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 [HUMAIN] Yi Eun-Ae

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PROFESSION : Chercheuse en Biologie, mais en bien d'autres choses aussi
Crédits : Ayase Haruka
Messages : 56
Points : 470
Yi Eun-Ae
"La magie n'est qu'une science qui n'a pas encore été mise en équations"
S. Wul



♜ NOM :  Yi. Nom commun sans doute, mais simple, concis, apprécié par sa porteuse.
♜ PRÉNOM : Eun-Ae. La grâce et l'amour, tant désirés pour l'enfant nouveau-né. Nom porteur de chance, détenteur d'espoir.
♜ NOM ETERNEL : Inexistant malheureusement
♜ RACE : Humaine sans aucun doute.
♜ ÂGE : 27 ans d'apparence, 27 années d'écoulées.
♜ DATE DE NAISSANCE : 25 Avril 1989
♜ PROFESSION : La biologie a bien des secrets à dévoiler, mais pour les révéler, il faut y travailler. Minuscules, inconnus, épatants; le jour viendra où la scientifique dévoilera d'autres mystères. Plus sombres, plus dangereux peut-être, ceux qu'aujourd'hui le monde refuse de voir. Sciences occultes, magie blanche, le but de toute une vie, l'espoir au bout de la passion.
♜ PAYS D'ORIGINE : Corée du Sud. Et pourtant, le carmin des veines, chaque trait de son visage, sont plus nippons que coréens. 
♜ SITUATION FAMILIALE : Célibataire, l'amour va et vient, le cœur frissonne puis se détourne, il n'y a d'autre passion que le travail.
♜ TRAITS DE CARACTÈRE : Capricieuse et boudeuse, entêtée mais malicieuse, crédule, anxieuse, désordonnée et étourdie, lunatique aussi. Mais spontanée, énergique et passionnée, sentimentale et affectueuse, altruiste, curieuse, émotive, patiente et consciencieuse - adorable, en un mot. Dépendante de ses peluches (et de toutes les autres).

TRAITS PHYSIQUES : 1m59; cheveux mi-longs sombres, raides et fins; yeux noisettes presque noirs; carnation pâle et lisse; silhouette menue; cicatrise sur la main gauche (ancienne brûlure suite à une mauvaise manipulation de produits chimiques).
♜ OPINION SUR LE SECRET: Si Secret il y a, bien caché il est. Au monde, il serait temps sans doute de le révéler ; mais encore faut-il le trouver.
♜ CRÉDITS : Ayase Haruka



♜ LIVE : Air froid dans le cou, souffle infernal, brouhaha sans fin des conversations s’alanguissant ; attendre, toujours. Parce que l’avion avait du retard, les passagers se pressant dans le terminal de l’aéroport s’impatientait bruyamment. Regard vague, pensées lointaines, Eun-Ae, elle, fixait simplement les poutres de métal qui soutenaient le toit de verre, laissant son esprit dériver à la recherche de songes perdus, attendant simplement que vienne l’instant où elle pourrait embarquer. Un trajet long l’attendait et elle ne connaissait que trop le confort relatif que pouvaient offrir à sa croupe délicate ces appareils aériens. Soupir silencieux, frisson léger de la silhouette menue alors que revenant vers l’instant présent elle reportait son attention sur l’horloge centrale. Quinze minutes de retard, elle n’avait que l’espoir que cela ne lui porterait pas préjudice pour sa correspondance ferroviaire. Soudainement, vœu exaucé, une voix féminine retenti dans l’espace clôt, annonçant l’arrivée du vol à destination de Londres.

Corps déformé, peau fripée, tâches étranges. Cet épiderme nu et imberbe dévoile la souffrance de l’être qui, un jour, fut tordu par la douleur, brûlé par une haine et une violence inouïes. Le regard blessé se pose sur elle, avec toujours cet éclat d’amour dans les yeux noirs. Les bras malingres, aux étranges motifs incrustés dans la chair même, reposent sur le lit blanc, serpents déjà morts ; le crâne glabre luit faiblement dans la lumière blafarde projetée par les lampes qui surplombent la malade. Cette femme brisée par la vie semble attendre avec calme la paix éternelle que lui amènera la mort, fuyant à jamais joie mais surtout peine. Un instant, quelques sons, quelques odeurs parviennent à l’enfant curieuse, du plus profond de sa mémoire toute jeune. Les signaux aigus des machines qui s’affolent, le parfum doucereux des médicaments, le piétinement des médecins s’agitant et l’ahanement fébrile des malades agonisant. Pourtant, cette vieille dame qui lui fait face brise l’agitation des lieux, calme résignation dans le chaos alentour. Puis le songe s’efface, ne laissant plus que l’impression en noir et blanc, témoignage éternel d’un passé oublié.
En dessous de la photographie, une petite écriture fine donne quelques informations : « Maman, 10 avril 1993 ». Au-dessus, en dessous, à côté, partout autour se trouvent des coupures de presse, des articles de journaux découpés aux ciseaux ou des rubriques provenant d’internet imprimées soigneusement. Griffonnés, entourés, barrés et commentés, ils sont le symbole de la rage qui a tenu la plume. Le mot immonde, ce nom honni, qui attire le regard telle une lumière noire, qui suinte la putréfaction et la pourriture, se retrouve dans chacun de ces écrits maltraités ; ses lettres majuscules, trop élégantes pour lui, s’unissent avec langueur pour le dévoiler dans toute son horreur : HIROSHIMA.

Tandis que sous ses yeux défilait un audacieux camaïeu de verts et de jaunes, délicat ouvrage que tissait le paysage, Eun-Ae bailla, se laissant aller à ce simple délassement que lui procurait la beauté simple de la nature que la hauteur rendait plus sauvage qu’elle ne l’était. Les images sombres qui la hantaient dans ses rêves, la poursuivant sitôt que ses yeux se fermaient, l’habitaient depuis trop longtemps pour qu’elle s’attarde encore sur elles. Et pourtant… sans ce carnet de cuir noir, aux feuilles usées que les larmes avaient desséchées, au douloureux contenu, jamais sans doute n’aurait-elle effectué ce trajet. Il avait été sa source d’inspiration, morbide, le sens à donner à sa vie. Lorsque, âgée de quelques printemps seulement, sa curiosité enfantine l’avait attiré vers cet ouvrage dissimulé avec soin à l’écart des autres, dans le bureau parental, elle n’avait su retenir les sanglots qui l’avaient étreint à la vue des images d’horreur qu’elle avait eu face à elle. Visages torturés que le papier avait figé en masques effrayants, abominables visions qui sous ses yeux innocents s’étaient déroulées en une macabre histoire. Peur irraisonnée naissant au creux de son ventre et pourtant, une nouvelle fois, l’enfant curieuse était retournée vers cette fascinante découverte, cherchant la farce, rejetant toute véracité dans ces scènes dépourvues de couleurs autant que de douceur, reniant jusqu’à l’idée que les membres nécrosés et la chair brûlée furent un jour réels. Puis lorsque la tangibilité des faits fut acquise, une évidence s’imposa sans que rien ne vienne l’ébranler. Il n’y avait là que l’œuvre de démons abjects, le résultat d’un noir sortilège lancé par une sorcière haineuse, la volonté sombre d’un dieu cruel. Rien dans ce tableau sépulcral ne pouvait être naturel. Et ses nuits se peuplèrent de faces rongées par les flammes, de silhouettes distordues d’atroces façons tandis que des yeux rouges ou des griffes d’airain déchiraient la trame de cet univers irréel, que des murmures rauques résonnaient dans l’air vicié et que des hurlements de douleur faisaient écho à des rires inhumains. Et au milieu des cendres qui couvraient le sol en un épais tapis noir, des corps velus ou des pattes écailleuses semblaient se repaitre de la mort qui rampait. Une certitude s’ancra en elle, doucement, sournoisement, se glissant perfidement dans son esprit pour y demeurer même venu l’âge adulte : seule une magie profondément malfaisante pouvait avoir causé pareils massacres.

Des années d’études, un travail acharné. L’ombre de la magie planant derrière elle, Eun-Ae avait parcouru des dizaines d’ouvrages, rédigé des milliers de pages, usé par centaines les stylos, cherchant, fouillant, déchiffrant les mystères de la biologie. Tant d’années à comparer les maladies, tant d’heures passées devant son ordinateur en quête de réponses aux questions qui l’assaillaient. Pour elle, il n’y avait de vérité que dans la science ; mais la science était parfois encore bien ignorante, et les forces de la nature, que nombre d’humains considéraient comme surréaliste, devaient être prises en compte. Comment les mutations génétiques apparaissaient-elles, tout au début, si ce n’était dû à une modification magique du corps ? Comment expliquer ces guérisons énigmatiques puisque les miracles étaient refusés ? Ces comportements inexpliqués, ces maladies inconnues qui brûlaient la chair ou dévoraient l’esprit, ces innombrables mystères que nul ne pouvait justifier ? A trop vouloir oublier que la Terre pouvait offrir des pouvoirs que seuls certains pouvaient manipuler, l’être humain allait courir à sa perte. Pour la jeune femme, l’avenir de la science résidait en ce que d’aucuns nommaient Magie. Il lui fallait juste le prouver.

Se renfonçant dans son siège, la jeune femme se laissa bercer par le vrombissement de l’appareil, laissant derrière elle les discussions des autres passagers. Le soulagement l’avait saisi quand elle avait découvert que le vol promettait de se faire en douceur plutôt que de traverser des trous d’air provoquant d’innombrables secousses, rendant tout geste périlleux et promesse d’insupportables nausées. Faisant fi de l’engourdissement qui s’infiltrait dans son épaule droite, Eun-Ae tendit la main vers le magazine glissé dans l’élastique du siège devant elle, feuilletant distraitement les pages colorées, observant distraitement les produits proposés à la vente par la compagnie aérienne. Entre parfums, amusements pour les plus petits, bijoux, nourriture et autres babioles variées, le choix était immense, mais le prix souvent également ; sans surprise. Elle ne s’arrêta pas moins sur un joli bracelet de liège mauve, orné d’adorables perles argentées, avant que son regard ne glisse sur l’offre en dessous et qu’elle ne se fige dans son siège, ses traits fins gelés sous la surprise. Là, juste devant elle, deux yeux noirs la fixaient. Le poil blanc, le museau rond, les bras ouverts en une languissante invitation et vêtue d’un adorable petit blouson de pilote d’avions, elle avait face à elle la peluche la plus mignonne de l’univers ; ou du moins, l’une d’entre elles. En admiration devant cette perfection d’attendrissement, elle attendit, patiemment, la venue des hôtesses de l’air, se refusant à se lancer dans une quelconque activité de peur de rater le bon moment.

-Excusez-moi, je souhaiterais vous acheter Henry. Oui, euh, l’ours en peluche, il est dans votre magazine.

Iris emplis d’espoir, mâchoires serrées d’impatience. Un sourire aussi, pour faire bonne mesure.

-Je suis navrée, mademoiselle, nous ne l’avons plus à bord. Mais vous pouvez emmener le catalogue, vous y retrouverez notre site internet ainsi que tous nos produits.

La déception noya son visage tandis qu’Eun-Ae se laissait aller dans son siège, remerciant poliment les hôtesses qui s’excusaient mais la déception la tenaillant. Et le regard que lui renvoya Henry, si triste et esseulé, lui brisa le cœur. Fermant les yeux, elle préféra tenter de se réfugier dans le sommeil plutôt que d’affronter la réalité. Et se trouva, pendant les quelques instants que l’inconscience l’enveloppa, enfermée dans son propre passé.

Les souvenirs resurgissent tandis que l’avion poursuit sa route. La scientifique, les yeux fermés, oscille entre rêves et réalité, sommeil et éveil. Plus de notion du temps, des lieux. Elle flotte dans son propre esprit, tournoie en lui, ne perçoit plus même le contact du cuir du siège sous son corps menu. Sa mémoire se joue d’elle, revient, repart, s’accroche et se fragmente sans qu’elle ne la saisisse tout à fait. Des scènes sans importances, sans rapport les unes aux autres, viennent pigmenter son semi-éveil  de couleurs fanées et de voix distordues.

-Eun-Ae ! Viens ici tout de suite !
-Maman ? La silhouette s’avance en trottinant, rasant les murs en espérant échapper à cet orage qu’elle aperçoit, tout près, beaucoup trop près.
-Peux-tu m’expliquer ce que c’est que ça ?
Un regard vers la direction que le doigt désigne, un coup d’œil effrayé vers le visage fermé de sa mère.
-Ce n’est pas moi, m’man, c’est un dokkaebi qui a fait c…
La gifle part sans attendre pour se terminer avec un claquement sec sur la joue pâle de l’enfant, dont les grands yeux noirs se remplissent de larmes avant qu’elle ne parte en courant, sanglotant. Non, ce n’est pas de sa faute si le dokkaebi punit sa mère pour être toujours si sévère envers sa fille. Après tout, elle l’a bien mérité s’il a renversé son rosier préféré.

Elle se voit sans se voir, est actrice comme réalisatrice des scènes qui se déroulent dans son corps. Des souvenirs tronqués, modifiés, distordus par le temps écoulé depuis, déformés par la vision de l’enfant qu’elle était, influencés par ce qui fut vu et entendu récemment. La scène recommence, le décor, flou, oscille sans cesse. Les paroles se répètent, la claque retentie de nouveau. Puis encore une fois. Quelque chose ne va pas, l’endormie s’agite en silence. Puis tout bascule, un nouveau calque apparait, brutalement, sans transition. 

-Mademoiselle Eun-Ae,  ce n’est pas un cours de sorcellerie, c’est de la biologie. Si vous souhaitez faire du chamanisme ou jouer dans Ma Sorcière Bien-aimée, merci de prendre la porte… et d’en remettre une nouvelle à la place.

Quelques éclats de rire, tandis que le professeur très satisfait de son trait d’humour toise son élève avec un mépris des plus flagrants. Embarrassée par cette humiliation publique, la jeune femme baisse les yeux sur ses stylos, souhaitant disparaitre de terre. Cela fait maintenant deux ans qu’elle étudie en Angleterre, mais certains professeurs continuent obstinément à la prendre comme cible préférée ; racisme flagrant exacerbé par la propension de l’étudiante à mettre en rapport n’importe quel objet d’étude avec une quelconque trace de magie.
Relevant brièvement la tête, elle maugrée intérieurement tout en tendant la main pour récupérer sa copie ; si elle avait voulu devenir une mudang*, elle n’aurait pas fait une faculté de biologie. De toute façon, cet idiot est bien trop attardé pour être capable d’imaginer qu’il y ait autre chose autour d’eux que ce qu’ils connaissent déjà, quelque chose qui influence les corps et les esprits. D’esprit, il ne doit d’ailleurs pas beaucoup en avoir…

Cette colère est la sienne, elle la goûte, s’en repait inconsciemment.  Sans que…

Douleur, choc, incompréhension. Le visage hébété, les yeux encore embués pas la fatigue, la jeune femme redressa la tête, se frottant le crâne en un geste mécanique alors même que sa soudaine souffrance la tire de ses songes tourmentés. 

-Oh, pardon, je suis désolée mademoiselle ! Est-ce que ça va ? 
-Hein, euh, oui, hum, ce n’est pas grave.

Papillonnant des yeux, Eun-Ae baissa les yeux vers le trépied de télescope venant achever sa courte course sur les os de son crâne avec un bruit mat. Nom d’un hibiscus, qui donc avait eu cette folle idée que de voyager avec pareil engin ? Pourquoi embarquer un tel matériel lors d’un voyage ? Allait-il visiter un pays ou bien découvrir des étoiles qui pourtant se ressemblaient toutes ? Très absurdement, elle sourit au téléscopeur** pour le rassurer, alors même que ce dernier s’inquiétait bien davantage pour son précieux jouet que pour la malheureuse victime de celui-ci ; et se fit la muette réflexion que plutôt que ce bête et illogique sourire, elle aurait mieux fait d’étrangler purement et simplement le coupable en chair et os occupé à refermer le casier qu’il avait ouvert. Au moins son réveil lui avait-il permis de prendre conscience de la faim qui commençait à malmener son estomac. La satisfaction illumina son visage, rayon de joie, tandis qu’elle songeait au sandwich au saucisson qui attendait patiemment d’être croqué, et qui bientôt répandrait son doux parfum aux alentours, dérangeant sans nul doute l’assommeur au télescope. Mesquine vengeance mais ô combien jouissive.  

Tandis qu’elle se repaissait avec délectation, laissant la délicate saveur se poser sur ses papilles, Eun-Ae tourna son attention, l’espace d’un instant, vers l’enfant qui babillait un peu plus loin, appelant sa mère avec la dépendance que tout jeune bambin peut éprouver envers celle-ci. Attendrie par le petit minois rond autant qu’agacée par les bruitages émis par celui-ci, la scientifique ne sut réprimer la douleur qui lui crispa le ventre, lui ôtant soudainement toute envie de manger, tandis qu’un voile recouvrait son visage. Et un seul mot en tête, résonnant dans son cœur, parcourant tout son être, voix mélancolique et appel solitaire. *Maman*

Elle contemple, emplie d’une satisfaction que les mots ne peuvent exprimer, ce simple mais si fragile papier, cette feuille objet de nombre d’espérances, cette relique qui enfin prouve au monde entier que de docteur elle peut désormais avoir le titre. La joie fuse dans ses veines, le bien-être qui l’inonde lui rappelle que désormais, sont terminées les railleries de ses enseignants doutant de ses idées ; que définitivement elle en a fini avec les dissections de ce que d’aucuns considèrent comme de simples animaux et qui, pourtant, ont aussi une âme et un cœur ; qu’enfin elle peut quitter les cours monotones pour se plonger dans des recherches concrètes. Mais surtout qu’elle est libre, libre de se consacrer à ce qu’elle souhaite, libre de prouver à l’humanité entière combien elle a raison, libre de chercher, sans se préoccuper ni du temps ni des obstacles à surmonter, que quelque part, partout même, une science nommée magie attend d’être découverte… et comprise.

Fredonnant un Libérée, délivrée très disneyien, la jeune femme se dirige d’un pas que l’allégresse rend léger vers le mur blanc de la maison de ses parents, savourant également l’air pur de ce pays trop vite quitté, qui pourtant l’a vu grandir. Fière, sans aucun doute, de sa réussite autant que des efforts fournis pour y parvenir, elle pousse la porte de la demeure moderne, redécouvrant cette bâtisse en constante évolution. Mais avec, au fond du cœur, une question surtout qui depuis trop longtemps attend sa réponse. 


"-Maman. L’interpellation résonne dans la vaste pièce, atteignant sa cible qui se retourne. Tu ne m’a jamais réellement dit comment mamie était morte. Je ne suis plus une enfant, je sais qu’elle était malade depuis Hiroshima, mais tu ne m’as jamais parlé de ce qu’elle a vécu, de ce qu’elle a connu ni ce qui l’a tué.
-Pourquoi me poses-tu cette question, si tu connais la réponse ? Quel stupide conte de fée vas-tu encore inventer quand bien même te répondrais-je ?
 
La voix est froide, distante et sèche, comme trop souvent avec sa mère. Le souffle exaspéré de sa fille résonne dans la pièce avant que celle-ci ne reprenne, impatiente, insistante, refusant de se soumettre à cette indifférence marquée, ainsi qu’elle l’a trop souvent fait dans sa jeunesse ; reniant jusqu’au droit de sa mère de se taire plus longtemps. Elle ne sait que trop que celle-ci refuse toute évocation d’une quelconque force que l’humain ne connait ni ne maîtrise, mais elle reste simple, va droit au but. Une supplique presque, pour un baume qui peut-être apaiserait ses questionnements.

-Elle s’est mariée, elle t’a eu et tu n’as rien toi-même, elle n’était donc pas si malade après la bombe ! Que lui est-il vraiment arrivé ? Pourtant son état ne s’est-il dégradé que plus tard ? Maman, qu’ont dit ses médecins ?

Regard de givre, hésitation se balançant sur les lèvres fines tandis que l’ainée réfléchie. Enfin, elle se décide, lâche avec une indifférence exagérée les mots tant convoités.

-Elle était déjà malade quand elle m’a trouvé et ne pouvait pas avoir d’enfants. Son état s’est dégradé avec le temps, jusqu’à ce qu’elle en meure. Tu n’as rien besoin de savoir de plus, tu ne l’as jamais réellement connue et elle n’était pas ta vraie grand-mère. Cesses donc de me poser ces questions stupides, aucun démon n’est venu l’étrangler dans son sommeil, elle est morte ainsi qu’elle le devait.

Le silence, cette fois, semble assourdissant. Muette, Eun-Ae fixe cette femme qu’elle connait finalement si mal, cette mère pourtant étrangère, cette inconnue qui l’a mise au monde. Comment peut-elle seulement parler si froidement de sa propre adoption, de la mort de celle qui l’a recueillie enfant ? Comment un tel détachement, teinté d’ennui et d’agacement, peut-il percer à chacun de ses mots ? Comment accepte-t-elle de bouleverser tout ce que sa fille croyait sur sa propre famille, de faire éclater ses certitudes avec tant de désinvolture ?

-Maman ? 

Sa propre voix, un peu rauque sans doute, résonne dans son corps, dans son cœur, alors que ce mot que nombre d’enfants prononcent avec amour et tendresse lui semble plus que jamais dénué de sens. Maman, un nom comme un autre, un titre sans importance. Maman, qui s’en va sans un regard en arrière, se détourne le visage, devant sa fille déjà brisée par tant d’impavidité. Qui l’appelle, la rappelle. Encore une fois, une dernière fois. 

-Maman ! Je retourne en Angleterre, un centre de recherche m’a embauché. Je ne sais pas vraiment quand je reviendrais.

Haussement d’épaules maternel, pincement des lèvres toujours sévères, avant que les paroles plus tranchantes qu’une lame de rasoir ne viennent percuter la jeune femme, achevant de détruire l’enfant cherchant l’affection.

-Que veux-tu que cela me fasse ? Tu es partie depuis longtemps, tu ne nous manqueras pas."

*Maman* Un cri du cœur qui ne sort pas, ne sortira jamais, ainsi que pour de trop nombreux enfants dont les parents se détournent. Un mot pour un visage vide de toute trace d’affection, que la douceur a désertée depuis longtemps déjà. Maman, mais Papa aussi, qui observe en silence, sans réagir, sans véritable tendresse non plus, absorbé par le travail, obnubilé par l’argent, oubliant jusqu’à l’existence de sa fille. Papa, Maman, des mots vains, des souvenirs douloureux quand le mondain importe plus que la tendresse pouvant briller dans deux yeux noisettes. Et pourtant, quelque part sans doute subsiste cette femme blessée ayant recouvert un petit carnet noir de maints et maints mots rageurs, celle qui pleurant sa mère absente, trop souffrante, a cherché son mal et le remède à celui-ci. Cette femme qui elle aussi fut un enfant, trahie par la vie et la cruauté de celle-ci. Celle qui depuis a construit des barrières autour d’elle, bâtit une forteresse en son cœur, préférant l’indifférence à de nouveau la souffrance. Et il y a encore, éphémère, le souvenir de cette main douce qui un jour essaya des larmes enfantines, de ce visage qui sut parfois laisser percer un peu de douceur, jusqu’à ce que l’enfant aux prunelles brunes poursuive ses rêves au-delà de la demeure familiale, s’éloignant bien loin, trop loin, pour étudier où le refusait sa digne ascendance.

Un frisson la saisit, qui pourtant n’était en rien dû à la climatisation de l’avion. De nouveau, Eun-Ae s’exhorta à oublier cette scène, à ne plus songer aux blessures qui palpitaient encore, beaucoup trop récentes pour déjà cicatriser, beaucoup profonde pour si vite s’oublier. Elle ne regrettait ni son départ ni le choix de sa destination. Grâce aux contacts de l’un de ses professeurs parmi les plus aimables et compétents à la fois, la scientifique avait pu obtenir une place de choix, dans une loge scientifique réputée d’Angleterre, à Last End. Et lorsque l’avion se posa, Eun-Ae prit garde de serrer contre elle son sac à main, au fond duquel sommeillait, tombeau de souffrances passées et présentes, un petit carnet de cuir noir aux feuilles parsemées d’encre pâlie par les ans.



*Femme chaman en Corée
**Mot totalement et intentionnellement inventé pour et par le personnage


♜ JOUEUR : DC Moïra


♜ JE RECONNAIS AVOIR PRIS CONNAISSANCE DU RÈGLEMENT ET M'ENGAGE A LE RESPECTER : Yi Eun-Ae




Lun 15 Aoû - 23:45
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L'étrange sous la normalité :
Je suis le Maître de ces lieux, le conteur de vos histoires, l'oracle de vos avenirs. J'écris sur les pages blanches de demain vos déboires, vos exploits.

Tell me More : Je tiens les ficelles de vos existences.
PROFESSION : Assistant
Crédits : By Meri
Messages : 808
Points : 1317
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Bienvenue Eun-Ae !


J'ai le plaisir de t'annoncer que tu es validée


Quel personnage touchant tu nous dévoile ! Et quel potentiel aussi ! Elle est entre les deux mondes, tout près de son but, de sa réponse, mais pas encore ! Qu'est-ce que ça va donner avec elle sur le forum, et surtout, que vas-t-elle faire de la magie si elle met la main dessus ? ** En attendant, un grand bravo à toi et merci pour cette agréable lecture !



Dim 21 Aoû - 22:20
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[HUMAIN] Yi Eun-Ae
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