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 Pris à la gorge | Morrigan

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L'étrange sous la normalité : Enfant cadet du Patriarche Earl, il est un héritage refusé, s'extrayant de la nécrose gangrénée de sa famille.
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Personne ne vit qui était le fardeau obscur présent dans les bras de Morghann Earl lorsqu’il revint dans une zone plus habitée par les réfugiés. Beaucoup l’avaient vu partir avec son père et revenir ainsi avec un poids mort dans son étreinte avait coupé le souffle plus d’un. « Prince Amasis. » fit-il distinctement, impérieux, à la vue de Farhad parmi la foule. « Ceci vous appartient. » fit-il en faisant venir à la famille égyptienne le corps du métamorphe. Voilà qui était une tâche dûment accomplie. Le dédain pour la créature paraissait dans ses mots choisis pour l’occasion. Les sorciers se plaçaient naturellement en haut de la pyramide de l’Envers. En acceptant le masque des Earls, il s’obligeait à leur supériorité naturelle. Le métamorphe n’était qu’une chose à la solde de la famille égyptienne à ses yeux. Il n’avait pas besoin de d’avantage de respect et il se détachait de ce fardeau là, gardant l’autre bien précieusement contre lui. « Mon père nécessite votre soutien, ainsi que celui des Patriarches et Matriarches du Concordat, je vous prie. » Venant près de lui, il vint prononcer quelques mots à son oreille. Au moins, que tous soient assurés que l’être inconscient qu’il transportait n’était pas son père.

Il poursuivit son chemin vers les pièces dégagées et aménagées pour les membres des hautes sphères de l’Envers. Parfait soldat des demandes de son jumeau et royal commandant des forces qu’il dirigeait, il exécutait avec une rigueur vertueuse chacune des tâches que son esprit planifiait progressivement. Il appela deux femmes au service de sa famille. « Prenez Morrigan avec vous. Veillez à ce qu’elle puisse se réchauffer, se laver, avoir des vêtements propres, se nourrir et prendre du repos. Qu’elle ne manque de rien. » Morghann s’arrêta devant la porte d’une chambre disponible et orienta son regard vers la déesse qu’il allait délaisser pour un temps. « Je vais m’occuper de lui. » Et panser ses plaies. Il était alors hors de question qu’elle voit son frère dénudé. Sans compter qu’elle aussi nécessitait sûrement de se remettre de ses émotions. « Revenez en début de soirée et.. Faites attention à vous. Les forces du Cénacle et de la Révolte cohabitent au sein du Siège pour l’heure. Le temps de gérer.. La catastrophe. Cela n’empêche pas les esprits de s’échauffer. » Et de craindre pour une rixe. Il valait mieux que Morrigan ne soit alors pas dedans. Loin de ce qui s’était joué dans la chambre du Cénacle, elle ne devait pas comprendre un traître mot de ce qu’il lui expliquait. Ou trop peu. Il serait temps de lui évoquer tout cela un peu plus tard. Il la salua d’un signe sec de la tête avant de réclamer à des écuyers de garder la porte. Il entra dans la chambre.

Il ne voulait personne. Pas pour le moment. Il doubla la garde des écuyers par quelques fantômes qui laisseraient passer ceux que Morghann accepterait : sa propre famille, la déesse mais aussi la jeune Khan qui s’était occupé d’Howard au mois de février. Pas de peuple, pas de Concordat, pas de Cénacle. Il s’approcha du lit et y déposa son aîné, sa gorge se noua devant la tâche qui l’attendait. L’état d’Howard était chaotique (dans tout les sens du terme) et Morghann avait d’avantage l’habitude d’un tel délabrement auprès des cadavres de la morgue qu’auprès des vivants. Cela le secouait à plus forte raison qu’il s’agissait de son frère adoré. Il avait commencé par le défaire de ses haillons, puis l’avait nettoyé, avait refermé médicalement les plaies, allant de mauvaise surprise en mauvaise surprise. Il ne savait pas vraiment dans quel ordre classer les catastrophes qui impactaient son frère, tant elles lui étaient toutes aussi insoutenables les unes que les autres. Il lui fallut quelques heures pour le nettoyer complètement et panser ses plaies, lui donner des vêtements et des draps propres pour le laisser à un repos réparateur. Il n’avait aucune idée de la manière dont il allait pouvoir se débarrasser de ces tentacules, quant aux blessures et à la paraplégie… Il faudrait du temps au Khan pour le réparer, mais il avait bon espoir sur ce point. Il s’en remettrait. Au terme de sa besogne, il se lava et se changea lui même avant de venir s’allonger dans les draps de son frère, laissant retomber l’effervescence.

L’adrénaline en chute, les larmes rejoignirent ses yeux et les sanglots sa gorge alors qu’il mordait violemment la couverture. Il avait fini par s’endormir là, alors que son âme enserrait avec force celle d’Howard pour l’assurer de sa présence protectrice. Il avait cure que son père le retrouve ainsi dans le même lit que son frère, cela faisait bien un mois que Johan avait du lui rapporter que les deux jumeaux dormaient ensemble. Les cauchemars de l’aîné était une plaie sur laquelle veillait le cadet, au-delà de ce que la bienséance et les mœurs de sa famille lui imposaient. La situation actuelle lui déplaisait au plus haut point. Cohabiter avec Werner était une tension qui lui ébranlait sournoisement le cœur. La réincarnation avait menacé sa vie auprès d’Howard et Morghann ne voulait pas d’une exécution de cette promesse. Quoiqu’elle aurait été sûrement une douce mort en lieu et place de l’éclat cristallisé de Fimbulvetr qui emprisonnait son âme et qui le tuerait à petit feu. Un cadeau involontaire, mais une offrande tout de même de la part d’Anthony. Toute magie avait un prix à payer et la vie de Morghann avait été celui auquel le Réanimateur avait consenti pour s’extirper de l’emprise de Pryam. Quant à l’avenir d’Howard, il était à nouveau compromis et dans le marasme régnant au dehors, il sentait la Faucheuse les envelopper de son suaire.

Il entendit la porte s’ouvrir et quelqu’un entrer dans son dos alors que ses yeux fixaient le profil de son aîné gémellaire. Il ne trouva pas même la force de se lever et de faire croire à l’honneur qui revenait à son rang. Il restait étendu, éperdu autant qu’égaré dans l’univers bien obscur qui était le sien et attendit que la déesse fasse le tour du lit pour l’avoir dans son champ de vision. Là, ses noires prunelles s’accrochèrent finalement à elle mais ses yeux portaient la tristesse dans son éclat le plus pur. Rougis, son regard se faisait absent et abattu. Il ferma les yeux et rassembla ses forces physiques et psychiques pour se redresser et quitter le confort des draps en silence. Il couvrit son frère d’une bulle de silence non pas pour avoir une discussion secrète mais pour épargner à Howard le bruit qui troublerait son sommeil. Son jumeau n’avait qu’à rejoindre son âme pour connaître le cœur de leur conversation. « Merci d’avoir patienté, Morrigan. Il n’y a rien de plus que je puisse faire à présent. Rien de ce que seul le temps pourra lui apporter. Ses blessures sont intenses mais finiront par cicatriser. Sa paraplégie… Pourra, je pense, être magiquement résorbée, en son temps. Il n’y a que l’Ailleurs dont j’ignore… » Il secoua la tête de gauche à droite en prenant la veste noire, propre, posée sur une chaise, dont il se couvrit pour compenser la chaleur perdue des draps. « Mais Howard connaît bien cela. Le Necronomicon est un ouvrage qui lie l’art nécromant au monde de l’Ailleurs. Un lien dont Howard a fait sa spécialité et qui est aussi puissant qu’instable. La magie a un prix et il ne pouvait que payer pour survivre. Comme nous tous. »Sa dernière phrase était tant générale que personnelle. Il désigna d’un geste de la main un fauteuil pour la déesse dans une invitation silencieuse alors que lui-même prenait place dans un autre. « Comment vous portez-vous ? Avez-vous pu vous informer des conséquences de l'affrontement ? » Dans la négative, il l'informerait ou compléterait.

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« Reste »

Mar 14 Mar - 22:09
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De Pryam, son regard glissa jusqu’à Morghann, les deux ailes éthérées de ses sourcils se haussant délicatement tandis qu’elle écoutait, désabusée, la façon pour la moins étrange qu’avait le fils de calmer le père. Un instant, Moïra se demanda comment Howard avait pu se développer un tant soit peu normalement dans un pareil environnement, puis elle se souvint du lien fort unissant les deux jumeaux ; peut-être le jeune homme qu’elle avait face à elle n’était pas une cause aussi désespérée qu’elle le songeait, n’agissant de la sorte que parce que crainte et amour se mêlaient en lui. Rien que de très compréhensible, alors que son univers se déchiquetait et qu’il s’effrayait de perdre un proche parent… Quel âge avait-il ? Elle l’ignorait, mais il n’avait probablement jamais connu pareille catastrophe. Son inexpérience, son âge juvénile, ne lui offrait probablement pas l’endurcissement de Pryam ou le calme de la déesse. Lui pardonnerait-elle son irrespect à son égard ? Certainement, s’il lui prouvait par la suite ne pas être pourri et moisi jusqu’à la moelle comme un certain membre de sa famille. Le suivant donc en silence, un œil attentif sur le blessé, Morrigan rejoignit le Siège en observant autour d’elle d’un œil prudent.

Son pied nu fendit l’eau claire et fumante, des arabesques vaporeuses l’enrobant toute entière alors qu’elle pénétrait dans son bain. Se laissant aller contre la paroi froide, elle appuya la tête contre le rebord blanc, fixant le plafond nu tandis que l’air de ses poumons s’échappait en un soupir las. L’eau chaude apaisait et relaxait son cœur autant que son esprit, et la déité savoura le silence qui l’entourait. Quelques minutes, elle se permit d’oublier les mortels, d’écarter sorciers et vaniteux patriarches, profitant simplement du confort qui lui était offert, de délaisser reliques et tentacules. Du fond de sa poitrine et remontant dans sa gorge, un fredonnement jaillit comme une source claire, mélancolique et éploré, sensuel et rêveur. Elle célébrait l’éveil du soleil sur les prairies endormies, les caresses amoureuses des amants se séparant, le sel mouillé des larmes de la veuve sur le corps de son époux tombé au combat. La paume des mains effleurant la surface ondoyante de son eau, ses cheveux s’épanouissant, algues sanguinolentes, autour de ses épaules, la baigneuse s’enfonça un peu plus dans son refuge aqueux alors que sa voix se stabilisait. Elle songeait à ses frères, soupirait auprès de ses sœurs alors qu’elle réalisait combien son panthéon lui manquait. Quoi qu’elle n’est jamais été véritablement proche de ses semblables, leur compagnie se révélait parfois moins fatiguante que celle des humains. Qu’étaient-ils devenus ? S’étaient-ils, lentement, laissés emporter par le délitement ? Avaient-ils tout comme elle choisit de survivre, loin de leur terre chérie ? Combien avaient perdu de leurs forces, combien avaient été oubliés, ne demeurant plus qu’encre affadie sur de vieux parchemins ? A chacun de s’adapter, à chacun de choisir sa voie. Et elle-même avait à faire, ici, en ces lieux, en ces instants. Sous peu, trop vite, il lui faudrait rejoindre Morghann ; elle ne savait qu’en penser. Le jeune homme semblait instable, aussi fragile qu’une fleur de cristal, aussi impétueux que l’océan même. En son cœur, elle percevait peur et impulsivité ; qu’avait-il donc vécu qui fasse naitre les tourments hantant son regard ? Son jumeau blessé s’avérait parfois surprenant. Mais il était aussi sincère, loyal et impliqué, lui rappelant un vieux loup estropié que sa fierté et noblesse préservaient de l’extérieur. Le plus jeune en revanche… elle n’en connaissait guère assez pour se faire une opinion réaliste de lui. Pourtant, nul doute qu’il lui faudrait être prudente, car d’ami ni d’allié il ne pouvait pour l’heure avoir le titre. Cueillant au creux de ses mains un peu d’eau, elle observa les gouttes qui perlaient de cette coupe de chair, laissant son contenu s’écouler jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien ; alors, elle referma les poings, sortant de sa léthargie.

Moulée dans un jean bleu sombre, propre et reposée, l’irlandaise traversa les couloirs en compagnie de l’une des domestiques hélées par le jeune Earl. Qu’il lui tardait de pouvoir de nouveau galoper et s’envoler dans une nature sauvage et oubliée des Hommes ; elle suffoquait, enfermée dans ces masses de pierres et de bois, entourée de tous ces murs. Elle n’avait pas oublié ce sentiment d’insupportable oppression, tantôt, tandis que les rochers semblaient prêts à les écraser. Prenant soin d’écarter ce mal être, elle interrogea la jeune femme à ses côtés sur la raison exacte de cette effervescence au Siège, désireuse d’éclairer les propos sibyllins que lui avait adressé Morghann avant s’éloigner. Ainsi donc, le froid avait frappé le Siège du Cénacle, enfermant protagonistes de tout côté en son sein. Là était la raison de la mise en garde… Remerciant distraitement son informatrice sur les renseignements qu’elle acceptait de mauvais gré de lui distiller, la déité la suivit en méditant ce qu’elle venait d’apprendre. C’était un coup dur et inattendu pour l’Envers, et cela expliquait sans doute l’effondrement de la caverne des reliques. L’hiver n’avait pas pris place que dans les cœurs…
Quelques coups discrets qui demeurèrent sans réponse, et elle posa la main sur la poignée glaciale de la porte pour se glisser dans la chambre. Détaillant un instant les environs, ses iris verdoyants se posèrent sur les deux silhouettes recroquevillées sur le lit, masse informe. Quelques pas la menèrent de l’autre côté, face à celui qu’elle était venue voir. Un petit chiot pleurant sur le cadavre de sa mère, voilà ce qu’il lui rappelait. Un enfant que la douleur avait terrassé, broyé de ses griffes empoisonnées. Dans ses yeux, elle lisait un chagrin infini, un ciel ténébreux que nul arc-en-ciel ne pourrait adoucir de ses chaudes couleurs. Quelle pitié qu’il fut celui qui restait, semblant devoir supporter un poids qu’il ne pouvait accepter. A force de les côtoyer, Mórrígan oubliait parfois la fragilité de leurs âmes, qu’une minuscule fêlure pouvait conduire à la folie et à l’autodestruction. Mais c’était aussi cette vulnérabilité, cette faiblesse qui les rendait si fascinants lorsque, puisant dans leur foi en eux-mêmes et leurs semblables, brandissant l’épée du Courage et le bouclier de l’Espoir, ils menaient à bien d’impitoyables combats, remportaient de sanglantes batailles. Ce fut donc sans surprise qu’elle l’observa se redresser, se drapant difficilement des hardes que lui offrait sa dignité agonisante. Une étincelle bienveillante au fond des yeux, elle le laissa se redresser doucement pour lui faire face. L’observant lui tandis qu’il parlait de son frère, elle prit place dans le siège qui lui était offert sans répondre de suite, le dévisageant en silence. Ses traits étaient tirés, blême était son visage ; ses yeux semblaient injectés de sang, la fatigue et les larmes saccageant laborieusement sa beauté sévère. Enfant perdu… Enfin, elle rompit le silence, les mains soigneusement posées sur ses genoux croisés, ignorant soigneusement la première interrogation : d’eux trois, elle était sans nul doute la mieux portante.

- L’une de vos employées m’a en effet informé de l’essentiel, quoi que son rapport manqua de précision. Combien il y a-t-il de victimes ? Dans quelles limites l’Endroit a-t-il donc été touché ?  Se levant, elle se dirigea jusqu’au guéridon supportant une bouilloire, s’absentant un instant de quoi la remplir d’eau fraiche. Tout en s’activant avec des gestes calmes et précis, elle reprit ses questions avant qu’il ne réponde aux précédentes. Il semblerait que le Siège soit coupé de toute relation extérieure, est-ce vraiment le cas ? Qu’en est-il du Secret ?  Son attention, un instant, dériva sur le blessé endormi : de vos propos je déduis qu’il fut le seul touché de la sorte. Pour une quête qui s’avéra vaine, il a chuté dans les ténèbres. N’il-y-t-il donc rien qui l’aiderait à nous revenir ?

Il ne lui restait plus qu’à patienter le temps que l’eau ne chauffe. Penchant légèrement la tête, la divinité fixa le sorcier avec une acuité accrue, le dos appuyée contre le petit meuble. Si frêle et si fort à la fois… il n’avait guère la prestance de son jumeau, pourtant désormais qu’elle se trouvait face à lui elle décelait une force commune aux deux frères. Ils avaient été forgés au feu de la raison, aiguisés par une sévérité qui faisait aussi leur résistance aux pires obstacles. Mais ne pas se perdre eux-mêmes, il leur fallait aussi s’ouvrir et s’épancher, reconnaître leurs propres tourments pour mieux les chasser. Sans quoi l’aigreur et l’amertume qu’ils conserveraient, prisonniers en eux, distilleraient peu à peu leur incurable venin.

-Et vous, milord, avez-vous pu trouver un instant l’oubli pour apaiser votre affliction et soulager votre fardeau ? Pardonnez ma franchise, mais votre corps hurle la détresse que vous cherchez à taire.

Moïra croisa les bras sur la poitrine, attendant que derrière elle l’eau ne frémisse sous la chaleur naissante des résistances. Nul doute qu’un thé chaud serait un baume léger et apaisant sur les meurtrissures du jeune anglais, mais c’était là les limites de ce qui était en son pouvoir.

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Dim 26 Mar - 13:18
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Ses prunelles aux teintes d’obsidienne et de jais suivaient la femme à la chevelure flamboyante, tant dans ses gestes que dans le serein mouvement de ses lèvres lorsqu’elle s’exprimait. Elle avait beaucoup de questions et en l’absence d’Howard, il serait celui qui apporterait des réponses. Progressivement. Il lui offrait le temps d’aller au terme de ses interrogations, décelant les sujets d’importance pour la déesse. Une généralité. Il s’était attendu à ce point sur la situation en elle-même. Morghann tenait de Pryam les informations sur l’état du Cénacle, de l’Envers autant que de l’Endroit. Aussi avait-il alors toute la légitimité pour lui confier un tableau des plus précis, loin des biais de la populace qui mêlait les illusions de leur inquiétude avec la stricte vérité.

Le nécromant avait entrouvert les lèvres pour répondre mais laissa mourir sa réplique dans le silence face aux yeux verts, cette tête rousse penchée sur le côté qui le dévisageait en profondeur. Pour un païen, c’était une expérience assez troublante que d’être miré de la sorte par une déité. Il n’avait pas la moindre idée de la manière dont il devait réagir à cela. Devait-il être flatté de son intérêt et de sa bienveillance ? Ou devait-il craindre ses foudres et son mépris ? Il détourna le regard à sa dernière réplique, portant son observation sur le corps étendu de son jumeau. « Je crains que l’oubli ne me soit d’aucun remède. C’est de lui dont j’ai besoin, mais... » Il essaya un sourire, dans le coin de ses lèvres, un sourire triste. « Il n’a pas l’air tout à fait disponible pour l’heure. Je vais me contenter de patienter. »

Il n’avait pas d’autre choix. Ses mires coulèrent vers la déesse, emprunte de la même tristesse. Il secoua légèrement la tête, comme pour chasser le fantôme de son aîné et reprit, plus pragmatique : « Le décompte des victimes n’est pas encore définitif. Le Cénacle en lit une certaine liste tous les soirs. C’est très douloureux pour la population. Les étages n’ont pas été fouillés dans leur intégralité. Ceux dont on a pas de nouvelles s’y trouvent encore peut-être sous les décombres ou… Dehors. Avec la bataille, on ne sait pas trop qui était dans le Siège et qui ne l’était pas. Les victimes se compteront en milliers au sein du Siège et dehors… Nous sommes coupé de l’extérieur. Nous n’avons pas de nouvelles, que des suppositions. Werner et mon père pensent que… Fimbulvetr a été libéré. »

Morghann serra les mâchoires l’une contre l’autre, troublé avant de poursuivre difficilement : « Par mon frère Anthony. Ils pensent que dans le désespoir de sa défaite contre mon père, il a pu invoquer… je ne sais quelle puissance qui a pris possession de lui. » Il se souvenait très distinctement de cette voix omniprésente. Et de cette puissance. « Une puissance qui a été capable de soulever le Nexus de Last End. J’ignore ce qui peut être capable d’une chose pareille mais… Certainement pas un sorcier du Concordat, ni Lucifer ou même un Ancien de l’Ailleurs. C’est… Et bien disons : impossible. C’est pourtant ce qui s’est passé. Quoique ce soit, c’est probablement enfermé avec Anthony, je ne sais pas encore où. Mais j’espère très sincèrement que ça y restera. »

Cela signifiait de faire une croix sur son frère aîné, et son cœur n’était pas prêt à cela. Pas aussi brutalement. Pas en sachant qu’il était probablement en vie quelque part. « Si Fimbulvetr a été relâché, l’Hiver doit compter ses victimes en millions, dans l’Angleterre, peut-être même en Europe à l’heure qu’il est. » Il n’avait pas bougé de son fauteuil, tâchant de se tenir aussi droit que ce que la royauté de sa lignée lui imposait. « Le Secret a été révélé. Ils savent tous. Ils savent aussi que l’hiver est de notre faute. Il n’est pas à exclure que le Vatican se serve de ce levier pour rassembler l’humanité. Mon père m’a dit que l’Autorité a été réincarnée. Sa dernière venue sur terre remontait au Moyen-Âge. L’inquisition. » Et le massacre massif de l’Envers qui en avait découlé.

« Werner a pris la tête de la rébellion. Une paix provisoire a été acceptée entre lui et mon père le temps de… Gérer la catastrophe. » Les catastrophes. S’il n’y en avait qu’une seule, cela aurait été magnifique mais ce qu’il lui annonçait était une accumulation monstrueuse de mauvaises nouvelles. « Toute magie a un prix. Si Howard doit sa survie à l’Ailleurs auquel il s’est offert... » En témoignaient les tentacules qui avaient pris possession de son corps. « Anthony… Anthony m’a sacrifié pour se sauver. » Il posa une main sur son cœur glacé : « L’Hiver m’a touché... » souffla-t-il plus bas. Baissant le tête, ses yeux se remplissaient de déception et de douleur. « Je ne sais pas vraiment combien de temps ça va mettre pour me tuer. » Il espérait seulement le plus tard possible. Nécromant, il ne craignait pas la mort. La seule chose qui le terrorisait, c’était de laisser son jumeau seul derrière lui. La demande implicite de ses yeux qu’il relevait vers la déesse réclamait à Morrigan de donner à Howard l’envie de vivre et de se battre encore après cela.

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Dim 30 Avr - 22:49
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Nulle réponse d’attendue pour l’épanchement succinct de son mal-être, nulle n’en fut donc offerte. Si de sa douleur il désirait faire secret personnel, alors elle ne l’en empêcherait pas ; silencieux témoin de la souffrance du sorcier, le regard de gemme verdoyante glissa jusqu’au frère tant désiré et en silence appelé. Ironie cruelle que de savoir le jeune handicapé être la béquille morale, le soutien indéfectible du mieux portant. Ce que cachait cette affection exclusive, cet amour irrationnel, cette tendresse excessive, Morrigan l’ignorait. Peu nombreuses étaient les fratries pouvant se targuer d’une telle attention en son sein, les uns pour les autres. Rien de cela, pourtant, ne concernait la guerrière ; bien assez nombreux étaient les sujets d’importance pour qu’elle se perde en vaines pensées.
La bataille achevée depuis peu, avec ses conséquences en était un, aussi fusse avec une grande attention qu’elle laissa Morghann lui dérouler les informations qu’il possédait. De nombreuses victimes… cela importait peu, car des morts, il y avait toujours eu et il y en aurait toujours. La survie de l’espèce, quelle qu’elle soit, était seule importante ; les humains, ces êtres ingrats et à la si courte mémoire, étaient bien assez nombreux sur Terre pour se permettre de permettre quelques milliers des leurs. La révélation du Secret qui en avait découlé était, elle, plus délicate, car ce qui en découlerait pourrait être terrible pour l’Envers. Sans le contexte chaotique, nul n’aurait pu prédire qui, des descendants du Chaos ou des rejetons de la Tolérance, auraient été enfantés par la Vérité. Mais la situation était actuellement pire que cela. Si le fantastique et la fantaisie occupaient une part importante du marché artistique, notamment dans la littérature et le cinéma, il était à craindre que les diverses créatures dont étaient issus nombres de folklores, contes et autres légendes, reçoivent un accueil… glacial. L’Endroit était un univers rigide, dans lesquels les rêves se devaient de ne demeurer que dans l’imaginaire pour ne pas venir bousculer l’équilibre précaire et superficiel qui s’y était installé. Et rien ne pouvait atténuer la situation, rien sinon le doute et la désillusion qui courraient librement d’un cœur mortel à l’autre, leur offrant un instant de répit pour prévenir aux prochaines catastrophes. Pour cela cependant il fallait connaitre la source même du drame, car si Anthony Earl avaient été le vecteur, il n’était certainement pas l’origine comme le soulignait si justement son frère.

-Nul divin pouvoir du temps jadis n’aurait assez de puissance pour provoquer un tel cataclysme.

Elle se parlait pour elle-même plus que pour le jeune Earl, le fixant sans le regarder. L’entité à l’origine de ce fléau imprévu l’intriguait, aspirant sa concentration telle une sangsue le sang de sa victime. Elle sentait au plus profond d’elle-même le besoin d’en savoir plus pour combattre l’ennemi. Rien n’indiquait qu’il s’agissait là de ses seules pouvoirs, et qui savait quels nouveaux cataclysmes pourraient être déclenchés par un nouvel imbécile imprudent ? Fimbulvetr... Les doigts de la main droite tapotant inconsciemment son avant-bras gauche, Morrigan tenta de se remémorer ce qu'elle en savait, remontant ses souvenirs aux recherches effectuées pour la création de son musée. Pour les humains du Nord, ou du moins les ancêtres de ceux actuels, le grand Hiver devait durer trois longues années, précédent le Ragnarok ; la fin du monde. Pour certains, les chimères étaient à l'origine de cette glaciation... malheureusement, la conservatrice n'avait guère étendu davantage ses recherches, la partie consacrée au Panthéon Nordique, pâle copie du sien, n’ayant jamais été que très limitée.
L’esprit accaparé par cette mystérieuse entité, elle ne répondit que distraitement à un Morghann préoccupé par le Vatican.

-Les humains ont changé, eux aussi. La foi est une alliée indigne de confiance, une vicieuse et traîtresse amie aussi changeante que le vent sur les vagues. Lentement mais sûrement, elle décroit dans le monde malgré quelques vains sursauts. L’Eglise pourrait fort se trouver face à plus de désagréments qu’elle ne pourrait l’imaginer, car les grandes figures monothéistes apparaitront elles aussi comme des créatures de l’Envers, trahissant leurs fidèles en s’étant si longtemps dissimulés parmi les celles païennes. Les plus fervents ne sauraient reconnaitre notre existence quand certains d’entre nous sont déités impies ; ils ne sauraient donc que nous reprocher de prétendre en être, mais rien ne condamne un tel déguisement… quoi qu’il est vrai que de logique ils soient bien souvent dépourvus. Quant aux autres, dont le cœur s’est asséché et refermé loin de l’inédit et du nouveau, ils n’auront que faire de notre nature exacte, que la science rationnalisera bien vite. L’Inquisition aura grand peine à être de nouveau.

Pareil raisonnement pouvait fort bien être discuté, car le Vatican n’avait nul besoin de l’autorisation du plus grand nombre pour agir ; mais il n’était plus, le temps où la chasse aux sorcières était publiquement acclamée, quémandée. L’Hiver semblait, en revanche, davantage préoccupant, et ce d’autant plus qu’ignorant sa provenance exacte, il était difficile de mettre en place une lutte convenable. Derrière elle, quelques timides bulles firent entendre leur discret éclatement, trahissant le réchauffement de l’eau dans la froidure alentour. Comme elles, éphémères et vite oubliées, les évènements tant préoccupant pour l’heure ne deviendraient bientôt que lointains souvenirs pour les survivants, Morrigan ne le savait que trop bien ; pourtant, quoi que lasse de la monotonie de l’éternité, elle se préoccupait encore du temps présent sur lequel elle n’avait toutefois nulle prise.
Tirée de sa réflexion par l’aveu du sorcier, elle ne dissimula pas le pincement de lèvres surpris autant qu’agacé qui s’ensuivit :

-Ne soyez donc pas si dramatique, asarlaí*, votre mort peut arriver à tout instant sans que l’Hiver n’en soit responsable. Quant à la certitude qu’il vous achèvera, croyez-moi, elle n’est rien ; nombreux sont ceux qui certains de leur sort s’en sont vu tirés loin sans même en prendre conscience. Elle-même avait parfois suspendu le sort pourtant scellé de vaillants soldats l’ayant, par leurs courageuses actions, charmé son esprit froid. Sèche, sa voix s’adoucit un instant par une boutade légère : Un certain troll vous dirait probablement que seule la preuve d’un amour sincère vous dégèlera le cœur, mais je ne sais que vous dire de la véracité de ce conseil.

Quelle étrange manie que de fuir tant l'inévitable, s'effrayer si aisément de l'inéluctable. La Mort n'avait rien d'effrayant, elle était fort bien placée pour le savoir ; s'inquiétait-il réellement pour ceux qui l'entourait ou angoissait-il pour son propre sort ?


*sorcier

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Mar 23 Mai - 19:01
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Un sourire en coin croqua le marbre de son visage un bref instant. Ses mires semblèrent perdre rapidement de leur lumière, la fine couche aqueuse tendait à disparaître ne laissant au noir de ses yeux qu’un semblant de texture charbon. Ce qui était rassurant dans leur situation d’huis clos, c’était que le Vatican ne viendrait très certainement pas les chercher ici. Aussi étaient-ils en sécurité pour un temps, concentrant leurs efforts sur l’Hiver et une fois dehors, ils réaliseraient qu’ils ne s’étaient pas assez préparés pour le nouveau désastre qui les attendait. L’Inquisition. « Puisse votre jugement être la voie de l’avenir. Entendez bien que je l’espère, Madame, mais je ne saurai y plonger ma pleine croyance. Le Secret a été révélé en montrant au monde de l’Endroit la bataille de l’Envers. Même si les dogmes de l’Église ne sont plus aussi forts qu’au temps jadis, des mœurs manichéennes vivent de façon pérenne dans le cœur de bien des hommes qui ont tendance à trancher que ceux qui tuent sont des coupables sur lesquels déchaîner leur colère. Et de la colère, ils en auront avec le mal que doit leur faire la vague de froid. » Penchant la tête sensiblement sur le côté, dans un geste qu’Howard marquait souvent dans sa réflexion, Morghann resta silencieux quelques brèves secondes avant de reprendre : « Quoi qu’il en soit, je crains que l’Église n’ait jamais eu besoin de l’aval de l’Humanité pour se montrer efficace sous l’étendard d’une guerre sainte. Je crois bien que les pauvres gueux des campagnes n’avaient guère été fort acceptants de la manière dont les leurs étaient pointés du doigt pour les bavures de leur langage qu’on disait appeler le démon. » Il expira sèchement avant de passer une main dans ses cheveux qui marquaient un début de grisonnement pour les placer en arrière.

Lorsque vint son propre cas et sa mort prochaine, une fois encore, il aurait voulu la croire. Mais son moral entamé, plus que sa raison, peinait à accepter l’espoir comme une denrée dont il pouvait se nourrir. Nécromant, il était né avec un pied dans la tombe, probablement plus que d’autres humains. Il ne craignait pas le trépas, ce qui l’inquiétait relevait de ce qui resterait aux vivants une fois qu’il aurait franchi le voile. Aujourd’hui, demain. De ce froid ou d’autre chose. Il n’en demeurait pas moins vrai que son état actuel lui fait d’avantage craindre qu’à l’ordinaire que sa mort viendrait avant celle d’Howard. Un sourire, puis un rire étouffé par la tristesse devant la boutade qu’on lui servait : « J’espère ne pas être aussi niais que cette Anna pour trouver cet amour sincère. » Son regard reposa sur son frère, sans qu’il ne prenne conscience du non-dit que signifierait ce simple geste après cette phrase singulière. Au fond, Anna n’avait d’amour sincère que pour sa sœur. Mais sa reine des neiges, à lui, c’était Anthony. Il était son frère également et même si son affection était réelle, il n’aurait jamais d’amour comme il en portait à son jumeau. Un jumeau qui ne lui ressemblait plus tant, à présent. Quoiqu’il en soit, elle avait réussi à le sortir de sa léthargie désespérée et implicitement, son regard revenant sur la déité la remerciait en silence. Il prit la tasse de thé, inspirant les volutes délicieuses qui caressaient ses narines par vapeur. La première gorgée fut brûlante, chassant le froid qui le dévorait sensiblement.

« Si Howard souhaite poursuivre ses recherches, il va falloir que nous trouvions un moyen de sortir. Car de toutes évidences, il semblerait que l’épée ne soit pas ici. » Une évidence qui leur avait coûté cher. Howard risquait de mettre du temps avant de pouvoir engager le moindre combat à l’épée. « Les architectes magiques du Cénacle redoutent que la dimension de poche ne s’effondre à nouveau. Chaque pilier est en équilibre précaire, et la magie du Nexus est encore mouvementée, instable. Les tentatives d’ouvrir une porte sur l’extérieur ont échoué, c’est comme si l’hiver s’amusait à nous calfeutrer dans notre tombeau. » Pour un Earl, c’était presque naturel mais pour le reste de l’Envers, c’était une grande nouveauté. « Certains pensent que si le Siège a résisté à l’Hiver, il est possible que le Marché des Trolls soit encore également en état. De dimension de poche, en dimension de poche... » Encore fallait-il pouvoir rejoindre l’autre monde, avec tout les risques que cela comprenait.

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« Reste »

Dim 18 Juin - 22:20
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L'étrange sous la normalité : Sous mon masque froid, je suis immortelle. Mes mains si délicates sont plus puissantes qu'elles ne le semblent. La magie m'habite et j'habite la magie.
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Nulle certitude, seulement des vœux pour l’avenir incertain. Comme elle n’aurait su prédire que l’Hiver arriverait, que les artefacts exploseraient pour faire tomber sur eux la roche et la poussière. Chacune des paroles de Mórrígan s’appuyait sur l’espoir que les Humains soient désormais gouvernés par leur logique et leur raison plutôt que par de primaires instincts, sans que rien de concret ne puisse étayer ces affirmations. Un souhait, voilà de quoi il s’agissait. D’une folle aspiration plus qu’une profonde conviction. Car elle ne savait que trop combien le plus petit prétexte pouvait suffire à faire sombrer un peuple dans la folie sanguinaire, avec un ardent et irrépressible désir de vengeance. Et les évènements récents seraient amplement suffisants pour convaincre une partie des mortels, la plus faible, de s’insurger à l’encontre de ceux qui avaient provoqué la mort de nombre des leurs. Restait à savoir quelle était l’importance de ces êtres aisément manipulables. En d’autres temps, d’autres lieux, elle n’aurait pu que se réjouir du chaos qui en résulterait. Mais quand le Vatican était de la partie, lorsqu’eux, créatures et déités en tout genre, se trouvaient les proies chassées, il n’y avait plus aucune satisfaction qu’elle put ressentir. Une crispation des lèvres pour signe de désapprobation, et elle confirmait les dires de son interlocuteur :

-Ils n’en feront qu’à leur guise, mais chercheront néanmoins la justification et la légitimité de leurs actes par la démonstration qu’ils n’agissent que pour une noble cause. La manipulation de masse n’a plus guère de secret pour eux ; la détresse à son comble servira bien leur cause, comme elle le fit tant de fois.

Ils restaient des animaux, dominés par leurs peurs et leurs émotions, quoi qu’ils puissent s’offusquer de se trouver dans pareille catégorie. Absurdement. S’ils n’étaient rocs ou flore quelconque, alors ils faisaient partis de la faune comme tant d’autres créatures. Quelle honte il y avait-il à cela ? Il suffisait d’observer leurs réactions de groupe pour comprendre que leur évolution était à, certains égards, toute relative. Comme eux, ils ressentaient la colère et la crainte, la joie et… l’amour. La déesse n’assistait-elle pas à une nouvelle preuve de ces liens entre semblables, alors que le regard porté par le jumeau survivant sur celui alité lui arrachait un regard amusé ? Ces yeux mornes qui s’animaient d’un éclat flamboyant ne semblaient pas porter que la preuve d’une affection fraternelle, mais plutôt un désir mal tu à l’égard du corps étendu. Il pouvait lui mentir sur bien des points humains qu’elle n’appréhendait pas encore totalement, mais certainement pas sur cette tension toute particulière qui l’animait. Cela ne la regardait cependant pas ; ce qu’il faisait de son corps comme de son cœur lui importait peu, quand bien même choisissait-il de les sacrifier sur l’autel de la déraison. Et tandis que lui soupirait auprès du blessé, elle songeait avec chagrin aux artefacts perdus. Autant de merveilles perdues, enfouies dans le tombeau qu’elles s’étaient elles-mêmes créées, que Mórrígan ne pourrait approcher. Ce qu’ils cherchaient ne s’y trouvait pas, mais il restait difficile de songer à l’explosion sans une pointe de regrets pour ces irremplaçables pertes. Mais Morghann avait raison. Il était peu probable que son Elu choisisse de s’en tenir à ces vaines recherches. Et si l’épée n’était pas au Siège, alors il ne restait plus qu’un endroit.

-Go deimhin*. C’est vers Avalon qu’il nous faudra nous tourner. Bedivere, chevalier d’Arthur, l’avait rendu à son lit d’algues et à la Gardienne des eaux du lac. Malgré qu’elle fut sujet de nombreuses quêtes, nul ne s’est jamais vanté l’avoir retrouvé.[/i]

Avalon, ou Emain Ablach, l’île perdue, terre aux pommiers, royaume de la fée Morgane et de ses sœurs. Nichée au cœur de l’horizon disaient les récits, aux confins de l’Océan, mais dont l’emplacement se faisait mouvant à mesure que les légendes celtiques disparaissaient. Engoncée dans une vallée anglaise pour d’autres ; rien que la trouver s’avérerait délicat. Les cartes la plaçaient souvent loin au nord de la Norvège, entourée de brume et aux chemins difficilement accessibles. Manandán**  peut-être saurait les y guider, si d’aventure pareille information s’avérait exacte. Mais si la destination exacte apparaissait problématique, le simple fait de quitter les lieux le serait d’autant plus. Observant Howard, Moïra demeura un instant silencieuse avant de poser la question qui la taraudait depuis les propos de Morghann sur la situation du Siège.

-N’est-il pas possible de passer par un troisième monde ? Votre frère l’a semble-t-il bien fait, en disparaissant soudainement à l’instant de l’explosion.

Si elle-même n’avait pas accès à son Sidh bien-aimé sans emprunter les sentiers qui reliaient à ce lieu mythique, peut-être pouvaient-ils espérer que d’autres dimensions, oubliées de l’Hiver, leur demeurent accessibles.


*En effet
**Divinité de la mer et gardien de l'Autre Monde dans la mythologie celtique

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"Vous portez en vous-même le secret de l’éternité des hommes,
A laquelle vous n’aurez plus jamais droit si vous n’y prenez garde.
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Jeu 22 Juin - 19:55
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Pris à la gorge | Morrigan
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