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 You can't get rid of it | Morghann

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L'étrange sous la normalité :
Je suis l'héritier de la branche principale des Earl, je suis un Nécromant et un membre du secret. Je le protège et le soutient. C'est dans mon intérêt.

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Le Sacrifié

Ça avait rampé, tout le long de son corps, lentement, comme si ça prenait son temps, savourant la situation, savourant l'attente juste avant l'action. Ça avait finit par s'installer sur son torse, qui tremblait par à-coup sous la respiration tremblante qu'il exhalait, et ça le regardait, même endormit il le savait, sentant son corps réagir instinctivement, tandis que son esprit se débattait sous les rets d'un cauchemar poisseux et immonde. Ça jubilait, le regard se plantant directement dans ce réseau arachnéen du psyché secoué par les affres d'une agonie renouvelée, se gavant du spectacle. Ça l'étouffait lentement, son souffle drainé, son corps au supplice, son âme hurlante, déchaînée dans sa pitoyable tentative d'échapper à ce qui le terrassait. Puis soudain, alors que l'immatérielle manifestation de son existence était transpercée, achevée, ses yeux s'ouvrirent, révulsés, injectés de sang, des puits de terreur qui plongèrent brièvement dans ça avant qu'elle ne disparaisse. Haletant frénétiquement, le corps couvert de sueur, les nerfs à vif sous une douleur bien réelle, il manqua plonger dans un nouveau coma, une inconscience bienfaitrice en théorie, mais dont l'ombre ne faisait qu'accentuer la peur puante qui emplissait son nez, sa bouche, comme un liquide poisseux et infâme. Quelque chose bougea en lui, Morghann, alerté par l'explosion soudaine d'horreur qui faisait vibrer la voûte de leurs âmes reliées, mais que son état animal traduisit par une nouvelle menace. Avec une violence inouïe mais uniquement due à l'adrénaline, il chargea dans la psyché de son frère en un coup de boutoir sans scrupule. Noyé par la panique, il tenta finalement de se redresser, de fuir, mais sa jambe blessée ne lui obéissait pas. Tombant du lit avec un gémissement de bête au pal de douleur qui vint fouiller ses nerfs, lui éclatant dans le cerveau et faisant danser des points blancs devant ses yeux. Une nausée violente le prit, en réponse à la douleur, mais il n'avait rien avalé depuis la matinée, aussi ne rendit-il qu'un peu de bile avant de s'effondrer par terre. Tremblant et gauche, il s'aida de ses bras pour ramper sur un mètre avant que le supplice de sa jambe ne le vainque pour de bon. Parvenant tout juste à se mettre sur le dos, la respiration irrégulière, difficile, et les forces délitées, il observa le plafond comme si celui-ci allait faire naître le plus infâme des monstres. Et pourtant, le monde tournait et se distordait autours de lui, devant lui…

La porte s'ouvrit à la volée, mais aucun signe ne montra qu'il l'avait entendu ou qu'il savait qui venait d'entrer. Le sang hurlait à ses oreilles, et ses sens étaient encore piégés dans une ergastule à cheval sur deux univers voraces et violents. Des hoquets rauques gargouillaient au fond de sa gorge, tandis qu'il se débattait dans les affres de la tyrannie tortionnaire. Les instants suivants ne furent qu'une ombre, une pagaille de mouvements incompréhensibles et de sollicitations auxquelles il ne répondait pas. Reprendre pieds dans la réalité fut un exercice long et pénible. Son corps cessa lentement ses chaotiques sollicitations, et il ne resta bientôt plus que la pulsation lente de la souffrance qu'il portait depuis des années, accompagnée d'une migraine carabinée. Un léger élancement et un goût de sang dans sa bouche lui apprirent qu'il s'était certainement mordu quelque chose, probablement la joue. Déglutissant avec l'impression que sa gorge était tapissée de papier de verre, il cligna des yeux plusieurs fois et parvint enfin à prendre la mesure de son frère, à ses côtés. Sa présence acheva de le ramener dans sa réalité. Non, il n'était… il n'était pas là-bas et c'était sans doute simplement… « Un… un cauchemar » balbutia-t-il faiblement, pourtant ébranlé jusqu'à l'âme par ce songe malicieux. Silencieux pour les minutes suivantes, il ferma les yeux, essaya de faire le vide, de chasser les restes de son délire. Ce n'était que cela, ça ne pouvait pas être autre chose, rien qu'une création de son esprit encore sous le choc de son mois de coma. Rien de cela ne pouvait être vrai. Il l'aurait su, ou son frère, son père même ou bien Eurynome. Quelqu'un aurait su si c'était vrai. Mais il fallait bien se rendre à l'évidence, la logique ne parvenait pas à calmer les battements affolés de son cœur et l'impression de danger virulent qui l'étreignait. Lorsqu'il ouvrit de nouveau les yeux, il nota enfin le visage inquiet de son cadet, l'état de son lit. La peur ne le quittait pas, mais il se força à tourner son attention sur autre chose dans l'espoir qu'elle se dissipe. Se passant une main sur le visage, il chercha à se relever une fois encore, et s'appuya sur son frère. La situation était gênante, mais ébranlé comme il l'était, faible comme il l'était, il n'avait pas vraiment le choix, il lui fallait accepter, une fois de plus, son aide. « Morghann… s'il te plaît... »

Il avait prit une douche rapide, avait nettoyé les draps puis s'était rendormit. Au matin, l'épuisement l'obligea à annuler tous les plans qu'il avait pu ériger, le confinant à la maison. Mais il plia de bonne grâce, ne se sentant pas la force d'affronter le reste du monde. Installé dans son bureau, il avait passé la journée à se vider la tête en études oisives. Aucune révélation n'avait franchie les lèvres, il n'avait rien dit de ce qui lui était arrivé au cours de la nuit, avait fait comme si de rien n'était. Pourquoi ne rien dire ? Sans doute parce qu'il voulait se persuader que cela ne pouvait nullement se reproduire. Et pourtant, la nuit suivante, il s'éveilla de nouveau en plein chaos, la peur grinçant en lui, l'esprit en déroute. Puis une autre nuit, et la même horreur, revenant, encore et encore, réglée comme un papier à musique ! Toujours au même moment de la nuit, à la même heure… mais après trois jours, et encore en convalescence, il se trouvait alors à bout de force, couvert de sueur, appuyé contre Morghann, luttant pour conserver un semblant de raison… Des larmes acides coulaient sur ses joues déjà humides, ses cheveux collant à son front, et il avait l'impression d'être une poupée de chiffon, ballottée par un marionnettiste sadique. La respiration lourde, les yeux dans le vide, il essayait de reprendre corps dans la réalité, agrippé à son frère à s'en blanchir les articulations.
 

Ven 5 Aoû - 22:47
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Une inspiration brusque, le cadet des héritiers royaux se redressa, dans son lit, les yeux exorbités, les mains tremblantes, le corps tout entier en proie aux spasmes. Malgré cela, il se leva et vers son jumeau, il accourut. Vacillant, il heurtait les murs sur son passage, le monde tanguait et le rivage changeait du tout au tout, jusqu’à ce coup, qu’il n’attendait venir de son jumeau. Il s’effondra dans le couloir dans un cri de douleur étouffé, se tenant les tempes. Il avait l’impression que sa boîte crânienne vibrait telle une cloche qu’on venait de frapper d’un marteau de métal. Mais son esprit était bien moins résistant que la fonte de ces sonneuses et il mit quelques secondes à se recomposer, lâchant un sanglot, les larmes sur ses joues qui n’en avaient que peu connu l’humidité autrefois. Ça l’irradiait, de la tête aux pieds, s’insinua dans les moindres interstices de son être, y compris celui de la plaie de son âme, le plongeant dans une panique terrible : « Non… Non, non, non, Howard, tu me fais mal ! » Il avait crié, de vive voix, c’était stupide… Et surtout tendancieux. Il n’était pas certain qu’Howard l’entende et il risquait d’avantage d’avoir réveillé Johan. Pas de la meilleure façon. Il se recroquevilla sur lui-même, sa psyché et son âme en firent de même, par réflexe défensif. Il haletait, comme un chien en plein soleil avant de se relever. Il s’adossa contre le mur pour s’aider, des points noirs brouillaient sa vue. Vertige, nausée, douleur. Le tout se cumulait maladroitement. Il œuvrait à démêler le tout quand le visage de Johan se dessina au milieu des points clignotants qui entravaient sa vision. D’un signe de la main, il le congédia sans plus d'explications et poursuivit tant bien que mal son difficile trajet jusque dans la chambre d’Howard… En ayant l’air d’un homme avec la gueule de bois en plein milieu de la nuit donc l’effet se dissipait lentement. Il ramassa son frère la première nuit, sans savoir quoi faire, rempli d’inquiétude. A nouveau, Howard se fermait, Morghann avait rejoint son propre lit.

Le manège fut identique la nuit suivante. Et puis la nuit d’après. Si bel et si bien que son horloge biologique l’avait réveillé un peu avant le drame, comme si son corps avait enregistré qu’il devait se lever à ce moment là de la nuit. Perplexe, il avait regardé l’heure sur son téléphone, fronçant les sourcils avant que la vague de panique traverse leur lien comme un tsunami que Morghann avait, cette fois, vu venir, s’improvisant météorologue. Il avait fermé partiellement son esprit à celui de son aîné, s’évitant la claque mentale qu’il se prenait chaque nuit depuis quelques jours comme un enfant peu sage. Il n’avait pas pris le temps de remettre un haut de pyjama, ni même de quoi se couvrir les pieds, malgré l’hiver. Il s’était faufilé jusque dans la chambre de son jumeau, tremblant d’inquiétude, mais moindrement frappé que les impasses nocturnes antérieures. Il s’assit sur son lit et saisit son jumeau par les épaules, l’appelant pour le réveiller. C’était de pire en pire. La peur appelait la peur, comme si la variable devenait rapidement exponentielle. Cela ne pouvait pas durer ainsi… Il fallait une solution, mais pour l’heure, il avait un aîné férocement agrippé à lui qu’il devait apaiser. Machinalement, il le berçait, frottant son dos, passant ses doigts entre les mèches de ses cheveux. « Regarde-moi... » Souffla-t-il finalement à son encontre, pour capter son attention qu’il espérait entière, une main placée sous son menton pour orienté son frère qui avait perdu le nord. « Ça n’était pas réel. Et c’est terminé. » Il posa son front contre le sien, son corps en balancier reposant s’appuyait sur des « Chhh... » destinés à faire redescendre sa brutale terreur. Il fit montre de patience, à nouveau, il n’y avait que cela qu’il puisse faire. Être là pour lui, le temps que sa détresse laisse place à l’homme composé et silencieux qu’il connaissait.

Mais ce soir, il n’avait pas envie que son jumeau se referme comme une huître, préservant pour lui-même ce qui le hantait si violemment. « Il faut que tu m’en parles Howard… Ce qu’il y a dans tes cauchemars. Ce que c’est. Ce que tu vois. Est-ce que… Ça ressemble à ce qu’il y avait durant ton coma… ? Autre chose ? » Il se mordit la lèvre inférieure, venant embrasser sa tempe. Geste vain pour l’amadouer. Pourtant, il savait bien que ce genre de comportement ne marchait pas sur son aîné. « Ça n’est pas normal. Il y a quelque chose qui cloche, Howard… Tes cauchemars sont étranges… C’est… Ça se produit toujours à la même heure. Ça t’est arrivé aussi à l’hôpital, je n’avais pas regardé l’heure mais… Je mettrai ma main à couper que c’était au même horaire. Les traumatismes ne sont pas ainsi réglés comme du papier à musique… Ça te prendrait aussi dans la journée, ça serait imprévisible et pas aussi ponctuel. Et... » Son regard se perdit, avant de s’accrocher aux obsidiennes gémellaires. « Ton regard était différent cette nuit là quand… Tu m’as regardé. Comme… Un animal terrifié par ma présence. J’ai eu la sensation que tu me jaugeais. C’était froid. Ce n’était… Pas toi. Je pensais que tu étais seulement perturbé… Tu sortais à peine du coma. » Peut-être aurait-il du lui en parler, mais il avait mis cela sur le compte du chamboulement psychologique qu’il vivait. « Laisse-moi ton esprit la nuit prochaine… Laisse-moi venir avec toi, voir de quoi il s’agit. Arrête de… Arrête de fermer cette porte, laisse-moi rentrer. Laisse-moi t’aider. Ça ne partira pas avec le temps… Je dois venir avec toi, marcher avec toi et me battre avec toi. »

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« Reste »

Sam 6 Aoû - 22:30
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Pas réel… pas réel… les mots tournaient, s'entrechoquaient, ne vibrant d'aucun sens, d'aucune raison. Ce n'était pas réel ? Un bref instant, il haït Morghann pour ces mots naïvement prononcés, mais son abattement chassa rapidement la chaleur de ce sentiment issu de la fatigue nerveuse. Lentement, la terreur diminua jusqu'à n'être plus qu'une sourde palpitation dans son corps, puis un engourdissement, et enfin une ombre, un mauvais souvenir qu'il savait devoir reproduire la nuit suivant. Il était épuisé. Son repos était bien trop troublé pour être sain et utile, son corps se brisait sous les élans de la peur et ses nerfs eux ne connaissaient aucun repos. Cela ne faisait que quelques jours, mais il avait déjà l'impression d'être une corde sur le point de se rompre. Ces horreurs nocturnes ne lui permettaient pas de chasser la faiblesse causée par son coma et la torture subie. Il ne reconstituait que de piètres réserves, qui s'évaporaient bien vite. L'impression d'inexorable chute et la lente submersion de sa volonté de s'accrocher lui semblaient déjà impossible à contrer, alors même qu'il se contraignait à mettre un pied devant l'autre. Fermant finalement les yeux, il somnola quelques longues minutes contre le corps de son frère, avant que la voix de celui-ci ne trouble ce moment de soulagement viscéral. Ravalant la frustration et l'ennui que lui causaient les soudaines question, il se releva finalement, péniblement… Il n'avait pas envie d'en parler, n'avait pas envie de devoir lui expliquer, pas forcément parce qu'il voulait le tenir à l'écart, Morghann avait rendu cela impossible, mais simplement parce qu'il était épuisé et n'avait vraiment pas envie de dépenser encore de l'énergie pour ça. Il avait envie de dormir, ou simplement de se laisser sombrer. La peur ne reviendrait pas l'étouffer avant la nuit suivante, il voulait en profiter grappiller ce qu'il pouvait obtenir. « Non » finit-il par dire. Non, il ne le laisserait pas le suivre. Hors de question. Morghann avait assez toucher à ça, il ne pouvait se permettre de le laisser s'amuser à suivre le loup comme une écolière. Il n'avait pas souffert, faillit mourir, pour le perdre finalement comme ça, aussi stupidement.

« On… on discutera demain matin » Il était trop assommé pour aller plus loin à ce moment là, préférant simplement refermer les yeux et se rendormir, comme assommé par une enclume. Lorsqu'il se réveilla vers cinq heure du matin, son corps semblait avouer une magnifique gueule de bois, et pourtant, il savait parfaitement n'avoir bu aucune goutte d'alcool. Se relever et s'habiller furent deux épreuves déjà à la limite de l'insurmontable tant il était épuisé… Dans le miroir net au reflet d'une cruelle franchise, il apparaissait amaigri, les yeux profondément cernés, la peau plus pâle qu'elle ne devrait. Pour autant, l'aîné se força à se rendre aussi présentable qu'il le pouvait, et lorsqu'il s'installa dans le salon, devant la baie vitrée donnant sur le jardin, seules ses cernes et son expression have le trahissaient. Un thé infusé tranquillement dans une tasse, et son assiette à peine entamée témoignaient qu'il venait tout juste de s'installer quand Morghann le rejoignit. La chaise écartée de la table, légèrement tournée vers la verdure au dehors, encore plongée dans l'obscurité d'un hiver qui s'accrochait à leur terre. Howard observait l'extérieur sans vraiment le voir, la tasse nichée entre ses doigts, sa chaleur se répandant doucement dans son corps, apportant un semblant de bien-être. Les bruits caractéristiques de l'installation d'un autre individu à table ne le firent pourtant pas se retourner, et il laissa Johan installer le petit déjeuné spécialement préparé pour son maître sans lui accorder même l'ombre d'un regard. Lorsqu'ils furent seuls de nouveaux, l'aîné soupira finalement et porta la tasse à ses lèvres avec précaution, craignant à chaque instant d'être reprit par une nausée irrépressible.  Le liquide parfumé passa pourtant très bien, et il cligna des yeux avant de tourner la tête vers son cadet. « Ferme la porte et allume les lumières je te prie » L'ordre était las, mais pas moins présent. D'autres suivirent. Il obligea son frère à poser du sel aux quatre coins de la pièce, à allumer une coupe d'encens mêlant l'acacia, destiné entre autre à l'harmonie, et le benjoin noir, une composition classique et puissante destinée à purifier les lieux et chasser les énergies négatives. Il fallut également à Morghann poser une petite coupelle pleine d'une eau pure entre eux sur la table.

Lorsque tout fut fait, Howard l'invita à se rasseoir et déplaça sa chaise de sorte à lui faire face, de l'autre côté de la table.  « Bien.. » fit-il enfin, cassant le silence qui s'installait de nouveau. « Il y a.. des choses que tu dois savoir. Sur moi, sur nous, sur les pouvoirs de notre famille » Ce n'était sans doute pas ce qu'il s'attendait à entendre, ou peut-être que si, qu'importait. Mais il y avait beaucoup à dire, et en même temps fort peu, et les explications avaient tant de racines différentes qu'il serait bien difficile de faire un résumé si Morghann commençait à le questionner. « Tu as lu le nécronomicon, les écritures de l'arabe dément. Qu'est-ce qu'ils t'ont révélés ? » Il reprit une gorgée de thé « Tu as vu au moins une partie de ce qui concerne les portes, mais quoi d'autre ? Qu'est-ce que tu en as compris ? Qu'est-ce que cela a éveillé en toi ? » Le questionnement était loin d'être innocent. La vérité, c'était que le nécronomicon était un ouvrage spécial, le tout premier grimoire de puissance de l'Ailleurs sur Terre. Il ne fonctionnait pas comme les autres ouvrages, mettons… les clefs de Salomon. Il y avait de nombreuses raisons à cela, certaines lui étaient connues, d'autres pas du tout, d'autres n'étaient que des hypothèses. « Si je te disais que ce que nous avons lu tous deux dans l'ouvrage n'a qu'une base commune, mais que les subtilités différent totalement, est-ce que tu me croirais ? Si je te disais ensuite qu'une des raisons pour lesquelles nous ne lisons pas la même chose dans l'ouvrage… c'est que nous ne sommes pas réellement de la même famille, du moins, pas magiquement… comment réagirais-tu ? »  
 

Mar 9 Aoû - 11:59
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Les épaules du cadet s’étaient sensiblement abaissées à la négation gémellaire, ce refus auquel il était préparé quand bien même il espérait son absence. Il s’était redressé, avec lui, l’aidant à se recoucher, pas moins inquiet pour autant. Devrait-il forcer cette porte, aller au-delà de ce que son frère lui opposait ? L’idée avait embrumé son esprit, l’espace d’un instant avant que son obéissance ne la chasse aveuglément, déclinant l’invitation de sa peur au profit des ordres de son maître. Pour autant, la chape de terreur reposait sur ses épaules, plus lourde et étouffante encore, et ne cessait de s’amplifier à chaque instant. Il se tendait, acquiesçant de la tête face à l’ouverture qu’on lui concédait : demain matin. Il ferma les lumières après un regard soucieux sur le corps de son aîné reposant dans ses draps épais et lorsque la porte fut close, il sentit sa propre angoisse monter en flèche, grondante depuis son ventre, elle remontait étreindre sa gorge. Son impuissance le frustrait et il avait l’amère sensation de se retrouver un mois plus tôt, face au même désarroi auquel il n’avait pas de solution. De retour dans sa chambre, il laissa le froid hivernal entrer dans la pièce lorsqu’il ouvrit la fenêtre en quête d’air pur.

Malgré cela, l’angoisse montait encore, comme un immense serpent qui resserrait ses anneaux autour de lui alors il refusait d’aller se blottir instinctivement contre son frère, celui-ci avait besoin de repos. Il l’avait repoussé, verrouillant hermétiquement le lien qui les unissait, délaissant son aîné au repos réparateur qu’il nécessitait. Pourtant l’idée même de le préserver de sa terreur ne l’apaisa nullement, au contraire, elle s’accentua par un profond sentiment de solitude. Des peurs, des phobies. Il en avait beaucoup et il n’était pas étranger à ce genre de réaction. L’orage, le vide, l’isolement le mettaient en proie à des tremblements. Les mêmes qui le prenaient ce soir. Sa respiration se hâtait, se saccadait alors qu’il se repliait sur lui même comme un animal blessé, cherchant à protéger ses fonctions vitales. De drogue, il s’apaisait, incapable qu’il était de les raisonner. Elles étaient plus fortes que lui, que sa médiocre volonté. Elle avaient toujours gagné. Il sombra dans un sommeil plein de démence où la substance psychotrope créait des formes et des couleurs qui n’existaient pas. Son corps tremblant l’abandonnait, et il y eu cette sensation de flottement. C’était fini.

La chute fut rude. Un peu plus rude à chaque fois, d’autant plus rude qu’il n’était pas en état de la supporter. Il était médecin, il savait pourtant bien dans quoi il s’était engagé, quelques mois plus tôt, lorsque les Voix lui avaient fait défaut et qu’il n’avait trouvé en remède que ces solutions palliatives aux effets pervers. Quitter son lit fut un supplice, l’effet perdurait cependant, ainsi comata-t-il sous la douche de longues minutes, la tempe contre le carreau froid alors que l’eau inondait son corps et qu’il ne la sentait qu’à peine. Membres engourdis, il se sécha et se vêtit lentement. Dans le miroir, ses yeux affichaient les caractéristiques veinures rouges du camé. Il ne pourrait les cacher à son frère. Il n’en avait pas même l’envie. Il n’avait que désiré que son frère profite d’un sommeil réparateur. C’était chose faite à présent. Lui aussi, l’avait trouvé en un sens. Son âme revint s’enrouler comme un écharpe de fourrure autour de celle de son aîné, et pourtant elle tremblait, tressautait brièvement des restes du stupéfiant. Il le rejoignit, dans sa salle à manger, aussi droit qu’il le pouvait, le corps douloureux. Il prit place à table et l’odeur de la nourriture qu’on lui mettait sous le nez lui retourna l’estomac. Non pas que ce soit mauvais, Johan était un très bon cuisinier… Mais il ne parvint pas à supporter cela plus de quelques secondes. D’une main maladroite et tremblante, il repoussa l’assiette et le thé sur le côté, là où se qu’il humait ne viendrait pas l’indisposer. Ses lèvres étaient scellées, comme par un étau verrouillées. Aux ordres de son jumeau, il s’exécuta, ne cherchant nullement à comprendre pourquoi.

Le sel, les encens, l’eau pure, pièce close. Il revint à sa place et leva vers lui ses noires prunelles, dont le blanc avait rosi de veinures. Il y eut un début d’explication et quand bien même il ignorait le cheminement que cela suivait dans l’esprit d’Howard, il était prêt à l’entendre, l’écouter. Mais ce ne fut que des questions dont on l’interrogea et auxquelles il ne savait pas quoi répondre, si ce n’était son ignorance. Plus que tout, il ne voyait pas où Howard voulait en venir, créant un sentiment d’agacement, aussi profond que la drogue le rendait facilement irritable et impatient. Il descella ses lèvres sans émettre de son et l’air s’engouffra dans sa gorge, lui rappelant soudain combien elle était nouée par l’angoisse. Répondre à ses questions. Se concentrer dessus. Le sens de tout cela lui viendrait peut-être ensuite. Il se rendit compte que son âme s’était brusquement et instinctivement agrippée à celle de son aîné lorsqu’il avait été évoqué la possibilité qu’ils ne soient pas de la même famille. Il s’évertua à le relâcher, gêné par sa réaction. Il devait se montrer plus raisonné.

« Tu l’as probablement étudié plus que je ne l’ai jamais fait… Je… suppose que tu as raison mais je ne vois pas où... » Il voulait en venir ? Il secoua la tête de gauche à droite pour chasser son impatience et se contenter de répondre à ce qu’on lui posait comme question. Il ouvrit à nouveau la bouche. Puis la referma, réalisant ce à quoi il n’avait jamais prêté attention avant : « Je ne sais pas ce que ça m’a évoqué, c’est… malaisé de mettre des mots sur quelque chose qui ne se lit pas vraiment, qui s’imprime en soi plus que ça n’évoque de chose réelles. Des mots sur quelque chose dont j’ignore le nom. » Des choses qui n’existaient pas dans leur monde, qui avait sa logique propre, sa réalité propre, mais pas ici. Quelque chose de l’Ailleurs. Ça n’était pas vraiment surprenant issu d’un tel livre et il doutait que cela puisse répondre aux questions de son frère. « Et c’est lointain. J’ai cessé de m’y intéresser lorsque nous sommes partis à l’étranger. Je n’en voyais pas l’utilité. L’utilité de la magie nécromancienne. En dehors de ce que j’avais appris à faire depuis bien longtemps. Lier les esprits défunts à moi. Être la porte entre leur monde et le nôtre ainsi que… Le lien, la force magique qui leur permet de vivre avec nous, simultanément, indépendamment de moi. De la même manière qu’on ponctionne le nexus, je ponctionne à travers moi pour leur redonner la magie dont ils ont besoin pour… être là. Et faire aboutir les missions dont je les incombe. »

Sans savoir où il ponctionnait exactement. La magie avait son nombre de mystères et cela avait toujours fonctionné sans engendrer des effets négatifs. « Je n’ai rouvert le nécronomicon qu’en décembre pour… Ayzebel. » Le prénom avait été prononcé tout bas, comme s’il craignait qu’il n’agace son jumeau. « Je n’ai aucune idée de ce que cela est censé m’évoquer ou non, Howard. Je ne m’en suis servi que pour ponctionner ailleurs la magie dont j’avais besoin, dont j’ai besoin pour maintenir en permanence ce millier d’esprits qui m’accompagnent. Je ne pourrais pas le faire avec la simple puissance de mon sang, c’est trop. Je ne sais pas non plus comment je fais. Comment j’ai fait la première fois. C’est ancré en moi comme un mécanisme aussi instinctif que la respiration. Je ne l’ai jamais pleinement étudié, cet ouvrage, jamais accompli de rituel, jusqu’à décembre. Et je pensais que ce serait plus compliqué que cela, plus difficile. » Il avait ouvert ces portes aussi facilement qu’un couteau dans du beurre tiède. Il se sentait gêné par son ignorance sur le sujet, doublé du fait qu’il n’était certain de répondre véritablement aux questions de son frère. Il avait honte de ne pas être à la hauteur de ce qu’on lui demandait, de ne pas comprendre, par manque d’études sur le sujet, des études qu’il avait délaissé au profit d’une vie normale. La drogue transformait honte et gêne en agacement, comme la craie crissant sur le tableau noir. « Quel est le rapport entre ça et tes cauchemars ? » demanda-t-il abruptement, face à la sensation âcre qu’il avait d’étaler sa stupidité et ses lacunes sous le regard gémellaire.

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Jeu 11 Aoû - 12:55
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Il y eut un silence de quelques instants tandis qu'Howard soupesait son frère d'un regard frais, rendu plus posé par la lassitude et l'exercice d'une pensée plus que sérieuse, grave dans sa forme comme dans son essence. Les renâclements de son frère ne passaient nullement inaperçus, mais il ne leur accordait pas plus d'attention, se refusant à plier à des enfantillages, quand il y avait plus important en jeu. Morghann ne voyait pas, ce n'était guère étonnant car si il était bien un Earl, l'avoir suivit à l'étranger avait… temporisé son apprentissage. « Tout » répondit-il succinctement. Ses questions avaient tout à voir avec ses cauchemars, hélas. Ponctuant l'affirmation d'une gorgée de thé, il pinça sensiblement les lèvres en cherchant comment lui expliquer l’inexplicable. Comment lui donner la mesure de tout cela ? Avec des mots, certainement, mais quoi de plus ? Son regard tomba finalement sur sa canne, revint à l'encens, cherchant ses mots, ses concepts. Après une attente presque douloureuse, il reprit avec pondération : « Morghann, comprend bien que je ne cherche pas à porter emphase sur tes lacunes. C'est également pour cette raison que je n'ai pas mentionné ce que tu as fait à cette fille. Cela ne devait pas te troubler » Et pourtant, on ne rouvrait pas le principal grimoire nécromantique datant de l'ancienne Arabie pour faire sauter les verrous mentaux d'une gamine qui ne le nécessitait pas le moins du monde. On ne puisait pas dans cette magie pour de telles choses. On puisait en elle pour défaire les croyances mortelles. Et souvent, satisfaire un besoin de puissance. « Quelle est ma spécialité Morghann ? Tu es lié aux fantômes. D'autres aux morts-vivants. Peux-tu dire à quoi je suis lié ? Ce que je fais de ce pouvoir vers la mort ? » Il ne pourrait sans doute pas, parce qu'il n'avait jamais usé de quoi que ce soit qui aurait pu le cataloguer, il n'usait pas beaucoup de ses pouvoirs magiques en règle générale, s'en tenant au minimum. Son frère n'ignorait pourtant pas que les choses n'avaient pas toujours été ainsi, et qu'il avait été, sur la fin de son adolescence et l'aube de son statut d'adulte, obsédé par la magie et le pouvoir.

« Penses-tu que le nécronomicon soit seulement un ouvrage ? Ou que ton rituel ait vraiment été si simple ? Ne penses-tu pas qu'un grimoire qui s'exprime directement en toi est… un peu plus que amoncellement de pages et de connaissances ? » Des questions, encore, mais il devait absolument se les poser, au moins une fois, avant qu'il ne lui réponde. Il ne croyait pas lui-même à cela. Comme il n'y avait plus cru depuis très longtemps, dès que l'étude de ces pages s'était faite si délicate. Il y eut un nouveau silence, pendant lequel il le laissa réfléchir, même s'il n'obtenait aucune réponse satisfaisante. Puis lorsqu'il estima que le moment était bien choisit, qu'il l'avait suffisamment laissé penser, il rompit l'immobilisme entre eux. « En réalité pour interagir avec les morts, tu n'as pas besoin du nécronomicon, il ne t'est d'aucune utilité. Les paragraphes sur le sujet au sein du livre sont tous des métaphores qui cachent de bien plus grands secrets. Le but réel du livre n'a jamais été de nous apprendre à frayer avec les défunts, il n'a pas été écrit en ce but. Mais parfois, il faut dissimuler certaines choses, de sorte que… seuls ceux qui ont l'esprit nécessaire puissent s'en emparer. Si tu veux renforcer ton ascendant sur les morts, je te conseillerais davantage le Du Vermiis Mysterii ou le culte des Goules. Mais lorsque tu as ouvert le nécronomicon pour la toute première fois, tu est entré en résonance avec autre chose…. Avec une faille dans notre réalité, une faille conduisant aux sphères inaccessibles aux mortels» Son petit déjeuné refroidissait mais il avait beaucoup à expliquer, et à rendre concret. Presque trop. Morghann, cependant, avait voulu des réponses, et il allait en fournir. Avec un soupire et une crispation des traits, il reprit : « Tu agis comme… une borne wifi sur laquelle cette faille se branche lorsque tu es proche d'elle. Et plus tu entres en contact avec elle, plus ta résonance est stable. Et plus il est aisé à un hacker de venir se servir... » L'image était certes moderne, mais le concept était le même. « Parce que quoi que tu fasses, tu ne peux pas refuser à cette faille de ce connecté à toi sans te munir des outils nécessaires… et encore faut-il savoir que ce lien existe »

Il fallait qu'il comprenne que la magie était dangereuse, la leur plus encore, et qu'elle avait toujours des conséquences et un prix… souvent terrible. « L'ouvrage est un moyen de communiquer avec des intellects venus de loin, du moins de loin à nos yeux. Il t'a donné ce qu'il sentait que tu voulais, et ce qui pouvait s'éveiller en toi la première fois. Mais il a aussi posé en toi les bases de votre connexion » Il se déplaça, se releva pour l'approcher en claudiquant, lentement, le regard toujours rivé sur lui… Et cette connexion était dangereuse. « J'ai vécu la même chose, mais contrairement à toi, je suis allé loin dans la lecture et l'échange qui en découlait. J'ai finis par prendre conscience de ce lien et le rôle que je jouais pour ce qui se tapissait derrière le livre. Alors j'ai commencé à être plus dirigiste, dominateur… quand tu sortais avec tes amis de fac, je m'enfermais dans ma chambre et je forçais le livre à me donner des informations qu'il préférait garder pour lui. Parmi celles-ci je lui ai arraché la façon dont je pouvais contrôler et bloquer ce lien sinistre et dangereux. Et je l'ai bloqué. Mais dans le même temps j'étais affamé des connaissances que je découvrais, il m'en fallait toujours plus… C'est d'ailleurs probablement pour cela que l'ouvrage a finit par me céder le moyen de le bloquer, parce qu'il devait se douter que ma soif de puissance serait suffisante à un faux-pas » Et il avait eut raison. Sa victoire n'en était alors pas une. Il avait bien fait une erreur, et une erreur monumentale. S'arrêtant près de Morghann, il posa, lentement, une main sur son épaule. « J'ai continué à creuser. Et parmi tous les sujets dont j'étais affamé, il y avait la question des sens. Vois-tu, les sens des mortels sont des choses minuscules. Presque inutiles. Ils nous confinent dans un plan d'existence minuscule, même les plus forts d'entre-nous. Ils sont peu nombreux, et tiennent plus de moignons que d'autres choses. Sur Terre même, il existe des dimensions, des plans et des formes de vie qu'il nous ait impossible de percevoir, d'appréhender et d'atteindre…. Mais avec un entraînement adéquat, notre aveuglement peut être levé, au moins partiellement. Un peu accéder à ces autres dimensions, et y voir ce qui s'y trouve »

Là était son erreur… « Et je me suis entraîné. J'ai vu au-delà de mon existence mortelle. Mais en voyant, j'étais de nouveau vulnérable. Je me suis entouré, autant que je le pouvais. Les autres, les membres du Cercle… ils sont mes gardes-fous autant que mes proches » Reposant une partie de son poids sur le bord de la table, il plia légèrement sa jambe blessée. « Mais toutes mes barrières sont tombées durant mon coma. L'âme qui est entrée en moi a pulvérisé mes protections, et ce qui se trouvait… au-delà de nos regards, on réussit à me rattraper. J'essaye de remonter lentement mes protections, mais je suis trop épuisé et je laisse des failles… quelque chose s'y infiltre chaque nuit. Quelque chose qui n'a pas pour but ma seul mort, mais qui veut davantage s'amuser à me voir me déliter lambeau par lambeau, impuissant à l'arrêter » Nouveau silence, presque sépulcral avant qu'il n'achève simplement « Voilà pourquoi je dis que nous ne sommes pas de la même famille magique. Tu veux, et tu agis, sur les morts. Je le puis en un sens, mais mon pouvoir se tourne vers l'ailleurs où la vie et la mort ne sont pas des concepts aussi importants. J'ai dépassé le stade de l'au-delà depuis déjà longtemps, y retourner serait… comme de me demander de me nourrir uniquement de tofu. J'aime cela, mais je ne peux pas m'en sustenter »
 

Ven 12 Aoû - 9:54
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Le premier mot ne l’éclaira nullement et laissa même le cadet dans une obscurité plus ténébreuse encore. Howard devait bien se douter que son jumeau ne pourrait se contenter de cette réponse, qu’elle ne suffirait nullement à mettre en exergue les attentes à ses questions comme s’il venait à s’agir d’une évidence inévitable. Cela n’avait rien d’un évidence, surtout pour Morghann. Et l’éviter avait été une spécialité que s’en était parfaitement risible. Silencieux, il attendait la suite et le blanc qui s’étendait était aussi détestable que détesté. Baissant les yeux à l’explication suivante, la tension s’apaisa en lui, comme une corde fine dont on relâchait la sensibilité. Vint une question, à nouveau. Le sorcier s’était contenté de relever les yeux vers son aîné avant d’enchaîner un unique mouvement à droite puis un à gauche de la tête. Mouvement lent et posé n’appelant pas à plus de compréhension sur cette affaire de cauchemars. Pas plus que les questions suivantes. Ce genre de demande était rhétorique et la réponse était contenue dans la question. Il ne s’en était pourtant jamais plus intéressé que cela au demeurant. Il n’avait ouvert ce livre que si peu de fois qu’il serait même possible de les compter sur les doigts d’une seule main. Alors quant à se poser de pareilles questions pas le passé… Ça lui était largement passé au dessus de la tête sans l’effleurer. Il ne s’en était pas plus inquiété en décembre, ouvrant le nécronomicon comme on feuillette un livre de cuisine. Ça n’avait jamais été aussi métaphysique que la manière dont en parlait Howard. Pas plus qu’il n’avait creusé le sujet par soif de connaissance. S’il y avait bien une chose pour laquelle Morghann avait été longuement épargné, c’était bien cette avide quête du pouvoir. Mis à l’abri, il ne s’y était pas même intéressé. De près ou de loin. Sa curiosité aux penchants maladifs n’était née qu’il y très peu de temps, face à Nyarlathotep et plus récemment, au cours du rituel auquel Pryam l’avait fait participer, là où le goût pour la puissance c’était faite sentir comme à la découverte de la première cigarette, comme une menace latente et un tombeau.

Le reste des explications tomba comme un flot bienfaiteur. Howard prenait un soin particulier à lui préciser en détail ce qu’il avançait, l’illustrant, le reformulant pour que le cadet ne laisse échapper aucun sens à ses mots. Et le plus jeune buvait ses paroles avec l’innocence et la candeur des ignorants, des êtres encore vierges sur lesquels il était possible d’écrire sans avoir à effacer le texte qui remplissait les pages. Cela rendait la situation plus facile en un sens. Il fallait bien que sa stupidité et son idiotie ait un avantage. Ses noires prunelles comme des pierres polies d’obsidienne n’avaient pas lâché le reflet de leurs jumelles, pas même lorsqu’il se déplaça et vint, dans un rapport qui était devenu naturel, le surplomber. Morghann s’était muré dans le silence respectueux d’un élève assidu en pleine leçon et ses mains tremblaient légèrement au bien-être venant couver leur conversation, comme une bulle, une drogue, celle dont il se gavait éperdument. Le cœur du cadet se calmait, s’apaisait, se laissait docilement transporter par l’innocence de la situation, de la proximité de son jumeau, leur attention conjointe. Il aurait voulu passer plus de ces moments avec son frère, simplement à discuter, à profiter que l’expérience de son aîné pour guider ses propres pas avec un peu plus d’aisance chaque jour. Pouvait-il lui réclamer ? En un sens, cela semblait opportun. Il n’appartenait qu’à lui de se dégager du temps pour lui, pour eux. Tout son être agréait à cette appréciation. Peut-être alors y avait-il une solution… Il posa sa main sur celle de son jumeau, reposant elle-même sur l’épaule du cadet. Ses doigts tremblaient encore, toujours. Comme à chaque fois qu’Howard prenait consciemment ou non, physiquement ou psychiquement, l’ascendant sur lui. Des tremblements sourds, invisibles à l’œil nu, mais qui palpitait dans la pulpe de ses doigts au toucher.

« Il le faudra pourtant, n’est-ce pas ? » Il lui faudrait les bases pour se reconstruire, à la manière dont il s’était construit pas le passé. L’idée avait des allures d’évidence et pour autant, il était aussi possible qu’Howard ait une autre idée derrière la tête, auquel cas, Morghann s’en trouverait forcément avisé. « C’est pour cela que tu ne ressens rien, au niveau de tes sens ? » Puisque c’était là le sujet qui avait intéressé son frère : « Que tu as des attentes… Disons supérieures. En matière de nourriture, de son comme la musique, les touchers. Ce n’est pas qu’une question d’éducation ou… J’ignore quel traumatisme. Tu es passé à un état de conscience plus élevé, moins… Terre à terre. Plus élitiste, en fait. Tes goûts et tes appréciations se sont exacerbés à mesure que ta compréhension s’élevait au dessus du commun des mortels. Au point d’en rejeter ce que tu voyais comme trop bas. » Des suppositions, dont il n’était pas même certain. Le débit de sa voix se faisait hésitant, comme s’il butait sur chaque mot. Il y avait là une évolution sous-jacentes de l’intellect de son jumeau qui avait altéré sa vision du monde, ne serait-ce par ce qu’il voyait d’invisible à tout autre. « Apprends-moi ? » avait-il fini par proposer. Nyarlathotep ne serait pas satisfait et il en comprenait à présent le sens. Il était évident qu’il se tournerait ver l’Aîné si son aîné de sang ne répondait pas favorablement à la demande. « Me former à cela, m’empêcher de.. Faire d’autres victimes ou dommages collatéraux. Et aussi… Surtout. Pour toi. M’apprendre, revenir à l’essence même de ce que tu as déjà étudié pour t’initier toi-même à nouveau à travers moi. » Il n’était pas certain d’être clair dans sa manière de s’exprimer. La présence de son jumeau l’avait toujours dérouté, surtout ces derniers mois. Il savait très bien s’exprimer lorsqu’il n’était pas là. « Je veux dire… Notre lien te permet de vivre mes expériences. Et moi les tiennes.  S’il pouvait nous servir, de manière positive. Si tu m’apprends, peut-être pourras-tu bénéficier également de l’expérience que j’acquiers, comme si c’était la tienne, pour reforger ta propre défense. »

Il ouvrit la bouche la referma, cherchant à éclaircir son propos : « Je peux manger le tofu à ta place. » Son regard ne le quittait pas, absorbé qu’il était. « Enfin, sur le papier, ça a l’air de marcher. Je ne sais pas si concrètement cela portera ses fruits. » Il baissa les yeux. Howard saurait certainement mieux en juger que lui : « Y a-t-il une autre solution ? Un moyen de t’aider à renforcer tes barrières ou… Éventuellement mettre hors de moyen de nuire, voire détruire cette chose qui a appris à t’infiltrer ? Peut-on la localiser, la retrouver ? La piéger ? » A défaut de pouvoir résoudre le problème dans un sens, en se protégeant, il était possible de le prendre dans un autre et d’aller couper l’herbe sous le pied à cette chose qui prenait Howard pour cible. Tête basse, il ne savait plus comment le regarder sans le dévorer des yeux, craignant que son adoration finisse par devenir gênante.

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Lun 22 Aoû - 22:52
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Comme à son habitude, il était resté coi jusqu'à ce que les questions et les hypothèses de Morghann s'épuisent, et que le silence reprenne ses droits entre eux. Il y avait du vrai, dans ce que son frère avait énoncé, et il y avait du faux, ou plutôt, de l'inexacte. Ce qui n'était pas tout à fait la même chose, car là où l'erreur était synonyme de danger, au sein de la magie, l'inexactitude laissait place au perfectionnement. Il suffisait d'accepter d'être tutoré correctement. Le cadet comprenait vite, dans l'ensemble, une satisfaction qu'il avait exprimé d'une pression accentuée sur son épaule, mais il ne relâchait pourtant aucunement l'intensité du regard que, sur lui, il apposait avec gravité. On ne pouvait pas prendre tout cela à la légère, sauf si l'on désirait se mettre plus en danger encore qu'on ne l'était… Sous-estimer la dangerosité de la porte qu'il entre-ouvrait aurait inévitablement conduit à une ruine sans aucun espoir de salut. « Mon état sensitif… est plus complexe que tu ne penses. Je ressens des choses, si je ne ressentais rien je serais incapable de me mouvoir dans notre dimension et resterait apathique et immobile. Mais ces ressentis sont, effectivement atténués et ternis. Ce que j'ai découvert est infiniment plus profond, plus vivace » Quelque chose s'était allumé dans son regard, progressivement, comme la lueur d'une étoile glacée et lointaine, lustrant les prunelles d'obsidienne. Cette même lueur froide et pourtant virulente, bien que d'un calme inhumain, qui s'était laissé entrevoir en deux précédentes occasions. « Tu ne pourrais comprendre totalement Morghann, mais j'ai soudain eu l'impression de me découvrir des membres qui n'existaient pas. Des membres qui étaient restés atrophiés toute ma vie et que je découvrais soudain… pleinement, entiers. J'étais soudain capable de choses… que je n'aurais pas imaginé faire. Et j'aimais ça » Il avait terriblement aimé ça. Les sensations l'avaient enivré, charmé et entraîné dans un autre monde. Un monde dangereux, qui n'avait d'existence que pour lui et qui rendait le sien si terne que plus aucune forme de morale ne subsistait. Qui aurait eut un semblant de scrupule à froisser une page griffonnée ? C'était ce que le monde avait été, une page griffonnée. Et l'ouvrage l'avait encouragé.

« Mes sens humains m'ennuyaient. Ils ne m'apportaient plus rien. Et lorsque je tentais de les dynamiser, de leur redonner un attrait, cela finissait mal… j'ai obtenus le résultat inverse, j'attisais des tensions sous-jacentes en moi, des… restes d'expériences douloureuses passées. Mes traumatismes. Après un temps, j'ai abandonné et me suis entièrement consacré à mes nouveaux sens. J'ai fais l'erreur de me complaire en eux, de ne plus vivre que par eux. Et lorsque j'ai enfin sortis la tête de l'eau, j'étais en grande partie  incapable de rattraper ce que j'avais fais » Sa voix ne tremblait ni ne vibrait, tandis qu'il exposait les faits, l'observant sans faiblir de son regard illuminé. « Mes goûts actuels sont à l'image de ce qu'il me reste d'appréciation commune, comme tu l'as toi-même hypothétisé. Ils correspondent à ce que je ressens… et ce que j'ai appris, du moins en partie. Mais c'est également la raison pour laquelle je suis parfaitement incapable de créer de l'art, ou de cuisiner. Je comprend, j'appréhende, mais je suis incapable de produire le sentiment, la vie derrière une œuvre. Je pourrais décrypter les équations mathématiques produisant la plus merveilleuse des mélodies, mais je ne pourrais pas lui insuffler ce petit quelque chose de plus qui donnera la chair de poule à ses auditeurs. Tout simplement parce qu'elle n'existe pas, dans le monde qui m'a été ouvert. Il n'y a pas de sentiments. C'est… inimaginable, impensable, magnifique et pourtant parfaitement inhumain. C'est différent » Il secoua doucement la tête et expliqua « Ma compréhension est bien plus élevée, mais elle m'a éloigné de beaucoup de choses. J'ai largement payé, pour jouir de ces sens. Ce que je pourrais faire au travers d'eux, je n'ose qu'à peine y penser… mais ce sont des connaissances qui ne devraient pas être apposées dans le monde qui est le nôtre. C'est ce qui m'a fait comprendre pourquoi la lignée d'Al'Hazred était maudite. Ce qu'elle a fait est une abomination » Le silence s'abattit comme un couperet sur eux….

Qu'est-ce qui pouvait se passer, sous le crâne de son cadet ? Il pouvait y regarder s'il le voulait mais en fin de compte… il préférait éviter. Il ne voulait pas regarder de lui-même. Pas à ce moment précis. « Ma défense nécessite ma force d'esprit et de volonté, et beaucoup d'énergie. Une énergie qui ne m'est accessible qu'à travers du Nexus et… tu te doutes bien que je n'ai pas envie de l'utiliser, après ce qu'il s'est passé. Mais je t'apprendrais, ne serait-ce que pour t'empêcher de te tuer ou pire. Pour te préserver… et pour que tu me comprennes également » Comprenne ce qu'il vivait et avait vécu au quotidien. Ce dont il était capable et ce dont il souffrait. Ce dont il faisait également sa fierté. Car il en était fier, en fin de compte, et ne s'en repentait pas. C'était une réussite, son accomplissement, à lui et à personne d'autre, pourquoi le nier ? « C'est aisé, à l'oreille n'est-ce pas ? Force mentale et volonté, cela pourrait paraître si aisé de réussir… mais ça ne l'est pas. Ça ne l'est pas du tout. Tu comprendras bien vite qu'élever ces barrières est un accomplissement tout aussi inhumain que l'éveil des sens qui me causent tout ces problèmes. C'est… vouloir soulever une montagne à mains nues. La dernière fois j'en suis resté apathique pendant des jours entiers. Des semaines. » Nouveau silence, nouvelle ponctuation impalpable, tandis qu'il le laissait engranger. Et lorsqu'il estima que son cadet y avait assez pensé, il reprit : « Cependant, Morghann… si je t'entraîne à clore ton lien avec l'ailleurs, tu devras me promettre… me jurer… de ne jamais chercher ses mystères et ses secrets. Tient t'en aux royaumes des morts, c'est déjà tout un monde à explorer, et il sera moins dangereux » Oh il y aurait d'autres dangers, aucun doute là-dessus, mais des dangers moins inhumains, pour la majorité, moins éloignés de tout ce qu'ils connaissaient. Des dangers qu'avec les bonnes pratiques, ils éviteraient, là où l'ailleurs était un adversaire presque invincible.

« Quant à ce qui m'agresse… je ne sais pas ce qu'il est possible d'accomplir à son égard pour le moment, il y a tant de choses, juste au-delà de toi, qui sont tapies, à l’affût…. Trop de choses, et pas assez de moyens pour les atteindre » Et c'était ainsi que l'on comprenait mieux à quel point l'univers pouvait être vaste, et l'humanité minuscule…

Ven 26 Aoû - 10:52
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Le silence avait empli l’espace entre eux, au terme de ses propres mots. Le cadet avait fini par relever la tête sur le visage à l’expression grave d’Howard. Et puis le ton tout aussi imposant des explications qui venaient, la lueur dans son regard qui l’effrayait et le charmait par son inhumanité. Une lueur qu’il reconnaissait qui lui laissait une chair de poule en souvenir de son passage, et la crainte autant que l’extase face à cet inconnu. Il n’en pipa toutefois pas mot, gardant pour lui-même, pour l’heure, ses appréhensions tremblantes et son attirances dérangeantes. Il ne devait prôner l’inhumain. Il ne devait l’accepter, lui laisser la moindre place. Ça n’était pas humain mais Howard, lui, en était un. Perdu de toutes évidences entre deux versions du monde, préférant l’une plus que l’autre tout en sachant la seconde fade mais nécessaire. Plus réelle, et palpable. La était donc ce qui était resté de l’âme de son jumeau. Quand elle s’était éfritée entre ses doigts, ne laissant qu’une graine à germer. Il n’était resté qu’une bête, une chose qui avait perdu son humanité… Mais le démon n’aurait pu reconstruire cette humanité, ça n’était pas dans sa nature. Elle avait bien du subsister au fond de lui, au cœur de son frère. Auquel cas, Howard ne serait plus ce qu’il était à l’heure actuelle. Il aurait sombré dans l’inhumanité la plus complète, loin de cette dualité qui semblait faire son attrait. Il l’écouta jusqu’au terme, sans répondre, pas même aux questions, pas même à la demande de promesse. Il n’aurait su promettre dans l’immédiat ce qu’on lui demandait. Lorsque le silence revint entre eux, il entrouvrit les lèvres, le temps de chercher des mots à sa réponse.

« C’est faux. Composer une musique, préparer un repas et en faire naître ce petit quelque chose qui donne la chair de poule ; ce n’est pas tout. C’est juste que tu n’es pas doué là dedans, on ne peut exceller partout, et je ne suis pas meilleur que toi. Donne-moi le clavier d’un piano et je retourne les morts dans leur tombe. Tu ne restreins le champ des possibles qu’à ce qui est des sens perceptifs mais il y a autre chose dans ta présence qui crée ces sentiments. Ces frissons. Ta manière de parler, ta manière de bouger, ta manière de regarder. Ce sont des choses que tu crées autour de toi, ton aura, ce sixième sens que tout le monde ressent sans parvenir à mettre de mots dessus. Ce sont justement des sentiments, ils sont plus instinctifs, socialement moins élitistes mais là. Tu as rallié certains membres de notre famille de sang à toi. Tu leurs as soufflé la confiance, galvanisé leurs espoirs. Tu as su t’entourer. Et ça... » Il serra sa main sur la sienne, renforçant ses tremblements devenus viscéraux en sa présence : « Je ne fais pas ça tout seul. C’est toi qui crée ce sentiment en moi. Dans ta manière de te comporter, dans ton regard, dans ta présence. C’est réel. Dire que tu ne peux créer ces sentiments… C’est faux. Tu es humain, qu’importe les enseignements et les travers dans lesquels tu as pu tomber, et tu restes parfaitement capable de le faire. Tu te mets des œillères. Peut-être même es-tu sincèrement convaincu par le contraire. Peut-être t’es-tu simplement convaincu par dégoût de ce que tu juges comme trop fade, ces sens, ou bien par peur, par terreur, parce que ça te fige sur place et que tu n’aimes pas cela. Qu’autant que tu le pourrais, tu préférerais l’éviter. Ça ne rend pas cela moins réel. Tu sais créer les sentiments, les frissons. J’en suis assailli, ne le vois-tu seulement ? » C’était peut-être cela le plus douloureux, cette création de sentiments qui, sans le vouloir seulement, venait à le rendre terriblement dépendant de lui sans parvenir à lui faire entendre le même écho. Au final, c’était Morghann qui ne parvenait pas à les créer en son jumeau, ces sentiments, cette satisfaction à l’avoir à ses côtés.

Il repoussa la main de son frère sur son épaule, sans violence aucune mais il ne pouvait la supporter. De même qu’il détourna le regard, espérant là couper court à la drague inconsciente dont Howard était l’auteur et Morghann le récepteur bien trop sensible. Devait-il le repousser comme autrefois ? Lui refuser, le rejeter ? Ne serait-ce que pour mieux se préserver ? Howard avait-il seulement idée de l’ampleur que cela avait pris en peu de temps, depuis son retour à Last End ? Que ça l’avait brûlé et dévoré d’autant plus au court du coma gémellaire en se mêlant à la crainte de le perdre ? Que c’était terriblement exponentiel au point de l’étouffer tant il était confronté à un mur en la matière ? Un mur borné. A moins que ce ne soit lui, Morghann, qui se soit borné dans ce sentiment. Capricieux comme il n’avait jamais cessé de l’être. Et drogué à ne plus pouvoir en sortir. Son regard se perdait sur la table et fixait l’eau pure. Changer de sujet… Parler d’autre chose. Penser à autre chose. Chasser ce qui l’obnubilait en la présence d’Howard. « Alors le seul moyen que nous ayons pour t’aider à te reconstruire c’est… Laisser le temps faire son œuvre ? Te laisser travailler seul jusqu’à ce que tu parviennes à une solution. Nous avons déjà saisi cette option après le rituel de décembre et tu n’en as vécu qu’avec une faille que le premier ennemi sur notre route a exploitée et t’a précipité dans les tréfonds desquels je t’ai sorti. » Ça n’avait pas été gratuit et il était loin d’avoir fini de payer pour cela. « Quitte à payer à nouveau, je préfère prévenir que guérir. Que ma dette serve à ta vie plutôt qu’à t’extirper de la mort. » Si les deux voulaient dire la même chose, il existait cette nuance qui lui était chère. Il payerait pour ce qu’il avait demandé. Mais ce qu’il avait demandé aurait pu être mieux s’ils s’y étaient pris en amont. Howard ne se serait pas retrouvé en cet état de faiblesse où il était aujourd’hui. Une faiblesse bancale et menaçante qui rendait incertain son avenir.

« S’il n’est pas possible d’arrêter ce qui  te pourchasse… Alors je te réveillerai la nuit prochaine. Une quinzaine de minutes avant que ça n’arrive. Pour que ça n’arrive pas de nouveau. Nous verrons comment réagira la chose. Si elle s’adapte et à quelle vitesse. Si au moins on pouvait t’éviter l’énergie dépensée dans un cauchemar pour une ou deux nuits... » Et s’adapter à la menace si la menace s’adaptait également. Il n’avait pas la moindre idée de ce que c’était, mais en agissant, en testant, il leur serait possible d’apprendre et de comprendre. « Quant à te jurer de ne pas plonger stupidement la tête ma première dans l’ailleurs… Non, je ne le peux. Je ne veux d’aucune promesse qui m’engage auprès de toi et que je ne saurais tenir. J’ai des raisons pour cela. Mes propres faiblesses pour commencer. Mais également un motif qui peut me porter hors de ma volonté. » Le serment qu’il avait formé auprès de Nyarlathotep. Si l’Aîné décidait de le conduire au-delà des limites imposées par son jumeau, il n’y aurait ni promesse ni raison ni amour qui ne tiendraient. Il fixait toujours la coupelle d'eau, visiblement tendu.

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Ven 2 Sep - 17:37
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Il ne comprenait pas. La réalisation le frappait soudain comme l'évidence qu'il avait voulu esquiver, ignorer dans son souhait têtu de voir Morghann plus grand qu'il n'était, plus détaché qu'il ne pouvait l'être. Dans un élan de mauvaise foi, peut-être voulait-il aussi ignorer la possibilité que Morghann ait parfaitement comprit mais embrouille volontairement ses pensées et son discourt pour un but qui l'intéressait davantage que ce dont il lui parlait. Il aurait pu en rire, nerveusement, lorsque l'idée de sixième sens fut évoquée. A la place cependant il se contenta de l'observer. De le regarder s'entourer de son monde de rêve avec le sentiment qu'il ne pourrait jamais l'atteindre, jamais l'en tirer et l'en réveiller. C'était plus effrayant encore quand il savait que c'était lui qui sombrait dans un cauchemar. Sans cesser de l'observer, il retira sa main chassée et se décala, se relevant complètement avant d'enfin s'éloigner, retournant de son côté de la table… jusqu'à se figer. Et avant qu'il ne réfléchisse, c'était ses tripes qui avaient parlé, répondu d'une voix glacée : « Ah… je vois que ta culpabilité s'est vite envolée. M'en voilà tant comblé, que tu changes de discourt si aisément. Qu'était-ce déjà ? Rappel-moi ? 'Je refuse que tu souffres encore par ma faute' ? » C'était bas, injuste et purement mauvais, mais il n'avait simplement pas réussi à s'en empêcher. La naïveté de son frère recommençait à l'agacer et ce d'autant plus qu'il le mettait en cause alors même que tout cela résultait de ses choix à lui. Des choix qu'il avait accepté et auxquels il avait volontairement cédé, c'était parfaitement vrai, mais puisqu'il était le seul à admettre ses erreurs et à les garder en tête, il ne voyait pas de raison de ne pas le condamner pour ses paroles. « Qu'est-ce que tu vas m'apporter, hein, Morghann ? Qu'est-ce que tu peux faire ? Tu ne connais rien à ce domaine, tes rares incursions en lui sont des catastrophes, le temps que tu parviennes à un niveau de maîtrise suffisant, il se passera des années entières, des années durant lesquelles je serais déjà complètement rongé par l'autre côté si je dois me fier à un on…. Alors oui, ma meilleure option, c'est effectivement que je m'occupe de cela moi-même, et que je n'ai pas à venir te sauver la vie une fois encore »

Il y eut un silence, durant lequel il lui jeta un regard dur, amer. Une part de lui regrettait ses paroles, et une autre s'en satisfaisait. Et il avait envie d'enfoncer le clou, les répliques déjà prêtes à ses lèvres… et pourtant, cette fois, il les laissait tourner dans sa tête sans qu'il ne les entende d'aucune façon. En un sens cela le soulageait, de les cracher intérieurement même si cela ne l'atteignait pas, et en même temps ? Cela ne faisait qu'accentuer son irritation. Pinçant les lèvres, il s'assit à sa place, et prit quelques inspirations maîtrisées pour se calmer et ne pas le réfuter plus encore. Hélas, il n'était… ils n'étaient… pas au bout de leurs surprises. Il aurait pu en laisser échapper une exclamation de frustration devant l'entêtement de son frère à le pousser à bout. A la place, c'est un verre d'alcool qui rejoignit sa main pour être immédiatement vidé, calmant brièvement son exaspération. « En ce cas je ne t'enseignerais que le strict minimum destiné à te protéger et tu n'auras jamais ni confiance ni confession de ma part sur quoi que ce soit de plus, Morghann. Tu as tes raisons, fort bien, mais elles font de toi une menace et je ne compte pas armer un potentiel ennemi contre moi plus que je ne le dois pour l'affection que je lui porte au demeurant » Il ne pouvait hélas en être autrement. S'il ne pouvait lui promettre de ne pas se mettre en danger, alors il n'aurait que des lambeaux de ce qu'il aurait pu lui donner. « Saches également… que si tu menaces notre monde, notre ville, d'une manière ou d'une autre parce que tu feras je serais obligé d'intervenir et de te mettre hors d'état de nuire. Nous serons ennemis » La vie semblait décidément fort déterminée à l'empêcher de jouir de même une ébauche de famille réelle. Chaque fois que Morghann se rapprochait, on semblait ouvrir un gouffre entre eux. Il craignait simplement que cette fois, le gouffre ne soit vraiment trop grand pour être comblé. La crainte était là, nichée en lui, vive et douloureuse, et il aurait préféré l'ignorer sans le pouvoir sans d'hypocrisie se jouer. « Et en ce cas… je préfère d'autant plus que tu me laisse m'occuper de moi et de mes problèmes... seul… »


Ven 9 Sep - 18:07
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Ça lui glaça le sang. L’entièreté de son discours, les sous-entendus qui y logeaient comme une évidence, la violence de ses mots, de leurs sens. Le ton implacable, la glace dans son timbre. Et cet amour fraternel qu’il semblait tant vanter, et même s’attacher, au-delà du lien qu’aurait pu imposer leur sang, avait-il brûlé dans l’enfer de ses yeux ? Avait-il été englouti dans les ténèbres ? Morghann sentait le froid de la lame que l’on retournait dans ses tripes sans la moindre pitié, le sort cruel et cru de son cœur estropié, qui de battements s’affolait, se cambrait à la douleur et c’était insupportable. Il sentait son âme s’étioler, se déliter, s’arracher lentement, sourdement. L’acte était sournois autant que sadique, pas moins pénible pour autant. C’était douloureux, son souffle se coupa, il déglutit et dans son regard, il était mort par mille fois. Il le fixait, ce miroir qui lui faisait face, son semblable et bourreau. Il le fixait et son âme était tirée de toutes parts. La tension de son être, de son corps était palpable. Il agonisait en silence et ses yeux le gardaient en idiot repère.

« Je promets. » Mots pâles, souffle bas, affaibli et meurtri. « Je te promets de ne pas chercher les mystères et secrets de l’ailleurs. Je te le jure. Je t’en fais le serment. » Paroles chétives, malingres et pourtant dans leur éclat, dans leur essence, vibrait un engagement solennel, une parole donnée et qu’en rien au monde, il ne voulait contrarier. Il lui avait dit refuser de lui faire une promesse à rompre. Il ne briserait jamais celle-ci et en acceptait les conséquences éclairées. « Nous ne serons ennemis. Je ne saurais le tolérer, continuer de vivre avec. Ça n’est pas possible pour moi. » Car de toutes évidences pour Howard, c’était parfaitement envisageable et envisagé. Sourde désillusion qui tirait encore sur son âme, comme les échos d’une torture qui n’en finirait jamais. « Je n’aurai plus d’existence avant cela. » Son regard se perdait, autant qu’il se perdait lui-même dans les limbes d’un trépas prématuré. L’obsidienne de ses prunelles s’inonda, se gorgea de larmes qu’il retenait, ç’aurait été laisser échapper la douleur qu’il ressentait, lui donner une existence, la reconnaître et se faire plus mal encore. Howard n’avait probablement pas la moindre idée de la proximité sournoise avec le suicide dont il s’était encombré pour le satisfaire. Il ne doutait pas Nyarlathotep capable d’un tel éclat. Et il se savait assez faible, friable, pour ne pas être pleinement capable de lui tenir tête. Comme de nombreux Earl, il éviterait le Chaos Rampant comme on s’éloigne de la peste noire sans pour autant pouvoir éternellement lui échapper.

« Et je te prie de me pardonner, je ne suis pas… Idéal. Je ne suis pas ce que tu espérais. J’ai fait des erreurs. Même lorsque je souhaite ton bien. Surtout quand je souhaite ton bien. J’ai dévié, j’ai… Fauté. » Il butait sur les mots jusqu’à ce que sa voix s’éteigne, s’étrangle dans la douleur. Il avait les lèvres ouvertes, tentait de parler, de poursuivre, mais rien sortait. Il n’arrivait pas à mettre le souffle dans ce qu’il articulait… Et il finit par fermer les yeux, ainsi que la bouche, le temps d’affronter la vague de douleur qui nouait sa gorge. Les paupières closes, il poursuivait, comme si ne plus avoir à affronter le regard gémellaire lui octroyait la possibilité de formuler quelques phrases supplémentaires. « Et j’ai peur, tu sais… J’ai cette peur toujours de ne pas te satisfaire. Cette peur d’entendre les mots que tu prononces. Je ne sais pas ce que je dois faire. » Il rouvrit les yeux sur lui, secouant, éperdu, la tête de gauche à droite en quête d’une réponse, d’une direction. « Dois-je t’offrir mon libre arbitre ? Dois-je te céder mes rênes ? Toutes sans exception. Dois-je m’effacer pour être toi, une extension de toi-même pour que de déception je ne puisse t’affliger ? Que veux-tu Howard ? Que désire ton cœur pour nous épargner ces maux ? Ça ? Cet éloignement ? Ma perfection à tes yeux ou rien, le Néant ? » Il n’aurait probablement pas de réponse. Il n’en avait jamais eu et ça n’était pas après le discours qu’Howard avait tenu qu’il apporterait à la barque dérivante dans la tempête de son frère un cap, un phare. La tourmente était le châtiment et Morghann le sentait, viscéralement.

« Je ne maîtrise pas l’Ailleurs et il me faudra du temps pour apprendre. C’est vrai, je n’ai rien a t’apporter. » Il se sentait démuni, faible. La claque qu’il s’était pris en pleine face sur ses lacunes d’apprentissage y étaient pour quelque chose. « Tu ne souhaites ponctionner le Nexus et j’en comprends les motivations. En moi, tu le peux. Je suis, comme toi, le sang des Earls et des Sihvonen. La magie bat dans mes veines depuis ma naissance et si je ne maîtrise le potentiel qui m’est inné, toi oui. Alors prends-le. Prends-le en moi et fais-en la matière première de ton combat. Il m’importe peu d’être épuisé pour cela, d’être vidé chaque jour et faible, si sur le chemin d’une convalescence assurée, bien moins hasardeuse, je peux te conduire. Il peut y avoir ce ‘on’. » Il déglutit, ravalant la souffrance qui refusait de le lâcher. « C’est cela que je peux t’offrir, Howard. Ce que je peux t’apporter. Ni la science, ni le pouvoir, ni la couronne. Juste... » De l’amour ? On aurait cru un mauvais film à l’eau de rose. Pourtant, c’était les mots qui lui venaient. Aussi niais soient-ils. Ils exprimaient son sentiment, son point de vue. « L’amour que je te porte. La valeur de ta vie à mes yeux. » L’objet de son serment et plus encore.

Il inspira, cherchant à chasser, en vain, le poids qui reposait sur ses épaules et l’écrasait. « Ce même attachement qui me fera ouvrir les yeux cette nuit à tes cris, qui dirigera mes pas vers ta chambre, qui me poussera à te sortir des limbes ténébreux de tes cauchemars. Cet affection qui me donnera la force de te laisser à nouveau me marquer de bleus quand ta tourmente se fera si forte que ton étreinte se remplira de sa violence et qui m’attachera à toi jusqu’à ce que tu sois en mesure de te recomposer. Je serai là pour toi. » Ses prunelles ne le lâchait plus, se noyaient en lui pour se perdre. Ses yeux se gorgeaient d’eau et il luttait encore contre les sanglots. « Je t’aime, Howard. » Souffrance, chaos, son cœur implosait : « Je t’aime et j’espère que tu comprendras un jour tout ce que cela signifie. Que les liens qu’on tisse avec les personnes qui nous sont chères ont plus de valeur, plus de force que toutes les sciences et toutes les couronnes du monde. » D’autres l’avaient compris avant lui. Et s’en servaient pour lui faire payer le prix de sa vie. Les larmes brûlaient ses joues alors qu’il sentait son âme se déchirer, quelques filaments, dans une douleur si blanche qu’elle menaçait de lui faire perdre conscience. Il demeurait, figé, paralysé, dans une terreur sans nom que le moindre mot, le moindre geste n’empire son état. Sa respiration se faisait souffle pâle, respirait-il encore ? Il semblait. Il s’observait dans les miroirs noirs des yeux de son frère. Il observait combien il était pathétique dans sa croyance, combien ce qu’il espérait était vain et combien il avait tord de lutter. Il voyait le gouffre qui l’éloignait de son jumeau. Il y voyait la chute. Sa chute. Le point de rupture.

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« Reste »

Sam 10 Sep - 21:45
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Il restait là, à l'observer, mais il ne savait plus que dire, les mots lui échappaient. A ses yeux, il n'avait fait que statuer la vérité, quoi qu'elle fut, il l'admettait avec un court sentiment de honte, fort cruelle, et imposée avec méchanceté… Se montrer plus diplomate aurait davantage servit, autant à garder un certain sentiment d'apaisement à leur échange, que dans leur relation, mais il n'avait pas réussit à l'être, cette fois. La remarque ainsi expédiée tenait de la cruauté gratuite, de l'envie de faire mal, de faire taire et il l'avouait, c'était en un sens bien ce qu'il avait espéré. Ne plus entendre les naïves remarques de son frère. A présent, il s'en voulait de la dureté de sa réaction… mais non des mots en eux-mêmes car ils reflétaient parfaitement la situation dans laquelle il se trouvait. Se reposer sur Morghann pour tout cela lui était impossible. Et son frère tendait encore une fois à mélanger tout et n'importe quel sujet dans une logique qui lui était propre mais qui lui échappait totalement… à tel point que cela l'effrayait presque. Cela n'avait rien de rationnel. Malgré tous les efforts qu'il avait pu faire depuis son réveil, cela ne semblait pas assez pour stabiliser son frère, et cela l'inquiétait énormément. Au final, peut-être qu'un discourt clair serait une fois de plus le meilleur moyen de se faire entendre… s'il parvenait à garder la juste mesure et à ne pas le lapider injustement, et surtout inutilement. Et pourtant qu'est-ce que ça faisait du bien de lui rentrer dans le gras. De ne pas se retenir. Un luxe auquel il ne pouvait guère goûter à moins de ne se mettre en but le reste du monde parfois inutilement. Finalement, il soupira profondément, semblant se vider de tout l'air de ses poumons, et de sa force en même temps. Se passant une main sur le visage en un geste de profonde lassitude, il entreprit de trouver quoi répondre à cette déferlante presque absurde à ses yeux.

« Ce que je désire est très simple Morghann, en particulier sur l'instant : que tu cesses de tout mélanger, et de tout ramener à ce que tu peux éprouver, ou non, pour moi. Je conçois que ça te soit important, je veux bien l'admettre, mais je suis épuisé d'entendre chaque fois le même discourt, la même litanie, alors que je tente d'avoir avec toi une discussion sérieuse et importante »

Déposant sa canne, il se massa le visage des deux mains, avant de poser les coudes sur la table et d'enfouir son nez entre elles en faisant reposer là son poids pendant plusieurs minutes, le temps d'évacuer un peu du point du recommencement et de la surprise qui venait de lui tomber dessus. Lorsque ce fut fait, il redressa le cou, et resta à se maintenir le front d'une main, peu élégamment.

« Je ne te demande pas d'être idéal, je te demande simplement d'être objectif et un tant soit peu rationnel. Je te demande simplement de ne pas tout ramener à… »

A quoi ? Son obsession pour lui ? Ses désirs contre-natures ? Cette addiction qu'il ne comprenait pas ? Oui, oui c'était exactement ça.

« Morghann, tu ne te sens pas en sécurité vis à vis de moi en raison des sentiments que tu nourris à mon égard. Et en raison de ma propre affection pour toi. Mais il faut que tu comprennes que ce n'est pas en cause. Oui, tu m'aimes, et tu sais que je ne peux pas te rendre la pareille de la façon que tu pourrais attendre. Tu as accepté de faire un pas en ma direction, et moi aussi. Maintenant je te demande de prendre sur toi et de nous donner du temps pour nous construire quelque chose qui nous soit confortable à tous deux… et cela passe par dissocier tes peurs à cet égard d'autres sujets d'importance »

Il marqua un arrêt pour le laisser engranger ça, dans un premier temps, et également pour ordonner ses propres pensées. S'il voulait lui demander de faire la part des choses, alors lui aussi devait réussir à compartimenter. Ce n'était pas simple, mais il était d'autant plus en droit de l'exiger qu'il le faisait et le vivait lui-même…

« Il se trouve cependant » fit-il en reprenant finalement « que le monde n'est pas divisé entre amour, et haine ou froideur. Et que ce n'est pas parce que tu me portes des sentiments forts, et que tu désire m'aider, ou me soutenir, que tu le feras forcément tous le temps. Tu m'accompagnes déjà depuis ma sortie de l’hôpital, et comme tu le fais toi-même remarqué, tu me soutiens chaque nuit. Cela tu peux le faire. En revanche, tu ne peux pas m'aider à me défendre et cela ne t'impute aucune faute, c'est un simple fait. En tentant de te forcer à moi en remettant en question sans discernement tout ce que j'affirme tu ne m'aide aucunement »

Il s'interrompit de nouveau et déglutit légèrement, n'appréciant guère sa posture actuelle. Se redressant, il en vint à l'observer de nouveau.

« Il se peut que, parfois, j'ai tort. Je ne suis qu'un homme comme les autres. Mais en l'état, je n'ai pas tort et tu le sais. Et parfois, tu n'as pas besoin de participer activement à quoi que ce soit, pour occuper la place qui est la tienne à mes yeux. De la même façon que tu peux être mon ennemi, et tout de même compter à mes yeux... »

Il avait besoin d'un verre, vraiment, de beaucoup, beaucoup d'alcool, pour digérer tout ça. Mais malheureusement ce serait contre-productif avec l'image qu'il voulait donner. Avec ses paroles également. Il s’effondrerait plus tard au besoin mais pour le moment il devait se montrer clair et concret dans ce qu'il expliquait. Surtout avec cette histoire-là.

« Tu peux avoir des avis divergeant des miens, et tu peux même t'opposer à moi en certaines choses, la vie est ainsi faite qu'il te sera difficile de garder ton intégrité tout en étant toujours de mon côté, et je l'accepte. Comme je viens de te l'affirmer, cela ne change pas ce que je peux ressentir pour toi. Mais je sais à quel point l'Ailleurs… ou même la recherche de puissance, peut être corruptrice. Et que, si tu suis ce chemin sans limites, tu as de grandes chances de te perdre… et en ce cas, malgré toute la… la tendresse… que je peux avoir pour toi, je devrais faire passer mon devoir envers mon peuple en premier et t'empêcher de nuire, de la même façon que tu devrais m'arrêter si je me perdais de nouveau »

Il fronça sensiblement les sourcils à cette idée mais n'en dit pas davantage. Pas à son sujet, en tout cas, mais il y avait en revanche quelque chose sur lequel il devait statué, ainsi expira-t-il avant de rassembler ses forces, les épaules suivant le mouvement.

« Et je sais aussi tout aussi sûrement que… parfois… la quête de la puissance est bien plus forte que n'importe quel lien.  Non, Morghann, l'amour ne vainc pas toujours, même s'il peut être toujours présent. Si cette utopique fantaisie était réelle, notre famille ne serait pas ce qu'elle est actuellement »

Et eux non plus, à ce titre…

« Être tel que tu es n'est pas une déception pour moi, ce qui me déçoit c'est que tu te laisse aller à confondre la brute réalité de tous les jours avec des questions d'ordres plus personnels. Je ne cherche pas à te rendre parfait, jamais… la perfection est également une utopie. Ce que je cherche c'est à te munir d'une expérience et d'outils utiles pour que tu vives dans un monde qui te semble encore à bien des égards étranger. Tu m'accuses d'extrémisme dans mes volontés, mais je ne te demande rien d'autre que cela… et peut-être également, en un sens, d'assumer me décevoir également parfois. Chaque fois que je te confronte un refus quelconque tu cèdes et tu récrie ton affection. Tu as le droit de conserver tes positions, mais il te faut assumer l'envers de la médaille, je n'irais pas plus dans ton sens que tu es forcé d'aller dans le mien. C'est ça, l'équilibre…. »

Il soupira enfin et se laissa retomber contre son dossier en étendant la jambe.

« Je suis épuisé… si ça ne te gêne pas, peut-être vaudrait-il mieux reparler de tout cela à un autre moment. Le temps aussi pour chacun de nous de… digérer… »


Dim 11 Sep - 15:52
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Le cadet déglutit. A mesure que son jumeau lui répétait de se raisonner, il avait fermé les yeux, vidé l’air de ses poumons, recherchant en lui, un semblant de stabilité. L’équilibre était précaire. Il était aisé pour Howard de lui rappeler de ne pas tout mélanger quand il venait lui-même, un peu plus tôt de franchir la limite entre le sérieux et le personnel en y introduisant des sentiments vindicatifs. A des affections contraires à ce que Morghann était habitué, le sorcier aurait-il du réagir avec froideur ? Avec d’autres, il l’aurait fait. Mais c’était son jumeau qu’il avait face à lui, la personne avec laquelle il pouvait avoir le plus d’intimité, devant lequel il pouvait ôter le masque. A cela s’ajoutait le mois difficile qu’ils avaient traversé, la situation laconique dans laquelle Howard se trouvait et face à laquelle le plus jeune se sentait désespérément et follement impuissant, ainsi que la quantité de drogue qui coulait toujours dans ses veines et qui entravait ses inhibitions. Mais pas son attention. Il l’écoutait comme un enfant le faisait avec un père, cherchant à en comprendre le sens pourtant si clair mais qui lui échappait. Sa main se posa sur l’avant-bras de son frère, y cherchant un repère, un point d’ancrage. Il voulait le retenir, geste coupable, égoïste, l’empêcher de se reposer dans le fond de sa chaise. Il savait qu’Howard nécessitait ce repos. Morghann également. Mais il avait plus encore besoin de lui. « Non... » fit-il alors que son poing se resserrait sur son bras. Il serra les dents, convoita la sereinité qui lui parvenait trop lentement à son goût. C’est d’une voix lente, tremblante encore légèrement d’émotion qu’il réitéra sa demande.

« Je veux que tu m’enseignes. Je veux que tu m’apprennes. Je veux que tu ailles avec moi aussi loin que tu as été pour toi. Je veux que ce soit toi. Parce que j’apprendrai. De toi. Ou d’autres. De Père. De Nyarlathotep. » Le Seigneur de l’Ailleurs semblait sortir de nulle part, mais dans la cohérence et la réflexion de Morghann, ça avait pleinement un sens. Les sous-entendus du Chaos Rampant, sa manière de s’être rendu disponible autant que patient pour lui apporter les réponses sur ce qu’il désirait connaître, ce qui l’intriguait. « J’apprendrai qu’importe avec qui, car c’est ce que je veux. Non pas pour l’attrait du pouvoir mais pour pouvoir te suivre, marcher là où tu as marché et comprendre. Te comprendre. C’est cela qui compte à mes yeux, Howard. Le pouvoir, c’est ton moteur à toi, ta chimère. Mais ça n’est pas le mien. Je fonctionne autrement et tu le sais. Ne me crois pas alors capable de me perdre face à ce que tu crains, toi. » Le pouvoir était aussi le moteur de beaucoup de personnes, en cette fosse aux serpents dans laquelle ils évoluaient rien qu’en portant le nom Earl. Mais ça n’était pas celui de Morghann. Il avait été détourné de cet objectif, de ce désir plus grand à chaque instant de contrôler, plus et plus encore. Aussi princesse Disney que cela semblait être, aussi utopiste qu’Howard le dessinait, c’était l’attachement qu’il portait à d’autres qui était le moteur du cadet. Plus cet attachement était fort, et plus il était capable d’influer sur ses décisions. Ça n’avait rien de raisonnable et probablement était là l’explication qui mettait leurs jugements tant en contradiction.

D’une voix plus pâle, effacée autant que lointaine, il reprenait : « C’est doux, le pouvoir. Notre père m’a montré, il y a quelques jours. Avant que tu te réveilles. Avant que... » Qu’il n’aille vendre l’âme du dit-Père ? « Je solde une partie du prix de ce réveil. » Howard ne lui avait jamais demandé ce qu’il avait payé à Elie pour le sortir de là. Avait-il peur de connaître l’horreur de ce dont Morghann était capable pour lui ? « Et c’était… Bon. Enivrant. Comme les drogues que je nécessite tant, et plus encore. Et notre Père ne m’a pas arrêté. Il n’a pas veillé à la sécurité qui devait m’entourer. Il m’a lâché dans le vide des possibles là où tu m’avais tant bordé. » Son regard observait le vide, l’expression pleine de songes, baignant dans ses mémoires. « Et tu sais quoi… ? » Il reporta son attention sur Howard, obsidiennes perdues et noyées dans ses jumelles : « Je n’en avais rien à faire. C’était bon, mais ça ne m’apportait pas la satisfaction que je recherchais. Cela ne m’intéressait pas. Jusqu’à il y a quelques minutes. » Maintenant il savait que cette quête, aussi sournoise que fructueuse pouvait le conduire vers une compréhension de ce que pouvait bien voir, sentir son aîné, les choses étaient différentes. « Tu es le seul qui auras la bienveillance et les arguments qui me cernent, me bordent. Et plus encore tu me dirigeras vers ces terres que tu as toi-même explorées. » Ça ne serait pas le cas de la part de Pryam ou de Nyarlathotep. Morghann chercherait, et dans l’infinité des possibles, il avait de grandes chances de s’égarer, s’il n’avait le guide approprié. S’il n’avait pas celui qui serait apte à lui montrer ce qu’il convoitait. « Je n’irai pas plus loin si c’est toi qui me le présente. Je n’en ai pas besoin. Je peux taire ma curiosité, Howard. C’est un effort à faire, je l’ai accepté. Je ne peux taire le chemin où d’autres me conduiront si tu ne le fais à leur place. Apprends-moi. Montre-moi. »

Il inspira, il ne sentait plus rien. La douleur de son âme s’était envolée, étiolée. Il se sentait plus calme, et vidé, comme si ses émotions jouaient au yoyo avec lui. Le bad trip de la drogue, il le savait. Une grande partir de ses problèmes venaient de sa sévère addiction. « Tant de choses ont changé au cours des six derniers mois. Un cumul de bouleversements qui nous a ébranlés. Mes Voix, notre lien, Anthony, ton coma. » Un sourire triste face à la liste de leurs déboires qui n’en était que la partie émergée de l’iceberg. « Ce que tu me réclamais à l’opéra a pris d’autres formes, plus nobles. Il est si proche de moi le frère dont je ne voulais pas entendre parler. » Et qu’il avait tant repoussé, loin, si loin de son existence, son foyer. Pour rien au monde, il ne recommencerait. « Et je suis devenu complètement dingue, Howard. Tu m’as terrorisé. Je te sens. Toujours. Tes griffes dans mon âme. Je te sens à chaque fois que tu me refuses. Chaque fois que tu désapprouves, que tu as un avis différent. Parce que je sais ta réaction quand, de tes yeux, tu as vu, vécu, ce que j’étais. Ce que tu n’acceptais. Je ne veux pas être ton ennemi. Toute la raison qui peut habiller ton argumentation ne saurait venir à bout d’une peur… Viscérale. C’est la raison pour laquelle, j’attends, je cours après ton approbation et je sais... »

Sa main se serra sur l’avant bras de son frère alors qu’il secouait sa tête de gauche à droite, les yeux clos, comme s’il cherchait à en chasser la folie rampante. « Je sais, je sais que c’est stupide. Je sais, j’en suis persuadé. Je sais que tu cherches à me protéger, que tu ne le fais pas en désirant me faire du mal. Je me bats contre cela. Je te jure que j’en ai envie… Je n’y arrive pas. Ça me bloque mais… J’apprendrai, je suppose, également. » Ça lui faisait beaucoup de choses à assimiler, en définitive, à digérer. Il leva une main vers le visage de son jumeau en une caresse affectueuse glissant de sa tempe au bas de sa joue. Ses doigts tremblaient, sans qu’il ne sache s’il s’agissait de la proximité d’Howard ou des effets de la drogue. Au fond, les deux avaient le même ascendant sur lui. Morghann poussa un soupir désespéré de lui-même face à cette constatation et de sa main libre, il repoussa sur le côté la coupelle d’eau pure qui se trouvait encore entre eux. Il s’avançait vers lui, le haut de son corps s’appuyait sur la table dans un bruissement frotté de ses vêtements jusqu’à ce qu’il puisse coller son front au sien, fermer les yeux à son contact et prendre son visage entre ses mains. Il parlait tout bas alors, un murmure, lorsqu’il s’adressa de nouveau à lui : il n’avait pas besoin de plus pour se faire entendre à cette si mince distance. « Merci. » Ses digits s’aventuraient entre les mèches de ses cheveux, mouvement maladif, comme on essaie de calmer un animal qui nous terrorise. De l’amadouer, l’apprivoiser. « Merci... » répétait-il en écho de gratitude. La tendresse de son geste apportait quelque chose de plus que la peur. Une affection qui transparaissait. Il l’adorait, se sentait désespérément mauvais et néfaste pour son aîné.

Il l’adorait et la poigne dans sa nuque manifestait une douleur qui s’infiltrait progressivement dans le bien-être qu’il pouvait ressentir à l’étreinte fraternelle. Passèrent quelques secondes, quelques minutes, il l'ignorait. Quand vint le désir brûlant de l’embrasser et de le presser plus complètement dans ses bras, il se retira, s’écarta lentement, flirtant avec la frustration. Une frustration qui lui faisait autant de mal que de bien, alors il avait accepté sa compagnie. Au moins, il ressentait un peu ce ‘bien’ qui lui manquait tant. L’équilibre, qu’Howard lui avait dit… L’équilibre. Une assiette plus stable pour leur relation. Il avait tant envie d’envoyer valser tout cela, par moment. Quand ça le dévorait. Pas pour l’instant, mais dans un mois ou deux, quand sa présence viendrait encore à lui manquer. Le flou où il se dirigeait l’effrayait et il n’avait pas tant grandi que cela, à l’étranger. Il n’était qu’un petit garçon plein de peurs bien couvées, tremblant comme une feuille à l’approche des difficultés, de tout ce qui pouvait perturber son petit monde trop parfait, sa tour d’ivoire où il avait pu vivre et dont le souvenir l’illusionnait encore. « Repose-toi et prends soin de toi... » Un souffle, de ton pas plus élevé, alors qu’il le quittait au repos que son frère avait réclamé.

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Lun 19 Sep - 18:44
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Malgré toute sa bonne volonté, il l'avouait de son propre grès, il avait aimé la sensation du pouvoir et cela seul suffisait à le marquer. Cela seul suffisait à laisser une faiblesse dans son esprit, facilement exploitée, cultivée, et alors qu'en serait-il ? Il se perdrait bien, peut-être même davantage que celui qui poursuivait volontairement cette chimérique utopie de puissance. L'enfer était pavé de bonnes intentions. Les cœurs en bandoulières faisaient les meilleurs réceptacles. Des nids pour l'attirance et l'irrémédiable perdition. Mais cela, Morghann refuserait probablement de le comprendre, trop assuré de ses propres velléités, sans se rendre compte que cette certitude était exactement ce qui le corromprait. Il ne voulait pas lui apprendre. Du moins pas autant. Il ne voulait pas le voir s'enfoncer dans ce royaume-là. Non, il ne lui en donnerait pas les clefs. Et qui les lui donnerait alors ? Le Chaos Rampant ? Que venait-il faire dans la conversation, celui-là… Une bravade de son frère ? Peut-être bien, ou autre chose, une chose qui l'encourageait à ne pas céder sur ses décisions. Son frère ne pouvait pas s'aventurer en de telles contrées, trop dangereuses et sombres pour son être. Des contrées desquelles il ne reviendrait jamais. Et cela, comment pouvait-il le lui infliger ? Lui qui était si friable, si faible, comment pouvait-il seulement accepter de l'envoyer vers l'inhumanité alors qu'il ne désirait que le protéger ? Jamais il ne se pardonnerait de le voir ainsi défait. L'attrait de la puissance au-delà même du réelle… Elle avait bien des formes, des incarnations, rarement franche, bien souvent sinueuse et embellie d'un extérieur acceptable par les morales, toutes biaisées qu'elles fussent, là où son essence en était résolument dépourvue. A la fois intransigeante, exemple d'extrême, et totalement polymorphe, ce d'autant plus que l'intellect humain ne pouvait la concevoir parfaitement. Tel la phalène, les hommes étaient attirés vers cette source lumineuse à laquelle ils embrasaient leur éternité. Lui vivant, Morghann ne plongerait pas plus loin.

Et tout ce qu'il lui avouait allait en ce sens. S'il croyait à ses efforts ? Une large partie de lui voulait y croire, sincèrement, mais un fragment de son être restait sceptique, froidement perplexe. Ce n'était pas le remercier de sa bonne volonté, mais il avait toujours eut du mal à taire son objectivité au profit de l'optimisme qu'il méritait sans doute. Déglutissant et préoccupé, il se crispa légèrement au contact franc qu'on lui imposait mais tâcha de ne pas s'écarter. Ce besoin avait toujours du mal à faire raison dans son esprit et son instinct s'y refusait, même s'il tentait de se contrôler pour lui permettre plus d'affabilité. Quelque chose était en lui bloqué, coincé, il ne l'ignorait pas le moins du monde mais il ne voulait pas forcément s'en débarrasser. Pourquoi devrait-il le faire ? Pour quel plaisir extérieur ? Pour convenir à un code sociétal parfaitement étranger à ce qu'il était ? Les questions, amères et aigres, s'étiolèrent en même temps que la gêne tandis que Morghann le relâchait. Le départ de son jumeau lui fit du bien. Un bien quelque peu coupable, en un sens. Mais il en profita sans remords et l’occurrence sembla lui donner raison.  Les encens avaient brûlés une grande partie de la journée et leur effet avait été plus radical encore qu'il ne pensait. Impossible pour lui de trouver le moindre confort au travers de l'épreuve, son mal être intrinsèque, comme une salissure sur la peau, qu'il sentait de plus en plus. Vers midi, il eut du mal à respirer et décida de se faire plus radical encore dans son approche pour commencer à extraire les éléments néfastes venus grandir à l'intérieur de la demeure. Jetant Johan dehors, refusant la moindre aide pour son ouvrage, il décida de combattre la fatigue et son malaise pour aller au bout de ce qu'il s'était décidé à faire. La seule aide qu'il recevrait viendrait de ses alliés intemporels.

Il avait attaché des bouquets d'ails dans chaque pièce, installé une couronne de végétaux énergisés dans chacune de leurs chambres, composé d'estragon, de fenouil, laurier, un sachet de graines de moutarde, et de sauge. Dans le salon trônait une bourse remplie de thym et sarriette. Les sols avaient été entièrement nettoyés avec de  l'eau mêlée de romarin et d'un extrait d'essence de safran, ainsi que d'une goutte d'Epurel, A l'aide d'un couteau, il grava dans le bois de certains meubles les runes qui lui appartenaient, Rhaido et Naudiz, puis alla chercher ses cartes pour user d'une évocation classique, usant du temps que celle-ci lui demandait pour finalement faire revenir Johan, l'envoyant chercher plusieurs pierres à grands frais, se fichant totalement de la dépense tant qu'il les ramenait. Aigue-Marine, Citrine, Améthyste, Opale et une sel-gemme. Certaines fut réduites en poudre pour être mélangée à l'eau, d'autres allèrent rejoindre les herbes. Il posa la sel-gemme dans sa propre chambre, plaça du sel aux points cardinaux de chaque pièce puis passa à l'extérieur. Il fit planter des persils à Johan, ainsi que d'autres racines, pendant que lui se purifiait physiquement, envahissant la salle de bain de vapeurs odorantes, astringentes. Lorsqu'ils eurent finit, il confia le soin au jeune homme de brûler toute la literie et d'aller lui en commander une nouvelle. Lui, épuisé, alla s'affaler sur le lit de son frère en attendant, surélevant sa jambe d'un coussin, et sombra immédiatement, rompu par la fatigue. Il avait une impression de netteté, de fraîcheur, et le seul instant où il émergea un peu fut quand le chaton sans nom qu'il avait recueillit plusieurs mois auparavant vint se lover sur sa poitrine.

Son repos durant jusqu'au soir, lorsque Morghann pénétra dans la chambre, le tirant de ses songes. Il ouvrit un œil, le referma en se laissant porter par un bien être passager qu'il n'avait plus ressentit depuis un long moment. « Bonsoir » fit-il avec une langueur née d'un éveil encore incomplet. Il plaça un bras en coupe en dessous du chaton pour l'empêcher de dégringoler et se redressa lourdement de sa main libre, avant de chasser les mèches brunes venues couvrir sa vision. « Ne t'étonne pas, si tes ressentis semblent étranges. Je me suis occupé de nettoyer la maison, et de l'énergiser correctement…. » Il y eut un blanc, pendant lequel il continua de se détacher des bras de Morphée, caressant le pelage à présent égal du petit félin qui avait bien reprit du poils de la bête depuis sa rencontre manquée avec la mort. Le chaton semblait quémandeur de son affection, et pour une raison inconnue, l'avoir contre lui ne le dérangeait pas, contrairement au contact humain. Il soupira, bailla, une main devant la bouche puis se massa la nuque, autant de petits gestes pour retrouver le monde des vivants. « Ton écuyer va certainement avoir l'air déphasé. Je pense qu'il m'a prit pour un fou quand je l'ai obligé à planter du persil tout autours de la maison… » Laissant aller la boule de poils, il délogea le coussin de sous sa jambe et entreprit de se relever. « As-tu pu penser à ce que nous nous sommes dis ? »


Dim 25 Sep - 23:15
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Morghann coupa le moteur de la voiture dans la cour, poussa un soupir et ferma les yeux, la tête reposant au fond du fauteuil. S’il appréhendait ? Un peu. S’il y avait réfléchi ? Comment pourrait-il en être autrement ? S’il avait envie d’en discuter ? Pas le moins du monde. Là était probablement la raison pour laquelle il appréhendait. Le sorcier resta quelques secondes ainsi dans la voiture, comme le chevalier devant une tour gardée par un dragon qu’il devrait affronter. Il n’était pas un chevalier, et au fond de lui, il n’avait pas envie d’un affrontement de plus. Il était las de leurs désaccords, leurs divergences d’opinion. Quoi que puisse en dire Howard, pour Morghann, c’était un poison qui lui faisait bien trop de mal pour qu’il puisse l’agréer, l’accepter et ne pas se conformer aux attentes gémellaires. Les jumeaux ne se comprenaient pas, ou peut-être trop. Dans un sens ou dans l’autre, l’équilibre n’existait et ils tombaient dans l’excès. Plus particulièrement chez le cadet. Son regard vint se poser sur l’écuyer, en train de planter dans la neige des bouquets de persil. Le nécromant cligna des yeux, pas certain de croire ce qu’il voyait, craignant parfaitement que Johan n’aurait pris de lui-même cette initiative farfelue qu’était de donner… Et bien, un tout autre sens à leur jardin ? Il n’avait aucune idée de l’état dans lequel il allait retrouver son frère, mais une part de lui s’alarmait de la crise paranoïaque et purificatrice.

L’entrée dans la demeure ne fit que renforcer cet élan de pressentiments, attaqué de plein fouet par les encens, huiles essentielles et plantes. « Ok… Tout va bien... » murmura-t-il dans une tentative pour se rassurer. Au fond, ce qu’il voyait était globalement très bénéfique. Poussé à l’extrême certes. Mais bénéfique. Et eu égard du gouffre dans lequel ils étaient, ça n’était peut-être pas une action si démesurée qu’elle paraissait. A grands maux, les grands moyens mais… Tout ce sel ? Toutes ces pierres ? Et ces… gravures ? Nerveusement, il s’était mis à rire, tout bas, extériorisant l’anxiété que représentaient ses changements, et par la même action, il s’en libérait jusqu’à se sentir plus léger. Il connaissait bien les drogues et il se doutait qu’il n’ait agi de lui-même sans avoir été manipulé par les forces magiques qui saturaient leur environnement. Qu’importe, ce qui pesait sur son cœur s’était fait moins lourd, c’était tout aussi bien. Il alla toquer à la porte de la chambre de son frère et sans réponse, il finit par entrer… Il referma aussitôt la porte. Non, vraiment… Qu’avait-il fait de son lit ? Et où était passé son frère ? Morghann roula ses yeux, un sourire amusé aux lèvres. Ok, cette fois, c’était sûr : Howard avait complètement craqué.

Il pénétra dans sa propre chambre, sursauta en voyant Howard endormi sur son lit. Son lit à lui ! Sérieusement ?! Comment voulait-il que Morghann ne fantasme pas avec ça ?! Le refuser pour lui donner finalement ce genre d’image ?! C’était un coup à finir en quiproquo. Bonne nouvelle au moins : il avait retrouvé son frère. « Bon… Soir... » décomposa-t-il lentement, détournant le regard, il finit par rentrer et fermer la porte derrière lui, laissant son jumeau émerger des limbes. Il posa sa valise de travail sur la commode, nota mentalement la rune qui l’ornait à présent. Il ouvrit l’armoire, prit un T-shirt noir. En tenue décontractée, il se sentirait mieux. Il ôta la chemise, profitant que son aîné n’ait pas totalement émergé pour se changer. Il lui fit face, croisa les bras sur son torse, penchant doucement la tête sur le côté pour l’observer quitter les bras de Morphée. Geste après geste, un sourire apaisé sur les lèvres. Howard avait l’air détendu et c’était tout ce qui lui importait. Plus que le changement drastique de l’ambiance de leur maisonnée. Il demeurait attendri, stupidement béat et patient. « J’ai remarqué. Sympa la nouvelle déco’. » railla-t-il lorsqu’Howard évoqua le nettoyage de la demeure. Il aurait difficilement pu passer à côté et l’aplomb sarcastique dont il se paraît montrait combien il s’en trouvait, effectivement, plus détendu. Il reprenait l’assurance acquise à l’étranger, l’ironie suintant dans le ton de sa voix en manifestation de son hilarité intérieure.

Sourire, un éclat de rire discret. L’ascenseur émotionnel était grisant, il n’avait pas envie de redescendre. Il avait envie de pouffer de rire, cela faisait longtemps que ça ne lui était pas arrivé. Il vint s’asseoir à ses côtés, une main de chaque côté des cuisses, le buste en avant. La dernière question éteignit radicalement son sourire, comme si on l’avait frappé à coup de la réalité alors que lui, avait juste envie de rêver encore. « Oui. » répondit-il sans aller plus loin, bien qu’il se doutait que  la demande de son jumeau réclamait plus que cette seule affirmation, évidente au demeurant. Son regard d’ébène coula de ses genoux à la commode, un sourire, en coin, revenait doucement. Ses prunelles se posèrent sur les mains d’Howard. Il en saisit une pour l’étendre, l’observer et faire le lien avec les deux runes qui ornaient certains meubles à présent. A sa compréhension, il expira sèchement l’air par le nez en un rire étouffé. Nulle moquerie, il se sentait d’humeur à sourire, tant qu’il en avait oublié volontairement la question d’Howard. « Tu les as adoptées. » Il relâcha sa main et plongea ses prunelles dans les siennes, un sourire ayant élu demeure sur ses lèvres. « Parfois, tu me fais penser au roi des légendes, gardien d’Excalibur, monarque de Bretagne, protecteur et juste... » Il baissa les yeux sur Naudiz, songeur : « Lorsque Merlin a demandé à Arthur quel artefact était le plus important entre l’épée et le fourreau, le roi a répondu : l’épée, bien sûr ! » La puissance, le pouvoir, la capacité de vaincre ses ennemies. L’assurance d’être capable de tenir debout par vents et marrées, parce qu’il était fort, parce qu’il pensait que sa force pourrait lui servir de protection. A l’instar d’Howard qui avait été balayé.

« Merlin lui a répondu que c’était faux, que c’était le fourreau. Que tant qu’il le procéderait, ses ennemis ne pourraient le tuer. C’est d’ailleurs quand sa sœur Morgane... » Un sourire s’étira brièvement sur ces lèvres à l’évocation de cette femme dont il avait hérité le nom, et du lien fraternel qui l’avait uni au roi : « Lui déroba pour elle-même. » Cette notion de "vol" marquait grandement sa culpabilité. « Qu’il fut frappé mortellement et se retira sur l’île d’Avalon. » C’était à son jumeau qu’Howard avait offert l’immunité, tombant au combat pour une retraite forcée. Une convalescence. Le parallèle entre les histoires d’Arthur et d’Howard étaient assez troublantes, comme si ça avait été écrit pour coller. « Les textes disent qu’il y est mort et enterré. D’autres assurent qu’il n’est qu’en dormition… Et qu’il reviendra. » Il coula un regard vers lui, rempli d’espoirs : Howard s’en remettrait, il se relèverait. C’était en cette version de l’histoire qu’il avait envie de croire. Il ajouta finalement plein de franchise : « Et Merlin n'a pas compris. Il n’y a qu’une épée, donc un seul fourreau et il ne peut protéger tout le monde. Arthur aurait été un roi égoïste qu’il l’avait gardé pour lui-même. Sage, mais égoïste et loin de ce que l’épée attendait de lui, ou de ce que lui-même attendait de lui. C’est son abnégation qui rend le roi  si exceptionnel. Admirable. Et terrorise son entourage d’un spectre funeste contre lequel ils ne peuvent pas vraiment lutter. Ils ne peuvent que prier pour que son règne dure aussi longtemps que possible. C’est frustrant et en même temps… Lui rendre son fourreau serait comme cracher sur ce pourquoi il se bat tant, lui ôter l’assurance que quoi qu’il se passe pour lui, cela se passera bien pour ceux qu’il protège. Ce serait comme lui retirer la satisfaction d’avoir agi pour le mieux même s’il a enduré pour cela. »

Il inspira longuement, tête baissée, regard vide et pourtant, il se sentait toujours bien. Il parvenait à le vivre sereinement : effet des plantes et minéraux sans doute. « Je vais garder le fourreau, Howard. » souffla-t-il. Il n’avait pas directement répondu à sa question, mais dans la métaphore, si. Il s’éloignerait de cet apprentissage, tâcherait de ne pas se mettre en danger, parce qu’il comprenait les craintes de son jumeau, qu’elles étaient fondées.

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Jeu 13 Oct - 12:49
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La raillerie trouva un écho éphémère dans le léger sursaut de ses épaules, agitées pendant un instant d'un renâclement de rire, l'auteur amusé par le sarcasme qu'on lui servait mais qui n'était, en fin de compte, qu'une preuve supplémentaire qu'ils avaient grandement nécessité cet élan salvateur. Il était bien trop simple de rester enfoncé dans la fange, dans la boue sans rien faire d'autre que soupirer après le mieux sans jamais chercher à l'attraper. Hors il n'était pas de ces individus qui acceptaient de rester coucher pour mourir sans plus de batailles. Alors oui il s'était secoué, et ils savaient tous deux également que ce n'était pas Morghann sur qui il aurait fallu compter pour tout cela. Alors cela ne le gênait pas, qu'il en plaisante… « N'est-ce pas ? Je n'avais pas le décorateur d'intérieur de père sous la main alors j'ai mis la main à la pâte. Mais je ne suis pas mécontent du résultat » C'était là aussi une plaisanterie, mais le fond n'en vibrait pas moins de vérité tout juste dissimulée. Il n'était pas mécontent du résultat et attendait beaucoup de ces nouvelles dispositions qu'il faudrait renouveler régulièrement, de sorte à nettoyer et renforcer progressivement le havre qu'il venait de créer. Tout cela n'était pas fixe, il fallait travailler à cette purification, à cette protection contre les ondes négatives provenant de l'extérieur, mais n'était-ce pas une bonne chose ? Cela n'en valait-il pas la peine ? Lui en tout cas estimait que l'effort était largement récompensé. Il se frotta de nouveau le visage pour chasser les derniers restes de sommeil tandis que son frère s'esclaffait. Rire n'était pas une mauvaise chose, surtout en cet instant, mais il ne pouvait guère lui permettre de se noyer de gaîté. Comme il n'avait pas fait tout cela simplement sur un coup de tête passager sans fondement.

« Hm, et ? »

Oui, il y avait pensé, c'était déjà très bien… autant de parvenir à penser que de l'appliquer à ce sujet-là en particulier, mais et après ? Qu'en était-il sortit, de ces songeries ? Le contact soudain de sa main sur la sienne le fit grimacer, mais il lui permit néanmoins de le conserver, sans doute soutenu moralement et physiquement par les énergies positives qu'il avait appelé dans la demeure. Pour autant, il ne répondit pas. Il n'y avait de toute façon pas grand-chose à répondre à cela. Oui, il les avait adopté, elles avaient une signification particulière après tout et il aurait été sot de ne pas l'accepter. Ça n'allait pas plus loin. Muet, alors, il écoutait, les sourcils relevés en preuve de sa perplexité. Qu'est-ce que son frère lui inventait cette fois ? Avait-il finalement un peu trop abusé dans son aménagement de leur logis ? Pourtant non, il l'aurait sentit lui aussi si ça avait été le cas, à moins d'être réellement un indécrottable pessimiste fermé à toute forme de suggestion extérieure. … peut-être, maintenant qu'il y pensait. Après un long moment à l'observer, songeur, il finit néanmoins par soupirer, secouant lentement et doucement la tête.

« Tu me compare à Arthur Pendragon ? Est-ce que tu ne trouves pas que c'est un peu excessif ? »

Sa silhouette fut de nouveau secouée par un rire bref, avant qu'il ne poursuive.

« Je suis content que tu te décide enfin à accepter ma protection comme elle se doit, mais tout de même… Je n'ai rien d'Arthur, en dehors de ça. À commencer par le fils naturel. Si je parviens déjà à produire un héritier légitime je pense que ce sera un miracle, alors un bâtard… Et puis, je n'ai pas ses qualités »

Il y eut un moment de silence durant lequel il se contenta de rester posé, de se suffire à lui-même après effervescence de la journée. Son corps recommençait lentement à pulser d'une douleur diffuse, mais son travail n'avait pas été vain et c'était tout ce qu'il fallait pour éloigner la souffrance des sommets terribles qu'elle savait si bien atteindre.

« Je pense que je n'aurai choisis ni l'épée ni le fourreau, si on m'avait posé la question. Mais on ne me la pose pas et je fais de ces deux concepts ce qu'il me plaît d'en faire pour moi-même. Mais laissons ça de côté si tu veux bien, pour le moment… Toi, profite un peu de l’atmosphère, et moi ? Je me sens d'humeur à étudier... »


Dim 23 Oct - 17:29
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Il l’avait comparé à Arthur Pendragon ? Ah oui, il l’avait fait. Décidément ces plantes et ces minéraux… C’était de la bonne. Il se mit à rire de bon cœur devant la perplexité qui marquait le visage gémellaire. Il avait déconcerté son frère. Si ça arrivait assez souvent tant Morghann avait l’aptitude innée de sortir des énormités plus grosses que lui, celle-ci était… Amusante. Pourtant, il la pensait sincèrement et avait envie de croire, comme un enfant devant un conte de fée, à cette belle histoire. Il ne savait que trop bien combien la magie était tangible et que les limites du possible pouvaient être aisément repoussées. Parfois même plus loin qu’il était possible de le concevoir ou de se le représenter.

Il y eut un bref instant de tension à l’évocation de la progéniture d’Howard. Si physiquement, Morghann n’avait pas bronché, son âme s’était agrippée farouchement à celle de son aîné, dans un élan processif et déplacé. Il savait bien qu’un mariage était inéluctable, il en comprenait la raison, la logique sans parvenir à éteindre la jalousie qui le peinait. Son âme le relâcha aussitôt qu’il se rendit compte de son geste et il opina doucement du chef. Un jour, probablement, serait-il capable de maîtriser ses élans intérieurs. Howard n’était pas sensé naturellement y avoir accès. Ce lien n’existait que parce qu’il avait été créé. En son absence, Howard n’aurait rien perçu. Le cadet ne releva pas le regard et se recentra sur le cœur de leur conversation.

Son aîné se focalisait sur les divergences entre le personnage et lui, là où le cadet s’évertuait en des rapprochements. Un sourire, rehaussement des épaules, bref, dans un rire : Howard était si cartésien, si pragmatique, si raisonné. Le plus jeune voulait y mettre sa foi, ses convictions, son rêve éperdu. Il était naïf et se plaisait à vivre avec son cœur plus qu’avec son esprit. Il était moins étriqué, moins contraint. Il pouvait faire du monde ce qu’il voulait, tant une illusion dévorante qu’un espoir solide et souverain. Si Howard se plaisait tant à croire qu’il n’avait ses qualités, il n’en témoignait que son admiration pour la légende. On ne prêtait pas que des qualités à un être qu’on méconnaissait. « Lorsque tu seras un roi fédérateur et sage pour l’Envers, fort et incontesté, juste… Je te rappellerai ton scepticisme, tête de mule. » railla-t-il, campant, plus pour le jeu de lui tenir tête qu’autre chose, sur ses positions rêveuses.

Il haussa finalement les épaules : « Ce n’est pas grave, je crois en toi pour deux. » Un sourire, il se levait de son lit et prenait des affaires dans l’armoire. Il allait commencer par prendre une bonne douche. Si dans ses études, Howard trouvait comment ôter la marque d’un pacte, d’un contrat sur une âme, Morghann était preneur… Mais ne pouvait pas vraiment lui lâcher la nouvelle avec aussi peu de subtilité. En vérité, il n’avait strictement aucune idée de la manière dont il allait pouvoir le mettre au courant. Son instinct de conservation lui intimait de garder cela pour lui et de trouver une solution dans son coin. Cela allait toutefois en contradiction avec ce qu’il avait tout juste annoncé à son frère, à savoir de ne pas se mettre en danger et accepter comme il se doit sa protection. Avant de prendre la porte, il s’était retourné vers Howard, marquant une hésitation, lèvres entrouvertes.

Ça n’était pas le moment. L’un comme l’autre avaient besoin de profiter de cette soirée de plénitude. Morghann en avait pleinement conscience et il savait aussi qu’avec ce mécanisme de raisonnement, ça ne serait jamais le bon moment. Le serpent se mordait la queue : « H-Howard.. » Se lancer. Maintenant qu’il avait commencé, il ne pouvait pas vraiment revenir en arrière, ça allait inquiéter son frère. Ou alors, il pouvait improviser et lui offrir n’importe quelle boutade. Il s’en sentirait malhonnête. Il serra les dents, lâcha ses affaires sur le lit et revint s’asseoir à côté de son jumeau. « Tu ne m’as pas demandé ce que j’avais… Fait pour te sortir du coma. » Morghann lui avait bien soufflé que Mortimer était intervenu mais Howard n’était pas assez dupe pour ignorer qu’une transaction avec un démon avait toujours un prix.

Ses deux mains étaient jointes sur ses genoux et le sorcier les observait sans parvenir à en détacher le regard. Une peur, la même peur de son frère. L’horreur de le décevoir, subir sa colère. Il ne l’aurait pas volé, il l’admettait. Il aurait préféré en échapper et cela d’autant plus qu’il savait pertinemment que si Howard ne le lui avait pas demandé, c’était parce qu’il craignait ce que Morghann avait pu accepter pour lui. Le cadet lui-même était terrorisé par ses propres agissements. Avait-il eu vraiment d’autres choix dans l’urgence ? Probablement pas mais cela ne retirait en rien de caractère déroutant de ses acceptations. « Veux-tu… Le savoir ? » Il relevait enfin des noires prunelles sur son aîné, pas moins craintif et hésitant pour autant. Il aurait pu lui dire, directement, il voulait toutefois laisser le choix à son jumeau d’éviter cette vérité, au moins pour ce soir, au plus pour toujours.

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« Reste »

Mar 25 Oct - 19:22
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L'étrange sous la normalité :
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Le Sacrifié

Tête de mule, il l'était incontestablement, il doutait en revanche d'être jamais un roi fédérateur et incontesté, surtout après les controverses soulevées par Anthony Evans, après les ingérences de Pryam. S'il devenait jamais roi de la magie, il devrait non seulement porter le poids de la survie et de la bonne marche du monde magique, mais devrait en plus batailler chaque jour pour effacer ce que ces autres avaient fait… et ça, ce n'était pas équitable, ni juste. Ça ne l'empêcherait pas d'essayer, mais l'amertume était bien là. Néanmoins, la foi de son frère était de bon aloi et après tout… il serait heureux d'avoir tord sur tout cela et de concéder une victoire à Morghann. La couronne était pourtant un concept fort abstrait, plus encore depuis le début de la rébellion du Réanimateur, et peut-être qu'ils n'en viendraient jamais à tout cela. Peut-être que ce ne serait pas entièrement un mal non plus. Il n'était pas réellement certain de savoir. «  Je te remercie » Difficile de lui jeter la pierre quand il lui accordait ses espoirs. Même si cela signifiait que Morghann pourrait être déçu du résultat. Une pression de plus. Mais une qu'il accueillait sans s'en aigrir.

Le sujet était mit de côté pour le moment cependant, sur sa demande. Il n'avait pas envie de touiller davantage dans tout cela. Un peu de positif ne lui ferait pas de mal, car à force, il allait finir par craquer. Pourtant, alors que son jumeau allait sortir, il s'arrêta sur sa lancée, attirant le regard de l'aîné qui fronça légèrement les sourcils et lui décocha une mire interrogatrice. Et bien ? Que se passait-il donc ? «  Oui. C'est moi je crois » Tentative d'humour pour le détendre. Il n'aimait déjà pas le ton de sa voix et son attitude soudaine. Quoi encore ? Il avait gravé d'autres portes sur d'autres imbéciles derrière son dos ? Non, apparemment pas, mais ce qu'il abordait soudain n'était pas mieux. Il se rembrunit. «  Non, je n'ai pas demandé, effectivement » Il n'avait pas envie de le faire. Vraiment pas en vérité. Pas maintenant en tout cas, non… C'était extrêmement égoïste de sa part, mais il avait simplement envie d'enterrer l'information quelque part et de ne jamais la regarder en face, un peu comme la boîte de Pandore.

Une boîte que Morghann semblait soudain vouloir ouvrir. Pourquoi maintenant ? Alors qu'ils tentaient d'aller mieux ? Mais le lui demander aurait été cracher sur son honnêteté. Hors cela il n'en avait aucune intention. Et il sentait le conflit interne de son frère par leur lien… Il pouvait dire non, le soulager du poids de l'aveu, mais est-ce que cela ne le rongerait pas tout de même ? Et s'il lui disait simplement que ce n'était pas grave, ce serait sans doute mentir et minimiser ce qui le torturait dans le même temps. Après un long instant, il inspira profondément et en se prenant en main d'une poigne de fer, il se rapprocha pour venir lui embrasser le front. Gauche et mal à l'aise, il posa son front contre le sien, alors, et l'observa dans les yeux. «  Non, je ne veux pas » Il se forçait, pour que sa voix ne change pas de son intonation ferme et posée. «  Je ne veux pas que tu me le dise, mais je veux que tu écoutes, Morghann » Inspirant profondément, il se permit une prière à qui l'entendrait pour avoir ce qu'il fallait pour son frère.

«  Quoi que tu ai fait pour moi… je te remercie de l'avoir fait, et je te pardonne. Je ne te dirais pas que ce n'était pas terrible, quoi que ce soit... » Car il avait conscience que pour le tirer de là, cela avait dû être terrible «  Mais je te fais confiance, je fais confiance en ton jugement, et je ne te demanderais pas de me répondre de ce dont il s'agissait… J'aimerai, si tu le veux bien, que l'on laisse reposer tout cela » Serait-ce suffisant ? Il ne savait pas, mais en tout cas c'était aussi sincère et désintéressé qu'il pouvait le faire. Il attendit quelques instants, réfléchissant, puis se décida finalement. «  Tiens et… si on faisait quelque chose en semble ? Je ne sais pas quoi… mais quelque chose… »  
 

Sam 5 Nov - 14:30
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Howard lui offrait de l’humour et Morghann aurait aimé en sourire, s’il l’avait pu sous le poids de l’aveu qui le rongeait. Mais rien ne vint, si ce n’était une légère inflexion de détente intérieure avant que le sujet ne l’écrase à nouveau de toute sa masse. Le silence lui sembla terriblement long, une éternité d’attente et il ne l’avait toutefois pas précipité, se doutant que pour son jumeau la réflexion ne devait pas être aisée non plus. Il lui octroyait ce temps sans broncher, rongeant son frein, dans son coin. Il tressauta légèrement au contact des lèvres fraternelles sur son front. L’une de ses mains était venue se poser sur le torse de son aîné avec une volonté étouffée de l’écarter. Il sentait le malaise d’Howard à cette approche, combien il n’en avait l’habitude et en faisait l’effort. Une part de lui aurait voulu l’éloigner, le repousser pour qu’il arrête de se faire du mal. Une autre part avait accepté la protection d’Howard et ne pouvait lui dédaigner d’agir de la sorte. Son aîné ne faisait ces efforts que pour le préserver de la douleur de sa réponse, pour apaiser ce qui remuait cruellement dans le cœur du cadet. Il se détendit lentement et leva ses prunelles noires vers celles qui lui faisaient si prochement face. Sa main se referma sur les vêtements du jumeau, s’y agrippant. En son for intérieur, il appréciait. S’il avait refusé d’en dérober d’avantage, il se laissait enivré par ce que son frère lui offrait. Il se noyait pleinement dedans, honorant la mobilisation qu’on mettait à lui rendre cela plus doux. Les mots lui firent du bien. Cela ne le dépossédait de son fardeau, celui-ci restant le même, inchangé. Howard lui ménageait une autre façon de le porter, plus supportable et vivable.

Il resta quelques secondes à le fixer, éperdu. Il aurait voulu rester des heures à l’écouter lui parler, parce que cela lui faisait du bien. Parce que ses mots avaient le don de le remettre en place, le modérer et de pacifier les élans houleux de sa psyché. « Merci. » souffla-t-il, tout bas devant le pardon qu’on lui formulait. La tension qui mettait chacun de ses muscles en alerte se dissipait, ses épaules retombaient, ses paupières se fermaient, sa main relâcha les habits de son aîné pour n’en effleurer qu’à peine le tissu. La proposition de son frère le déconcerta un bref instant. C’était à se demander si Howard le faisait exprès ou s’il n’y avait qu’un fatal concours de circonstances à chaque fois mais… Ils étaient tous les deux installés dans un lit, si proches physiquement qu’un baiser aurait été aisé à voler et Howard lui proposait de faire quelque chose ensemble. Est-ce que son frère arrêterait un jour de jouer sadiquement avec ses émotions ?! Avec un ami, il aurait plaisanté de la situation cocasse. Mais il doutait que cela déclenche l’hilarité chez Howard. « J’ai quelques orteils humains à placer dans des bocaux de cornichons si tu souhaites m’aider. » railla-t-il pour se détendre et penser à autre chose. Un sourire marquait à nouveau ses lèvres, bien décidé à tourner la page pour l’heure. Il se leva, main logée dans celle de son frère, il l’entraîna avec lui, marchant à reculons pour garder son regard dans le sien. Ils n’avaient jamais vraiment eu un instant qui leur soit donné pour eux. Entre rejets et disputes incessantes, il avait envie de cette soirée avec lui. Il avait envie de légèreté et ça leur était enfin accordé.

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« Reste »

Dim 13 Nov - 14:15
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You can't get rid of it | Morghann
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