Partagez | 
 

 [SORCIER] Lowell Grayson

Invité
Invité
I serve my King
Dans les fragiles interrogations du quotidien, demeurent celées les grandes réponses de l'existence.



♜ NOM : Grayson
♜ PRÉNOM : Lowell
♜ RACE : Sorcier
♜ ÂGE : 76 ans
♜ DATE DE NAISSANCE : 16 décembre 1939
♜ PROFESSION : Directeur de Scotland Yard
♜ PAYS D'ORIGINE : Londres, Angleterre
♜ SITUATION FAMILIALE : Marié, trois enfants, sept petits enfants
♜ TRAITS DE CARACTÈRE : Mesuré - Réaliste - Généreux - Confiant – Perspicace – Habile – Exigeant – Rancunier – Fier – Franc - Sévère
♜ OPINION SUR LE SECRET : Libérer le mysticisme reviendrait à plonger ce monde de sciences et de technologies dans une guerre sans précédent...
♜ CRÉDITS : Ian Mckellen




♜ LIVE :
3 Octobre 2015, seize heures, cinquante-deux minutes,

Si le monde avait pu s'arrêter de tourner, disparaître dans sa plus profonde entièreté, il était un rituel qui, au quotidien, n'était jamais rompu par l'homme maintenant attablé.
La terrasse d'un café, sur les berges de la Tamise, une cigarette allumée d'un Zippo d'or, gravé du blason des Grayson, la main reposa sur le bois patiné par des centaines d'autres avant lui. Une main mince veinée de bleu, marquée par les sillons du temps, à l'élégance pourtant éclatante d'une vie des plus romanesques et aux ongles parfaitement soignés.
Dans l'atermoiement de la tradition de ce quotidien orchestré, elle ouvrait et fermait frénétiquement, de gestes mesurés et dans un bruit cliquetant insupportable, le capot de ce briquet qui représentait autant de souvenirs que n'importe quel autre objet ou joyau de sa collection. Une délicate attention de la plus âgée de ses petits-enfants, à son soixante-quinzième anniversaire. Celle qu’il attendait aujourd’hui.

L'autre manicle aux phalanges graciles, porta aux lèvres ridées, entourées d’une barbe entretenue et immaculée, la cigarette, avant d’y laisser s’extirper un filet de fumée qui s’envola telle une danseuse aux voiles blancs. Depuis toujours ; une Rothmans King size. Trace chauvine de son appartenance honorée au royaume Britannique, elles demeuraient un privilège qu’il choyait, quoi qu’occasionnellement pour préserver un peu plus sa santé après quelques cancers contractés sa vie durant et dont il s’était rétabli difficilement.

Ces rares cigarettes étaient un luxe que peu pouvaient encore s'offrir. À la coquetterie et à l’addiction du tabagisme, s'ajoutait une dangerosité réelle et décriée par le gouvernement. Le prix d'un paquet avait terriblement augmenté néanmoins, ce n'était point pour gêner celui qui faisait partie de cette strate confortable et attendait avec calme, et patience, l'heure du Thé.


3 Octobre 2015, dix-sept heures,

Une horloge biologique parfaitement réglée. Tout comme le son de ce si cher "Big Ben" au cœur des Anglais qui résonna et emplit l’atmosphère ombrée de cette journée grise, terne, d’une touche colorée.
Vue sur l’eau frissonnante, The Financial Times soigneusement posé sur un recoin de table, une organisation quotidienne rigide, cadrée.

Les fumets délicats de ce thé blanc du Sichuan enfin disposé s'élevaient alors en de tendres volutes du bec de la théière. Le geste fut délicat, presque imperceptible et fleuron de l’aristocratie et de ses codes. À grand connaisseur, aurait été perçue la délicatesse de la cérémonie emprunte aux coutumes japonaises alors que le liquide à peine coloré de ses nuances dorées se déversait dans la première tasse de porcelaine. Le service à thé aux dorures et aux motifs floraux caractéristiques du très british et des cafés prestigieux offrait une sorte de réconfort au vieil homme. Celle de l’appartenance à l’un des plus beaux royaumes du monde, bercé par une Histoire riche et de coutumes harmonieuses. Même si la gastronomie n’était point au niveau de celle de la France, il aimait manger les légumes bouillis qui lui rappelaient le goût d’enfance ancré en son cœur. Autant de souvenirs préservés telle pierre précieuse dans un écrin discret.  

L’autre tasse demeurait encore vide et attendait patiemment sa buveuse.
Elle était encore en retard...

Un soupir harassé franchit la barrière ivoirine, comme un sifflement feutré d’une certaine lassitude retenue par une attitude nobiliaire, maîtrisée. Un doux nuage de lait, une cuiller de sucre accompagnant la saveur de douceur parfumée, furent délicatement déposés. Une brise d’un souffle, puis une langoureuse lampée.

Le téléphone se mit à vibrer. Un sms qui le fit vriller de sa posture initiale et laissa un frisson déplaisant parcourir son échine à peine voûtée par l’âge. Par tous les Diables, qu’il détestait les sms...

Olivia :
“Je suis en retard ! J’arriiiiiiiiiiiiiiive ! J’ai pris le taxi ! On a eu un problème sur les serveurs ! Mais maintenant, ça va, c’est réglé !”


La petite fille prodigue ou prodige, telle qu’elle était, avait rompu le pacte de la ponctualité. Pour une raison, finalement, justifiée. Nonobstant les lèvres pincées dans une moue contrariée, un sourire flotta sur l’expression précédemment aigrie. Puis, entre deux gorgées, la cigarette fut éteinte dans ce grand cendrier d’un geste désinvolte, le journal fut ouvert, les feuilles furent froissées.

Par-delà le mirifique, il perçut alors du coin de l’œil l’éclat fugace d’une silhouette au détour d’un croisement, baignée d’une aura azurite. Un homme d’affaire, smartphone à l’oreille et semblant aussi pressé que stressé, marchait à vive allure. Il extirpait de sa poche, dans une cacophonie de mouvements paniqués, un stylo, afin de noter sur une carte de visite un numéro, peut-être un nom.

Hélas, le stylo tomba alors que la créaturelle, inconsciente de l’influence qu’elle allait avoir sur un microcosme fragile, tentait de le mettre dans la poche de son veston. Sans même que l’homme ne s’en aperçoive, il glissa, se figea un instant et de là, comme emportées par un étrange vent, des feuilles mortes d’automne furent balayées.

Une jeune femme en mini-jupe provocante, promenant un ridicule pinscher à paletot rose bonbon qui le suivait, se baissa tout en tentant d’héler l’homme en costume gris poudré. La laisse, mue par le destin parfois incongru aux conséquences tragiques glissa devant le vieil homme, un brin désabusé.

C’est alors que par les milliers de probables dictés par l’infortune, un chat errant s’enfuyait et croisa sa route. Le chien aboya, en bonne caricature qu’il était, s’échappa en profitant de l’instant de négligence… Il traversa la rue, fit tomber un homme tentant de l’éviter, sur une boite postale qui elle-même dégringola, par la force de son élan, sur la voie qui ne lui était aucunement visible que par souvenir. Une réaction en chaîne, catalysée par un simple stylo bleu.
Lowell attrapa son téléphone, composa le numéro des urgences.

“Bonsoir, Sir Lowell Grayson, je viens d’être témoin d’un accident de la route. Deux personnes gisent au sol. Trois voitures se sont percutées de plein fouet. 52 Hopton Street, Bankside.”

Il raccrocha derechef sous les yeux effrayés des clients auxquels la route était tout aussi peu visible qu’à lui-même. Et ainsi, dans un bruit de carnage, klaxons, éclatement de la tôle, et cris percèrent les nuées.
Les ambulances arrivèrent, à peine carnage fait.

Pourtant, dans les trames paisibles d’une existence particulière, les canevas conçus de bleu, tels le dessin d’un architecte sur papier gris, se rompirent alors d’un seul mouvement de main, libérant l’engrenage du probable d’un seul geste esquissé.


Une jeune femme en mini-jupe provocante, promenant un ridicule pinscher à paletot rose bonbon qui le suivait, se baissa tout en tentant d’héler l’homme en costume gris poudré. La laisse, mue par le destin parfois incongru aux conséquences tragiques glissa devant le vieil homme, un brin désabusé.
Celui-ci tendit sa canne à la tête ouvragée pour attraper la anse, maintint celle-ci de son pied et de sa main, le chien tira avec force alors que passa le chat et, ce douloureux filigrane, comme par magie, s’effaça devant ses yeux cérulée.

“Ma Dame.”

Les yeux écarquillés par les réflexes de ce vieillard, elle remercia, confuse, et reprit la laisse de son chien en marmonnant quelques excuses. Elle garda le stylo en main.

L’homme d’affaire avait disparu. Le monde continuait donc à œuvrer d’une presque tranquillité.

Si les dons du Ciel ou ceux de forces plus obscures ne lui permettaient point de déceler les éternels Cygnes Noirs, tels que la crise boursière causée notamment par l’un de ses plus grands spéculateurs, Madoff, ou les attentats du 11 septembre dont les États-Unis avaient été victimes et qui, de leur existence, avaient bouleversé le monde dans leur intégralité, Lowell préférait se dire qu’œuvrer à sa mesure sur un champ limité était déjà une bénédiction.

D’autant que, dans les gisants, une tache rousse était apparue.
Tache rousse qui arrivait en sueur, ayant traversé avec vivacité la rue, sans regarder.

“Olivia, ma très chère. Comment te portes-tu ?
- Je suis éreintée ! Un petit con de hacker a bousillé un serveur d’un de nos prestataires... Je suis vraiment, vraiment, VRAIMENT, désoléééée.”

Les paupières de l’homme d’un certain âge, quoi que paraissant à peine plus jeune, s’étreignirent tandis que ses sourcils se haussèrent. Les “States” avaient eu cette influence étrange sur le langage autrefois plus composé de la jeune femme. Sortie du M.I.T depuis quelques mois à peine, elle jouissait alors des pleins pouvoirs de son grand-père et avait obtenu un poste au Met.

Si cela avait pu paraître peu régulier, pour d’autres candidats bien plus expérimentés, Olivia Grayson demeurait l’un de ces purs génies en informatique, aux nombreuses lettres de recommandation conférées par l’un des grands pontes de la Silicon Valley et par le directeur du Media Lab du M.I.T lui-même. Et pour faire taire les mauvaises langues, Lowell les avait mises sous le nez de ses confrères, prétextant connaître sa petite-fille bien mieux qu’un illustre étranger tout en, au dévoilement de ses notes, affichant un sourire vainqueur tandis qu’on lui reprochait subtilement de privilégier les liens du sang. Cependant, Lowell était un homme magnanime et impartial : il n’avait appuyé la jeunette que pour son seul mérite, non pour son affection et l’avait prévenue de ne jamais le décevoir. Auquel cas, elle en paierait tôt ou tard les conséquences. Une menace inutile pour certains, nécessaires pour lui dans ce monde impitoyable.

Néanmoins, assidue qu’elle était, douée plus que de raison pour des choses qui lui étaient à mille lieues de pouvoir appréhender, elle fit parler d’elle, en bien, au sein de Scotland Yard. Ainsi, elle fut affiliée aux services de sécurité informatique relatifs aux réseaux du gouvernement et à d’autres tâches multiples telles que la sécurité des réseaux de surveillance : un grand prestige pour une si petite demoiselle. Une ascension presque similaire à celle qu’il eut, finalement. Mené, grâce à son statut et à ses contacts précieux, ainsi qu’à son travail acharné, de simple inspecteur émérite, vers les hauteurs vertigineuses de l’empire qu’était cette institution.

De ses grands yeux bleus, à l’image des siens, elle lui dit enfin après s’être assise avec bien peu de grâce dans le fauteuil, se servant le thé d’une bien laide manière.

“Tu voulais me voir…
- Oui, ma chérie.
- Ton ton me plaît pas du tout… J’ai fait une connerie ?
- Non, ne t’en fais pas, j’ai déjà prévenu tes parents. Je suis forcé de quitter Londres quelques temps… Pour une durée indéterminée. Une bien bruyante affaire aux confins du monde que nous connaissons…
- Ne me dis pas que tu pars à Last End ?... Trop prévisible… Ça fait le tour de tous les journaux…”

La mâchoire se serra un instant, contrarié qu’il était de savoir que les bruits se répandaient telle traînée de poudre. Il avait échoué ; les médias s’étaient emparés d’une affaire incomparable, avides de voyeurisme malsain qu’ils étaient, avant que Scotland Yard ait pu faire taire les concernés. Pourtant, il ne montra que calme et indifférence, afin de ne pas alarmer le sang de son sang.

“Dis-moi que tu m’emmènes avec toi !”

Les yeux du vieil homme s’écarquillèrent à peine, il secoua à peine la tête, négativement, et s’attendit à une crise de nerfs de cette enfant capricieuse. Crise qui ne le surprit pas.

“Tu viens à peine d’être placée, là où tu es. Oserais-tu me décrédibiliser en fuyant le navire sur lequel je t’ai placée ? Sois raisonnable, Olivia. Des gens tueraient pour obtenir ce poste.”

L’acharnement de la tête de mule prit le pas pendant les jours entiers de la préparation de son propre départ. Tel qu’il devenait harcèlement. Pourquoi insistait-elle autant ? La raison lui semblait étrange, mais il la comprit bien vite, lorsqu’elle cracha le venin accumulé depuis ces quelques semaines à Scotland Yard. On ne lui donnait que tâches de misère alors que son potentiel était bien plus grand sous prétexte de son jeune âge et de son absence de légitimité. Ses collègues la raillaient, la fustigeaient de mots acerbes, à propos de son lignage, parfois même de son physique malingre. Attitudes intolérables mais auxquelles Lowell n’avait aucun droit de regard : placé trop haut dans la hiérarchie des services de police Britanniques, il ne pouvait imposer aux plus basses ses volontés personnelles.
Fragile était l’intelligence la plus pure, prompte à la tristesse. Un fait qu’il connaissait depuis la naissance de cette merveille au visage parsemé d'éclats roux qui faisait tout bien avant l’âge… Au détriment de toute forme de merveilleux, qu’on lui avait soigneusement caché. Car elle, contrairement à ses cousins ou frères, n’avait point développé l’essence de ses lignées, trop dilué que son sang l’était désormais.

Mais il refusa encore. Sans ciller.


18 octobre 2015, dix-neuf heures, trente-quatre minutes,

Il était arrivé depuis la veille, installé dans un confort grandiloquent sur générosité des Earl. L’accueil s’était fait intimiste, parfois désœuvré par les événements qui, alors, avaient été perpétrés dans la ville portuaire. Beaucoup d’informations, mise en exergue d’un passé récent et amer aux lèvres du Cénacle. Tels les flets de la lune s’étiolant à travers le trou d’une serrure, trop avait été dévoilé. Se posait alors la question de la conservation du mysticisme dans lequel tous, depuis les prémices de leurs existences, avaient été baignés. Outré par certains propos pour dévoiler au monde ce qu’était l’Autre Monde, blasphème à l’évolution de ces humains auxquels ces créatures avaient mis si longtemps à se dissimuler, il renforça sa position. Les siècles avaient été bercés par les illusions aux ignorants, les chuchotements et les non-dits. Enfin, la technologie et la science aidant, tous étaient maintenant intégrés ; avaient disparu des yeux indiscrets et la magie. Il était ainsi impensable que le Secret fût alors dévoilé.

Les opposants au Secret avaient-ils pensé aux guerres qui en découleraient ? Avaient-ils songé aux humains qui, pris sous un joug de terreur, pourraient se liguer contre l’Ailleurs ? Pourraient tenter de capturer tout ce qui n’était pas dans la vertu de leur notion de normalité afin de les étudier comme on le faisait déjà avec des animaux rares et oubliés ? Ou tout encore de former des armées spécialisées pour mieux asservir ?

Son esprit tourmenté et investi de colère ne demeurait que vapeur sous pression, tandis que son enveloppe ne dénotait aucun fondement d’expression…

Jusqu’à ce que quelqu’un frappe, ce soir-là, à sa porte.

“Olivia ?”

En robe de chambre de velours pourpre, il avait ouvert à l’impensable. Sa petite fille, ici, à Last End, avec sa valise, son chat dans une caisse, un ordinateur portable dans une mallette à son cou, pendant… Il marmonna, râla, avant de refermer la porte lorsqu’elle fut à l’intérieur. Il faisait un froid de canard, aussi, la chaleur de l’âtre lui était réconfortante. Comme à chaque fois que lui et son épouse avaient retrouvé l’enfant au seuil de leur porte lorsqu’elle se disputait avec ses parents…

Durant de longues heures, puis journées, il avait insisté pour qu’elle rentre à Londres. Néanmoins, butée et bornée, ayant pris une toute confiance et un franc-parler très américain, aux intonations d’ailleurs peu élégantes, elle maintenait sa position. Elle avouait alors être depuis bien longtemps dans la tourmente pour de bien grandes raisons, et que, même si ses grands-parents faisaient partie d’une “secte du genre illuminatis comme dans le Da Vinci Code” elle les aimait plus que tout et refusait à rester un pas de plus dans cette capitale viciée.

A la prononciation du mot illuminati, Lowell réprima une grimace explicite tout en manquant de s’étouffer ce qui fit tiquer la demoiselle. Après tout, n’avait-elle point l’intellect de comprendre les moindres signes dans sa maisonnée ? De là à l’affilier à ces traîne-savates et fous à lier ? La rigueur de son étiquette prit cependant le pas sur le choc d’entendre ce nom de ces lèvres innocentes ; le vieil homme ravala sa hargne, ainsi que sa fierté brisée, prétextant une trop grande bouffée de tabac.
Il fit ainsi, comme seule réponse un geste d’une main lasse portant cette pipe fumante, usé par l’entêtement et dissimulant son ressentiment : il était proche de ses soixante-seize ans quand elle, possédait la force et la fougue de la jeunesse. Il ne pouvait faire le poids face cette crise proche de l’hystérie, mais surtout, emplie d’une dépression déjà bien ancrée. Bien plus que ce qu’il l’imaginait…
Dépassé, il ne savait comment remédier à l’arrivée d’Olivia dans cette ville aux mille et un mystères, lui cacher comme il désirait cacher aux yeux du monde la magie et les créatures du Secret.

Ce qu’il ne réussirait point à faire bien longtemps… Le glas avait sonné.


23 octobre 2015, vingt-et-une heures,

“Allez, raconte-moi la manière dont tu es entré dans l’ordre de la Jarretière ! Vous n’êtes que vingt-cinq, c’est ça ?”

De vieux yeux usés et cernés s’étaient levés au ciel avec flegme… Les Histoires de la Cour d’Angleterre furent donc évoquées avec élégance, à celle qui avait oublié les codifications de l’univers auquel elle appartenait. Il se surprit même à réprimer un rire, en évoquant quelques anecdotes à propos de leur Reine qu’il connaissait personnellement, sans pour autant lui être proche.
Ainsi était contenue l’histoire des Grayson, Haute Famille d’Angleterre, lignée noble par le sang. Pourtant, un ombrage voila son regard, alors qu’il mentionnait le nom de son épouse. Un souvenir, fugace éclair, le perdit dans un passé lointain qu’il ne pouvait encore dévoiler.

“Elle a de la chance de t’avoir, mamie. Comment l’as-tu rencontrée, déjà ? Ne me demande pas ce que j’ai fait pendant sept ans, j’ai fait que bosser comme une furieuse...”

Questions incessantes à réponses anecdotiques d’une vie comblée. À opposition de son titre moins important, son épouse était d’une lignée de Sorciers bien plus puissants, tandis que les Grayson ne jouissaient “que” du privilège de leur nom. Un sang ancien, aristocrate, mais à la magie délitée et impure de ses mélanges avec de simples humains pour conserver son rang. Fait qu’il dut taire encore quelques temps, masquant sous un parterre de bien douces vérités ce qui devait demeurer celé. Il prétexta ainsi l’amour pur et sincère qui les liait, de leur fréquentation depuis bien jeunes, de la rencontre lors d’un bal, ce qui était tout à fait exact, et omis cependant de mentionner qu’il était celui à avoir réellement été privilégié dans cette affaire de cœur qui aurait pu ne jamais exister, autrement que par son application à servir et à protéger les mystères de son monde caché.

Les évocations de la naissance de ses parents, de la joie qui les avait comblés, d’autres parcelles de vie en puzzle soigneusement composé, auxquelles pièces plus troubles ne venaient rompre le charme abstrait.

“Et en fait, comment t’es rentré au Met ?”

Les contractions de mots et les syntaxes familières frisaient les moustaches du patriarche, héritage de l’état du Massachussets dans lequel Olivia avait bien trop baigné. Un nom s’appliqua, un seul. Celui des Earl. Il lui conta comment, de son esprit perfectionniste, de ses capacités de déduction et d’analyse dignes de Sherlock Holmes, à ce qu’elle-même le caractérisait dans sa trop grande connaissance des univers littéraires dans lesquels elle s’enfermait, il avait su se démarquer, rang aidant, afin d’élucider bien des drames depuis son jeune âge. Afin de coordonner bien des hommes à sa première montée en grade, pour finalement arriver là où il se trouvait. Au fond de lui, Lowell savait qu’il ne devait son poste qu’aux Earl, mais, objectif quant à ses connaissances et ses presciences, il les jugeait aussi méritées.
Toutefois, ce qu’il ne décrivait pas sous le sceau du Secret, était qu’en vérité, nombre d’affaires aux yeux du monde avaient été cachées grâce à son dévouement au Cénacle… Et que par l’intégration de jeunes talents du monde Dissimulé aux yeux de la plèbe ou aux différentes strates de la société, s’était élevée, la Magie en Maître absolu, sur ce qu’elle désirait ou non dévoiler…

“Et t’as jamais voulu prendre ta retraite ? Non parce qu’avec ton dernier cancer… T’es pas un peu fatigué ? Moi j’ai l’impression d’être une vieille avant l’âge, je suis déjà blasée par tout...”

La question ne se posait pas.

“Vois-tu, ma très chère, diriger Scotland Yard est un privilège mais aussi un devoir, non un droit qui m’a été accordé. Aussi, tant que je respirerai, je demeurerai fidèle à mon royaume et à ma Reine. Je servirai jusqu’à ce que mon cœur cesse de battre.
- Wouuuuuh… La sériosité absolue pépé !”

La main ridée se porta sur son front gravé d’aussi lourds sillons du temps, il secoua la tête, dans une expression profondément blasée… S’il adorait cette petite, le peu d’efforts qu’elle mettait à s’exprimer avec la dignité de son nom le lassait.
Elle était pourtant une bouffée de fraîcheur à l’atmosphère moite des bruines d’automne. Elle était la douceur du lait versé dans son thé. Ainsi, tout lui était pardonné. Il devait néanmoins apprendre à vivre avec ces mœurs bien étrangères et de bien basse extraction qu’elle avait absorbées tel le biscuit de Reims buvait son Champagne…


25 décembre 2015, Noël, dix-huit heures cinquante-trois minutes,

Lowell était revenu à Londres avec Olivia pour les fêtes, n’omettant point de prévenir de cette absence pour quelques jours à peine les Earl, mettant en pause ses affaires d’extrême importance. Les réunion familiales étaient sacrées pour les Grayson, faisant partie d’un monde différent à bien des égards, et soumis aux obligations particulières de l’aristocratie anglaise. Aussi, le vieil homme espérait au fond de lui que les Earl ne lui en aient point tenu rigueur. Un moment choyé, car son épouse lui avait manqué, tout comme elle aussi se languissait de sa présence. Néanmoins, personne n’évoqua l’affaire du réanimateur en la présence de la jeune fille, préservée comme le reste du monde d’informations bien trop difficiles à libérer.

Depuis sa prime enfance et, lorsqu’elle était présente, l’habitude avait pris le pas sur l’intimité. Avait-ce été par malchance qu’elle demeurait seule Héritière sans essence ni capacités ? Ses relations avaient ainsi toujours été très difficiles avec son père qui voyait cela comme une malédiction et qui, sur les conseils de Lowell, avait tout de même mis de l’eau dans son vin. Il la voyait malheureusement comme une tache d’encre à leur lignée et cela faisait souffrir le vieil homme qui la considérait pourtant telle qu’elle était, ni plus ni moins qu’une humaine extraordinaire, joviale, douce et gentille quoi qu’un peu étrange.
Il ne fut donc pas surpris que les deux ne s’adressent aucunement la parole pendant le repas. Le visage d’Olivia demeurait fermé, perdu ailleurs, dans ses pensées, sûrement vers l’un de ses mondes alternatifs.

Les grands-parents, à cette scène de difficile ignorance mutuelle, retenaient leur douleur car leur aîné avait toujours été un homme difficile avec autrui, à l’exigence supérieure ; il avait hérité d’une puissance sans commune mesure, à l’instar de sa propre mère et avait depuis toujours témoigné mépris envers ceux qui n’étaient point comme lui. Il n’offrait donc que peu d’affection à sa fille, pris par une aigreur personnelle de non transmission de ses gènes qu’il mettait sur le dos du nom des Grayson. S’il ne lui assénait plus critiques constantes, il semblait parfaitement ignorer sa présence.

Chaque famille avait ainsi ses histoires, ses complexités.


31 décembre 2015, vingt-trois heures cinquante-huit minutes,

Le jour de l’an n’était point fêté par Lowell, toutefois, Olivia le traîna dans les rues bondées, entre les passants qui attendaient un feu d’artifice. Elle courait et, de nombreuses fois, il dut l’appeler pour qu’elle l’attende, lui donne sa position. De son âge avancé, ou même de son flegme typique, il avait pour habitude de prendre le temps pour toute chose, comme de déambuler tranquillement pour se promener, observant avec passion la moindre subtilité du monde qui l’entourait. Pourtant, au détour d’un autre boulevard, elle avait encore disparu…
Fatigué, bougonnant, il leva les yeux au ciel et, tandis que le feu d’artifice commençait, son téléphone sonna enfin…

“Papi...
- Olivia… Tu pleures, que se passe-t-il ?”

La panique s’empara de lui. S’il était un homme à la confiance et à la solidité rare, le bien être de sa famille demeurait primordial. Il blêmit alors que murmurait la gamine, et s'agrippa à une cabine téléphonique pour ne point vaciller, son sang n’ayant fait qu’un tour jusqu’à ses chevilles et son cœur s’étant emballé. Il craignait le pire.

“J’ai… Y’a… Y’a des gens bizarres… J’ai vu une théière voler… Y’a des bestioles partout, j’en ai vu un qui avait un costume d’Halloween avec des dents pointues mais c’est pas un costume, y’a des espèces de genre de… J’en sais rien, des putain de trolls, des machins visqueux… Ils font flipper… Mais je crois que le pire c’est juste que ça pue, c’est chaud… Je dois respirer par la bouche, j’suis planquée là, dans un espèce de cageot de je sais pas quoi...”

Un silence s’était établi, Lowell déglutissait péniblement. En un fragment d’instant, son secret anéanti. Un échec, comme celui qu’il allait subir si les partisans de la Vérité gagnaient cette guerre intestine…

“Putain papi… C’est trop bien… J’ai croisé le père Noël, IL EXISTE !
- Quoi ?”

L’étonnement, la frayeur, le choc asséné comme un marteau sur une nuque plus que si elle avait été prise d’une véritable terreur…

“Je te jure, c’est pas des tours, y’a des mecs ils font des trucs de fou… C’est de la magie.
- Tu es en danger, Olivia ! Fuis !”

Elle pleurait pourtant de joie…
Toutefois, quand il la retrouva au marché des Trolls, ayant usé d’un douloureux sortilège pour se dépêcher plus que sa condition humaine le lui permettait usuellement, il s’aperçut de la tache ruisselant le long de son pantalon noir…

“J’ai eu peur… Un truc a voulu m’attraper et j’ai couru comme une dératée. Me juge pas… Dis jamais à mamie que je me suis pissé dessus… Je sais plus quoi faire.”

Elle avait les yeux rougis de larmes et de honte. Lui, évoluait comme si de rien n’était entre ces personnalités étranges dont certains lui firent un signe de la main, il se massa les tempes en soupirant… Ce devait être un cauchemar, pour lui comme pour elle… Rien de plus...


1er janvier 2016, huit heures, trente minutes,

“Je pense que tu as trop bu hier, avant d’aller voir le feu d’artifice.
- Me prends pas pour une idiote ! C’est bon, j’ai compris, j’ai vu ! C’est quoi ce délire ? On se croirait dans Harry Potter, croisé Supernatural, croisé Fantasia, croisé WTF Land ! Où est mon téléphone ? Je l’ai perdu hier… Je ne retrouve pas non plus mon ordinateur...”

Hormis Harry Potter, connu par le succès de son auteur quoi qu’il ne s’y fût jamais intéressé, il ne voyait absolument pas de quoi sa pupille parlait. Elle était dans une sorte de crise d’angoisse, de panique, faisait les cent pas, tandis que lui, demeurait placide telle l’eau d’un étang glacé, avachi sur un fauteuil moelleux devant un âtre bienfaiteur. Hermétique, il n’avouait rien.

“Tu es un illuminati ? Un franc-maçon ? Non parce que j’ai vu en direct un Hentaï, enfin presque… Y’avait un machin à tentacules qui avait l’air d’acheter à un marchand d’esclaves des petites japonaises en mini-jupe d’écolières ! Hein !”

Lowell fit craquer ses doigts, et fit un geste infime. Instantanément la jeune femme s’assit, comme mue par une force terrible et une tasse de thé brûlante voleta jusqu’à ses mains frigorifiées.

“Qu’est-ce que c’était ?...
- Une chose dont tu es la seule de la famille à ne pas avoir hérité… Et que jamais tu ne devras dévoiler.”

Le cœur de Lowell, à l’expression de frayeur de sa petite-fille, manqua d’exploser. Malgré son caractère rigide avec ses pairs, strict et exigeant, il ne pouvait s’empêcher d’aimer autant que ses enfants ses petits-enfants. Ainsi, il lui fit promettre de garder le silence et lui dévoila tout ce que jamais, si son entêtement n’avait point été le facteur de cette scène extravagante, n’aurait été dévoilé.

“Avant toute chose, une guerre entre deux factions est à l’œuvre, Olivia. Il y a ceux qui désirent que les gens comme toi sachent ce qui existe dans les profondeurs, et ceux qui, comme moi, ne souhaitent que le laisser caché.
-Mais ils sont fous ! Encore, moi, j’allais dire, je veux bien, j’ai toujours rêvé de magie, de fantasy, de science-fiction. Mais t’imagines la panique pour les autres ? Ah ça, non… Après ils vont vouloir vous disséquer comme des souris… Enfin. Je suis de ton avis… Mais sérieusement, t’es un illuminati ?”

Après s’être résigné, il lui conta alors ce qu’il y avait à savoir et lui fit ôter de ses lèvres le mot illuminati. Une bien étrange histoire, pour une si frêle créature qui venait de découvrir un monde étrange et qui le confortait dans son jugement. Puis il lui dévoila, finalement, la vérité sur la position des Grayson au cœur du gouvernement afin de dissimuler aux yeux des gens ce qui existait dans l’ombre, de leur proximité voulue avec la Cour d’Angleterre afin de libérer du joug de la terreur, depuis des millénaires, les créatures autrefois chassées, la puissance du sang de sa grand-mère, mais aussi… Les raisons pour lesquelles sont père se comportait comme il le faisait avec elle… Il lui fit ainsi jurer de se taire.

Le Secret devait demeurer éternel… Et elle, allait l’aider comme elle le pouvait. Elle lui en avait fait la promesse.


1er mars 2016, noon

L’appel s’était fait sourd, insidieux. Il s’était logé au cœur des esprits, lacérant les entrailles. Anthony Evans avait usé d’une magie profonde, puissante et, jusqu’alors, inavouée aux yeux des Sorciers les plus modestes et des créatures de l’Outre Monde. Le sourcil broussailleux du vieillard se haussa, le journal, posé sur ses jambes nues, fut compressé dans un bruit de froissement de pages. Les arguments étaient pauvres, à l’image des terroristes qui tentaient de faire valoir leur vision des choses par le Drame, feignant connaître les rouages complexes qu’il considérait torve et brumeux.

Lowell soupira, leva les yeux au ciel, les lèvres pincées et comprimées dans un élan de colère à lui, qui connaissait les enjeux d’un gouvernement et savait se targuer de connaître le monde, plus que cet abruti, fou à lier.

"Blablabla... Ne peut-il pas se taire à la fin ? C'est extrêmement gênant comme situation... Il a fallu choisir CE MOMENT précis pour venir m'encombrer d'arguments aussi ridicules, qu'invalides !"

La voix rauque et vacillante, usée par une vie remplie, s’éleva au travers de la porte des latrines. Il entendit alors une petite voix, de l’autre côté, qui résonna, fébrile et inquiète.

"Qué pasé pépé ?
- Qu'il essaie un peu, seul ou avec ses trois péquenauds de détourner le Cénacle de sa fonction.  Je m’en vais lui rosser le derrière à coup de tison ! Droit dans le buffet !
- Hein ?... Papi je rentre !
- NON !"

L’insistance de la jeune fille aux habitudes étranges, manqua d’achever l’ire sourde, grandissante au cœur du patriarche qui, pour une fois, avait laissé éclater la pression mordante qu’il accumulait depuis tout ce temps. Alors qu’elle le regardait, l’air coi, sur son trône, il sentit une douleur envahir ses épaules. Ses yeux se firent livides, et furent clos le temps que les secours arrivent.

Faire une crise cardiaque aux toilettes… En voilà un événement qu’il attendait encore moins que les débilitantes paroles du réanimateur…

Pourtant, sur le lit d’hôpital, la crise passée, il maugréait comme un vieillard en peine de bagarre, levant le poing tout seul, visiblement énervé.


♜ JOUEUR : Vieille couenne sans nom, je fais du RP depuis mes jeunes années. Cela fait en tout, un peu longtemps. Bref.


♜ JE RECONNAIS AVOIR PRIS CONNAISSANCE DU RÈGLEMENT ET M'ENGAGE A LE RESPECTER : Lowell Grayson




Lun 25 Juil - 20:28
• • • • • •
avatar
L'étrange sous la normalité :
Je suis le Maître de ces lieux, le conteur de vos histoires, l'oracle de vos avenirs. J'écris sur les pages blanches de demain vos déboires, vos exploits.

Tell me More : Je tiens les ficelles de vos existences.
PROFESSION : Assistant
Crédits : By Meri
Messages : 808
Points : 1353
Admin

Bienvenue Lowell !


J'ai le plaisir de t'annoncer que tu es validé


Quelle fiche ! A la fois subtile et drôle ! Tywin ne peut qu'être jaloux de ta scène finale ! Félicitations, l'incarnation du personnage est parfaite : nous sommes certains qu'il est entre de bonne main ! Je t'invite vivement à faire payer Anthony ! coeur



Mar 26 Juil - 17:19
Voir le profil de l'utilisateur • • • http://weirdtales.forumactif.org • • • •
Invité
Invité
Merci beaucoup <3
Heureux d'être parmi vous !

Mar 26 Juil - 17:21
• • • • • •
avatar
L'étrange sous la normalité : Someponies just want to eat humans <3
Tell me More : Chhhh. Don't talk about the secret.
PROFESSION : Monture d'Eurynome
Crédits : Michael Tintiuc
Messages : 258
Points : 792
Poney de l'Enfer
Le Pryam en moi tient à te féliciter, te souhaiter la bienvenue, et te dire que ta fiche est fameuse <3
Le Max en moi essayera de ne pas trop se moquer de ta crise cardiaque 8)

Mar 26 Juil - 18:44
Voir le profil de l'utilisateur • • • • • •
Invité
Invité
Hahahaha ! Merci beaucoup ! :)
Je suppose que nous allons rencontrer Pryam in Rp, Olivia, Lowell et moi. ^^


Mar 26 Juil - 19:20
• • • • • •
avatar
L'étrange sous la normalité : La Force est source de toute vie. Mais elle ne permet pas d'oublier.
Tell me More : Me more
PROFESSION : Inspecteur du Metropolitan Police Service
Crédits : Ewan McGregor
Messages : 244
Points : 946
Ach,Willkommen, Herr Direktor Grayson :D

Mar 26 Juil - 19:41
Voir le profil de l'utilisateur • • • • • •
Invité
Invité
Merci bien cher Diederich !

Mar 26 Juil - 19:53
• • • • • •
Contenu sponsorisé

• • • • • •
 
[SORCIER] Lowell Grayson
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Casque du Roi sorcier
» Roi sorcier plu puissant
» Roi Sorcier sur Ombre Aîlée.
» Lendar Elendïl [Sorcier]
» Rafaël Eärendil [Protecteur de Scalim & Sorcier de l'eau]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Weird Tales ::  :: L'émergence :: Créations avortées-