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 "Je touche de mon pied le bord de l'autre monde" [Nora]

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Hébétée, elle redressa en papillonnant des yeux, tâtonnant maladroitement derrière elle à la recherche de l’inconnu objet lui perçant le flanc quelques secondes plus tôt, qu’elle ramena devant elle avec surprise. Une carotte. En piètre état. Cillant plusieurs fois, cherchant à retrouver une vision stable et précise, la biologiste étudia avec étonnement le monticule de légumes sur lequel elle siégeait présentement, glissa son regard sur les parois de bois, inégales et humides, de la charrette qui l’accueillait, dirigea son attention jusqu’aux personnages insolites l’entourant. Sursaut, frisson ; l’appréhension la saisit, l’égarement la figea. Un instant, elle oublia qui elle était, d’où elle venait, ce qu’elle cherchait, l’esprit et le cœur gelé. Puis tout revint soudainement, et serra les doigts en prenant conscience de la chape glaciale l’enveloppant. Exaltation, enchantement, enchantement mais surtout étonnement, incompréhension, confusion. Tout ne devait être qu’un rêve, un mirage inopportun abusant son âme et leurrant sa raison. Une chimère tentatrice, une illusion sinistre. Pourtant son âme lui hurlait que la pestilence des lieux était trop forte, que le froid sur son cou bien assez vigoureux, que les bruissements l’entourant étonnement réalistes. Plus qu’un songe, davantage qu’une fantasque rêverie, au-delà d’un artifice trompeur créé par un caprice de son imagination ; elle était véritablement immergée dans un univers qui n’était pas le sien, dans celui même qu’elle avait cherché tant d’années.
Qu’y faisait-elle ? Quelle main divine l’avait en ce lieu guidée, ne lui laissant pas même le temps d’attraper son manteau, de passer son foulard ? Non, nulle poigne céleste. Elle se concentra, laissant ses pensées se réorganiser doucement, sa mémoire se remodelant calmement. Elle se souvenait être dans son laboratoire, les yeux pétillants par les recherches, celles-là même qui lui avait fait oublier l’heure du repas ; puis ce trouble diffus l’envahissant, cette torsion dans la réalité lui laissant entrevoir… Meyrick Vetrov. Non, tout cela n’avait pas de sens, la stupeur encore embrumait son esprit ; et poutant… par où qu’elle cherche, seul le visage délicat de son employeuse lui apparaissait à cet instant précis de ses souvenirs. La directrice l’avait employée, faisant fi de toutes lois spatio-temporelles reconnues par le monde humain, laissant la jeune femme chuter au centre de l’amoncellement fétide de légumes. Ainsi donc, depuis le premier jour de son travail, dès l’instant même où Eun-Ae avait intégré la loge scientifique, elle avait eu face à elle une créature extraordinaire, sans jamais rien en savoir. Quelle ironie…

Elle sourit doucement, songeant à la malice de sa responsable. Que lui importait, finalement, le sens véritable des évènements. Elle ne pouvait pour l’heure comprendre ces mystères, n’ayant pas les réponses adéquates aux questions la tourmentant. Elle ne pouvait qu’apprécier cet étrange présent que lui avait fait Mademoiselle Vetrov, laissant le temps lui offrir les éclaircissements qu’elle attendait. Elle ne pouvait que s’aventurer dans ce monde inconnu qui l’accueillait, mais il lui fallait pour cela descendre de son charriot branlant.
Posant pied sur les dalles froides et luisantes, l’humaine regarda avec elle précautionneusement, notant le silence désagréable régnant, avisant les regards inquiets et les faces éplorées, remarquant les moues apeurées ou les visages abasourdis. Elle n’était pas la seule perdue, toutefois elle pressentait que chacun d’entre eux en savait sensiblement plus qu’elle sur ce qu’il s’était déroulé. Et leurs craintes avaient une raison dont elle ne savait pour l’instant rien.

Glissant ses doigts glacés sous ses aisselles, Eun-Ae frissonna derechef puis, décidée à sortir de sa léthargie, se hissa sur la pointe des pieds pour chercher ce que lui offrait ce nouvel horizon. Le cœur étreint par une sourde anxiété qui ne pouvait pourtant taire son insatiable curiosité, elle se mit à déambuler sur la place, laissant ses yeux se régaler des formes innommables croisant son chemin, des créatures enchanteresses qu’elle rencontrait, des êtres semblant avoir été craché d’un menaçant cauchemar qu’elle esquivait, de ceux incarnations vives de la majesté elle-même qu’elle frôlait, des improbables hybrides qu’elle esquivait. Elle vibrait d’excitation, enfiévrée par cette magie qui lui ouvrait enfin les portes, oubliant la gravité peuplant les lieux. Si elle avait su, un jour, qu’elle découvrait de la sorte ce nouvel univers ! Un sanglot toutefois, lui fit tourner la tête. Quelles étaient donc ces larmes qui coulaient sans remords ? Quelle peine insoutenable semblait exsuder des corps prostrés ? S’arrêtant un instant, pensive, elle reprit son cheminement avec toujours plus d’interrogations, se décidant finalement à interpeller doucement, presque un chuchotis, une jeune femme et sa petite fille; espérant ne pas susciter ni pleurs ni colère de leur part.

-Pardonnez-moi, madame, mademoiselle, pourriez-vous me dire… où sommes-nous exactement ? Que s’est-il passé ? Pourquoi sommes-nous là ?

Mer 25 Jan - 21:33
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Elle n’avait eu aucune idée de l’ampleur que cette bataille prendrait, elle était restée dans son petit appartement d’artiste à moitié convenable, elle les avait vu débarquer et avait étouffé la haine qu’elle retenait pour eux, avait attrapé sa fille et refusé qu’une autre personne qu’elle ne touche à l’enfant avant de quitter, sans même pouvoir prendre le minimum de bagages avec elle, il n’y avait que le petit sac qui l’accompagnait toujours, avec le strict minimum du quotidien. L’artiste prit une Christina toute froide dans ses bras et la serrait, malgré les frissons qui la prenaient violemment, elle frottait la peau de la petite en voulant cacher ses oreilles, l’empêcher d’entendre les cris, si au moins elle pouvait l’empêcher de voir les gens tomber en tenant sa tête contre sa poitrine. Nora, d’un regard inquiet, pressait le pas en ne sachant pourquoi ce froid ne la tuait pas, elle et sa fille.

Puis comme si elle avait retenu son souffle tout ce temps, lorsque Nora posa la petite, ses propres mains tremblantes, l’artiste entendit les sanglots s’élever et sa voix brisée dans les larmes, son visage se décomposait. Frida s’élança vers elle et s’accroupit pour l’entourer de ses bras, la calmer, mais elle avait froid et elle avait peur, sentant la nervosité de sa propre mère. Elle leva la tête, entendant une voix féminine, beaucoup plus calme, elle se demanda quelle personne pouvait s’adresser à quelqu’un qui tentait de calmer les larmes d’un enfant et espérer une réponse immédiate. Elle fixa quelques secondes les yeux foncés de la jeune femme, les « Shhh » accompagnaient le frottement dans le dos de Christina, Nora avait peur que ce petit être puisse être brisé. Même si elle, sentait sa peau geler, son souffle à moitié coupé et son corps qui lui criait de se réchauffer, rapidement. Elle avait l’instinct, le besoin de retrouver une source de chaleur mais si elle se sentait ainsi, sa fille devait être en danger, bien plus qu’elle encore. Sa bouche s’entrouvrait, mais elle n’arrivait pas à répondre, que des bégayements inutiles. Le calme, enfin, prit possession D’elle et elle cessa de trembler, il faisait toujours très froid mais son corps n’avait plus cette sensation de manque, de détresse et bientôt, Christina aussi, malgré les dernières larmes que Nora essuyait, se sentait mieux.

Elle ferma les yeux et prit une respiration, tremblant un peu sous le choc, elle se redressa pour réaliser qu’un des hommes de Nikolaïs lui avait apporté des soins, de manière magique probablement. Elle eut un moment de réserve, puis le remercia, un peu à contre cœur. Tournant la tête pour analyser l’endroit, les yeux marrons se posèrent sur la petite asiatique. « Madame ne me vas pas très bien. Nora, ou Frida, dans cet endroit, à votre aise.  Si j’en crois ce que je vois, nous sommes au marché des trolls, et je n’ai aucune idée de ce qui s’est passé. »

N’avait-elle jamais vu le marché des trolls ? De manière physique, elle avait tout d’humain, mais Nora avait aussi appris que bien des choses semblaient venir de l’endroit, alors qu’ils étaient des créatures camouflées sous des formes humaines. Elle se méfiait aussi, la plupart du temps, qui sait ce qui pouvait lui sauter au visage.
« J’ai vu les gens mourir de froid dehors, je ne sais pas pourquoi je ne l’ai pas ressenti aussi vivement. Vous saviez, pour le 31 mars, non ? Cet endroit, vous ne l’aviez jamais encore visité ? »  
Dans tous les cas, il n'y avait pas que Eun qui avait les yeux grands, parce que Christina du haut de ses quatre ans n'avait jamais vu de tel créatures, mais elle savait qu'elles existaient évidemment, elle l'avait vu dans ses rêves et ses amis imaginaires le lui avaient dit, oui oui. En norvégien, la petite s'exprimait après avoir tiré la manche de sa mère et pointait un troll du doigt. Nora camoufla un gloussement et la prit dans ses bras. « On ne dit pas ça, Christina. C'est pas gentil.  » répondit la mère en anglais, pour lui apprendre la langue qu'elle commençait déjà à bien comprendre et qu'elle devait faire plus d'efforts à parler.

Lun 13 Fév - 22:41
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Avait-elle mal fait ? Face à elle, le visage angélique aux grands yeux innocents se teintait d’une pâleur effrayante, tandis que les larmes diamantines étincelaient sur la peau lisse. Eun-Ae n’avait pris garde à l’enfant pleurant, ne songeant alors qu’à une étreinte maternelle de celle qui de ses bras grelottant entourait la fragile poupée. Elle se tue donc, gênée, observant silencieusement la brune femme qui se dressait devant elle, n’osant pas même proposer son aide, de peur de mal faire. Un pas en arrière, ses bras se croisant sur sa menue poitrine, le froid hivernal jusqu’ici ignorant lui brûlant les entrailles alors qu’elle patientait. Elle ne savait s’il lui fallait partir, où chercher, qui interroger qui vienne la secourir. Elle aimait découvrir d’inédites choses, parcourir de nouvelles terres ainsi qu’elle l’avait fait en Angleterre ; mais la situation semblait alarmante, préoccupante, et sans le moindre indice qui puisse la guider, elle était perdue.

Enfin, la pauvre mère ‒du moins, à défaut de renseignements, supposait-elle qu’elle l’était‒ se tourna vers elle après avoir remercié, pour une raison qu’ignorait la biologiste, l’un des hommes l’accompagnant. Nora, ou Frida… L’un devait donc être son nom de famille, l’autre, son prénom ; restait à savoir dans quel ordre cela s’enchainait. Elle opina donc, un regard inquiet sur la petite fille qui attendait en silence, avant que les mots ne s’illuminent en rouge gras souligné dans son esprit. Le marché des trolls ? Vraiment ? Sérieusement ? Elle se trouvait donc bien dans une dimension parallèle, ou quelque chose y ressemblant. Elle l’articula silencieusement pour mieux en prendre conscience, ne sachant si elle en était enchantée, stupéfaite ou effrayée ; un exquis mélange des trois, probablement. Observant discrètement autour d’elle, elle tenta de repérer ce qui pouvait ou non correspondre à ce mot. Troll. A quoi ressemblaient-ils ? Sortaient-ils directement de gravures illustrant les œuvres de Tolkien, ou d’un cauchemar pour enfant ? Quel était leur caractère, pourquoi cette connaissance par les humains de leur race, alors ? Abandonnant finalement cette rapide inspection, la jeune femme rapporta son attention vers Frida. Le 31 mars ? De quoi parlait-elle ? Il semblait amusant qu’elle ait toujours l’impression d’être la dernière informée, que cela concerne le surnaturel ou le commun.

-Le… euh… je… non. Admit-elle finalement. Je ne savais pas même qu’un tel lieu existait véritablement, ni même imaginait qu’il puisse porter ce nom. Qu’aurais-je dû savoir ? Pourquoi fait-il si froid ?

Un marmonnement lui fit baisser les yeux vers la dénommée Christina qui se faisait gentiment réprimander par Nora, avant qu’Eun-Ae ne suive après quelques secondes de retard le trajet montré par le doigt tendu peu avant. A son tour, elle étouffa un petit rire, plus devant l’amusement de la petite que par la source de distraction de celle-ci.

-Est-ce votre fille ?

Curieuse, elle ne pouvait s’empêcher d’interroger l’autochtone, non pas comme l’expression d’une quelconque méfiance mais plutôt parce qu’il lui était difficile de résister à la tentation de le faire. Elle espérait qu’il n’y ait point de défiance de la part de son interlocutrice ; puis prit conscience de l’incongruité de la situation, elle perdue, elles rescapées, bavassant innocemment de famille et d’enfant. Elle voulait savoir pourtant. Tout, sur tout. Sa curiosité la tenaillait, écharde agaçante dans son esprit pétillant. Un instant cependant, la bienséance le disputa à son attrait pour les révélations. Aussi, en une fraction de seconde, avant même que Frida-Nora n’ait pu s’exprimer, elle releva une main délicate et tremblante, que le froid rendait insensible aux mouvements d’air contre sa peau.

-Pardonnez-moi, je ne voulais pas être indiscrète ni vous déranger. Je n’avais pas vu, plus tôt, la détresse de la petite. C'est juste que… Je ne sais où aller, que faire, vers qui me tourner pour glaner quelques renseignements. De mon laboratoire, je suis arrivée sur une chariote pleine de légumes. Je vous raconte ma vie maintenant… Je suis sincèrement désolée.

A ce stade, elle ne savait plus où se mettre non plus, le visage rougissant furieusement. Pourquoi donc racontait-elle tout cela, à présent ?

Mer 1 Mar - 22:27
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Pouvait-on passer par last end et ignorer le marché des trolls ? À moins bien sûr d’ignorer l’envers, mais cela, signifierait que le secret ait été dévoilé. Nora avait été pour le secret du plus loin dont elle se souvenait mais hormis la catastrophe qu’avait causé-elle ne savait quoi d’ailleurs ? - Elle s’interrogeait quant au drame de voir disparaître le secret. Un long soupir s’échappa de ses lèvres, à son habitude, Frida restait droite et la tête haute en se demandant qui avait fait cela, en se doutant réellement que Nikolaïs n’y était peut-être pas pour rien. S’allier au réanimateur, il lui avait avoué, cela lui semblait inévitable qu’il tombe de son côté. La possibilité d’avoir une humaine devant elle était troublante, Nora se sentait démunie. Si elle était humaine, le secret était révélé et c’était trop tard de toutes manières. Si elle avait vu le marché des trolls, il n’y avait rien à faire pour l’empêcher de savoir. Et à la voir perdue ainsi, Nora qui elle-même restait particulièrement sur ses gardes dans ces lieux, tant que dans last end, ne désirait pas voir cette humaine se faire manger toute crue.

« Je ne sais, vraiment pas pourquoi il fait aussi froid. »
Répéta-t-elle. « Ne vous excusez pas. » C’était délicat, d’expliquer tout cela, mais de s’assurer à la fois qu’elle ne la prenait pas pour une idiote. Non, si elle n’était pas au courant pour le 31 mars, elle ne faisait pas partie de l’envers. Frida soupira regarda par-dessus son épaule l’ordre de thulé qu’elle exécrait et à qui pourtant elle devait la vie. Gardant la petite dans ses bras, elle avança un peu pour aller un peu plus loin. Elle continuait de parler avec Eun-ae avant de se mettre à marcher, pour qu’elle comprenne qu’elle ne désirait pas juste s’en aller mais s’écarter un peu de ces hommes. Elle n’aimait pas vraiment rester trop près d’eux. « J’étais dans mon appartement, avec ma fille quand ils sont venus nous chercher, pour m’emmener ici en marchant. Ici, c’est supportable, mais dehors, le froid est si mordant qu’il tuait les gens autour. C’est pour cette raison que nous étions dans cet état en arrivant. »

Elle s’arrêta, un sourire s’élargit sur ses lèvres, bien que ses yeux sombres restaient calmes à son habitude, un peu amusée malgré elle. « Vous êtes humaine, je me trompe ? » Affirma-t-elle, sans trop hausser la voix. Elle se doutait qu’il y aurait toujours quelqu’un capable de l’entendre. Si ce n’était ceux qui écoutaient aux portes, il y avait ces créatures aux sens décuplés. « Ces créatures, ainsi que la magie et probablement la plus part des créatures que vous pouvez vous imaginer existent et pas seulement ici, dans le quotidien des humains. C’est ce que l’on appelle l’envers. Mais les autorités de ce monde le gardent secret et tous ne sont pas d’avis que cela est juste. » Résumé bref mais comment faire pour expliquer autant à une humaine. N’étais-ce pas de cette manière que Rémiel lui avait dit, à elle ? La magie existe et les créatures existent…Oui ça pouvait être facile mais ensuite, c’était la situation politique qui rendaient les choses compliquées. « C’est peut-être…pour ça que votre présence est possible. Je ne sais vraiment pas comment vous avez … » Elle gloussa, esquissa un rire. « Atterri dans votre chariote de légumes, je suis peut-être un peu moins perdue que vous. J’ai déjà visité l’endroit, mais je ne sais vraiment pas ce qui s’est passée. Il y a eu une bataille, annoncée le 31 mars, concernant le secret. Mais je ne sais pas du tout comment ça s’est passé… J’étais restée à la maison, pour être certaine qu’elle ne soit pas seule. » Un bref regard sur Christina, qui trouvait cet endroit assez drôle maintenant qu’elle n’était plus frigorifiée. Nora la tenait au chaud, se demandait comment elle lui trouverait des vêtements chauds et de la nourriture. Heureusement qu’elle avait un peu de liquidité dans ses poches. « Quoi qu’il en soit, je vous conseille de rester prudente. » N’avait-elle pas dit plus tôt que la plus part des créatures qu’elle pouvaient s’imaginer existaient probablement ? Dans le lot il y avait des choses pas toujours sympathiques.

Mar 14 Mar - 7:45
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Elle s’empêtrait avec crainte et ravissement dans ces évènements qu’elle ne comprenait pas, cherchant vainement une réponse auprès de cette mère dont elle ignorait tout. Prenant conscience, peu à peu, du désarroi qui était le sien mais qu’elle partageait sans nul doute avec nombre d’autres présents. Ses iris, sombres, se posèrent avec hésitation sur les individus ayant accompagné Nora. Qui étaient-ils, eux aussi ? Rapportant un regard empli d’incertitudes envers son interlocutrice, Eun-Ae l’écouta avec attention. Humaine ? Oui, elle l’était. Qu’aurait-elle pu être d’autre, à la vue de sa morphologie ? Fée, dryade, vampire ? Ici sans doute cela était possible. Etait commun. Normal. C’était elle l’étrangère, l’humaine au marché des… trolls. Avec un hoquet silencieux, elle prit conscience de ce qui l’entourait. De ce qui lui arrivait. Elle avait vécu comme humaine, entourée de ses congénères. Avait rêvé, maintes et maintes fois, d’horizons inconnus, de contrées scellées dans le secret, où s’ébattraient toute sorte de créatures qui n’étaient alors que des contes pour enfants ou des monstres héros de récits d’horreur. Elle avait dirigé ses pas à la recherche de cette vérité ignorée, espérant ardemment découvrir d’autres mondes à leurs yeux cachés, caresser du bout des doigts l’aboutissement de son travail. Pourtant… Pourtant sa gorge la brûlait, tandis que sa langue s’arquait sous l’amertume de la bile qui remontait dans sa bouche. Blanche, blafarde sans que le froid n’en soit en quoi que ce fut responsable, la biologiste crispa les poings inconsciemment, la tête lui tournant. Nul bruit ne passait plus les barrières imposées par son esprit, les lèvres de Frida s’agitant sans qu’elle n’en perçoive les sonorités. Elle devait écouter. Elle avait besoin de savoir. Comprendre. Mais la seule chose dont elle avait conscience était la vitesse des battements de son cœur, animal apeuré s’agitant désespérément dans sa cage d’os et de chair, de sang et de muscle. Elle perdait pied.

-… à la maison, pour être certaine qu’elle ne soit pas seule.

Que ? Quoi ? Faiblement, la jeune femme tenta de se raccrocher à ces quelques mots, leur cherchant un sens, demandant un intense effort à sa mémoire pour quêter les miettes de souvenirs de la conversation qu’elle avait pu recueillir à l’instant. Un mot, oui, un mot l’avait marqué, dissipant un instant la brume de son incompréhension pour mieux se refermer dessus quelques secondes plus tard. L’an vert. L’envers. Lent vers. Lequel était-ce ? Il lui aurait fallu un écrit, trouver un livre, de quoi décrypter, relire autant de fois que nécessaire. Eplucher les pages une à une, survoler fiévreusement chaque ligne à la recherche de l’essentiel. Au lieu de quoi, elle se trouvait à peine plus avancée. Par sa faute, son inattention. Et elle s’en blâmait, oh oui ! Elle avait pourtant eu tout le temps de s’effrayer avant, mais à l’angoisse elle avait alors préféré l’émerveillement et l’enthousiasme.

-Je… mais… Attendez ! Il ne fallait pas qu’elle parte, surtout pas, pas maintenant, pas tout de suite. Vous n’êtes pas… humaine ? Sinon, comment savez-vous tout cela ? Pourquoi tout cela est-il demeuré caché ? Est-ce un monde… parallèle ? Tous ces contes, ces mythes, ces légendes, étaient donc bien vrais ?

Les mots se chevauchaient, se piétinaient les uns les autres pour mieux jaillir de ses lèvres, sa voix était basse mais pressante, son visage trahissant sans peine sa confusion. Elle manqua attraper le bras de la jeune femme, s’arrêta malgré elle. Craignant de voir sous ses yeux le visage devenir autre, les membres frêles se métamorphoser. Non pas qu’elle considéra comme supérieure l’espèce humaine, qu'elle ne pouvait s'abaisser à toucher autre créature que ses semblables ; mais pour l’heure, c’était trop, bien trop à supporter en un si peu de temps. A elle de décider s’il s’agissait d’un rêve ou d’un cauchemar ; mais les cauchemars ne sont jamais que de mauvais rêves. Calme. Elle devait se calmer. Inspiration brusque, gonflant ses poumons jusqu’à s’en faire mal, jusqu'à ce que la douleur lui rappelle la réalité dans laquelle elle se trouvait. Expiration douce, comme une brise timide glissant sur les dalles froides, comme un chuchotis désespéré quêtant une aide quelconque. Oui, elle allait mieux, un peu. Hésitant entre le rire et les pleurs. Confuse, perdue, enchantée autant qu’horrifiée. Bientôt, très vite, elle retrouverait son entrain et découvrirait avec joie cet univers entier dissimulé pendant tant d’années ; pour l’heure, elle s’accordait un instant de faiblesse à voir ses convictions se révéler justes.

-Où allez-vous aller ? Qu’allez-vous faire ?

Si elle pouvait, juste un instant, demeurer en la compagnie rassurante de cette petite famille… voilà qui lui offrirait le repos temporaire dont son esprit agité avait grand besoin.

Dim 16 Avr - 15:35
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Cette petite humaine n’était pas tout à fait présente, Nora pouvait la voir se confondre et elle comprenait que ce soit difficile à digérer. Elle était toute blanche, tout d’un coup, peut-être aurait-t-elle dû arrêter ses explications pour s’assurer qu’elle allait bien? Frida cligna des yeux, un peu surprise au mouvement à semi arrêté, une moue sur ses lèvres lui donna l’air désolé. Elle ne pouvait pas la laisser comme ça à paniquer toute seule, le pouvait-elle? Un moment de silence s’installa, sans qu’elle ne sache quoi faire, ni quoi dire. Nora entre ouvra les lèvres, un air désemparé prenant son regard, elle daigna prononcer quelque chose après quelques secondes.

« Je suis humaine. »

Un soupir traversa ses lèvres, elle se retourna pour prendre sa fille dans ses bras, il était plus sage de ne pas laisser une enfant émerveillée courir au travers de ces rues mal odorantes. Qu’elle se salisse Nora n’en avait que faire, mais elle voulait sa fille vivante et en un morceau. Qui savait quelle créature pouvait la croquer en ces lieux. « Venez, allons-nous trouver un endroit où s’asseoir. Je n’ai pas le désir de rester plantée ici très longtemps. » Elle n’avait surtout pas le désir de rester dans les jupes des nazis très longtemps. Cet ordre obéissait à Nikolaïs, mais il avait fallu que ce dernier impose le respect envers Nora pour qu’elle le voit vraiment. Juste à constater comment ils n’avaient pas hésité à interrompre leur conversation lorsqu’elle lui avait crié dessus. Et le regard de cet imbécile lui avait fait tourner les yeux plus haut que Christina lorsqu’elle avait posé. À croire qu’il n’avait jamais vu une femme nue.

La mère posa une main sur l’épaule de l’humaine et l’entraîna plus loin, avec un peu plus d’autorité, sans vouloir lui faire peur. Elle ne tenait vraiment pas à rester là. Frida trouva un endroit où s’asseoir et assied sa fille sur ses genoux. « Je ne sais pas ce que je vais faire. J’ai un peu d’argent, cet endroit est un marché avant tout. J’avais prévu un peu de nourriture mais je n’avais pas prévu le froid… » La femme frottait les bras de Christina pour la réchauffer. Si ce n’était que d’elle, cela ne lui dérangerait pas de se mettre en danger. Mais ce serait beaucoup plus compliqué de trainer une enfant dans un lieu comme celui-ci. « Pour répondre à votre question, oui. Probablement que les mythes et les légendes que vous avez entendues sont réels. Par contre je n’ai pas vécu pour rencontrer tous les êtres en faisant partie. Et il y a toujours une partie des choses…cachée par l’histoire. » Elle en savait quelque chose et avec exaspération, mais là n’était pas le sujet. « Ce n’est pas un monde parallèle. Les créatures, les sorciers, les divinités et…autres vivent parmi nous, ils ne vous montrent juste pas leur vraie face. C’est ce qu’implique le secret. Vivre dans le monde de l’endroit, celui que vous connaissez, sans le révéler. » Elle haussa les sourcils en soupirant à nouveau. Nora n’avait vraiment, mais vraiment pas envie d’expliquer qu’elle était une réincarnation alors que la pauvre humaine comprenait à peine le concept d’envers et d’endroit. « Je suis au courant parce que … Je préfère en parler lorsque vous aurez tout compris, dans un endroit plus privé aussi. Je reste sur mes gardes, comme je vous l’ai conseillé puisque vous êtes humaine… » Parce que Rémiel avait décidé de réincarner les âmes qu’il avait choisi. Et les âmes réincarnées valaient beaucoup sur le marché des âmes, alors Nora préférait garder ce fait à voix basse.

Dim 30 Avr - 18:38
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Humaine… A cette annonce, la jeune femme ne sut si ce fut le soulagement ou la déception qui l’envahit. Ce statut ne certifiait en rien une absence de risques ; car si les mythes décrivaient les pires maux sous de sinistres et cauchemardesques formes, l’humanité avait maintes démontré sa capacité à transcender l’horreur et l’horrible. Un pâle sourire aux lèvres, Eun-Ae relâcha les épaules lentement, inspirant en tremblant en restant tout près de sa guide improvisée. Cette jeune mère, qu’elle avait assaillit de ses questions sans lui laisser le moindre instant de répit, avait eu l’amabilité de répondre à chacune de ses interrogations. Elle pensait donc pouvoir se fier à elle encore quelques instant, jusqu’à ce que ses neurones ne lui fassent parvenir d’intelligibles, et intelligents, messages.
Encore rêveuse, dans un état second que d’aucuns auraient considéré comme contemplatif, méditatif, elle suivit d’un pas lourd, ou trop léger, Nora qui au travers du marché l’entrainait. Une seconde plus tard et elle prenait conscience de s’être assise, elle ne savait quand, elle ne savait où. Puis un sourire béat chassa toute frayeur, étirant la peau que la peur avait froissée, distendant les lèvres qui d’affolement tremblaient.

-C’est vrai… tout est vrai… ils ne m’ont jamais cru, mais je le savais. Je le savais ! Je le sentais, comprenez-vous ? Tout était possible, mais n’était prouvé. Je percevais sans jamais parvenir à saisir cette brumeuse réalité, qui de mes doigts s’échappait dès lors que je les étendais. Caché… tout était simplement là, tout près, mais effacé… Dissimulé subtilement, enterré sous l'excuse de n'être que des mythes...

Un petit rire la secoua, qui n’était que nervosité. Rêvait-elle ? Avait-elle absorbé d’illicites substances, inhalé d’hallucinogènes matières ? Tout cela était trop beau. Trop inattendu. Trop à absorber en si peu. Elle ferma les yeux, inspirant doucement tandis qu’une saveur salée glissait sur l’ourlet velouté de ses lèvres. De l’eau. Des larmes. Pleurait-elle ? Soulevant les paupières, elle perçut l’humidité qui lui collait aux cils, la trace saline sur ses joues, qui séchait lentement pour mieux s’humecter de nouveau à chaque nouvelle perle liquide. Portant les mains à son visage, elle sécha en quelques gestes rapides les preuves du fonctionnement de son système lacrymal, avant de les laisser retomber au creux des genoux. Cette fois, son soupir fut long et lasse, profond et grave. Le choc la laissait encore un peu étourdie, avec l’impression étrange d’avoir bu un peu trop d’alcool. Elle sentait poindre la migraine, tandis que le monde autour d’elle tournoyait en de colorées spirales aspirant son âme et son esprit. Sans doute devrait-elle remercier Frida de l’avoir fait assoir, tantôt. Le silence s’installa, troublé seulement par les grésillements de leur environnement qui perçaient difficilement la bulle que la biologiste s’était mentalement forgé autour des trois humaines. Immobile, elle demeura ainsi, figée dans le temps comme dans l’albâtre, quelques frissons balayant ses mèches d’asphalte sur ses traits statufiés, sans qu’elle ne fasse mine de les rejeter. Enfin, comme la glace se fendille pour mieux fondre sous le timide rayon du soleil de mars, elle reprit vie doucement, apaisée et attentive.

-Et vous ? Vous qui êtes humaine, vous êtes mère, vous qui n’avez pas plus que moi de pouvoirs pour vous défendre et protéger votre enfant, comment savez-vous cela ? Depuis quand avez-vous connaissance de ce monde secret et surnaturel ? Pourquoi y vivre, pour y rester ? Ne pas l’avoir révélé ? Un sursaut mental, une idée soudaine qui la traversa : votre fille serait-elle… une hybride ? Pardonnez-moi cette question personnelle dont la réponse ne me regarde pas mais est-ce que par hasard… vous avez… rencontré une personne non-humaine ?

L’enfant ressemblait à tant d’autres, aux yeux de la scientifique du moins, pour qui ces êtres bruyants et miniatures n’avaient aucun intérêt. Du moins celle-ci demeurait-elle calme et respectueuse… étant de toute évidence beaucoup moins perturbée par cet univers surréaliste que ne pouvait l’être Eun-Ae. L’ascenseur émotionnel s’arrêtant enfin à l’étage de la réalité, elle reprit timidement conscience de tout ce qui l’entourait, dans sa globalité comme dans chacun de ses détails, sur le meilleur comme sur le pire.

Mer 24 Mai - 19:15
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Elle semblait comprendre, c’était compréhensible de se sentir un peu déroutée et elle n’avait encore rien vu, Nora avait fait un résumé assez bref. Inutile de commencer à lui parler de chaque créature existante, des plans pour la perdre ou lui faire peur. Et inutile d’expliquer qu’elle ne parlerait pas de son opinion politique dans cet endroit, elle tenait à sa vie. Frida s’amusait à s’imaginer Eun rencontrer son premier troll, son premier métamorphe ou qui sait, dans la mesure où elle ne se faisait pas dévorer. L’idée de ce petit minois désorienté était drôle mais l’artiste n’était pas cruelle. Nora hocha la tête lorsque la jeune femme eût sa révélation. Elle cligna des yeux en la voyant aussi expressive, restant un peu surprise, elle se demanda pourquoi cela était surprenant à en pleurer. Peut-être était-ce d’atterrir directement au centre de l’envers qui la troublait? Elle regardait pleurer l’humaine dans un silence confortable, fronca les sourcils lorsqu’elle approcha instinctivement sa main et l’arrêta tout près de l’épaule d’Eun. Cela se faisait-il? La tête de la peintre se pencha sur le côté et elle posa sa main sur l’épaule de la jeune femme. N’étais-ce pas ce qui avait gardé Primo Levi vif, que d’abolir les murs de la peur pour préserver l’humanité dans la culture, l’amitié et l’entraide? Elle n’allait pas la regarder sangloter insouciante. Un geste, parfois, suffisait pour montrer son support sans être envahissant. Lorsque l’humaine se calma, elle reprit ses distances, la toisant un peu maternellement sans savoir pourquoi. Nora tenta de retenir son sourire avant de glousser à la question très clairement indiscrète. « Pardon… » souffla-t-elle en portant ses yeux sur Christina. Elle posa la main sur la tête de sa fille, jouant avec une mèche de ses cheveux. « Pas que je sache. »

Elle ne savait pas vraiment qui ni où était le père. Avec les mèches blondes et ses yeux bleus, elle se disait qu’elle avait peut-être été un peu imprudente en Allemagne, ou juste en Norvège, certainement pas au Mexique. Encore, la petite pourrait tenir de son côté de la famille. Nora qui protégeait le secret, n’aurait peut-être jamais su si elle avait été l’amante d’une créature ou d’un sorcier. Mais il lui semblait qu’elle aurait su, si quelque chose était hors d’ordinaire. « En toute honnêteté, son père est inconnu. Mais je crois que j’aurais remarqué si…elle s’était mise à se transformer aux pleines lunes. »

Nora camoufla son rire en détournant le visage, elle sourit de manière bienveillante en se retournant vers Eun.

« Vous allez entendre plusieurs légendes, l’histoire de créatures aussi différentes les unes que les autres. Et, à votre grand malheur, les histoires de famille des sorciers digne des romans télévisés américains les plus insupportables. »



Ses yeux roulaient, juste à voir comment Nikolaïs lui avait parlé des Earl. Elle ne comprenait toujours pas en quoi cette guerre allait l’aider. Lui qui racontait renverser Pryam Earl de manière légitime, elle ne savait pas ce qu’il avait pas, mais c’était raté. « Les anges existent aussi. Rémiel choisit des humains, qu’il désire réincarner. Je vous ai dit que je me nommais Frida, c’était mon prénom, dans ma dernière vie. Et Rémiel révèle le secret aux êtres qu’il réincarne. »


Frida soupira, songeant à la manière dont elle expliquerait la situation politique à une néophyte. « Je n’ai rien révélé parce que…Et bien, le cénacle, gouverne l’envers et ils sont d’avis que cela doit rester caché…Inutile de vous expliquer qu’il vaut mieux éviter de se les mettre à dos. Je ne sais pas…ce qu’est devenu l’endroit, le cénacle…Le monde. J’aimerais vraiment savoir, mais tout ce que je sais c’est que le 31 mars devait se tenir la bataille concernant le secret et…nous voilà enfermés ici. »

Dim 11 Juin - 6:06
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Père inconnu ? Surprise un instant, Eun-Ae sourit à la plaisanterie de Nora, un rire léger résonnant timidement alors que son humeur, plus caprice que la météorologie printanière, changeait de nouveau. Enfin détendue, elle songea au visage qu’aurait affiché sa mère en entendant pareille annonce. Si la fille avait eu le privilège de s’évader en Angleterre pour ses études, côtoyant une mentalité plus ouverte que celle que n’offrait sa famille, la génitrice conservait ce mépris puérile envers quiconque pouvait violer les bonnes mœurs qu’avait établi le carcan social strict et étouffant de son foyer. Pour sa part, la biologiste était davantage perturbée à l’idée de voir l’innocente fillette aux yeux interrogateurs se muer en une créature poilue et rugissante ; quoi qu’une part d’elle ne pouvait s’empêcher de le désirer ardemment. Elle réalisait, soudainement, qu’il y avait un univers à découvrir dans ses moindres détails. Qu’elle pourrait outrepasser les règles soigneusement établies de la science telles qu’elles étaient connues des humains. Non plus simplement excitée de ce qui s’offrait à elle, terrorisée d’être plongée dans ce nouveau monde si longtemps caché, émerveillée de découvrir des merveilles dépassant l’imaginaire, satisfaite de voir enfin se concrétiser tous ses vœux et espoirs secrets, apeurée d’être seule et égarée. Plutôt que tout cela, elle avait l’impression euphorique de toucher du doigt une masse considérable de savoir à venir, de voir devant elle s’ouvrir une encyclopédie jusqu’alors inatteignable. Fébrile rien que de songer à ce qu’elle pourrait apprendre, toucher, voir, comprendre, entendre, décortiquer pour l’étudier dans ses moindres détails, un vent de paix sembla souffler sur son visage pour n’y laisser qu’un masque apaisé. Attentive à chacune des paroles de celle qu’elle considérait comme sa nouvelle mentore de ce mystérieux endroit, elle la fixait de ses grands yeux d’ébène, passionnée par chaque mot que celle-ci prononçait.

-Je m’en doutais, reprit-elle, posément cette fois-ci. Il n’était pas possible que tant de nations aient autant de légendes en communs avant même de se rencontrer. Que l’humain soit responsable d’autant de choses, lui qui sait si mal se gérer.

Frida ? Frida… cela était vague, ne lui laissant guère d’indice sur la véritable personnalité de la vie précédente de Nora. Curieuse, Eun se demanda si elle-même aurait un jour la possibilité de renaître ainsi, se souvenant de celle qu’elle avait été tout en se construisant une nouvelle identité. Cela étant, elle préférait ne pas le savoir trop tôt ; car cela aurait signifié voir celle qu’elle menait actuellement s’achever. Revenant vers ce que lui relatait Frida-Nora (Froda ? Nida ?) elle haussa un sourcil. Ainsi, il y avait une oligarchie dans ce monde dissimulé ? Après réflexion, la jeune femme n’avait aucune envie de se trouver dans une dictature. En soupirant, Eun-Ae se frotta les bras pour en chasser le froid qui s’installait, décidée à éclaircir davantage la situation qui demeurait, malgré tous les efforts de sa guide, difficilement compréhensible.

-Donc nous sommes enfermés ici suite à une bataille ayant opposé ceux qui voulaient révéler votre existence et ceux qui ne le souhaitaient pas, c’est bien cela ? Il n’y a donc aucun contact avec le reste du monde possible ? Mais où se trouve le Cénacle ? Et qui a gagné ? Vous ne savez pas s’il y a un endroit où on pourrait aller… au chaud ? Est-ce que vous avez une monnaie particulière ?

Cela faisait beaucoup de questions, elle en prenait conscience. Mais c’était plus fort qu’elle, la jeune femme avait besoin de savoir, et quand bien même son interlocutrice n’en savait pas beaucoup plus, il fallait que les interrogations s’extériorisent pour qu’elle-même en prenne véritablement connaissance. Finalement, et avec une légère inclinaison du buste, elle la remercia pour la patience qui était la sienne. Difficile de gérer son exil soudain, celui de sa fille et de prendre en charge une totale inconnue. Si Meyrick avait été là, Eun aurait probablement cherché cette dernière pour en tirer tous les renseignements possibles et s’assurer de la bonne santé de sa directrice. Mais cette dernière s’était volatilisé aussi rapidement qu’elle était apparue, et la plus jeune n’avait aucune idée de la nature véritable de sa cheffe. Le monde qu’elle connaissait était finalement beaucoup moins honnête qu’elle n’aurait pu le croire.

Lun 19 Juin - 22:29
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"Je touche de mon pied le bord de l'autre monde" [Nora]
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