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 Tomber sur un os | Morghann

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A l'égal de mes pairs, j'avais appris depuis mes premières années à soupeser les mots qui sortaient de ma bouche et à leur conserver leurs véritables valeurs. Mais ça, c'était la théorie, et uniquement la théorie, parce qu'en pratique ? Je me trouvais souvent, surtout ces derniers temps, à parler plus vite que je ne pensais. Cependant, cette fois, il était clair que je pesais effectivement mes mots quand j'affirmais que toute cette histoire était une catastrophe. Pas besoin des détails de la débâcle pour en être absolument certain sans une seule chance de se tromper. Entre le nombre de morts, les dégâts à la dimension de poche, la météo, la quasi-certitude de la révélation du secret… Il ne fallait vraiment pas être un génie pour comprendre que là, on est vraiment dans la panade. Et moi ? J'avais autant de travail que les autres, même si je n'étais pas le plus indiqué pour certaines tâches. Tout le monde devait être mis à contribution, peu importe le degré de maîtrise dont on pouvait se targuer, et je le comprenais. Ça ne m'empêchait pas de me trouver excessivement mal à l'aise et hors de propos en plein milieu d'un hôpital de fortune grouillant de blessés et d'agonisants. Bon sang… étais-je vraiment capable d'aider à soigner ces infortunés ? Même si mes compétences magiques me permettaient effectivement un certain contrôle sur la chair mortelle, j'étais avant tout un artisan des métaux, à mon grand regret. Les opérations que je conduisais s'avéraient donc lentes et précautionneuses, et entrecoupées de longues pauses, de sorte que je me sentais terriblement inférieur aux Khans qui étaient pourtant d'un niveau social à des centaines de lieux en dessous du mien. Mais par la force des choses, j'étais un enfant en apprentissage en comparaison de leur savoir faire, et plus d'une fois, je due subir leurs conseils pourtant avisés. Mais leur gentillesse et leur déférence ne parvenaient simplement pas à effacer l'insulte à mon ego et je le supportais avec plus ou moins de succès, je l'avoue sans peine.

En fin de compte, les pauses étaient sans doute d'avantage destinées à me garder sous contrôle et à ne pas passer pour un gamin capricieux qu'autre chose. Et je les utilisais pour pallier à un autre gros problème très personnel… Olivia et Elis avaient toutes les deux disparues. Ma petite scandinave avait même eut le mauvais goût de faire ça devant moi ! Quelle idée vraiment ! Je les cherchais toutes deux, sans résultats. Où qu'elles soient, c'étaient… ailleurs. Hors de mon atteinte, très certainement. En revanche, j'avais découvert autre chose, par pur hasard, et je savais que cela risquait de me retomber dessus à un moment ou un autre. Alors plutôt que d'attendre les bras ballants d'être assassiné dans mon sommeil par Pryam Earl, je me suis dis qu'il vaudrait mieux au moins être mis en danger pour quelque chose qui en valait peut-être un peu plus la peine que d'être bêtement tombé sur une information à laquelle je n'aurai pas dû avoir accès. Restait à savoir comment exactement l'utiliser… parce qu'au final, je n'avais pas envie qu'on me prenne pour ce que je n'étais pas : un anti-secret. Un rebelle ? Je ne suis pas un rebelle. Je suis un prince du Concordat et je resterais fermement du côté des principes de ma famille. Alors, le mieux, c'était sans doute de faire ça avec un peu de subtilité, histoire de ne pas tendre un baobab pour me faire battre. Bref, c'était tout et son contraire, à la hauteur de ce sur quoi j'étais tombé. Et il me fallait me rappeler en permanence de tenir mon rang et de ne pas courir en rond en levant les bras. Et finalement, après des jours à me ronger les sang, j'ai enfin commencé à trouver une solution à mon problème.

Je retournais à l'infirmerie, et demandait à voir l'homme qui m'intéressait. Enfin, pour ce que j'avais en tête, évidemment, sinon, il fallait avouer que ce n'était vraiment pas mon 'kiff' de côtoyer la famille Earl. Je n'ai rien d'un masochiste voyez-vous. Il était seul, fort heureusement, mais j'attendis tout de même un bref instant avant de m'introduire dans la pièce. Coinçant mes mains dans mes poches, je me calais contre la porte refermée, observant l'autre avec circonspection. Pouvait-on réellement me blâmer de mes restes de méfiances, en particulier après la scène du 31 ? Le silence se prolongea un moment, avant que je ne soupire finalement et que je ne le salut du chef. « Lord Earl » Il ne me connaissait pas vraiment, si ce n'était de nom, et je ne suis pas du genre à perdre mes bonnes manières. Pas sans de très bonnes raisons. L'hypocrisie est aussi résistante que la mauvaise herbe, il faut croire. Et ça n'était pas autre chose que cela, de l'hypocrisie. Mieux valait tout de même que je ne sois pas du genre franc… « Vous avez l'air de vous remettre au mieux, compte tenu des circonstances… votre père doit-être satisfait, sans doute » Il avait tellement d'autres problèmes à gérer après tout. Tant d'autres catastrophes, ne serait-ce qu'au sein de sa propre famille. Au moins la sienne ne s'entre-tuait pas comme César et Brutus. J'attendis un bref instant en l'observant toujours, mes yeux dorés assombris par les soucis. Puis, de nouveau, ce fut moi qui prit la parole :

« J'aurai besoin de votre aide »

Dim 5 Fév - 13:28
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Après avoir fait preuve de peu de repos, l’infirmerie était parvenue au bout des urgences. Si certains restaient encore dans une situation précaire, la majorité ne réclamait plus que de la surveillance, de la patience et des soins quotidiens. Il y avait à présent les morts dont ils fallait s’occuper. Ils ne pouvaient laisser ce charnier empester un peu plus de jour en jour, au risque d’apporter maladies autant qu’inconfort. Il leur fallait compter leur disparus, ceux qui avaient trépassé tant dans leur combat acharné que dans la vague de froid. Morghann avait été remis sur pieds et si en apparence, il se portait bien, il persistait avec son propre fardeau. Les nécromants étaient appelés pour couper cours à une prochaine invasion de fantômes. Il y avait en eu tant de colère que les dégâts allaient apparaître à l’encontre des vivants. Il y avait, sur le lit froid, un corps entièrement couvert par un drap blanc. L’odeur de la mort irritait l’odorat, quand bien même le froid ambiant avait remarquablement bien conservé les corps hors de la décomposition. Outre la raideur cadavérique, le froid les avait immobilisé définitivement. Aucune autopsie ne serait faite. Il n’était pas l’heure de définir quelle arme ou quelle magie avait mis fin aux jours de tel ou tel homme, ou bien les rancœurs à la souffrance de la perte auraient ouvert les représailles. Il n’y avait qu’un mot qui apparaissait sur son certificat : ‘Guerre’. C’était son père qui lui avait apporté ce mot aussi crûment d’une bombe. On appelait cela la guerre et lui qui n’avait jamais connu une chose d’une telle intensité que dans les récits et livres d’Histoire. Il avait connu la Mort, jamais en pareil nombre et jamais chargée à ce point de colère.

Morghann leva ses noires prunelles vers celui qui entrait, lèvres scellées dans un silence qu’Howard portait bien mieux que lui, mais qui, pour l’heure, était le sien. Un sien mal-adapté, dissonant de l’humanité qu’il portait dans son regard à l’instar du reste de sa famille à la noblesse stagnante. Il n’avait plus jamais été comme eux le jour où il avait quitté Last End, et malgré ses efforts pour le paraître, il y avait dans le portrait, toujours, quelque chose qui clochait. Quelque chose de moins froid que le marbre des nécromanciens. Si les yeux étaient les fenêtres de l’âme, alors le nécromant avait l’air absent avant que l’égyptien n’entre, son âme enjointe à celle de son jumeau, collée malgré la distance physique qui pouvait les séparer. Il avait eu peur pour lui, si peur qu’il refusait de le lâcher. Et lorsqu’il avait l’air présent, ses yeux reflétaient la compagnie d’une tierce personne, comme s’il traînait l’âme gémellaire où qu’il aille. Cette sensation de troisième personne devait être dérangeante pour Kaveh en l’instant, quand bien même il ne saurait probablement pas définir ce qui lui faisait ressentir cet inconfort. Morghann l’avait fixé sans rien dire, le détaillant et le jaugeant autant qu’il devait l’être en retour et lorsque l’alchimiste rompit le silence pour le saluer, Morghann le préserva, sa tête donnant d’un geste sec un retour aux salutations. Par politesse. L’ambre de ses yeux et son aura témoignait de son appartenance aux Amasis. Son âge d’apparence (autant qu’on pouvait se fier à cela chez cette famille) lui permettait de déterminer approximativement de qui il s’agissait, d’autant plus qu’enfant, il ne l’avait que très rarement croisé qu’en fin d’adolescence.

« J’ai appris aux dépens de mon jumeau que les maladies peuvent être sournoises. » fit-il, pas aussi fermement qu’il l’aurait voulu. Sa voix était pleine de fatigue. Il avait l’air de se remettre au mieux. Peut-être bien. Mais il savait ce qui logeait dans son âme tel un venin prêt à se propager aux moindres vagues d’un début de tempête. Il se savait en péril. Autant qu’Howard l’avait été et si la malchance les poursuivait, il y avait fort à parier qu’ils ne trouvent de remède avant que Morghann subisse les conséquences de cette présence glaciale. Alors non, Pryam ne s’en montrait pas satisfait le moins du monde, mais qu’importaient les inquiétudes de sa famille ? Les mots de Kaveh n’étaient que de la politesse, celle à laquelle il était habituée à son égard depuis sa plus tendre enfance. On ne froissait pas un Lord et on se souciait de la satisfaction du Patriarche. L’égyptien n’était pas différent et le nécromant l’acceptait, ne cherchant pas à percer plus loin son propos. L’alchimiste n’avait pas besoin d’en connaître la profondeur. Seulement qu’il s’était trompé : Pryam n’était pas satisfait. Si Morghann fixait les prunelles dorées de son interlocuteur, il s’absenta pour chercher du réconfort auprès d’Howard : il se savait condamné. Aussi nécromant pouvait-il être, c’était un peu comme si on avait annoncé à un humain qu’il avait un cancer à un stade fort développé. Ou encore le sida. Somme toutes, quelques pathologies dormantes dont on avait aucun remède connu. Il s’était attendu à mourir prématurément. Mais de la main de quelqu’un comme Werner et certainement pas de celle de son propre frère Anthony. Il avait beau se raccrocher à l’idée qu’il s’en sortirait, il demeurait persuadé qu’avoir quelque chose de tel sur l’âme s’avérerait tôt ou tard mortel. Le coma d’Howard le traumatisait encore.

Sa présence double revint lorsque Kaveh lui demanda son aide. On demandait régulièrement l’aide ou les faveurs de sa famille, mais en général, on portait cette réclamation directement au Patriarche, ou bien à Howard, plus impliqué dans la politique de l’Envers que son cadet. Il fallait dire que Pryam était occupé et Howard pas en état. Il aurait du s’attendre à quelques ronds de jambe bien bas qu’on pourrait lui servir. Mais il ne s’y était pas attendu, aussi parut-il un bref instant déconcerté par la demande, avant de se ressaisir. « Que peut ma famille pour vous, ... » Il marqua une hésitation avant d’user du prénom qu’il supposait : « … Kaveh ? » Sa phrase en devenait paradoxale, aussi paradoxale que pouvait être Morghann. Dans un premier temps, il supposait la demande de l’égyptien impersonnelle, d’avantage adressée aux Earls qu’à lui-même. Dans un second, il rompait aux habitudes nobles de sa famille qui n’aurait jamais appelé Kaveh par son prénom, comme s’il se détachait des siens et lui signalait implicitement qu’il n’était marqué en politique (ou du moins ne voulait pas l'être) et que sa demande ferait probablement l’objet d’un renvoi vers de plus hautes instances : celles de son père ou de son jumeau. Prise dans un autre sens, l’usage du prénom se vouait à appeler des demandes plus personnelles, contrairement à ce que laissait penser le début de sa question. A elle seule, cette interrogation résumait la place de Morghann chez les Earls, à la fois indiscutable et irréaliste.

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« Reste »

Dim 5 Fév - 17:52
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Ce ne fut qu'après de longues minutes que je vins à remarquer que je le mirais, main dans les poches, sans vraiment lui répondre, me contentant de l'observer en réfléchissant à… à quoi d'ailleurs ? Maintenant que je m'étais réveillé, je ne parvenais même plus à me souvenir exactement de ce à quoi je réfléchissais. Un peu comme un rêve duquel on se réveille et qui nous échappe rapidement alors qu'on tente de s'en saisir. Ou une savonnette, l'effet est le même en fin de compte, l'image est simplement moins poétique. Je décidais finalement de me ressaisir, car après tout, c'était moi qui le sollicitait, je ne pouvais pas simplement décider subitement de le planter là sans plus un mot. Je haussais alors les épaules, prenant le train en marche avec un peu de retard et répondait simplement, encore une fois sans pouvoir m'en empêcher… « Ça ne changera pas du reste du monde » Il fallait l'avouer, en soi c'était vrai. Mais par la malédiction de la savonnette, mon affirmation s'avérait sans doute mal placée, puisqu'elle répondait après coup à la complainte du Earl sur les maladies. Enfin il fallait avouer que ce n'était pas ma famille qui aurait pu m'apprendre réellement ce que pouvaient être les maladies. La possession de la pierre philosophale et des savoirs alchimiques nous permettaient de rester à l'abri de ces tracas. Je ne me souviens pas avoir jamais souffert du moindre rhume, et encore moins de quoi que ce soit de plus grave. Mon mal le plus commun s'avérait être la gueule de bois à répétition… Même une crise de foie était ardue à provoquer. Mais peu importait. Au final, mon interlocuteur ne risquait certes pas de voir aussi loin dans mon affirmation grinçante. En fait, il risquait de ne pas même voir à quoi cela se rapportait, ainsi oublié et hors de propos.

Je clignais des yeux, puis après un instant, je tirais une cigarette d'un étui rangé dans la poche intérieure de ma veste et la calais entre mes lèvres, appelant une simple flamme au bout de l'un de mes doigts et allumant la barre de tabac avec. J'en tirais une longue bouffée, puis décidait de ne pas prendre le risque de repartir dans mes pensées. Secouant légèrement la tête tout en cillant brièvement, j'affichais finalement lombre d'un petit sourire en entonnant avec un brin de nonchalance ajustée « Votre famille, rien du tout. Elle ne rentrerait pas en entier dans la pièce de toute façon… Non, c'est de vous dont j'ai besoin » C'était ce que j'avais dit après tout. Il n'y avait vraiment qu'un anglais pour compliquer les choses de cette façon. Il suffisait de voir leurs jardins pour se rendre compte de l'amour que ces gens avaient pour les complications. Les jardins à l'anglaise sont tellement… raides, intellectualisés à l'extrême… un peu comme les jardins à la française. D'ailleurs c'était certainement pour cela qu'ils s'entendaient si mal avec leurs voisins outre manche. Ceux qui se ressemblent ne s'apprécient pas, en règle générale. Sincèrement, j'avais tenté de lire Shakespeare, ne serait-ce que pour faire honneur à la reine Titania et pouvoir la flatter correctement, mais dès la troisième scène, j'étais complètement dégoûté. Et en y pensant, j'étais de plus en plus certain que Miw aussi était anglais, vu combien il aimait tout compliquer jusqu'à l'outrage et s'en gargariser. Et tout ça me donnait encore plus envie de tirer sur ma cigarette. Comment est-ce que je devais aborder ça ? Avec assez de simplicité mais sans trop en faire… oui, ça paraissait la meilleure chose à faire.

« J'ai vu ce que vous avez fait, durant la bataille. Je vous ai vu défendre le Réanimateur »

Je m'interrompis là-dessus, l'observant de nouveau, sans hâte, ce petit oisillon aux plumes dérangées par la chute du nid douillet. Il y avait quelque chose chez lui que je n'arrivais pas à placer… mais quelque chose que je connaissais, sans nul doute. Qu'est-ce que ça pouvait bien être exactement ? Alors là, je séchais, mais peut-être qu'en l'écoutant un peu plus, en le voyant agir un peu plus, je pourrais replacer ce sentiment. Tranquillement, je m'adossais au mur le plus proche, passant une main dans les courts cheveux proches de ma nuque, à l'orée de mon col.

« Je ne sais pas pour vous mais j'ai… l'impression qu'il manque quelque chose à ce qui s'est passé. Que le dénouement n'en convenait pas. C'était une fin, et pourtant, elle a apporté bien plu de questions que de réponses…. Cet homme, ce… terroriste… en a certainement une partie. Votre père une autre. Son altesse Ambrose également je suppose… Tout le bureau, en fin de compte... »

Un soupire me chuta des lèvres, emportant la fumée riche de la cigarette avec lui et mon expression se défit pour être remplacée par un masque de détachement, presque d'ennui. Je ne le faisais pas exprès, mais vraiment, je ne suis pas à ma place dans ce genre d'instants.

« Et je suppose qu'on aurait pu plus facilement interroger le Réanimateur que le bureau… hélas, il a été emmené trop rapidement pour ça... »

Mer 8 Fév - 20:11
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Cela ne changerait pas du reste du monde ? Morghann eut brièvement l’ébauche d’un sourire qui s’effaça. Oh oui, le monde était sournois et Kaveh n’imaginait sûrement pas combien il devenait son cauchemar éveillé depuis son retour à Last End. Une part de lui se mordait les doigts du choix qu’il avait fait de revenir dans ce charnier et pour autant, si c’était à refaire, il aurait probablement encore suivi son jumeau, buté comme il était. Il fallait croire qu’il s’agissait d’un trait de famille, au même titre que l’orgueil. Et en parlant de famille… En effet, il y avait fort à parier qu’elle n’entre pas entièrement dans cette pièce. Le sourire vint sur ses lèvres malgré la tristesse et la fatigue, une chose assez rare chez un Earl pour être soulignée, s’amusant à la plaisanterie. « En particulier la branche Sihvonen de ma famille. » Cela aurait pu être hilarant de voir ces mastodontes vikings tenter d’entrer tous dans cette pièce, hommes comme femmes, musculature imposante contre musculature imposante. Sans parler de leur hauteur qui aurait comblé la pièce jusqu’au plafond. Quant à placer tous les Earls ici… Et bien cela aurait donné une humeur très morbide à la pièce, bien pire que ce pauvre cadavre qui ferait pâle figure -dans tous les sens du terme- à côté d’eux. En revanche, la fin de la phrase de l’égyptien ne lui plaisait que peu. On demandait beaucoup de choses aux Earls, en matière d’aide, et souvent pour tirer la couverture vers soi, se couvrir de richesse, de pouvoir, d’honneur ou de protection. Morghann n’était pas très à l’aise là dessus, raison pour laquelle il avait détourné le regard pour se pencher sur le cadavre. S’il s’occupait les mains, il pourrait d’avantage réfléchir avant de parler, ce qui n’était pas une mauvaise chose.

Il leva délicatement le drap du visage défunt. Un visage duquel on avait fermé les yeux et la bouche mais dont le sang, à présent séché, avait quitté ses lèvres en abondance. Le nécromant posa une main sur le front glacé du mort, invitant son esprit à se matérialiser alors que Kaveh lui signalait l’avoir vu prendre la défense d’Anthony. Les vidéos de la scène feraient progressivement le tour de l’Envers et la position étrange de Morghann en feraient s’interroger  plus d’un : à la fois défenseur du Réanimateur mais protégé par son père. Son regard d’obsidienne se reporta sur Kaveh comme s’il cherchait à comprendre où il voulait en venir très exactement. La tournure de leur conversation ne lui plaisait pas beaucoup. L’alchimiste venait-il lui faire du chantage ? Des menaces ? Obtenir son ‘aide’ en échange d’un ‘je serai de votre côté’ ? C’était assez inconfortable comme approche, et il ne savait pas encore comment y réagir même s’il se doutait bien qu’il devrait tôt ou tard s’expliquer sur le sujet. Son statut de Earl et la protection dont il avait bénéficié de la part de Pryam le laissait en une certaine immunité… Mais pour combien de temps ? Il n’était pas étonnant de voir les familles du Concordat mener leur enquête. Certaines avaient peut-être émis l’hypothèse de se défaire des Earls néfastes et imprévisibles. Morghann reporta son attention sur le vide, ou du moins une figure fantomatique que lui seul voyait de toutes évidences. On ressentait particulièrement l’aura macabre de l’invisible avant qu’elle ne s’éteigne transportée de l’autre côté du voile, laissant le nécromant dans un sursaut, la main sur l’abdomen. Ce qu’il avait vu lui fit serrer les dents et alors que Kaveh reprenait ses palabres, Morghann descendait soigneusement le drap jusqu’à la ceinture, dévoilant une plaie abdominale circulaire, cautérisée par le froid et la magie. Il déglutit, non pas à la vue de la blessure dont il avait l’habitude, mais parce que cet homme s’était pris Longinus à travers le corps. Une promesse que Werner avait formulée à son égard et une part de lui même aurait voulu partir ainsi, d’un seul coup, sous le joug de cet homme détestable, que d’être la victime d’une mort à retardement offerte par son aîné.

Il rabattit de drap, terminant de noter ses observations sur le certificat de décès. Encore un nom sur la longue liste des trépassés qui serait probablement lue par le bureau devant une large assemblée pleine de proches en larmes. Un peu comme après un attentat où on apprenait aux familles la perte de l’un des siens. Il s’arrêta, redressant ses noires prunelles sur l’alchimiste. Plusieurs de ses mots l’avaient fait tiquer, en particulier qu’il ait la maladresse de lui signaler l’avoir vu protéger Anthony puis d’insulter son frère de terroriste. Ça n’était qu’en partie vrai car on parlait de terrorisme à l’encontre d’états démocratiques et innocents et on ne pouvait pas vraiment dire que le Cénacle était un organe parfaitement démocratique et innocent… Mais quand bien même il y avait de la vérité dans ses propos, elle n’était pas de bon goût et Morghann aurait préféré être sourd que d’entendre cela. Le second point qui l’avait fait tiquer était la mention ‘a été emmené’ alors que pour tout un chacun, Anthony avait tout bonnement disparu. Tout comme sa cousine Elis avait disparu ou encore le loup Imrinn ou son Oncle Austar. Morghann savait de son père que le Patriarche nécromant avait placé Anthony dans un endroit où il puisse ‘réfléchir à ce qu’il avait fait’ comme un enfant qu’on mettait au coin. Alors la dernière phrase de Kaveh cachait quelque chose, un savoir qu’il ne lui murmurait qu’à demis-mots. « Vous tournez autour du pot. » fit-il alors remarquer et le pire dans tout cela, c’était qu’il commençait à s’ennuyer dans ses propres palabres. Les égyptiens étaient compliqués. Il n’y avait qu’à voir leurs pyramides : un seul moyen d’en sortir et un millier de façons d’y mourir. Si ça n’était pas se compliquer la vie cela, au sens littéral du terme. Morghann poussa un soupir et s’approcha de l’alchimiste en venant croiser ses bras sur son torse : « Qu’est-ce que vous cherchez, Kaveh ? S’il est un ‘terroriste’, en quoi ses idées décousues pourraient avoir une importance ? Si vous n’avez pas foi en vos propres mots, il aurait été plus délicat de les éviter. » Et de le blesser. Le propre même du terrorisme était de répandre une idéologie fallacieuse et dans ce cas, son point de vue n’intéressait pas ceux qui désignait tel être ou groupe comme terroriste. Si on désignait Daesh comme terroriste, on allait pas s’intéresser à la logique intrinsèque qu’il y avait pour eux sur le traitement des femmes. A moins d’être très curieux, un brin masochiste et de n’avoir rien de mieux à faire.

« Où est-il ? » C’était bien la seule information que cet homme pouvait vraisemblablement disposer et qui intéressait le cadet des fils de Pryam. A en croire ce qu’il voulait faire émerger. Il avait bien des questions à poser à Anthony et plus que ce que son interlocuteur le pensait. Mais surtout… Il voulait le retrouver. En attendant... Il peinait à cerner l'Amasis qui s'était présenté à lui. Fragilisé par les derniers événements, il avait bien du mal à être dans un autre sentiment que la méfiance. Comme tout le monde en définitive, on ne pouvait pas vraiment lui reprocher d'être en proie au climat tendu qui régnait dans ce Siège en huis clos.

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Jeu 9 Fév - 18:52
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Décidément, un de plus qui agissait comme un mal baisé, à croire que c'était l'Angleterre qui faisait cet effet-là aux gens. D'ailleurs peut-être était-ce en partie ça, toute cette grisaille permanente pendant des années, ça devait forcément déteindre sur les humeurs, alors qu'un superbe soleil, la chaleur et un ciel d’azure, ça mettait forcément de bonne humeur ! Ou alors, c'était parce que j'avais l'air trop gentil qu'ils se pensaient tous en droit de me faire la leçon et d'essayer de me marcher dessus ? Mais le pire, c'était vraiment que je ne manquerais pas d'agréer si tant est qu'il y avait une logique à tout cela. Là, franchement, j'avais du mal à saisir ce qui lui prenait. Alors pour faire plus simple, et pour éviter de me rendre malade pour rien avec leurs réactions étranges, je décidai simplement d'agir comme avec les sautes d'humeur de ma femme une fois par mois : en encaissant avec flegme.
« Tout dépend si vous vous accordez une importance à mes avis à moi, ou si vous êtes intéressé par entendre ce que lui a à dire  » fis-je sans quitter mon sourire et mon attitude tranquille. Ce n'était pas un méchant garçon, Morghann, juste un jeune homme protégé, qui avait eut la réelle chance de ne pas se manger toute la laideur du monde dans les dents dès son plus jeune âge et qui marchait sur des œufs dans un espace inconnu. Oui, en fait, à sa place, j'aurai sans doute été ronchon moi aussi, le pauvre. Son père décrié, ses frères disparus de même que sa cousine, et les très nombreuses questions restées en suspends au sujet du bureau du Cénacle et des Earls. Non, ce ne devait pas être confortable du tout. Je n'aime pas forcément être un punching-ball, mais je peux quand même accepter certaines choses dans certaines situations. Si je le veux bien.

Cette situation-là était l'une d'elle. Ça aurait pu être moi, à sa place.

« Je ne pourrais vous répondre avec précision  »
Comment ça je faisais l'idiot ? Non, pas du tout, j'avais réellement des raisons de faire les choses comme cela, mais c'était aussi amusant de voir que c'était moi, l'Amasis, qui faisait une leçon de subtilité à un Earl. Il fallait bien que je trouve un peu de satisfaction à tout ça, non ? Lui il se permettait bien d'être imbuvable après tout. Bon, et puis il y avait aussi le fait que je ne pouvais pas lui dire tout de go… pas ici, même pas ici non. Mais je pouvais biaiser. S'il était rapide à saisir, alors tout irait bien. S'il n'était pas rapide, par contre, je ne savais honnêtement pas comment j'allais m'y prendre. Sans doute devrais-je attendre et m'y prendre autrement, ou tout simplement oublier l'idée et me taire, faire comme si, même si l'idée n'était pas agréable.

« Mais en cherchant une amie à moi, je suis tombé sur un très étrange enregistrement. Voyez-vous, Lord Earl, Mademoiselle Grayson a disparu elle-aussi, et sa vie m'importe plus que celle du Réanimateur. Hors la dernière trace que l'on a d'elle… est en présence de votre… frère. Peut-être sont-ils au même endroit. L'enregistrement semble l'indiquer. Vous voudriez pouvoir interroger le Réanimateur, moi aussi dans une certaine mesure, et je souhaiterais en revanche ardemment retrouver Mademoiselle Grayson. A nous deux, je gage que ce ne sera pas trop délicat  »

Je ne voulais pas imaginer Olivia prise dans le hall des Ténèbres, mais c'était sans doute la seule explication, et les dommages… oh les dommages… Pourrait-elle seulement s'en remettre ? Je voulais le croire, mais il fallait avant tout la.. les trouver.

« Quand vous en aurez finit avec votre présente tâche, vous n'aurez qu'à me demander, en haut… je vais avancer de mon côté  »

Et un petit sourire pour essayer de détendre l'atmosphère. Lui, il lui manquait vraiment une bonne orgie…

Dim 19 Fév - 18:15
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« Les deux. » avait-il claqué avec impérialisme à la première réponse de Kaveh. Ce que pourrait lui apprendre Anthony était crucial, tant sur les événements qui avaient été déclenchés que ce qui rongeait son âme à présent glacée. Mais cela ne signifiait pas qu’il se désintéressait de l’avis de l’égyptien. L’alchimiste lui présentait comme un choix de l’un ou de l’autre exclusivement mais Morghann avait tout de même eu quelque part dans son éducation l’apprentissage d’une vision au-delà de ce qu’on pouvait lui proposer. Il était fils de roi, aussi pouvait-il se permettre de réclamer l’ensemble plutôt que de choisir. Et dans ce cas-ci, précisément, c’était d’avantage de la méfiance et de la prudence qui s’exprimaient. S’il devait aider l’Amasis, il voulait savoir dans quoi il s’engageait et la position que tiendrait son allié de circonstances. Décidément, traîner avec Howard l’avait rendu paranoïaque. Et il était capricieux de surcroît, ce qui n’arrangeait pas la donne. Il détaillait l’égyptien du regard jusqu’à ce qu’il lui avoue ne pas pouvoir lui répondre précisément. Une forme de déception put nettement se lire dans ses yeux. Ne l’avait-il pourtant pas invité à ne pas le traiter véritablement comme un Earl depuis le début de leur conversation ? A ne pas tourner autour du pot ? Il était las des faux semblants, des cérémonies qui ne lui convenaient nullement et voilà que l’Amasis veillait à l’y replonger : cherchait-il à le faire déprimer ? Si même les Amasis ne mettaient à enrober leurs secrets de miel… Son regard tomba vers une expression blasée, quand bien même il la retenait, au moins pour la dignité qui revenait à son rang.

Bien, soit. Qu’il tourne autour du pot et Morghann ‘s’amuserait’ à sélectionner dedans les informations dont il avait besoin et très honnêtement, ça ne l’enjouait pas le moins du monde. Il s’en serait bien passé mais l’égyptien avait décidé de lui infliger. Il suivait le flots de ses paroles laissant parvenir à sa compréhension l’objectif de Kaveh et la raison pour laquelle il lui avait demandé, à lui, son aide. Cela devenait limpide et en même temps, effrayant. Qu’était cet endroit où Kaveh refusait de se rendre seul ou du moins… Sans le soutien d’un Earl ? Cela ne lui plaisait pas beaucoup, mais il ne pouvait définitivement pas se tourner vers son père pour cela et Howard n’était pas en état de venir avec lui, qu’importe où il se rendraient. Il acquiesça d’un signe de tête et laissa l’alchimiste quitter la pièce, restant avec lui-même et ses pensées. Il poussa un soupir, chassant au loin la pression. Il n’aimait pas porter le masquer des Earls, il n’aimait pas être traité comme le fils de Pryam, il n’aimait pas être appelé en politique, il n’aimait pas se tenir un carreau en présence d’un public aussi infime soit-il. Le tout lui demandait un effort, de l’énergie qu’il n’avait pas envie d’user pour des choses qui ne l’intéressaient pas. Il acheva sa tâche et rejoignit, plus haut, les quartiers où Kaveh exerçait. Les mains derrière son dos, il préservait un port altier et une démarche posée pour n’alerter nullement les hères qui n’avaient pas besoin de savoir ce qu’il faisait. Il entra, ne pipant mot jusqu’à ce qu’il soient seuls… Et même une fois seuls, il ne contenta d’observer avec attention les images de l’enregistrement en silence. Il savait aussi que l’image de son frère avait été dédoublée : le Réanimateur s’était trouvé présent à la fois dans la Chambre et dans le Hall. Mais il n’avait aucune idée temporelle des événements qui s’étaient succédés. Ceci restait alors sa seule piste pour l’heure. Ses noires prunelles se posèrent sur le bouton, naviguèrent sur l’enregistrement pour vérifier et coulèrent vers le bouton à nouveau.

Si ça n’avait tenu qu’à lui, il aurait appuyé sur ce fameux bouton, nonobstant les conséquences. Mais il sentait que Kaveh était prêt à lui sauter dessus à tout instant si jamais il prenait l’envie au nécromant d’en user. Aussi revit-il son jugement avec un peu plus de prudence : il ne savait pas où cela avait conduit son frère et Olivia Grayson. Et si la jeune femme n’en était pas revenue, pas plus que son frère… Si Kaveh avait besoin de son aide à lui, c’était probablement parce que la sortie n’était pas très aisée à trouver. Le Lord prit un siège et se pencha sur l’enregistrement. Anthony n’avait pas été lui-même, il lui était mal aisé de définir s’il s’agissait bien de son aîné. Il releva son regard sur l’alchimiste : « Qu’est-ce ? » demanda-t-il finalement pour appeler les explications qui ne venaient pas d’elles-même. Peut-être que Kaveh attendait-il qu’il pose ces questions, pour se couvrir et expliquer qu’il n’avait agi ou répondu que sur les demandes du fils de Pryam. Ainsi Morghann se sentit-il l’objet de manigances et il n’appréciait pas la position qu’il acceptait toutefois. Son père savait le lien qu’il entretenait avec Anthony. Ou presque. Cela ne serait pas une trahison étonnante aux oreilles de Pryam, lorsque ça lui parviendrait. Il ne s’était pas suffisamment rapprocher de lui pour être certain qu’il lui accorde, encore, sa compréhension et son pardon. « Où est-ce que ça les a emmené ? Et… Vous n’avez pas l’air de vouloir que j’appuie sur ce bouton. Dois-je supposer que vous avez d’autres plans à suggérer ? Ou que vous n'en avez pas mais que celui-ci vous effraie ? Je vous écoute. » Au fond, Morghann était probablement condamné à mort après ce qu'Anthony lui avait infligé, il n'avait plus vraiment la même perception du danger que le commun des mortels. Entre mourir et mourir, il n'y avait pas vraiment à choisir.

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« Reste »

Dim 26 Fév - 18:10
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Ah, qu'il était mignon, ce petit bout de Earl, enfin mignon dans son style caractériel, froid et qui se pense au-dessus de tout. Et comment ça, les Amasis aussi se pensaient au-dessous de tout ? Oui, bon, peut-être un peu, mais pas tant que cela. Sur une échelle de Tenak à Earl, je suppose qu'on se rapprochait assez des Ayita ou des Feng. On ne nous haïssait pas autant que ces coincés d'anglais qui ne savaient pas faire autre chose que montrer leur dédain à la face du monde. En même temps, nous sommes plus aisés à comprendre, plus proches, plus pragmatiques. Nos aspirations ne sont pas aussi obscures et on se mêle sans mal à la populace, même si on conserve notre dignité de noblesse déclinante. La fête réunit tout le monde. Les Secrets en revanche… ça a étrangement tendance à créer des gouffres. Alors oui, c'était relativement mignon de le voir affirmer que mon avis comptait, parce qu'au final ce n'était certainement pas mon avis qui comptait, mais simplement le fait que j'émettais cet avis et qu'il n'allait pas dans le sens de cette famille de sociopathes. Il comptait car mon avis lui déplaisait, mais en un sens, je comprend et j'ai toujours compris le problème, le piège, ça m'arrive aussi, comme à chacun d'entre-nous. La seule différence entre les deux, c'est que comme d'habitude, j'ai la stupidité de prendre du recul et d'être honnête avec moi-même, la chose à proscrire dans le monde actuel. Peut-être à cause de ma naissance, de mes expériences, ou de cette foutue affaire de Prague, ou peut-être tout à la fois… Parfois, je m dis que je suis le bouffon cynique du roi, qui croasse ses blagues sans jamais en rire réellement, et regarde avec désillusion le reste du monde faire tourner la roue de la pensée humaine sans plus d'égards. Je n'allais pas m'égarer sur ce chemin avec lui, ce n'était clairement pas un maître à penser, et il allait certainement se froisser plus encore et finir par ne m'être d'aucune utilité.

« Si vous le dites  »

Réponse politico-correcte s'il en était, et sans doute le comprendrait-il. Je jouais de bonnes manières, comme on ne le fait que dans la haute société, encore aujourd'hui. Le monde du Concordat est tout petit, quand on y regarde bien, tout le monde connaît tout le monde au moins de nom, et tout ce qui n'est pas enterré six pieds sous terre, que ce soit morts ou secrets, ne peut que finir par se savoir. Les bonnes manières sont hypocrites, elles disent blanc quand on pense noir, mais je dois reconnaître qu'elles sont effectivement faites sur mesure pour ce genre de milieu ou perdre sa dignité peut vite vous faire devenir la risée de la galerie ad vitam aeternam. Savoir se désengager d'un sujet avec grâce s'apprenait très tôt, mais certains ne parvenaient jamais à maîtriser ça sur le bout des doigts. Et j'avais déjà un début d'avis sur la catégorie à laquelle celui-ci appartenait. De mon point de vue, garder le profil de la dignité s'avérerait encore plus vital dans les semaines à venir. Ce n'était pas le moment d'offrir sa nuque pour la guillotine. Il y a bien assez de problèmes comme cela. Je sortais enfin, après avoir délivré mon message, et me massait un instant l'arrête du nez avant de m'éclipser des salles de soin, n'ayant véritablement rien à y faire pour l'instant… Il était grand temps qu je reprenne mon rôle de directeur au sein du Cénacle. Surtout quand tant de choses avaient besoin d'une attention particulière. Ce n'était pas comme si la dimension de poche s'écroulait sur elle-même… hein ? Bon ça évidemment, tout le monde ne le savait pas. Je ne donnais pas cher du peu de calme rétablit autrement, ni en un sens de nos têtes à tous. Anthony Evans, ou Earl franchement peu importe, avait bien frappé… à cause de lui, c'était la crédibilité du Concordat entier qui était remit en question, alors si l'on ne parvenait pas à se débrouiller de cette crise, il y avait fort à parier qu'on serait tous finis.

J'avais retrouvé mon étage dédié, heureusement, et mes équipes, qui s'acharnaient à travailler pour essayer d'endiguer un problème qui relevait des architectes magiques. Que l'on avait pas encore vu jusque là, sinon ce n'était pas drôle. L'un dans l'autre, je n'aurais pas été fâché de partager la vedette pour cette fois, parce que cela aurait voulu dire que je partageais aussi les emmerdements. Mais bon, je ne me voyais pas non plus porter une réclame devant Pryam Earl. Moins je vois cet homme et mieux je me porte. Et en parlant d'Earl, j'en avais un à prendre le thé, semblait-il. Bonne ou mauvaise nouvelle ? Aucune idée, peut-être un peu des deux pour l'occasion. C'était souvent un peu des deux, en même temps. Bon, qu'est-ce que j'en faisais moi maintenant ? Je ne pensais pas qu'il allait se montrer aussi tôt… Je donnais congés à mes hommes ? Je le faisais poireauter ? Techniquement puisque monsieur aimait si peu évoluer dans son milieu naturel, je me voyais bien le faire attendre… mais comme tout se sait, et que je n'avais VRAIMENT pas envie d'un tête à tête avec le patriarche de cette famille de malades mentaux, il valait mieux que je m'occupe de lui. Une permission de congés plus tard, nous étions seuls dans la salle et je me tournais vers la station qu'avait occupé Olivia et je pianotais pour lui faire passer l'enregistrement. Moi ? Je restais en retrait, et je me tendais en le voyant lorgner le bouton que la gamine avait utilisé. Ah non, il n'était tout de même pas aussi stupide, hein ? Bizarrement je n'en gageais pas et je n'avais pas envie de vérifier. Earl ou pas, s'il essaye d'y toucher, je l'assomme. Je n'aurai qu'à dire que c'était un cas de sécurité nationale, ce ne sera pas loin de la vérité. L'usage qu'en avait fait Olivia n'avait pas viré au drame mais c'était pur miracle et les miracles en général ça ne se renouvelle pas souvent.

Il se tournait à la place vers moi, me questionnant et je me retins de répondre immédiatement. Cet homme ne se doutait pas du danger d'une question aussi ouverte, malgré moi j'aurai pu discourter de l'univers entier à partir de cette prise à parti. J'attendais un peu plus, en espérant qu'il préciserait ce qu'il voulait dire, ou voulait voir définit. Cette fois, j'avais bien vu, et je me permit même un léger sourire d'auto-dérision.

« Je n'ai pas très envie de vous voir appuyer dessus effectivement. En fait il n'y a aucun moyen d'arrêter le système d'aspiration ou d'y résister, ce qui signifierait que nous serions emportés… ailleurs, immédiatement et sans résistance  »

Je pouvais bien être franc là-dessus après tout, je n'avais pas de raison de le cacher. Et en soi, je n'avais plus à cacher grand-chose, j'avais déjà assez pour me couvrir au besoin. Dans la situation actuelle, je doutais que les Earls se passent d'un de leurs rares alliés sincères…

« C'est un dispositif qui a été fait dans l'optique d'un dernier recourt. Il ne devait pas être utilisé pour autre chose. Je dois avouer que je ne sais pas pourquoi elle a ressentit le besoin de l'utiliser… Certes, face au Réanimateur, il est naturel de nourrir quelques.. disons, inquiétudes… mais de là à prendre un tel risque, il y a un monde  »

Nouvelle interruption, nouveau regard, histoire de m'assurer qu'il n'allait pas encore bouder pour rien et qu'il avait bien perdu l'intention de pousser ce foutu bouton. J'allais lui pousser la tête autrement, vraiment. Je n'aime pas la violence mais je n'avais absolument aucune envie de me faire envoyer je ne savais où… Pour peu qu'on finisse dans le dôme Argus, brrrr…. Je croisais finalement les bras, une posture qui fermait la conversation, je le sais bien, mais c'était plus fort que moi en l'instant.

« Nous avons réussi à retrouver le lieu où ils ont atterrit. Je tiens cependant à spécifier que c'est par pur hasard. Nous aurions également pu chercher pendant des années sans que cela ne donne rien. Disons que la situation ne comporte pas que du négatif  »

Oui bon, je suis optimiste, il faut bien que je le sois parfois. Il y a bien assez à s'angoisser par ailleurs. Si j'étais capable de faire ça tout le temps, je serais sans doute beaucoup plus heureux. Mais je ne suis pas comme cela d'habitude. Lui, évidemment, il ne pouvait pas le savoir. Et ça ne l'intéressait pas beaucoup. Je ne l'en blâme pas, il doit avoir déjà bien assez à faire avec lui-même et sa propre conscience. J'attendis un bref instant, et reprit, tranquillement :

« Ils sont dans le Hall des Ténèbres  »

Et bien voilà, c'était fait. Et lui avait accepté ce que je demandais intrinsèquement. Tout le monde est content ! A part probablement les deux paumés dans leur prison. Normal. Mon sourire s'accrut sans que je le veuille vraiment, mais la question qu'il m'avait posé était tout de même d'une grande naïveté. Lui qui, un peu plus tôt, par pur ego, réfutait la dualité que je lui présentais, bien arrêtée, voilà qu'il l'utilisait lui-même pour me essayer de me crocheter et de m'arracher une réponse faussée. Pour l'exacte même raison, en fin de compte.

« Ni l'un ni l'autre  »

Le contraire, exactement, par jeu peut-être également, il fallait bien, encore une fois, que chacun grappille ce qu'il pouvait.

« Ce n'est point que cela m'effraie, d'appuyer dessus, simplement, cela n'apporterait absolument rien car la localisation d'arrivée change à chaque fois. Tout ce que vous y gagnerez, c'est de nous expédier, avec tout ceux qui entrerons après nous, dans un lieu duquel il nous faudra revenir, en perdant du temps et en risquant d'en mourir. Praticité… Quand à un plan, et bien j'attends vos impressions, croyez-vous pouvoir trouver des informations sur l'accès exact au Hall ?  »

Oui, je parlais de subtiliser quelque chose à Pryam Earl, mais c'était son fils après tout et il avait survécu à sa petite scène pendant la bataille alors j'étais prêt à parier qu'il lui serait aussi possible d'arriver à trouver ce dont on aurait tous les deux besoins pour arriver à nos fins. Moi ? Je doutais parvenir au même résultat brillant, même si je voulais bien essayer. Le Hall, c'était tellement secret défense qu'il n'y avait après tout que le bureau secrétarial et la section de sécurité qui avaient les informations nécessaire à le découvrir. Et hors de question que j'aille voir papa Earl.

« Qu'en dites-vous ?  »

Mer 8 Mar - 19:07
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L'étrange sous la normalité : Enfant cadet du Patriarche Earl, il est un héritage refusé, s'extrayant de la nécrose gangrénée de sa famille.
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Morghann pencha la tête légèrement sur le côté aux premières explications qui lui venaient de la part de Kaveh. L’alchimiste avait l’air de voir cela comme une catastrophe que d’être aspiré et emporté ailleurs mais, pour l’heure, il ne lui indiquait rien de plus que ce qu’ils avaient vu sur les enregistrements et donc rien d’inquiétant. C’était alors précisément dans le but d’être emporter ailleurs et rejoindre Anthony que l’Earl avait eu pour désir d’appuyer sur ce bouton. Le ton grave de son interlocuteur ne lui permettait pas une compréhension meilleure. Quant à connaître les raisons qui avaient poussé Olivia à le presser, ce bouton… Morghann n’en avait absolument aucune idée. Pour être honnête, il avait encore du mal à cerner le danger que Kaveh semblait connaître. Un ailleurs où on était emporté mais qui n’avait ni nom ni consistance pour le Lord. Il se contenta alors de hausser lentement les épaules, visiblement peu touché par cette partie de la conversation. Le Cénacle avait fait un travail de communication d’excellence pour faire passer Anthony pour le pire des fléaux de leur monde. Si effectivement, ce bouton était une porte de sortie de dernier secours… Il semblait au final presque adéquat qu’elle l’ait actionné en présence du Réanimateur. On ne récoltait que ce qu’on semait et Pryam avait sacrément semé. L’ennuyeux dans la situation, c’était probablement que le Patriarche n’en aurait strictement rien à faire qu’une humaine soit perdue il ne savait où, très certainement parce qu’il avait suffisamment de catastrophes à gérer pour l’instant.

Patient, Morghann attendait donc une réponse plus complète. N’était-ce pas ce qu’il lui avait demandé ? Qu’il lui explique ce qu’il en était, de ce bouton, non pas qu’il soupire combien cela était imprudent sans lui donner les motifs de ce raisonnement. Que de babillage pour en arriver à la réponse de sa question. Il parlait bien, Kaveh. Comme nombre des Amasis. Il mettait néanmoins du temps et mentalement, le nécromant se confiait l’idée de ne pas lui poser de questions pour laquelle il nécessitait une réponse immédiate. Du genre : face à un danger imminent. En revanche, il ferait un bon camarade de discussion autour d’un thé. Qu’il ait trouvé une solution par hasard ou qu’il l’ait sincèrement cherché et bafoué les règles… N’importerait qu’à son père. Pour sa part, il s’en moquait. Il trouvait presque amusant qu’on essaie de se justifier devant lui alors que le cadet s’était lui-même opposé à son père ouvertement. Ce qui le fit en revanche moins rire, ce fut la localisation exacte de son frère. Kaveh continuait de lui expliciter la situation… Mais l’anglais s’était arrêté là dans la discussion, se prenant un lourd coup dans les sentiments. Heureusement qu’il était assis, il aurait eu du mal à garder une contenance comme il le faisait là s’il avait du en plus gérer son équilibre et sa station debout. Il y avait bien des prisons horribles fondées par la dictature, parmi elles, le Dôme Argus et celle dont on osait à peine murmurer l’existence : le Hall des Ténèbres. Un instant, ce fut le regard vide qu’il fixa l’égyptien. Des trois fils de Pryam, il n’y en avait pas un pour aller mieux que l’autre. Howard avait perdu ses jambes et gagné des tentacules, Morghann sentait le froid en lui le dévorer et Anthony… Était probablement plus que l’ombre de lui-même à l’heure actuelle. Dans un bien piètre état. Le nécromant se raccrocha aux paroles de Kaveh, s’y efforça, au moins pour en saisir l’essence alors qu’on l’interrogeait et réclamait son avis.

« Le Hall des Ténèbres. » répondit-il sombrement comme si c’était une évidence. Une évidence triste et morose qui frappait jusqu’à en faire trembler les os. « Après quoi courrez-vous, Kaveh… Exactement ? Le souvenir de Miss Grayson ? » Ou se libérer du fardeau de ce sur quoi il était tombé. La question était crue, sans doux enrobage pour apaiser la douleur… Et pour autant, elle était amplement une question qu’il fallait se poser. L’état d’Olivia à l’heure actuelle n’était pas des plus enviables et si Morghann n’avait pas pris des gants, c’était principalement parce qu’il craignait la même chose pour son frère, bien que ce dernier ait probablement une résistance plus élevée. « Si elle vous importe, je vous souhaite de trouver la force de la libérer de ses douleurs. » Et de la tuer, il entendait. Une mort qu’elle ne pouvait trouver où elle se trouvait. Son visage était devenu grave, son regard transperçant de leur noirceur les reflets de l’ambre dorée. Il n’y avait que cela pour ce genre de situation extrême. Morghann, lui, n’aurait assurément pas la force de faire de même pour Anthony et priait en son for intérieur pour que son sang lui épargne les maux qui auront sans nul doute consommé la jeune humaine. Il serra les dents alors que la douleur se logeait dans sa gorge et espérait le triomphe d’un sanglot venimeux. Mais ce ne fut un cri de sa voix mais de ses yeux qui matérialisa une perle salée en chute sur sa joue. Immédiatement, Morghann avait tourné la tête pour ne laisser percevoir que le profil à la joue vierge, déglutissant en silence, la mâchoire raidie par la volonté de résorber sa souffrance.

Il ferma les yeux et inspira, avant d’évacuer lentement ce qu’il pouvait dans un soupir. « Je suis désolé... » fit-il bas, devant son propre comportement. Il avait envie de hurler, frapper chaque endroit de cette pièce en expulsant sa colère et sa peine. Céder à la folie lui épargnerait la souffrance. Cela le soulagerait, autant qu’il aurait, par moment, préféré rester candide et ignorant. Sans nul doute aurait-il était bien plus heureux plutôt que de ce noyer dans la noirceur que son jumeau avait vue bien avant lui. C’était toute l’horreur de la science et de la connaissance. Quel qu’en soit le domaine. Savoir était d’une richesse royale, d’aucun aurait refusé de dire que cela ne faisait grandir l’Homme et posséder une science était à la fois le propre même de l’orgueil et de l’accomplissement personnel. C’était aussi avoir conscience de l’imperfection du monde et la déception qui en découlait orientait droit vers des pathologies psychologiques. Il avait tellement envie de sortir de ses gonds, cracher au visage du monde tout ce qu’il leur reprochait tous… Mais de mal, il ne leur voulait aucun. Même le pire d’entre eux, même ceux qui conspiraient à son assassinat. Il avait beaucoup leur tenir rancœur et les détester, il ne faisait que pardonner et adorer sans parvenir à les condamner. Son visage à nouveau sec de larme s’orienta à nouveau vers l’égyptien. « Je ferai ce qu’il faut. » fit-il gravement. Si ce n’était lui, qui d’autre ? Kaveh n’était pas venu le voir lui pour rien. C’était un choix mûrement réfléchi et Morghann ne pouvait que féliciter son intellect, même s’il n’en appréciait les conséquences. Aller se frotter à nouveau à son père ne s’annonçait pas comme une joyeuseté en général, malgré les quelques morceaux brisés recollés, rebrisés et maigrement rafistolés.

« Quoique nous ayons à faire toutefois… Sortir Miss Grayson de là ne se fera pas au prix d’un nouveau sacrifice pour l’Envers. Le Hall des Ténèbres est réputé pour n’avoir vu que des êtres s’y prendre au piège sans jamais pouvoir le quitter. Depuis des siècles, des millénaires. Qui sait vraiment quelle conscience délitée sommeille là dedans et pourrait sortir dans un même temps si nous parvenions à cela. L’Envers est bien assez meurtri. » L’Envers dans sa globalité, pas ses institutions, mais bien les êtres qui le composaient. « Et… Indépendamment de ce qui a pu y être jeté par le passé… Il y a aussi ce qu’il a pu être jeté avec mon frère et Miss Grayson. » Il marqua une pause, le temps de rassembler ce qu’il pouvait dire à Kaveh et ne pouvait pas lui dire. « Malgré la puissance du sang des miens, aucun d’entre nous n’est capable de manipuler, de soulever le Nexus de Last End et de l’user avec une telle intensité. Anthony était... » Il fronça les sourcils, secouant vivement la tête de gauche à droite sans avoir vraiment d’idée précise sur la chose : « Possédé ? » Il n’avait rien trouvé de mieux pour décrire ce qu’il avait vu, entendu, senti avant l’instant fatidique. « Si ça a été placé dans le Hall des Ténèbres avec lui… J’aimerais tout autant que ça y reste. » Ils mettaient les deux pieds dans le plat et risquaient des fortement de déclencher la prochaine catastrophe. Le soucis, c’était que pour résoudre l’actuelle, il ne voyait pas mieux que son propre frère pour l’aiguiller sur la nature même de ce qui avait lancé Fimbulvetr. Du moins, l’espérait-il.

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Dim 19 Mar - 19:41
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Le hall des ténèbres, oui, c'était bien ce que j'avais dit ? Il n'allait quand même pas tomber en état de choc à cause de ça, si ? Bon sang, il fallait faire quelque chose, pas resté planté là à ressasser l'horreur du lieu ! Oui, bon, j'avais tardé à faire quelque chose moi aussi, effectivement, je l'admettais sans guère de soucis, mais au final j'avais réagi et à temps en plus ! Est-ce qu'il disposait de moins de temps que moi pour le luxe de digérer et traduire ce que je lui flanquais entre les pattes ? Certainement, mais le monde n'avait rien de juste après tout, et puisqu'il était le dernier maillon de cette chaîne-là, c'était lui qui trinquait. Il fallait qu'il sorte de ce soudain marasme enfin, avant que… Quoi ? Ce fut mon tour de m'arrêter et de le regarder en tâchant de contenir la surprise, et même l’effarement, que la soudaine agression ne pu qu'inciter en moi. Pendant quelques instants, peut-être une minute entière, je restais à l'observer sans réagir davantage, peinant soudain moi aussi à avaler ce qu'on l'infligeait. Puis soudainement, mon cerveau sembla procéder à la traduction de ces mots décochés avec une virulence que le ton de l'autre n'avait pas traduit, frappant d'autant plus quand ils atteignaient leur cible. Moi, présentement. Et avec la traduction et l'appréhension, vint la colère, sourde et tremblante de cette même surprise ahurie qui ne m'avait pas un instant quitté, mais qui se trouvait maintenant souligné d'un froid interne profond. Instinctivement, mes poings se serrèrent, et pendant une fraction de second, sans pouvoir me contrôlé, j'eus très envie de lui en coller une, quand bien même la cruauté de ses mots n'était au final que de statuer la vérité… ou peut-être à cause de ça ?

Je serrais les dents, décrispant très lentement les doigts, pour ne pas paraître aussi agressif même si cette envie animale me rongeait de l'intérieur sur le moment. Déglutir fut difficile, ma gorge était serrée, et le geste me fit mal, mais je me contentais de continuer à clore les mâchoires et à l'observer. Je ne voulais pas croire que le Hall l'aurait déjà vidé, et pourtant la part purement objective de mon esprit, noyée jusque là sous l'angoisse et l'inquiétude, me traitait d'imbécile pour avoir cet optimisme… Et d'ailleurs, même si elle n'était pas totalement vidée d'elle-même, l'expérience était assez traumatisante pour la scarifier à vie. Mon souffle me semblait lourd et tremblant, et pendant quelques instants, je restais à le contrôler, devant volontairement le provoquer. Le silence continuait de courir entre nous mais je n'avais que faire de le briser, essayant avant tout de respecter mon statut social… et probablement l'intégrité de mon interlocuteur également. Raide néanmoins, je ne pouvais pas vraiment cacher ma désapprobation, et bien difficilement l'éclaire de haine qui m'avait traversé. Il fallut le voir pleurer pour que je me détende légèrement et comprenne que derrière les mots crus et brutalement assénés, il y avait sa propre douleur...J'inspirais profondément aux excuses, et hochait la tête, toujours avec raideur. Je voulais bien comprendre, mais m'empêcher de le détester pour son attitude serait tout de même très difficile. Je dû d'ailleurs me faire violence pour desserrer enfin les dents et répondre avec le minimum de courtoisie que l'on attendait d'un homme de mon rang : « Je comprend  » Sans succès, de toute évidence. On eut dit que je grinçais des dents.

Ce fut sans doute ça qui brisa la glace, en un sens, cette espèce de scène étrange où je faillis le frapper… Avec un lourd soupire, je me tassais légèrement sur moi-même, et je me passais une main sur le visage avant de glisser, beaucoup plus doucement et avec un certain regret, sans oublier l'amertume sous-jacente : « Vous vivez dans un triste monde Morghann  » Qu'il comprenne ou pas n'avait pas d'importance. Je l'avais vu pleurer, il pouvait bien constater mon cynisme. On était à égalité et je n'avais vraiment pas la force de me comporter autrement. Pourtant il allait bien finir qu'on repasse nos masques, une fois les portes réouvertes… Les autres ne pouvaient pas nous voir ainsi. Je m'inquiétais d'ailleurs un peu de le voir aussi amorphe. Il allait réussit à se remettre ? Ou alors je pouvais le laisser là avec une excuse pour quelques heures, ou l'assommer et le planquer dans une armoire. Je n'étais pas capable de le soutenir moi-même, mon propre poids me suffisant amplement, je ne suis simplement pas assez fort. Le voir parler de nouveau m'arracha un nouveau soupire, un peu plus léger, et je l'observais avec lassitude. Il ferait ce qu'il fallait… « En évitant de vexer votre père au passage si ça ne vous gêne pas trop...  » Surtout s'il le prenait par le même bout que lui à l'instant. « Trouver le hall oui, mais je n'ai pas envie que ce soit parce qu'il nous aura condamné à y pourrir » Je voulais essayer de faire un peu d'humour, mais peine perdue, je semblais revenir d'outre-tombe…

Je me demandais déjà ce qu'il allait me rétorquer quand il me surpris une nouvelle fois. Grave, je restais à réfléchir plusieurs longues minutes sans rien dire, observant de nouveau la vidéo. « Personne n'est capable de soulever un Nexus… ni un sorcier, ni une créature… Horus m'en soi témoin, même pas un Ancien de l'Ailleurs  » Morghann avait raison, il fallait bien que je le reconnaisse. Je n'avais pas plus envie de voir cette chose sortir du Hall si elle s'y trouvait. La prison avait au moins ça de bon. Le problème, c'était qu'on ne savait absolument pas si la chose était là-bas ou non. Et je ne suis pas certain qu'il soit possible de le savoir, en fait. Problématique tout de même, mais déjà plus dans mes cordes… alors que papa Earl ? Non vraiment pas. « Je ne sais pas ce dont il s'agit et je ne suis pas certain d'avoir très envie de le savoir… mais je pense que, pendant que vous vous chargez de vous savez quoi, moi je peux chercher un moyen de vérifier avant de faire sortir quoi que ce soit de ce trou ce qui peut s'y trouver… ça c'est dans mes cordes. Donnons nous une journée… On ne peut pas attendre trop longtemps de toute façon...  » Non, sinon, Olivia serait vraiment perdue. « Demain, ici ? Ce n'est pas comme si on vous interdisait l'accès où que ce soit...  » Je réussi à produire l'ombre d'un sourire, puis j'arrêtais la vidéo et je me redressais. Il était temps d'y retourner...

Une fois seul, je restais un moment à contempler l'espace, soucieux et pensif. Et s'il y avait moyen de contrer les effets du Hall… ? Si… s'il inventait un moyen de le faire ? Si l'âme n'était pas atteinte, cela devait bien se trouver. Inspirant profondément, je quittais les lieux à mon tour. Le lendemain, je le guettais plus que de raison, nerveux, mais le cachant assez bien, au moins à mes subordonnés. Je n'avais pas dormis, penché sur mes travaux, me plongeant en eux pour trouver une solution aux problèmes que nous avions sur les bras. Je renvoyais les autres et restais finalement seul avec lui, l'observant en tâchant de ne pas le brusquer. Mais pour autant, je ne pouvais guère manquer d'entrer dans le vif du sujet, il aurait été stupide et déplacé de continuer à entretenir les babillages habituels de courtoisie…. « Je pense pouvoir certifier ce qui se trouve de dangereux avec votre frère… mais je ne pourrais le faire qu'en étant devant la porte du Hall, ce qui signifie qu'il faudra se déplacer jusque là-bas  » Cela signifiait aussi qu'on allait probablement devoir se faire tout le Siège jusque là-bas, mais on avait jamais rien sans rien… « Et de votre côté ? Avez-vous quelque chose ?  »

Sam 25 Mar - 15:51
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Non, il ne pouvait pas comprendre. Personne ne pouvait savoir ce qu’était sa place au sein des Earls. Si tant était qu’il en avait seulement une. Il ne pouvait pas savoir ce que c’était d’avoir un père cruel à la tête de l’Envers, un jumeau étendu sur un lit constamment entre la vie et la mort, et un grand frère perdu quelque part dans le Hall des Ténèbres à se vider de lui-même. Il ne pouvait qu’ignorer ce qui se tapissait sous les rideaux du lugubre château familial, les mensonges destructeurs qui cachaient des cadavres sous les lits et intestins en décoration de plafond. Il n’avait pas vu le sang en guise de dorure, ni le marbre mortuaire de leurs murs, pas plus que les murmures d’outre-tombe qui faisaient exploser sa tête d’enfant. Il n’avait pas vu les démons qui rôdaient autour deux, quand vient le profit, ni l’Ailleurs qui les accaparait dès que se profilait la faiblesse. Il n’avait fait que sentir le froid de l’Hiver autour de lui, Morghann l’avait en son cœur, en son âme et le froid venait de lui. Comme il pouvait être tendu ! Comme il sentait l’envie qui prenait l’autre de gronder dans son souffle retenu, martyrisé ! Il pouvait bien s’énerver, il pouvait bien être amère, il ne le serait jamais autant que lui. Il n’avait pas connu la désillusion, il avait grandi dedans. Et il ne tombait pas aussi bas que lui. Une part de lui aurait voulu que Kaveh le frappe, qu’il aille au bout de sa colère. Il espérait en vain lui avoir fait assez mal pour le mériter, pour le provoquer. Mais l’autre était assez plein de sang-froid et de garde-fous pour finir ainsi. Morghann laissa ses épaules retomber dans un soupir.

Le nécromant eut un sourire en coin, amusé, lorsque Kaveh évoqua de ne pas vexer son père. Il avait déjà fait pire mais il était vrai que pour cette fois… Un peu de subtilité serait probablement plus efficace. Surtout s’il voulait agir vite. Le temps qu’il parvienne à convaincre son père… Et s’il y parvenait, Olivia et Anthony auraient largement le temps de dépérir sans jamais trouver le trépas. Ce n’était certainement pas des miettes que Morghann voulait retrouver. Il serrait les dents à cette amère idée qui pourtant prenait une ampleur dévastatrice. Parler à l’alchimiste de ses hypothèses se révéla plus fructueux qu’il ne le pensait. Probablement était-ce là le parti de la raison que de partager les informations dans le marasme où il se trouvait. Intrigué, l’Earl observa l’effervescence naître dans l’esprit inventif et créatif de l’alchimiste, laissant même un fin sourire naître sur ses lèvres en le voyant évoluer. Il quitta coéquipier de bêtise, comme un enfant qui promet à son camarade de le retrouver le lendemain dans la cour de récréation. L’accès au bureau de son père fut plus aisé qu’il ne le pensait. Faisant montre de discrétion ou d’autorité lorsque cela s’avérait nécessaire. Dossier après dossier, il en avait des frisson dans le dos et parfois les mains moites. Il ne lisait pas l’intégrité, principalement les titre, pour trouver ce qu’il recherchait promptement, replaçant tout à sa place dans une rigueur marquée. Il pâlit à sa découverte sur le Hall des Ténèbres, engrangeant dans sa mémoire un maximum d’informations.

Se présentant devant Kaveh le lendemain, il avait la nausée et le visage bien pâle. Lorsque Kaveh lui sauta dessus avec mille et une question, Morghann se contenta d’un silence et d’une chaise où il posa ses fesses pour calmer ce monde qui tanguait autour de lui. Il poussa un soupir. « Vous allez donc être heureux d’apprendre que nous n’avons qu’à rester ici. » Et qu’ils n’avait pas à se déplacer. Il se massa l’arrête du nez, visiblement, il avait très mal dormi. Ça n’était pourtant pas faute d’avoir reposé auprès de son jumeau adoré. Son regard s’orienta sur le téléporteur présent dans le bureau de son associé. Il avait été tenté, plus d’une fois cette nuit, de se poster devant un téléporteur et de tendre la main au travers pour essayer de récupérer son frère, le sortir de là coûte que coûte. La raison lui avait suggérer d’attendre ce matin. Ses prunelles d’obsidienne se fixa sur l’ambre de son interlocuteur, serrant les mâchoires l’une sur l’autre. Il appréhendait l’état dans lequel il retrouverait Anthony. Il appréhendait que de le voir anéantit le fasse choir dans la folie. Il y avait tant de catastrophes autour d’eux et Morghann avait tant supporté au demeurant. Il déglutit. « Fermez les portes. » demanda-t-il en se relevant et en approchant le téléporteur présent ici, appuyant sa dextre sur l’armature. Il attendit que tout soit bien verrouillé pour fermer les yeux et tâcher de se calmer. Il avait les coordonnées. Il les avait trouvé. Il appelait l’endroit de toutes ses forces, payant le prix en magie que cela coûterait. Il avait lu suffisamment pour retrouver le Hall des Ténèbres. Il savait les pièges, les sécurités. Il savait les verrous qu’il devait faire sauter pour que dans l’ouverture du téléporteur se forme un fin voile de lumière devant l’obscurité incarné, le vide éthéré, les Ténèbres d’un Hall, que de tout son cœur, il haïssait. Il lâcha l’armature devant ce qu’il avait appelé, reculant pour ne pas être happé à l’intérieur. « On y est... » souffla-t-il sans savoir si c’était pour lui-même ou pour Kaveh.

Un frisson lui parcourut l’échine et une sueur froide coulait le long de son dos. Il n’osait pas bouger, comme s’il était devant un monstre qui dormait et donc le moindre bruit, le moindre mouvent lui ferait perdre sa furtivité. « Anthony ? » appela-t-il, les yeux rivés sur l’obscurité même présente dans ses propres yeux. Sa voix était un murmure, espérait-il seulement que son frère l’ait entendu ?

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Dim 2 Avr - 21:23
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Comment cela, il suffisait de rester ici ? Qu'est-ce qu'il m'avait inventé encore, l'Earl… Non, il n'avait tout de même pas encore en tête l'idée d'appuyer sur ce fichu bouton tout de même ? Fallait-il que je me serve de dessin comme avec les enfants pour qu'il comprenne qu'il était excessivement dangereux de se lancer dans une telle folie ? Non, ah non, de toute évidence, fausse alerte, et mea culpa de ma part, Morghann Earl n'avait pas conservé l'idée d'appuyer sur le bouton en question, bien parfait. Mais je veux bien savoir exactement ce qu'il a en tête, parce que là, c'est de perplexité que je joue. « Consentirez-vous à développer ?  » Je me retins d'ajouter 'ou est-ce que je dois développer des dons de devin en plus de jouer les intrigants' ça n'aurait pas servit à grand-chose à par me permettre d'extérioriser par le sarcasme la tension et le souci qui m'habitaient toujours et ne me lâchaient pas un instant. Mais nous avions dépassé ce stade, au moins pour le moment, je ne pouvais présager de la suite, n'étant pas, dans les faits, devin, comme je comptais le railler. Et il me fallait savoir exactement de quoi il en retournait, et pourquoi l'autre avait-il l'air si mal en point. En voyant son regard qui déviait vers le téléporteur, je haussais un sourcil et mon regard se fit volontairement plus insistant, plus inquisiteur, et aussi plus perplexe. Je l'étais réellement, en l'instant, perplexe… Quoi, il avait le mal des transports ?

D'un geste, je fermais les portes, sans me détourner du nécromant que je ne suivais pas encore tout à fait. Il voulait faire ça au travers d'un téléporteur ? Qu'avait-il trouvé exactement ? Le code d'accès prioritaire de son père ? C'était un peu comme être allé chercher l'un de ses slips là tout de même. De la même façon qu'un slip, il allait forcément s'en rendre compte, qu'on avait utilisé le code en question. « Morghann, ça vous ennuierait de m'expliquer un peu ? Je sais que l'affaire est grave, mais en vous voyant comme ça j'ai davantage envie de vous prescrire une semaine de repos à l'infirmerie qu'une vision de l'enfer sur terre…  » Enfin façon de parler, ce n'était pas l'enfer, en un sens c'était bien pire encore. Et nous n'étions pas sur terre. Mais l'image était là et elle parlait bien, en soi, pour notre imagination à nous, humains. L'autre ne m'écoutait pas le moins du monde, et en sentant les liens magiques qui pompaient en lui, je compris aisément qu'il appelait déjà le lieu que nous cherchions. Une fois de plus, je ravalais une remarque déplaisante, cette fois parce qu'elle n'aurait servie à rien, vu qu'il ne semblait pas m'entendre, ou qu'il m'ignorait royalement. Avec doigté, et sans le lui dire, je rassemblais ma magie autours de nous, prêt à préserver ce que nous étions car c'était là quelque chose qui tombait dans mon domaine.

Étais-je de taille, contre la puissance du Hall ? Non, certainement pas, personne ne l'était, c'était pour cela qu'il était si craint. Une menace efficace même au sein du Concordat. Personne ne voulait être coincé ici. Mais au moins, je pouvais supporter la pression de cette antichambre du vide le temps de fuir, du moins était-ce ce que j'espère de tout mon cœur. Autrement, nous étions bons. Au moins, je n'aurai pas à craindre Pryam Earl dans un cas aussi extrême… Face à nous le portail se stabilisait, même si les bords de l'ouverture tressautait par instants. En un sens, j'avais un peu peur de ne pouvoir rien passer au travers dans un sens comme dans l'autre. Les conséquences de l'explosion magique du Nexus avait laissé des traces que nous découvrions petit à petit. Peut-être aurais-je dû penser à ça avant tout… Mais il ne m'en avait pas donné le temps, en même temps ! Je fis deux pas en avant, mes yeux d'or scrutant l'intérieur sombre, au travers de cette fine pellicule de lumière, ne pouvant m'empêcher d'être admiratif devant l'immense travail accompli par les architectes qui avaient bâtit tous ces mécanismes. C'était de la merveilleuse magie, telle que je ne pourrais sans doute jamais en accomplir. C'était simplement magnifique. Et terrifiant en l'instant. « Attendez, Earl...  »

Sans vraiment m'en rendre compte, je posais une main sur son épaule. « Mieux vaut vérifier ce qui se trouve là-dedans, avant que nous ne commencions à attirer son attention, ne pensez-vous pas ?  » Je lui jetais un regard entendu. « Vous l'avez dit vous-même, on ne sait pas encore ce qu'il y a là-dedans… Laissez-moi le temps de faire le tour de ce… cette...  » Je renonçais à le décrire. Cette chose était bien trop difficile à décrire quand on se trouvait en sa présence. Je ne pourrai jamais assez l'exprimer et l'expliquer, mais la terre est un monde fait de nuance de gris, de 'oui mais' et de biais, rien n'est véritablement bon ou mauvais, pas même ce qui le semble à première vue. Même les idéaux que l'on défend, et les figures qui incarnent des concepts entiers ne sont au final pas absolus. C'est exactement pour cela que ce lieu, qui se devinait devant nous, était si dérangeant… Il était l'incarnation d'un absolu, il donnait corps à des idées et des concepts totalement impalpables, parfois même à la limite de notre compréhension, et exigeait littéralement, par sa simple existence, une prise de position tout aussi absolue. Le Hall, je le sentais, n'admettait pas la nuance, elle n'avait pas sa place en lui. Je ne saurais exprimer exactement ce qu'il m'inspirait avec exactitude, le degré de chaque sentiment lié… mais la terreur en était une large part, ça c'était certain.

Tentant de faire fi de cette sensation qui me coulait désagréablement le long du dos… ou était-ce la sueur froide qu'elle invoquait ?… je me mis à l'ouvrage, pour essayer de mieux appréhender ce qui se trouvait là dedans. Immédiatement, dès que mes sens étirés touchèrent les premières 'formes' à défaut d'un mot adéquat pour les décrire, je frissonnais et avalait précipitamment mon souffle. « A-ah…  » Impossible de clore l'ébauche de gémissement, tandis que mes épaules se crispaient. Rassemblant ce que j'avais de courage, je déglutit et poursuivit ce que j'avais commencé, mais je compris rapidement que ce serait trop compliqué… et trop violent, tout simplement trop exigeant. Après moins d'une minute, je rompis le contact avec la dimension et je reculais, contournant précipitamment mon bureau, pour me laisser m'affaler dans le fauteuil, les jambes en coton. Un moment, je restais sans parler, aveugle à mon tour au monde qui m'entourait, les yeux dissimulés par mes mains, alors que j'étais pris d'un violent spasme. J'avais l'impression d'avoir perdu le contrôle de mon corps et de mes nerfs. « Je ne peux pas...  » L'idée même d'approcher de nouveau de l'ouverture me révulsait, et quand je relevais enfin le visage, mes yeux étaient rendus vitreux par les larmes.

Toucher cette chose de mon esprit et de mes sens revenait plus ou moins à plonger la main dans un cadavre mal momifié… Le Hall était l'antithèse de tellement de principes terrestres que… que quoi exactement ? J'avais l'impression d'être un gosse au désespoir devant une montagne à gravir. Ravalant de justesse un sanglot, je me courbais de nouveau sur moi-même. « Merde, je peux pas, je suis désolé Morghann, je...  » Quoi ? Rien n'avait d'importance, en cet instant, à par cette sensation physique de rejet. Inspirant difficilement, je sentis ma main se contracter et l'instant suivant, je fermais le téléporteur, refusant de me trouver en présence du Hall plus longtemps. Tout mon courage s'était envolé, toute ma détermination aussi. Il ne fallait pas approcher de cette chose, finalement le nécromant avait raison… ils étaient disparus, détruits tous les deux et tant pis. Pourquoi devait-on tous deux subir un sort similaire ? « Cette chose est...  » En d'autres circonstances, j'aurai sans doute été honteux de la façon dont ma voix s'élevait, brisée par un sanglot, frêle comme celle d'un gosse. Finalement, après plusieurs minutes, je commençais enfin à me calmer, tressaillant toujours de temps en temps, et incapable de me relever. Si j'essayais, je tomberai j'en étais certain…

« Ce qu'il y a là-bas est...  » Je voulais essayer, vraiment, de bonne foi, de m'expliquer. Mais comment lui faire comprendre ? Il devait être moins sensible, puisqu'il vivait si proche des portes de la mort, alors que j'en étais fondamentalement le plus éloigné… Moi, je créais, je ne préservais pas les choses mortes. Secouant la tête, je me passais une main sur la nuque, tentant de me reprendre. « Il y a… une bouteille d'ambroisie dans le meuble de gauche, vous pouvez l'apporter ? J'ai vraiment besoin de me sentir vivre, là tout de suite...  »


Lun 17 Avr - 10:39
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Le nécromancien sursauta lorsqu’il sentit une main se poser sur son épaule. Il réalisait que jusqu’alors, plus rien n’avait eu d’existence autour de lui, pas même les tentatives manquées de l’alchimiste d’engager le dialogue avec lui. Morghann était obnubilé, fragilisé, encore bien trop secoué et il tremblait comme une feuille, imperceptiblement à l’œil nu. Mais la main de Kaveh devait bien l’avoir senti. Car oui, c’était bien la main de l’Amasis, Morghann avait détourné, enfin le regard pour sentir ce qui pouvait bien venir le toucher. Il acquiesça d’un signe de tête, bref et sec. Lui-même savait ce qui se trouvait là dedans, l’indicible. Il avait déjà caressé les étoiles et il savait combien cela représentait un danger pour lui-même ainsi que pour ceux qui l’entouraient. Il reculait, s’écartait, scellant ses lèvres dans le silence sans chercher, un instant, à lui refuser ce qu’il voulait tenter mais des prunelles, aussi noires que l’encre de Chine, ne purent s’empêcher, à nouveau, de mirer l’immensité du Hall des Ténèbres.

Dans son acquisition de la magie nécromancienne, quelque chose s’était cassé au sein de son humanité. Les exorcistes auraient pu parler de corruption, une perversion de son âme qui lui avait permis de regarder la Mort en face. Il avait franchi un pas, dans la conscience spirituelle de certains concepts et pendant longtemps, il n’avait pas réussi à s’émouvoir aux larmes des maux de l’humanité tant il l’avait dépassé pour quelque chose de plus éthéré. Mais le Hall des Ténèbres l’effrayait tout de même et dans un même temps, ne le touchait pas un instant. Il se sentait comme assis entre deux chaises, incapable de reculer de peur comme il sentait que l’alchimiste le faisait à ses côtés et tout aussi incapable d’avancer. La promesse qu’il avait faite à Howard de ne pas approcher l’absolu de l’Ailleurs le retenait plus fermement qu’il ne l’avait pensé, comme un serment inviolable gravé dans sa chair, dans chaque parcelle de son être tourmenté. Mais il n’avait d’inviolable que sa loyauté et sa ferme volonté. Il s’épatait lui-même de cette laisse qu’il acceptait et il tenait lui-même en l’absence de son maître, en arrière.

La Hall disparut de sous ses mires, il cligna des yeux, lentement, quelques secondes, reprenant le fil de la réalité. Il entendait, de façon distordue par rapport au temps, les palabres que son camarade avait tenu à ses côtés. Le son déformé était désagréable, jusqu’à devenir réel, plus net. Son regard puis son corps se tournait vers là où Kaveh s’était échappé. Morghann reprenait ses marques, petit à petit, conscient d’avoir était absorbé, hypnotisé par la création horrible du Cénacle. Il savait aussi que sa dernière chance de récupérer Anthony venait de lui filer entre les doigts. Il ne connaissait qu’une seule personne de confiance capable de songer les Ténèbres… Mais Howard n’était pas en état et il n’était pas bien certain de vouloir le remettre en danger. S’il avait à choisir entre Howard et Anthony, la décision était depuis longtemps tranchée et hélas, pas en faveur de celui qui demeurerait enfermé. Il n’avait, dès lors, pas la moindre idée de la façon dont il allait pouvoir résoudre ce cauchemar. Un parmi tant d’autres. Mais pour l’heure… Il avait un Amasis dans un sale état. « Je sais. » souffla-t-il faiblement, avant de reprendre, plus ferme : « Je sais ce que c’est, Kaveh. Vous n’êtes pas obligé de chercher à mettre un nom dessus, vous vous épuiseriez en vain. »

Morghann se dirigea vers le meuble en question, saisissant la bouteille aussi que d’un verre qu’il posa sur le bureau avant de le remplir. Une fois. Deux fois. Trois fois. Entre deux verres, il le jaugeait, comme un médecin avec son patient, calculant combien de verres sa corpulence pourrait encaisser avant le coma. Il comptait bien l’arrêter avant, mais étrangement, à chaque verre, Kaveh lui donnait la sensation qu’il pouvait aisément en prendre quelques autres encore. La réputation de ces oiseaux de nuit n’était donc pas tant un mythe. « Est-ce que vous avez eu le temps de voir autre chose que le Hall ? » finit-il par demander, prenant le service du nouveau verre en otage, la bouteille près de lui, son goulot loin de ce verre à nouveau désespérément vide. Il finit par s’asseoir sur le rebord du bureau et bon prince, le servait à nouveau, ne voulant pas non plus que la silhouette imposante de l’égyptien lui saute à la gorge pour un verre d’alcool. Ça serait quand même malheureux de mourir comme ça. « J’espère que vous avez une deuxième bouteille, car je n’ai pas de harem à vous proposez pour vous détendre. » railla-t-il un peu pour détourner l’attention de son esprit, le défaire de sa tension par la plaisanterie. Et puis, il comptait sur son image d’Earl qu’il venait de briser en mille éclats pour le sortir de sa torpeur. Au fond, combien de sa lignée auraient pu sortir une telle phrase avec autant de sérieux ?

Penchant la tête sur le côté pour l’observer, il tâchait de ravaler sa propre déception et sa douleur. Il ne pourrait pas faire son deuil. Tant qu’Anthony serait là-dedans, il n’aurait jamais de répit, il le savait. L’espoir le tarauderait, autant que des couteaux plantés dans sa chair, l’obligeant à regarder toujours en arrière pour voir ce qu’il avait délaissé, oublié en chemin. Il remplit à nouveau le verre du sorcier lâchant la bouteille vite dans la corbeille en papier. Le service de ménage pourrait alimenter des cancans. Retournant vers le meuble, il fut satisfait d’en trouver une deuxième. Il regarda la bouteille, puis l’Amasis, puis la bouteille, puis à nouveau l’Amasis. Bon certes, ces bouteilles étaient aussi petites que le liquide était précieux mais tout de même… Un demi-litre, ça faisait déjà beaucoup. Il ne manquerait plus que l’autre se mette à raconter des blagues devant le Secrétaire du Cénacle en sortant de ce bureau… Et qu’on vienne à savoir que c’était le nécromant qu’il l’avait torché de la sorte. Un pincement de culpabilité et il prenait un verre à son tour. Il reprit sa place sur le rebord du bureau et servit les deux.

Il vida le sien cul sec, claqua le récipient vide sur la table en fermant les yeux très fort. « Ah bordel ! » Ça brûlait, ses yeux lui piquaient. Il avait nettement moins l’habitude. Il rouvrit les yeux, le mirant entre des larmes naissantes. « A vous regarder faire, ça m’avait parut pas plus fort qu’une pinte de bière. »

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Ven 16 Juin - 23:31
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Il savait ? Comment ça il savait ? Mais honnêtement, je n'avais simplement ni le courage ni l'envie de l'interroger à ce sujet. J'étais bien trop secoué pour chercher à philosopher pour le moment, et au vu des tremblements qui parcouraient toujours mon corps, de la glace que le simple fait d'y songer plantait dans mon esprit je savais que je n'aurai sans doute jamais vraiment envie de revenir sur le sujet. Je ne suis pas un homme bon, et je ne suis certainement pas un homme digne et droit, mais je ne suis pas un nihiliste pour autant et je doute sincèrement que quiconque puisse prétendre à cette école de pensée après avoir été confronté à ce que le vide devait être dans sa forme la plus totale. Rien que l'évoquer me saisit encore les tripes. J'ai réellement besoin d'un verre, et de toute urgence. Pour autant, cela ne m'a pas empêché de lui dédier un vague mouvement de la main et des épaules, maussade et impuissant, pour montrer le fond de ma pensée au sujet de ce lieu insupportable et ce qu'il m'évoquait. Laissant Morghann sortir l'une de mes bouteilles, je me suis détourné un instant, en tâchant de me recomposer un peu, même si c'était vraiment très difficile de faire bonne figure pour le moment. Ce n'était même pas tant pour le paraître à l'égard de mon invité, il était un peu tard pour s'occuper de ça et ça me passait bien au-dessus du chef. C'était davantage pour moi, même si je ne cherchais pas non plus à comprendre pourquoi j'avais besoin de faire ça.

L'arrivée du verre me fit soupirer et je me tournais de nouveau dans la direction de mon barman attitré, observant le verre se remplir rapidement. Ma main l'attrapa, le vida d'un trait, une fois, deux fois, trois fois… Un arrêt dans le service se fit soudain sentir et je lui décochais un regard dubitatif, ne comprenant pas pourquoi il ne versait pas immédiatement le suivant. Qui vint cependant à venir fort heureusement. La brûlure de l'alcool et la richesse du cru me détendait lentement, m'emplissant de chaleur et éloignant pour un temps la peur que le Hall m'avait inspiré, cette espace d'horrible sensation sur laquelle je ne savais pas mettre de nom mais que je voulais absolument voir disparaître même si pour ça je devais finir complètement ivre et fauché pendant trois ans. Lentement, je me sentais aller un peu mieux, ce qui ne m'empêcha pas de lui lancer un regard qui devait tenir du chien battu lorsqu'il essaya de remettre le sujet sur le tapis… Non, sincèrement, est-ce que je n'étais pas assez puni pour le moment ? Mon verre ! Apparemment, cet Earl-là connaissait la pitié, vu qu'il me rendit mon précieux compagnon, que je sifflais immédiatement, presque par superstition, pensant qu'il allait peut-être tenter de me l'enlever de nouveau histoire de me torturer un peu plus. Et bien il n'en aurait pas l'occasion !

« Oh… je suis pas sûr d'avoir envie d'une femme pour le moment, ou d'un homme.. ou d'une chèvre… enfin bref » Je ne savais plus bien ce que j'étais entrain de raconter, en fait, ça sortait tout seul, ma langue certainement grandement aidée par la bouteille que je venais de m'enfiler tout seul. Vaguement, j'indiquais la seconde bouteille, tout à fait prêt à me la descendre aussi. Me redressant, je louchais légèrement, encore assez alerte pour bouger mais légèrement éméché… Je l'observais servir deux verres au lieu d'un et me demandait un instant pourquoi j'aurai eu besoin de deux verres, avant de le voir lever l'un d'eux à ses lèvres. Dire que mon cerveau faisait un blanc était loin de la vérité, mais pouvait-on vraiment m'en vouloir ? Puis, finalement, je clignais des yeux et attrapait mon propre verre, le rapprochant de moi sans quitter l'autre des yeux, ne réagissant pas immédiatement en le voyant tousser et s’étouffer. Ben alors ? Il n'était pas habitué à boire ? « Ce n'est pas si fort... » Je ne comprenais pas ce qui lui arrivait, mais je me penchais lourdement et lui tapotait l'épaule en signe de soutient, avant d'avaler mon propre verre et de lui voler la bouteille, la descendant au goulot comme s'il s'agissait de simple vodka.

Une seule fine goutte s'échappa pour couler sur mon menton, puis le long de ma gorge, sans que cela m'empêche d'achever le récipient et de reposer la bouteille vide sur la table. Cette fois, la chaleur me brûlait et invoquait une barre sur mon front, tout tournait et s'étiolait autours de moi. Un sourire un peu idiot me collait aux lèvres, mais j'allais beaucoup mieux, cet état fiévreux je le connaissais mieux que celui, froid, de la peur profonde… Pouffant de rire, je posais le front sur la table, ne notant que distraitement la porte qui s'ouvrait. Vaguement, l'aura me fit savoir qu'en temps normal, je me serais alarmé de la présence qui se trouvait à présent dans mon bureau, mais à la place, je me forçais lentement à relever la tête et à simplement mirer mon invité avant de sourire à nouveau, puis de ricaner vaguement. « C'est la foire aux Earls... » C'était la seule chose qui me passait par la tête à ce moment précis, le fait que mon bureau était subitement envahit par des Earls. « Je préfère les danseuses du ventre, vous ne m'en voulez pas hein ? »



Sam 1 Juil - 17:42
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L'étrange sous la normalité : Je suis Sécrétaire Général du Cénacle, patriarche de la famille Earl.
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Patriarche Earl
La porte se referma en un bruit sec derrière le Lord, comme si elle-même avait compris qu'il valait mieux ne pas se faire remarquer.
Le patriarche avait suivi la trace de son fils. Les premiers rires derrière cette porte l'avaient inquiétés, les quelques scénarios possibles venant à son imagination n'étant en aucun cas dignes de ce qu'il pouvait attendre de sa progéniture et de ceux qui le servaient. Maintenant, face à eux, le Lord semblait émettre une aura grondante de menaces diverses et variées. Un lourd orage aurait pu le suivre à l'intérieur du bureau sans que la différence ne soit faite. Les lumières n'avaient-elles pas un peu flanché ?

La question de Kaveh flotta dans le vide, avant d'être mise à mort par le silence pesant du Lord. S'attendait-il vraiment à voir Pryam Earl se déhancher devant lui ? Ou lui commander une femme de sa propre famille pour assouvir ses besoins ? Impossible. Il était bien trop occupé à se remémorer la peine encourue pour ceux qui buvaient pendant le service. Habituellement, il n'avait guère à songer à cela, ses unités se tenant à carreau. Il ne pouvait non plus s'en prendre trop sévèrement à un membre du Concordat; c'était là son principal souci. Foutues familles de débauchées. Elles pouvaient remercier leurs philosophales alliances et leurs élixirs miraculeux. Sans eux, le patriarche Earl était prêt à lancer les paris sur la pérennité de leur sang, jurant que quelques décennies suffiraient à les ensevelir sous les comas éthyliques, les maladies sexuellement transmissibles, les drogues trolles...

Les bras du Lord se croisèrent sur son torse. Dire que Morghann avait ce genre de fréquentations... Pryam ne comprenait pas comment cela était possible. Même avec le sang de Victoria. Les Sihvonen buvaient, parfois, certes, mais pas de la même façon que les Amasis. Et ils n'étaient pas si... Pitoyables, une fois le taux d'alcoolémie désiré atteint. Y avait-il vraiment quelque plaisir à la compagnie de cet individu puant l'éthanol et les "blagues" de mauvais goût ? Non. Morghann devait avoir une raison stratégique pour se salir de pareils instants.
Cette pensée trouva un écho douloureux en Pryam. Ses enfants lui avaient prouvé récemment leur aptitude à ne point dépenser leur temps libre en futilités, à davantage l'offrir à la meilleure façon de lui planter leurs opinels dans le dos. Quel était le programme, cette fois-ci ? Un poison, peut-être ? Et l'alcool n'aurait été là que pour faire oublier à l'Amasis la concoction dudit poison ? Le stratagème était dangereux... Mais pas impossible. Ses gamins avaient également prouvé leur capacité à ne pas totalement maitriser leurs plans.

Bruit de verre sur du verre. À l'image d'un chaton, Morghann avait tenté "discrètement" de pousser la bouteille dans la poubelle... Montrant à son géniteur que l'Amasis n'en était pas à ses premiers verres. Un long soupir échappa au Lord. Un soupir que son fils identifierait sans doute facilement: lassitude, mépris mêlé de déception, et surtout, colère sourde, encore retenue.
La tension était désormais palpable. Au moins autour du patriarche: autour de l'Amasis, c'était plus flou. Ils allaient payer pour leurs fautes. Le reste n'était plus qu'une question de méthode. Naturellement, toute parole et tout acte pouvait désormais se retourner contre eux, avec un certain facteur d'amplification lié à l'humeur du Lord. Naturellement, il se tourna vers son fils, se doutant que Kaveh ne lui apporterait aucune explication valable.

"- Trente secondes."

Morghann devait déjà savoir ce que cela voulait dire. Son père explicita néanmoins:

"- Tu as trente secondes pour tout m'expliquer. De façon convaincante."

Concrètement, et si Morghann voulait survivre, il devait offrir davantage: explications, excuses, et monnaie d'échange pour apaiser le Lord. Oh, Kaveh pouvait également tenter sa chance, bien sûr... Ce n'avait été que miséricorde de la part du patriarche de ne pas l'avoir interrogé, mais après tout, qui était-il pour empêcher les gens de s'empaler sur la lame de sa fureur ?

_________________

Sam 1 Juil - 20:20
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Tomber sur un os | Morghann
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