panel immense de possibilités, te diriger vers ce que tu apprécies, ce que tu respectes, fantasmes de ce que tu n’as mais jouirais d’avoir. Tu fuis également ce que tu méprises, ce que ta morale refuse, tu as mal lorsque tu vois ce que tu hais en toi. Tu as le choix. Tu as la possibilité d’adopter, de sélectionner l’option de ta volonté, de tes contraintes. Parce que c’est cela, la nature humaine. Ce qui rend chaque humain unique. » Il adorait l’humanité. Il avait passé tant d’années à tenter de leur ressembler. En un certain sens, il y était parvenu dans sa façon maniérée de les singer. Dans telle situation, il savait qu’il ait du ressentir de la culpabilité, ou de la pitié. Sans ressentir ces torsions de l’âme, il agissait en conséquence, comme s’il les ressentait. Mais il pouvait s’en détacher à tout moment. « Je ne suis pas humain. » Hélas, mais il ne prononçait ce mot.

« Comme toutes les créatures, je suis dirigé par ce qui compose mon noyau. Les démons s’extasient dans le vice et le péchés. Rares sont ceux qui s’en détachent pleinement. Qu’ils adoptent un code d’honneur ou veillent à se défaire de leurs instincts primitifs… La vérité, c’est qu’au premier bouleversement, à la première occasion de profits, ils retombent dans leur travers. » Ils étaient rares ceux qui cherchaient à quitter ce qu’ils étaient, et ils étaient plus rares encore ceux qui parvenaient à le rester. « Ma nature profonde est ancrée dans la protection des princes d’Égypte. Je suis l’œil d’Horus et si ce symbole est devenu, même aux yeux de l’Endroit, un signe de protection, ce n’est pas par fatalité, par prophétie ou je ne sais quel destin mythologique. C’est parce que mon histoire en a fait émerger cette caractéristique récurrente. Si les égyptiens tracent mon symbole en leur demeure, sur les sarcophages, dans les temples… C’est parce que ma magie veille sur les foyers, les vivants et les tombeaux. » Un sourire, triste. Une part de lui aurait aimé être humain et avoir le choix. Il l’avait, mais il était ardu et… Le désirait-il seulement ? Il n’avait aucune autre voie où aller, aucune envie, il appréciait ce qu’il était et s’accordait, régulièrement, des satisfactions plus égoïstes, moins tournées vers cette protection. Cela lui suffisait.

« Je suis un daltonien. Mais Pryam Earl est humain, quoiqu’on pense de ses actes, je doute que l’on puisse totalement retirer le moindre sentiment à son expérimentation. A aucun humain. Même ceux que l’on méprise le plus. Même ceux qui sont coupables de crimes contre l’humanité. » Il avait une trop grande foi à l’humanité probablement, mais il était surtout moins catégorique que Kaveh et laissait à ce Seigneur de l’Envers le bénéfice du doute. Nul n’avait fréquenté l’esprit du Patriarche pour se lancer dans une telle affirmation et Iâh comprenait bien qu’il s’agissait là d’une manière de cracher le venin qu’il pensait au sujet de Pryam. Raison pour laquelle, même s’il avait un point de vue différent du sien sur la question, il n’avait blâmé son comportement. « Hécate était sur liste noire. » reprit-il sans transition. « Comme beaucoup de déités. Toutes. Il existe deux listes noires. Celle où les membres sont surveillés parce que leur nature profonde... » Cette expression revenait. « Ou leur comportement sont suspects. Et il y a celle où les membres sont recherchés morts ou vifs parce que leurs actes… Les a fait dépasser le stade de la suspicion. Hécate a glissé de la première vers la seconde en se liant à Nikolaïs Werner, en devenant la divinité tutélaire de cet homme qui a déclaré la guerre, qui s’est rangé aux côtés du Réanimateur. Cet homme qui a un passé… Assez houleux, disons, avec le Cénacle. »

Un euphémisme qui lui volait un sourire en coin, l’expression pas moins sérieuse pour autant. « Au fond… Hitler avait osé grandir aussi haut que le Cénacle trônait. Et le Cénacle n’apprécie pas vraiment ce qui lui est inférieur et tend à le surpasser. Quand on voit qu’ils ont laissé grandir le Vatican et ce qu’il est devenu aujourd’hui… Cela aurait été tyrannique mais sécuritaire que d’agir tant qu’ils n’étaient qu’un groupuscule. » Mais personne n’avait agi. Ou si peu. Le sort de ceux qui s’étaient dressés contre le Vatican depuis la crucifixion n’avait rien d’enviable. C’était le pot de terre contre le pot de fer. Ses pas le ramenaient lentement et silencieusement vers Kaveh : « La mort d’Hécate a beaucoup de conséquences. Elle est un terreau fertile à la rage de ceux qui saisiront le Cénacle dans quelques heures. Elle est aussi un moyen pour Pryam Earl de toucher Werner directement, de le blesser et lui montrer qu’il peut détruire tout ce qu’il aime, tout ce à quoi il tient. C’est un combat de coqs et jeu d’intimidation. Voilà pourquoi Hécate a été sacrifiée, Kaveh. Pour satisfaire l’ego d’un homme qui n’a que trop chauffé l’assise de son trône. Pour détruire celui d’un autre et le détourner des projets vindicatifs qu’il a pour l’Envers. »

Il cessa son approche, observant son protégé de bas en haut avant de poursuivre, songeur : « Et pour montrer à l’Envers ce qu’il en coûte de laisser trépasser les déités. Werner a perdu les pouvoirs que les ténèbres d’Hécate lui conféraient. Voilà la raison pour laquelle je l’ai sacrifiée. Pour donner à ce monde un sursaut, une dernière chance de prendre conscience. » Il secoua doucement la tête de gauche à droite, comme un être résigné, qui depuis des millénaires avait vu la foi choir sans jamais, malgré l’Histoire et ses mouvements, parvenir à se reconstruire. « Malgré l’envie de voir cela se réaliser, je n’ai jamais parié là-dessus. Quand le premier alchimiste, tel un canard noir, est né… Je l’ai protégé plus que je n’ai jamais protégé personne autrefois. Je me suis inscrit il y a plusieurs années dans cette perspective de disparition de dieux. Tu es le fruit de ce que j’ai préservé de la jalousie, de l’exclusion, de la disparition. On peut vous appeler seconde branche… A mes yeux, c’est toi l’héritier principal des Amasis. » Railleur, il ajouta, large sourire aux lèvres : « Et avec de pareilles croyances, je me suis retrouvé à combattre des momies dans le labyrinthe d’une pyramide paumée au milieu de nulle part. » Il roula des yeux, amusé avant de les poser sur le plateau. « Tu devrais le porter à ta femme avant que cela refroidisse. »

Dim 30 Oct - 14:34
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Je n'écoutais plus que d'une oreille très distraite, en vérité, pas que ce soit dans mes habitudes d'insulter mes interlocuteurs en ne leur prêtant pas l'attention qu'ils méritent, mais je crois simplement que mon cerveau avait décidé qu'il n'avait pas à s'occuper de toutes ces conneries et qu'il préférait partir en vacances. Ça, ou alors je faisais une censure mentale sans le vouloir.Au fond, peu importe je pense, là en cet instant je suis persuadé de deux choses : ce chat croit vraiment avoir la science infuse, en se basant sur sa longue vie – et je dois avouer qu'il pourrait presque me convaincre de ne pas me servir de la pierre philosophale pour rallonger ma vie, vous imaginez si je devais ressembler à ça ? - et il adore littéralement s'écouter parler. La moitié de ce qu'il raconte n'est qu'un tissu un peu confus d'idioties plus ou moins grosses que lui. Et à bien réfléchir, je pense aussi qu'il a fumé quelque chose. J'avais vaguement caressé l'idée, mais là, ça s'affirme, pour répondre à côté, comme ça, et sortir de telles énormités de son chapeau, il faut vraiment qu'il en ait prit de la bonne… bon moi aussi je fume de temps en temps, mais aujourd'hui j'ai juste bu. Beaucoup. Trop pour assister à la réunion du Cénacle, pas assez pour continuer cette discussion de sourds. Miw veut absolument avoir raison, grand bien lui en fasse ! Qu'il pense donc avoir raison. Personnellement, je vais simplement faire comme si je n'avais pas été ennuyé ce matin. Parce que même si je n'aime pas l'hypocrisie, j'y suis contraint depuis longtemps et elle m'est rentrée sous la peau. Alors je me contente de sourire une fois encore et de le laisser à son auto-satisfaction. Les événements futurs parleraient bien assez d'eux-mêmes… et je n'avais pas l'intention de le fréquenter de nouveau, contrairement à ce qu'il semble croire. Son habitude est de passer sans être vu, et de repartir, et bien qu'il continue à faire ça, à servir quand il est là et quand il n'est pas là, soit presque tout le temps, je me débrouillerais comme je le fais depuis longtemps : tout seul. J'ai en vérité si peu envie de perdre encore plus de mon cerveau à essayer de comprendre que je cesse tout simplement, finalement et que je retourne à ce que j'ai à faire, avant d'être en retard.


HRP : Voilà voilà X_x désolé de la taille de la réponse mais comme dit, c'est une conclusion pour moi XD le rp était sympa ^^

Sam 5 Nov - 13:49
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In the wake of the storm | Kaveh
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