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 Dreamgiver | Nikolaïs

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Il sentait distinctement les cœurs de ses gardes battre lentement, avec force, autours de lui. Il sentait la certitude de ces hommes, ses chasseurs, choisit et conscients de l'honneur qu'ils recevaient, d'être les vigiles du sommeil qu'il allait s'imposer pour accéder aux contrées du rêve, lieu où il ne manquerait pas de retrouver celui qu'il allait chercher. Allongé sur le lit de camp, mains croisées sur l'abdomen et les yeux fermés, il ralentissait progressivement sa respiration, adoptant le rythme profond qu'il était le seul à entendre, parcourant les os de la terre pour venir s'échouer en vibrations atténuées dans ses os et son âme rayonnante, comme le roulis incessant des vagues sur une plage ou une falaise. Ses sens mortels s'étiolaient petit à petit, sans hâte, tandis que sa conscience traversait l'étendue qui le séparait du premier voile, puis au travers de celui-ci, se glissant dans jusqu'à s'abroger des lois de la terre. Sa volonté dépouillée de ses chairs et des liens qu'il s'imposait sur terre, il marcha lentement dans un décor mouvant, qui venait puiser en lui les suggestions nécessaires à la formation d'un paysage vivant. Lentement, les couleurs, les formes, ondoyèrent en un mouvement qu'aucun homme n'aurait supporté, et qui n'obéissait à aucune des lois terrestres de la géométrie et de la physique. Et pourtant, la ville qui apparaissait occupait une vague semblance humaine avec ses immenses flèches et ses minarets opulents, ses rues pavées et ses fontaines, ses jardins… Il la reconnu avec une affection bon enfant : Celephaïs.

Il marcha dans ces rues, le vent marin et iodé jouant dans sa chevelure claire, et arriva finalement au port, où des navires venus de tous les coins du pays des rêves et d'aussi loin que la Lune mouillaient et venaient échanger des nouvelles et de précieux chargements. Un moment, il resta assit contre l'une des bites d'amarrage, jusqu'à sentir enfin la présence d'une autre volonté entrer dans son champ de maîtrise, nullement par hasard mais bien par objet. La ville agissait comme un phare lorsqu'elle apparaissait, et de nombreuses entités s'y perdaient sous la houlette de Kuranes, le roi de Celephaïs qui, un jour, fut un homme mortel, il y a bien des décades. En un sens, il était presque naturel qu'ils se retrouvent en de tels lieux, plutôt qu'en un autre. Il surveilla d'un peu de sa volonté l'avancée de son réincarné jusqu'à ce que celui-ci close la distance, qui n'en était pas réellement une, qui les séparaient tous deux. Et toujours, il restait immobile. Le temps n'existait pas de la même façon ici, et cette distance qui n'en était pas une représentait simplement deux parts différentes d'un même cercle temporel. Nikolaïs venait de franchir la barrière qui les séparaient tous deux en pénétrant dans son cercle de temps, et en quittant, naturellement, le sien. Il apprenait vite, plus qu'il n'aurait dû, moins qu'il n'aurait fallut. Avec un léger sourire tranquille, il attendit que la brèche entre les cercles de temps se résorbe, puis parla enfin, avec cette paisible douceur contemplative qui avait souvent été sienne.

« Que sais-tu faire à présent ? »

De nouveau, il y eut un silence, qu'il fit suivre d'un mouvement, se tournant enfin pour pouvoir observer sous quel aspect apparaissait Werner. L'apparence au sein de la contrée du rêve pouvait revêtir de l'importance, car elle sous-entendait souvent la perception et la maîtrise. Mais dans des proportions et des façons qui n'avaient véritablement rien à voir avec la terre.

« As-tu déjà créé ou te contentes-tu de te servir de la matière à ta disposition ? »

L'impression alentours se faisait à la fois floue et précise, mélange de blanc, de bleu, de pierre et de ciel, sans jamais en être. Mais au travers de cette scénette qui rappelait par certains aspects le monde qu'ils avaient quitté, d'autres perceptions, plus profondes, faisaient jours.
 

Dim 26 Fév - 14:42
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Envoyer Diederich dans la Contrée lui avait paru être une excellente idée sur le coup. Mais vraiment que sur le coup. Avec du recul, Nikolaïs se trouvait tout bonnement stupide. Il ne pouvait pas nier que cela lui avait fait du bien que de lui offrir un tel châtiment, mais s’il avait songé un seul instant qu’il parcourrait autant de kilomètres et d’années pour l’y retrouver, il y aurait réfléchi à deux fois. Et si on s’était amusé à compter le nombre de sobriquets insultants qu’il s’était infligé à lui-même dans ses recherches, on aurait aisément dépassé le millier. Non vraiment… Il songeait de plus en plus à l’y laisser à son sort et l’y oublier. Il craignait toutefois que le sorcier germanique lui mette des bâtons dans les roues s’il parvenait à apprendre et à maîtriser son environnement. Nikolaïs avait une cité de Kadath à trouver et ouvrir. Il avait assez d’ennemis comme cela pour pousser le vice à armer Diederich. C’était par dépits qu’il se plongeait à nouveau dans la Contrée du Rêve. De cercle en cercle, il  franchissait époque après époque, recherchant le fil d’Ariane de celui qui errait probablement dans les environs. Mais les nœuds temporels s’en trouvaient d’une complexité telle que le puzzle se comblait difficilement. Comme si les pièces cherchaient à lui échapper. Aussi avait-il décidé de faire d’une pierre deux coups en cette cité mythique. Il espérait trouver des informations sur Kadath et quelques indices, également, sur l’emplacement du sorcier égaré.

Ses yeux étaient plus étincelants d’étoiles que jamais dans la Contrée, lui donnant à la fois des airs froids et l’allure d’un rêveur illuminé. Sommes toutes ce qu’il était. Il adorait cet endroit car aussi instable était-il, aussi monstrueux était-il, il s’y sentait bien plus en paix et bien plus en phase par sa nature chaotique. Ici, elle ne se heurtait à aucune bonne mœurs. Ici, il était libre et sa créativité commençait à se manifester, la maniant à son service. Un bâton lui servait de soutien dans  son périple et ses amples vêtements dissimulaient les tentacules qui s’échappaient de son corps, tels des membres ordinaires et pourtant extraordinaires. Le cercle temporel se referma et à sa vue, il cessa la marche. Sa renaissance lui avait hérissé les poils bien plus que le froid de Fimbulvetr. Et sa présence ici lui faisait craindre le pire. Nyarlathotep l’avait bien mis en garde de ne pas rejoindre l’Autorité en ce lieu… Et Nikolaïs ne l’avait pas cherché qu’il le trouvait. Un bref instant, il songea à faire demi-tour ou poursuivre son chemin en faisant comme s’il ne l’avait pas vu… Mais en tout honnêteté avec lui-même, il ne pourrait lui échapper. Oh, il voulait faire la causette ? Ses sbires du Vatican ne lui suffisaient plus ? Au moins, il ne désirait pas le tuer, en tout cas, pas de prime abord sinon ce serait déjà fait. Et même bien avant cela. Les anges ne le laissaient pas se promener avec Longinus sans l’attaquer sans en avoir l’utilité. Pour l’heure, l’ancien dictateur devait avoir été assez divertissant. Tant mieux, tant qu’il l’était, il resterait en vie.

Il reprit son pas vers une porte à l’extrémité du cercle temporel. « Oh… Vous aussi, vous avez perdu quelque chose ? » railla-t-il conscient qu’il jouait avec le feu. Mais foutu pour foutu, autant qu’il en profite un tant soit peu. Faire de l’humour le détendait et il était tant en alerte qu’il le nécessitait bien. « Venez avec moi, je cherche un sorcier, probablement que vous retrouverez votre omniscience en chemin. » Il l’invitait à le suivre comme il aurait accepté la présence d’un ami. Ce qui n’était pas totalement hors de propos. Si Nikolaïs haïssait à mort cet homme, cet Autorité, il n’en demeurait pas moins vrai qu’ils étaient tout deux liés par l’humanité qu’ils portaient et qui faisaient d’eux des frères. A son approche, la porte s’orna d’une poignée en fer forgé, dont la sculpture rappelait le style du Reich. Ainsi Antius avait-il sa réponse : Nikolaïs entamait ses premières créations. Il pénétra dans cet autre cercle temporel, détaillant l’intérieur… Du phare ou il ne savait trop quoi. Mais c’était fort sombre. Et fort tentaculeux. Sur le pas de porte, l’ancien dictateur leva les yeux vers les hauteurs qu’il désirait gravir. Au sommet, il pourrait avoir un panorama plus large pour se diriger. Il regarda par dessus son épaule, détaillant l’autre réincarné aux cheveux d’un blond quasi albinos. Rah, il le suivait. Un instant, Nikolaïs avait eu l’étrange espoir qu’il reste tranquillement posé sur sa bite d’amarrage.  Mais de toutes évidences, ce n’était pas parce qu’il était dans la Contrée du Rêve qu’il avait le droit de rêver. « Dites-moi, je me pose une question… Ma monotesticularité, c’est de l’acharnement ou un trait d’humour au paradis ? C’est devenu un running gag là-haut ? » Des questions futiles pour tuer le temps est espérer qu’il se réveille et sorte de la Contrée du rêve avant qu’Antius ne le pulvérise. Et puis, ça le détendait de parler.

Les tentacules de son corps se déployaient pour s’accrocher aux murs et gravir les hauteurs jusqu’au sommet. Là-haut, la lumière revenait et la Cité s’étalait à perte de vue autant qu’un océan sans fin. D’ici s’entrecoupaient plusieurs cercles de temps, comme le croisement de rivières naturelles. « Vous êtes à Last End, n’est-ce pas ? » C’était presque une évidence maintenant. Il n’avait pas besoin d’être omniscient pour cela : « Pour Fimbulvetr. » Acheva-t-il avec un pragmatisme logique. « Comment c’est en ville ? Et dans le reste du monde ? Est-ce parce qu’il ne reste plus aucune âme sur cette planète que vous vous en êtes résolu à occuper votre temps avec moi ? » Il était nerveux et son regard veillait à ne jamais croiser celui d’Antius, comme s’il craignait de se faire transpercer de part en part.

Dim 26 Fév - 20:55
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Il était souvent intéressant, et amusant, d'observer les humains vivre leurs émotions et leurs pensées, de les voir réagir à ce qui couvait en eux. Chacun avait une manière bien à lui de gérer ses affects, des tendances et des façons, destinées à chaque note de la large gamme émotionnelle que son père avait accordé à ces créatures lorsqu'il les avaient prises en main. Et de toutes ces émotions, de tous ces accords innombrables, c'étaient souvent les plus exacerbés qui s'avéraient les plus curieux et les plus drôles. Il n'y avait rien de comparable à mirer toutes les nuances qu'un même sentiment pouvait faire naître chez ces entités aussi diverses et variées que le monde dans lequel ils avaient été placés. En l'instant, par exemple, il ressentait distinctement ce qui palpitait chez son petit tyran préféré, percevant les variations de ce qui sourdait de lui en des signaux qu'il était le seul dans toute la création à pouvoir réellement interpréter. Des signaux couverts, en partie, par ce petit quelque chose de piquant qu'il ne ressentait pas si souvent avec cette présente acuité : la peur. Et il était particulièrement divertissant de noter que le palliatif instinctif à son état présent était… de dire strictement n'importe quoi. On ne pouvait certainement pas le taxer de manquer d'originalité et d'esprit d'inattendu. On ne pouvait pas davantage nier, à son sens, qu'il était très drôle de voir poindre pareil travers chez un homme de pouvoir qui se donnait une telle image. Mais l'image n'était pas ce qui l'intéressait lui, l'Autorité, et il voyait au travers d'elle depuis le tout premier instant, ce qu'ils savaient tous deux. Voilà exactement la raison pour laquelle il n'avait pas à prendre son attitude autrement que comme un divertissement qu'il observait d'un œil paisible et affectueux. Vraiment, quel adulte responsable se vexerait des vacillements des enfants ?

Ses yeux clairs pétillèrent davantage encore en le voyant agir, et il pouffa doucement devant la conclusion qu'il garda pour lui, mais qui n'était pas moins authentique : Il ne créait toujours pas. Après tout le temps passé dans la contrée, après s'être imprégné de son essence comme il le faisait, au point que cela s'avère visible pour tous… il ne créait pas. Pas encore. Sans doute parce que Nyarlathotep le laissait agir, ou simplement parce que le patron de cet homme ne pouvait pénétrer à l'heure actuelle dans ces régions d'une autre perception. Quelle que soit la raison qui poussait le Héraut à faire découvrir ces terres à son protégé, il avait de toute évidence décidé de le laissait se débrouiller pendant un moment… Et ce n'était pas lui qui allait le prendre par la main. Ils étaient du même avis, lui et l'entité extérieure, laisser les petits faire leurs découvertes eux-mêmes était bien plus pédagogique et intéressant. Et amusant. Sans avoir bougé d'un brin, il était néanmoins aux côtés du tyran, allant avec lui sans avoir besoin de plus que d'une impulsion de volonté. La question qu'on lui soumit alors le fit éclater d'un rire aussi clair que ses yeux, bon enfant. « C'est presque cela, effectivement. Je trouvais que ce serait un amusant memento » Les pensées qui habitaient son interlocuteur étaient adorables. Il aurait été bien en peine de le détromper, et pourtant cela lui donnait quelque peu envie de le titiller. Après tout, il réagissait si bien. Sur son passage, les appendices ondoyant se rétractaient et perdaient de leur lustre et de leur vivacité, asséchés par ce qui se dégageait de lui. Lui n'y prêtait qu'une attention mineur, tandis que son empreinte se déplaçait dans l'espace temporel nouvellement ouvert. La faille menant à Celephaïs existait encore, en bas, et elle attirait les choses qui se trouvaient ici…

« Oui »

La réponse s'avérait aussi sobre que simple, alors qu'il se fondait presque dans la lumière des lieux, avec aisance et naturel.

« Oui... »

Un nouvel assentiment, car il ne servait à rien de démentir. Il était principalement venu pour s'occuper de l'hiver sans fin, ce n'était pas un secret. Cette puissance qui se répandait au travers du monde n'était pas bienveillante et elle menaçait l'humanité si chère à son cœur. Puisqu'elle était venue au monde ici, il pensait pouvoir trouver des fragments de levier qui l'aiderait à y mettre fin. Ce serait certainement fort vexant pour un certain lord Earl, mais mener sa guerre contre la magie en elle même ne nécessitait pas qu'il se trouva à Last-End même. Non… Ce qui l'intéressait était bien l'entité qui menaçait d'engloutir leur monde. Un nouveau sourire, éblouissant, lui vint.

« Non, il reste beaucoup d'âmes. Mais tu as toujours occupé une certaine place dans mon cœur, tu le sais bien »

Il ne l'aurait pas fait réincarné, autrement. La nervosité de l'allemand se sentait, mais il ne pressa pas dessus pour le moment, préférant répondre au reste des questions qui lui avaient été soumises.

« La ville de Last-End est ravagée, tu le savais déjà. J'ai sauvé une faible partie de la population, mais beaucoup ont péris. Leurs âmes ont été réunis et envoyées au Paradis. J'ai décidé de ne pas faire de distinction pour cette fois. L'Europe ressent déjà la venue de l'hiver, bien que la mort blanche ne soit pas encore venue. Elle achève de consumer l'Angleterre avant ça… Je crois que le Nexus d'Enfer devrait résister un bon moment avant de céder. L'Afrique devrait être difficile à conquérir, de même que le moyen-orient, mais la Russie et l'Asie seront aisément dévorés. Je prévois leur perte dans six mois tout au plus. L'Amérique devrait être atteinte en Janvier prochain et sera totalement consumée durant l'année. Ne restera que les zones les plus arides… »

Il s'interrompit, et lui lança un regard éloquent.

« Mais bien entendu, cela s'avérera exact si rien n'est fait. Il existe des versions du futur où Fimbulvetr est endigué, bien que ma vision ne me montre pas comment pour l'instant. Il existe bien des chemins différents, au devant des événements. Dans certains, vous mourrez par le souffle de l'hiver plutôt que par ma volonté. Dans certains les havres que je construis pour les humains sont les dernières esquisses de vie sur terre. Dans certains autres, je me sacrifie de nouveau pour renouveler la lumière de la terre... »
 

Dim 5 Mar - 15:27
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Nikolaïs roula des yeux. Les anges et leur Autorité n’avaient donc rien de mieux à faire, c’était presque décevant de voir qu’ils étaient contraints à user de leur temps en de pareilles idioties. Au moins, ce détail de son anatomie n’était pas visible au quotidien. Aussi pouvait-il s’en consoler sans pour autant accepter que l’on se moqua de lui de la sorte. Une peine qu’il rumina au milieu de sa nervosité quand ses prunelles étoilées s’orientèrent vers les multiples horizons qui lui soient visibles à présent tel un monde à la fois réel et paradoxal. La voûte elle-même était un horizon, le terme d’un cercle temporel qui s’enchâssait parfaitement avec tous les autres en une disgracieuse harmonie si chère à cette Contrée. Sa vision s’étendait vers les autres lieux, les autres époques, s’infiltrant dans le flux sécable et malléable du temps. Lui-même ignorait où et quand il était mais il avait une certitude : l’Autorité le suivait comme une sangsue. Le réincarné n’espérait pas vraiment lui échapper, sa raison en avait fait le deuil. Mais c’était le sorcier qu’il avait égaré en ce lieu qui commençait à le peiner. Non pas qu’il montre de l’empathie pour Diederich mais bel et bien de l’empathie égoïste envers lui-même qui était contraint de le chercher. Le temps était long. L’espace aussi. Ce qu’il y avait ici n’était ni le premier, ni le second, mais quelque chose de pire que les deux réunis. Cela l’agaçait tant qu’il aurait bien aimé faire du tricot. Avec de la laine rose.

Il poussa un soupir et l’obscurité tomba autour d’eux, ou du moins une couleur sombre qui n’existait pas dans la réalité. Ils étaient quelque part dans la cité et Nikolaïs s’en contenterait. Il ferma les yeux, les reposant un bref instant. Dans ce dédale de l’Ailleurs, il ressentait très nettement la présence d’Antius. Il était la Lumière dans tout le reste et sa présence avait quelque chose de rassurant et d’effrayant à la fois. Un peu comme s’il s’était agi d’un père tant protecteur que correcteur. Sa proximité psychique avec cet homme l’agaçait, parce qu’il savait qu’elle était réelle et que même s’il en détestait la teneur, il ne pouvait strictement rien y faire. On ne choisissait pas ses parents, on les assumait tant dans ce qu’on appréciait d’eux que dans ce qui pouvait mettre hors de soi. Ses iris étoilés se posèrent sur cet homme dont il était le pantin, la simple marionnette envoyée en terres ennemies, celles de l’Envers. Sans ciller, il le fixait, mâchoires serrées, haineux et résigné. Son regard s’était fait rude et attentif alors qu’il l’écoutait lui évoquer l’avenir qui se dessinait devant eux. Ou plutôt les avenirs tel des chemins différents qui pouvaient être empruntés à chaque choix, chaque pierre posée à l’édifice de leur lendemain. « Vous me décevez. » fit-il presque amusé, même s’il ne l’était qu’à moitié.

« Depuis plus de 2000 ans, les vôtres s’évertuent à détruire l’Envers. Et ce, dès le lendemain de votre crucifixion. Et pendant l’Inquisition. Vos retours en ce monde ont été des plus splendides pour le Vatican et des heures bien sombres pour l’Envers. Vous revenez aujourd’hui… Et vous allez me faire croire qu’il existe des avenirs où vous laissez un hiver païen anéantir l’intégralité de vos ennemis sans que vous ne leviez le petit doigt… ? » Il resta quelques secondes perplexe avant d’ajouter : « Et bien, il va falloir qu’ils brodent sérieusement ceux qui écriront vos prochaines évangiles. Cela serait dommage que ça se résume en trois versets et que la foi n’ait pas vaincu le Mal à proprement parler. C’est moins vendeur que le coup du Sacrifice. Vous allez sacrément galérer dans vos prochaines croisades pour convaincre la populace d’après la fin des temps. » Il raillait et de bon cœur cette fois, délaissant au loin son anxiété, au fond, s’il mourrait autant que faire en homme debout qu’en brebis tremblante. Cela ne changerait rien du tout si ce n’est son honneur et son orgueil. Il parvint même à déraidir sa mâchoire dans un sourire amusé, lueur de son humanité. Avec Antius, cela ressurgissait. Sa proximité probablement chassait l’Ailleurs de ses entrailles, pour un moment. Il n’y croyait pas vraiment à cette passivité. Elle était possible mais l’Autorité n’était jamais réincarné sans raison : s’il lui suffisait de n’être qu’un spectateur de la fin du monde, Nikolaïs était persuadé que du Paradis, la vision d’ensemble devait être plus appréciable que le chaos qui régnait à Last End.

Elephantine serait probablement leur prochain havre de repli, une fois qu’ils parviendraient à quitter  le Siège et Last End. C’était du moins le rempart qui résisterait le plus longtemps. Il glanait les informations qu’on lui concédait : quelques refuges étaient organisés pour lutter contre l’Hiver. Des reliquats d’humanité parfaitement chrétienne, diminuant les possibilités d’un culte païen restauré. Là était pourtant la condition sine qua non de la survie des déités. Sans celle-ci, une majeur partie du Concordat tomberait, mais plus important que cela : ses propres croyances s’effondreraient. La raison de sa vie, son combat, sa fierté. De tous les scénarios, celui qu’il préférait restait l’endiguement du phénomène destructeur, même s’il y avait fort à parier que le Vatican lance l’assaut ensuite, alors que les forces de l’Envers seraient épuisées. La lâcheté ne faisait pas partie des vices décriés par la Bible. Sur l’échiquier qu’il entrevoyait avec plus de netteté, les probabilités de perte de l’Envers étaient drastiques. Son visage retrouvant un sérieux dictatorial, il hésita à transmettre à ses ennemis les informations qu’il avait en sa possession. Dans le flou de Fimbulvetr, et même si ça ne lui plaisait pas, l’Autorité du Vatican restait d’une clairvoyance des plus appréciables. S’il voulait entrevoir un autre avenir que celui de la perte de l’Envers… Il lui faudrait bien échanger. Au fond, pour quelle autre raison Antius aurait-il voulu lui parler ? Il était à Last End pour avoir des informations et il les aurait. Autant que cela se fasse de son plein gré.

« Je devais arrêter Anthony avant qu’il ne cède à son propre orgueil. S’il se voyait en phase de perdre face à son père, il était évident qu’il puiserait plus profondément dans des ressources de plus en plus malsaines. » Un soupir. « Pryam Earl a bien des défauts… Mais je pense qu’il est possible de le croire lorsqu’il me dit sentir nettement la puissance soudainement accrue de son fils renié. Une puissance ‘capable de contrôler le nexus de Last End’ selon ses propres mots. Quelque soit l’entité à laquelle Anthony ait succombé pour se sortir d’affaire, je crains ne pas être en mesure, même avec Longinus, de le vaincre. » Contrit, il ajouta, orgueil froissé : « Seul. » Il pencha la tête sur le côté, songeur : « Je ne suis pas même certain que détruire l’entité qui a déclenché Fimbulvetr sur la terre soit le moyen d’endiguer l’Hiver. Aussi puissante que puisse être cette entité, s’il n’est qu’un simple incantateur, le détruire n’annule pas les effets de l’incantation lancée. »

Sam 11 Mar - 21:26
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La condamnation ne lui arracha qu'un sourire permissif, et il le laissa parler sans s'en émouvoir un instant, bien plus intéressé par ce qu'il se permettrait d'énoncer à voix haute, et bien sûr, par ce qu'il terrait. L'orgueil n'était pas un pêché qui le caractérisait, aussi son esprit n'était-il pas entravé dans son appréhension de cet inconstant interlocuteur qui s'amourachait si aisément du chaos et de son influence, c'était le cas de le dire, tentaculaire. Ah, cet enfant. Il était toujours si divertissant. « Peut-être, oui... » fit-il simplement, sans rien ajouter de ses propres pensées, sans lui faire la leçon, sans le guider ou le réprimer. Il avait son propre chemin à faire à bien des égards, au cours desquelles certaines vérités éclateraient, tandis que d'autres s'éveilleraient pour les remplacer. C'était là le cheminement naturel de tous les hommes, et malgré ses hérétiques attractions, Nikolaïs n'en était pas moins un homme. Il se présentait grand et fier, mais il avait ses fêlures, ses peurs, ses doutes, comme ses certitudes et ses satisfactions. Tout cela, il le sentait comme s'il s'agissait de ses propres affects, aussi était-ce peut-être l'une des raisons qui le poussait à parler, car après tout, ce qu'il confiait n'était pas destiné à toutes les consciences. Mais il avait toujours aimé guider l'humanité vers sa réalisation et il n'avait rien de partial lorsqu'il s'agissait de ses ouailles… dont l'ancien dictateur faisait partie, bien involontairement il fallait le supposer. Et, consciemment ou non, Nikolaïs se raccrochait à lui, lui demandant de l'éclairer de la lumière qu'il entendait pourtant ouvertement rejeter. Rares étaient les êtres humains qui y parvenaient réellement. Comme il l'avait affirmé auprès d'une certaine Mary, il y avait un peu de lui dans chacun d'eux.

Il y eut un long silence, durant lequel l'Autorité observant le sorcier sans un mot, le visage lisse et impénétrable, vierge de tout sentiment et de toute expressivité. Puis, ses traits s'adoucirent sur une forme de lassitude contemplative, tandis qu'il acceptait de s'exprimer sur ce qu'on lui soumettait. « C'est plus complexe que tu ne crois » vint la réponse, à la fois sibylline, lapidaire, et désabusée, dans sa tranquillité presque renonciatrice. C'était la pure vérité, mensonge n'était pas de son fait. Pour autant, cela n'aiderait guère le sorcier, bien que l'aider ne soit pas dans ses objectifs. Pryam Earl avait certainement vu juste lorsqu'il décrivait une puissance capable de maîtriser le nexus, et certainement tous les nexus lorsqu'il mettrait la main sur les autres. Lui n'avait pas besoin de le croire ou de lui faire confiance, puisqu'il savait déjà ce qu'il en était. Nikolaïs ne pourrait vaincre seul ce qui avait prit naissance ce jour-là, effectivement mais… il existait un avenir dont il n'avait rien dit à l'ancien dictateur, préférant le garder pour lui. C'était un avenir parmi bien d'autres, et il avait apprit depuis longtemps qu'il valait mieux ne jamais présumer de celui qui serait consacré. A l'époque, il n'avait pas pensé être crucifié, pas avant d'entrer dans ce jardin ce jour fatidique. Tout à ses pensées, il laissa le cercle de temps effectuer sa révolution et revenir à son début sans qu'ils n'aient bougé d'un iota dans les mesures extra-planétaires qui régissaient réellement ces lieux. Il se détourna finalement pour observer la vue du haut de la tour, croisant les mains sur sa chute de reins.

« Comment détruit-on un concept, Nikolaïs ? »

La question pouvait sans doute paraître étrange, et pourtant, elle n'en était pas moins le cœur même du problème, la principale raison pour laquelle vaincre Fimbulvetr n'était pas aussi simple que de claquer des doigts, même pour lui. Si ça avait été si simple, l'histoire de leurs deux mondes aurait été bien différente, de mille et une façon et sous bien des aspects. Il y avait lui-même réfléchit pendant… longtemps, à défaut d'un meilleur terme, car le lieu où il résidait entre ses incarnations ne percevait pas le temps de la même façon qu'il était perçu sur la terre des hommes. Là-bas, les fils des avenirs s'étiraient, sur des centaines et des milliers d'années, et en un battement de cœur, promettant tant d'horizons différents, qui pourtant ne s'incarnaient qu'à l'instant où les conditions étaient requises, en achevant par le même temps bien d'autres, des potentialités qui n'avaient plus lieu d'exister. Lui observait tout cela, les mécanismes, les aurores d'un avenir dont la fin n'avait de cesse de les frôler et d'être repoussée, sans que jamais elle ne perde de sa fatalité. Peut-être étaient-ils enfin parvenus face à cette inéluctabilité… peut-être, cela restait à prouver par le déroulement de cette tragédie que l'ancien dictateur cherchait à voir évitée. Un souhait pour lequel il se tournait vers lui malgré son orgueil et ce qui les opposait.

« Ce qui anime l'hiver qui menace le monde mortel est un concept éveillé à la vie. Il est venu au monde progressivement, porté par des générations et des générations de sorciers, d'hommes, et d'autres créatures, puis à l'image des Nexus, les lambeaux de cette conscience encore vague se sont accrochés à un être à la force insoupçonnée qui a réussi à transformer l'ébauche en puissance réelle…. Mais ce qui nourrit désormais cette entité, c'est ce que vous avez tous dans le cœur, hélas »

Et le frère combattra le frère, c'était là les mots qui avaient été justement apposés sur le concept que les nordiques avaient nommé Fimbulvetr. Il n'y avait une forme d'ironie grinçante dans toute cette situation, mais cela ne conviendrait certainement guère à ses valeurs que de le lui faire remarqué, ou de s'y complaire. Cela faisait des siècles que la religion chrétienne prônait de tendre l'autre joue, fallait-il vraiment que certains opposants viennent à déplorer les conséquences de leurs propres décisions. Ah les enfants.

« Pour vaincre cette entité, il te faudrait supprimer du cœur de tous la haine, l'envie, le sentiment de faiblesse et de rejet… tous ces affects qui conduisent inévitablement aux rancœurs, à l'amertume. Ce que tu vois dans cet hiver Nikolaïs, c'est simplement la profondeur de l'amertume des hommes et des créatures. Rien d'autre. Ce qui restera de cette terre quand Fimbulvetr en aura finit avec elle, ce sera l'image même de ce qui se niche et guette au plus profond d'eux… Mon anti-thèse réelle sur ce plan d'existence »

Ah oui, ils pensaient tous qu'il était l'opposé des démons, l'Autorité rédemptrice… Ils n'avaient pas comprit son essence, c'était pour beaucoup trompés dès le départ. Ce n'était pas un problème, pas pour lui tout du moins, ce n'était en fin de compte que peu de chose si tant est que l'on n'en arrivait pas précisément à ce genre de situations. Ce que son réincarné verrait était un désert stérile, glacial, où il n'existait plus rien d'autre que l'implacable volonté aux doigts de gel. Il n'avait pas véritablement envie de voir ce que cela donnerait quand l'hiver rejetterait l'apparence d'Anthony Earl pour adopter la sienne propre. Voilà pourquoi, dans certains avenirs, il était forcé de se sacrifier une fois encore.

« Quel dommage, n'est-ce pas ? Tout ça parce que Pryam Earl refusait d'admettre un Oublié dans sa famille… Tu sais, il existait un avenir, très improbable, où cet homme se laissait vaincre par le sentiment filial et acceptait Anthony comme sien. Dans cet avenir, Anthony devenait le patriarche Earl et… me vainquait dans un duel. Il existe d'ailleurs peu d'avenirs qui ne présentaient pas le Réanimateur comme un être d'exception. Mais il en existe un autre de même nature... »


Sam 18 Mar - 14:54
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Le silence dura un instant, du moins lui sembla-t-il avant que l’Autorité n’accepte de lui répondre. Plus complexe. En définitive, cette parcelle de réponse ne le satisfaisait pas du tout. Elle lui apportait plus de questions encore qu’il n’en avait déjà. Nikolaïs trouvait la situation présente fort peu simple, mais si Antius lui contait un sort pire que celui-ci… Non décidément, il se demandait encore pour quoi il se battait exactement ? Pour un Envers qui ne demandait qu’à exploser au moindre instant ? C’était tristement décevant et… Frustrant en un sens. La réincarnation poussa un soupir, las, ses épaules retombant mollement comme si le poids du monde se reposait dessus et qu’il était fatigué de se tenir droit. Patient, néanmoins, il attendait que l’on poursuivre et on ne lui offrit qu’une question pour cela. Une question à laquelle il avait déjà la réponse puisqu’il avait essayé d’en détruire un et que celui-ci se trouvait encore devant lui. « Cela ne se détruit pas. » fit-il en serrant les dents, conscient qu’il se battait contre cette notion refoulée au fond de lui-même. Il n’aimait pas cette destruction chimérique, ce combat impossible à mener. Le fait même de penser à la mort d’un concept le ramenait à la vie, rappelait son existence. Qu’il y ait encore un seul humain sur cette terre, une seule créature, et les concepts perdureraient. Même au travers d’une amnésie : c’était des choses profondes, qui tels des parasites vivaient dans un hôte.

L’ancien dictateur but les paroles de l’Autorité comme un élève assidu, mettant un terme à l’hésitation de sa réflexion pour imposer la vérité. Fimbulvetr n’était pas destructible. A moins d’éradiquer toute forme de vie sur terre, ce qui plairait sûrement à Nyarlathotep, ce concept n’était pas à envisager comme à éteindre. A l’instar de tout ce qui pouvait traîner dans les prisons de l’Envers depuis des millénaires, peut-être fallait simplement le mettre dans une cage adaptée. Lentement, ses idées se mettaient en place, cherchant dans ses souvenirs, dans les quêtes de l’Ordre de Thulé, une solution, une réponse. C’était fou comme, malgré sa lassitude vis à vis de son monde, il lui restait encore l’espoir vibrant de s’en sortir, comme s’il s’attachait durement à sa misérable vie humaine. Les derniers propos d’Antius le laissèrent septique et interrogateur mais une part de lui-même se disait que l’Autorité ne lui en dirait pas d’avantage. De la même raison que ce semi-aveux n’était probablement pas lâche sans raison. Il voulait le faire chercher, tourner en bourrique… Et le pire dans tout cela, c’était que cela marcherait. Cela marchait même déjà au vue de la liste qui s’établissait mentalement. Le premier sur la liste était Howard Earl, comme une logique inébranlable. Si ce n’était le premier des fils, peut-être que le second aurait plus de chance. Il haussa finalement les épaules, balayant de sujet. Non pas qu’il le désintéressait, mais il avait d’autres chat à fouetter avant de trouver celui qui était promis à un destin hors du commun.

« La boîte de Pandore. Ou plutôt la cruche de Zeus confiée et ouverte par Pandore. Elle contenait des maux similaires à ceux que vous évoquez. Si elle a été en mesure de les contenir une première fois, il n’y a pas tant de raison qu’elle ne le puisse une seconde. » Restait à la trouver et c’était une autre croisade que cela. Mais avant de se jeter à corps perdu vers cette incertitude, tel un enfant, il attendait l’approbation. Son propre comportement l’écœurait… mais qu’y pouvait-il ? Il était un humain et Antius sa Lumière. « L’Iliade parle même d’une seconde cruche… Une qui contenait les maux… Et une qui contenait les biens. » C’était une pique, servie avec un petit sourire amusé, dirigée contre l’Autorité, lui confiant combien il apprécierait le mettre lui aussi dans cage d’où il ne sortirait pas. Rêve vain que lui soulignait son cœur mais il se buttait à l’idée qu’il puisse exister une solution. Une autre solution. « Il y a bien des choses qui n’auraient pas du se produire ainsi si les Earls cessaient d’agir stupidement. » Il parlait même de sa propre guerre. « Malheureusement, je ne peux pas refaire le passé, je ne peux pas me contenter de regarder amèrement en arrière et chercher des responsables. Il me faut mettre un terme à cet hiver. Et c'est devant moi que ça se passe. »

Mer 29 Mar - 21:37
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Le laissant poursuivre sa réflexion sans intervenir, il goûta ses pensées en restant résolument coi, l'observant un long moment de son regard clair et diapré. Et lorsque l'ancien dictateur parla de nouveau, il eut un léger mouvement de tête interrogateur, l'incitant à poursuivre jusqu'au bout dans le chemin de pensées qu'il s'était attribué. L'univers autours d'eux continuait à battre et palpiter sourdement, frémissant, et s'apaisant dès qu'il entrait en contact avec son aura lumineuse ; et pourtant l'Autorité n'y prêtait pas la moindre attention, tout entier tourné vers ce petit humain aux si grandes ambitions. L'ébauche concernant l'Iliade lui arracha un sourire plus large que celui qu'il arborait jusqu'alors, et son visage lisse se peignit d'une expression d'amusement qui effaça une partie de sa douceur, révélant sensiblement le silex de ses orbes bleutées. Ah, les boîtes de Pandore, toute une histoire effectivement, et qui avait beaucoup coûté à l'humanité, sans doute au grand plaisir de Zeus et des autres divinités. Il hocha la tête pour le pousser à continuer, le rassurant volontairement, en sentant son âme se tendre vers lui pour guetter son approbation. Nikolaïs y répugnait peut-être, mais il n'en restait pas moins que le lien intangible qui existait entre eux était bien réel et bien plus puissant que sa résolution. Elle n'était pas moins admirable pour autant.

« Tout à fait » convint-il avec légèreté. « Pourtant c'est dans le passé que tu dois puiser ressources et indices. C'est le passé qui façonne l'avenir, avec le présent comme pivot et scellé. Ne soit pas si prompt à le rejeter Nikolaïs… » Il joignit les mains devant lui, et poursuivit en se rapprochant pas à pas. « Tu es tout à fait conscient des enseignements que le passé peut t'apporter, il te faut simplement les comprendre. Tu le fais intrinsèquement pour certaines choses mais pas encore pour tout… Donne t'en les moyens » Soupirant doucement, il s'arrêta juste devant lui, à quelques centimètres seulement, paraissant parfaitement à l'aise. « Les deux cruches existes, celle qui enfermait le mal… et celle qui enfermait le bien » Il serait peut-être simplement surpris de savoir exactement de quoi il retournait. L'idée n'était néanmoins pas dépourvue de bon sens, elle était même intéressante à explorer. Mais ces artefacts avaient-ils la puissance nécessaire pour enfermer une entité comme Fimbulvetr… ou même, lui ? Autrefois, il aurait répondu oui sans hésiter, mais le temps avait passé, les choses avaient changé, et aujourd'hui, il n'en étaient plus si certain. La seule chose dont il était réellement certain était la menace que l'hiver faisait peser sur eux tous.

« Pryam Earl est sur le point de commettre une erreur. C'est l'avenir le plus probable, à l'heure actuelle. Et hélas, Adolf, tu seras encore une fois le seul à pouvoir la rattraper…. » Il l'observa, alors que son regard semblait provoquer un poids 'physique' sur l'entité qu'était Werner en ces lieux. Sa voix se fit plus douce, mais plus tranchante alors qu'il poursuivait : « Croyais-tu que nous t'avions renvoyé sur terre uniquement en raison de la Lance ? Non… j'ai beaucoup à te faire faire, et tu ne pourras aller que dans mon sens, car cela est aussi ton intérêt... » La lueur, du moins sa représentation planaire sur cet univers si différent de la terre, sembla se faire de verre, puis se lisser jusqu'à se mêler au chaos alentours en une seule et même incantation, une seule et même sensation omniprésente, pulsant dans tous les sens innombrables existant au-delà de la compréhension humaine mais que Werner appréhendait à présent. Lorsqu'il parla de nouveau, sa voix chuchotait dans le creux de son oreille sans qu'il ne se soit rapproché davantage. « Tu sais à présent que le temps est un pouvoir bien différent de ce que les humains pensent… Ce qui était hier peut devenir demain, ce qui est demain peut devenir hier. Laisse moi te poser une simple question, Nikolaïs… sais-tu vraiment ce que tu as fait sortir du Siège pour vous épargner, toi et les autres ? Es-tu bien certain que l'entité est allée à l'extérieur… ? »

Il soupira profondément, une lente exhalaison contrôlée, alors que la douceur de son regard se transformait en pierre…
« Il y a beaucoup d'artefacts dans le Siège, qui sait… peut-être vas-tu trouver ce que tu cherches »


Dim 2 Avr - 21:24
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Passant une main sur sa barde de trois jours, Nikolaïs se massa la mâchoire, perplexe et expectatif. Il avait cru que l’autre l’attaquerait au premier regard posé sur lui, c’était stupide. Antius l’utilisait et lui, le savait, aussi certainement que ça lui répugnait. Alors peut-être aurait voulu simplement que l’Autorité le renvoie dans ses pénates de l’au-delà. En lieu et place de cela, il réalisait qu’il devrait collaborer, marcher avec lui, car leurs objectifs sur le sujet se rejoignaient si admirablement qu’il en avait envie de vomir. Tout en lui se tendait vers cet homme et il aurait aimé pouvoir trancher le lien qui le retenait à sa merci. Il aurait voulu être libre, même s’il devait soudain mourir par inutilité aux yeux du chrétien, au moins, il mourrait libre de lui. N’était-ce pas ce qu’il cherchait, ce qu’il espérait en se liant à Nyarlathotep ? A abandonner cette humanité magnifique mais qui le rendait esclave de ce contre quoi il luttait ? Il avait le don pour se lancer dans des quêtes vaines, comme s’il était programmé, prédestiné à l’échec.

Silencieux, ses mires étoilées le suivaient sans ciller, nonobstant le décor mouvant qui les entourait, répété éternellement. Il n’appréciait pas sa proximité, sa manière de venir là, à quelques centimètres de lui comme s’ils étaient des amis, des frères ou pire, des amants. Il le fixait avec ce même mélange chaotique qui unissait affection naturelle et haine viscérale. Il aurait voulu le mordre, il se sentait comme un loup dont la rage grondait en lui. Et il aurait voulu aussi poser sa tête sur son épaule, fermer les yeux et se reposer. Il lui en voulait alors, de le mettre dans cet état, ses yeux fusillaient les iris bleutées avec une agressivité qu’il ne parvenait pas à contenir. Il avait cessé de respirer, ici, il n’avait pas besoin de cela : ça lui évitait de respirer le même air que lui. En parlant de cruche, il en aurait bien pris une pour lui enfoncer la tête dedans ! Ah ! Il aurait moins fait le malin là ! Hein ! Et nianianiah, le passé à ne pas négliger…

Il brisa finalement le contact visuel, il avait presque la sensation d’avoir des crocs proéminents tellement il avait envie de le mordre. Il détourna le visage sur le côté, le reste de son corps refusant de bouger d’un iota car cela ne serait que trop lui signifier qu’il le fuyait et il ne voulait pas avoir l’air aussi faible. Il se contentait de l’écouter, se concentrant d’avantage sur les maux que sur la bouche de laquelle cela venait. Il inspira et soupira au terme, dénouant la tension qui l’habitait et l’étreignait sauvagement, ses paupières se fermaient dans la réflexion. Les liens se faisaient, vivifiants pour sa compréhension. La première logique venue à son esprit provenait de la syntaxe rhétorique de la dernière question qu’on lui soumettait. Si l’entité n’était pas sortie, il n’y avait qu’une possibilité : elle était restée dans le corps possédé d’Anthony. Sans quoi elle serait assurément en train de faire des siennes. Elle en faisait, en quelques sortes, cela pulsait donc depuis la prison du Réanimateur. Ce qui avait englouti Last End n’étaient que les éclats de la bombe.

Nikolaï fronça les sourcils, secouant la tête, visiblement face à un os, alors qu’il rouvrait les yeux sur lui : « Cette entité si puissante ne serait qu’un parasite qui a besoin d’une vie humaine pour exister ? » Ça ne faisait aucun sens. Et dans un même temps, ce ne serait pas la seule créature qui ait besoin d’un corps pour survivre sur terre. Ange et démon s’incarnaient. L’Ailleurs y avait été forcé, prisonnier. Mais aucune de ces créatures n’étaient capable de soulever de la sorte un Nexus, surtout celui de Last End. Si Nyarlathotep en avait été capable, cela ferait longtemps qu’il aurait trouvé le moyen de s’affranchir de son enveloppe corporelle. « Ou… Il l’a retenu ? » Il partait d’Anthony. Ce foutu Réanimateur avait-il pu trouver le moyen de retenir l’entité avec lui au moins jusqu’à ce qu’elle soit enfermé avec lui ? En prenant en compte cet avenir manqué dans lequel Evans mettait à mal l’Autorité, alors il était possible de lui envisager une telle compétence. L’hiver était l’antithèse d’Antius. A défaut de trouver la véritable boîte, l’idée commençait à germer d’utiliser Anthony comme cruche.

Il revint mentalement sur l’erreur que Pryam s’apprêtait à faire, y faisant, dès lors, vite le lien et roula des yeux, plein de désespoir : « Non, il va quand même pas le libérer ? » Mais pourquoi ferait-il ça ? Ça n’avait aucune logique, sauf peut-être anticiper l’inévitable pour en tirer le meilleur parti ou il ne savait quoi mais… Non. Un soupir, très long soupir. « Bon… Vous voulez pas me réveiller que j’aille… Non, sérieusement, mais quel con, je n'arrive pas à y croire... Pire que moi... »

Dim 18 Juin - 17:27
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